Rencontres de la photographie d’Arles – Le Capitole

Le Capitole est bien mal nommé : il n’a rien de prestigieux, au contraire, c’est presque une ruine. Ceci dit, comme on dit dans les annonces immobilières, il y a un "beau potentiel" et ce n’est pas une publicité mensongère. Les hauts plafonds et l’architecture du lieu ne manquent pas de séduire. Les expositions non plus ne manquaient pas leur cible.

A l’étage on pouvait voir des photos sur Haïti de Atwood. Pour ma part, ce genre de sujet ne me séduit guère même si on ne peut nier les qualités du photographe et de son travail ainsi que l’adéquation au lieu, également en ruines. C’est un peu triste mais j’éprouve une lassitude certaine face à des reportages photos montrant la misère ou la bêtise humaine. Dans la même veine, aux Ateliers, on pouvait voir un travail sur l’Albanie de John Demos.

Au rez-de-chaussée, on pouvait découvrir le travail de Vecchiet sur l’Exodus, malheureusement sans cartel ni aucune information.

Toujours dans les salles basses, on pouvait voir aussi le travail de Serge Picard (Agence VU), de grands portraits "bougés" et fantomatiques, en noir et blanc. Cela m’a fait penser au travail de Prieto (au demeurant très hétérogène) que j’avais vu à Paris en juin et dont l’exposition se poursuit jusqu’au  6 septembre, toujours chez VU. J’ai mis ci-dessous une photo de chaque auteur : à gauche Picard et à droite Prieto.

Le plus intéressant était à mon avis le travail de Lea Crespi que j’avais raté à Paris (encore et toujours chez VU, décidément bien représenté) et celui de Jeffrey Silverthorne (ah oui, d’accord, il est chez VU aussi ?).

Lea Crespi se présente à nous nue, crâne rasé, légèrement floue, dans des sites industriels délabrés, en grand format. C’est le thème de sa série Lieux dont le portfolio est visible sur son site web. Je peux vous assurer qu’en format réel, c’est troublant. C’est peut-être aussi courageux (peut-être moins que photographier en Irak mais quand même). On se demande bien ce que viens faire ce corps, devenu presque asexué, une sorte de guide ? A vous de méditer. Jeffrey Silverthorne n’est pas de la même génération et son travail ne porte pas sur la recherche plastique, a priori. Il nous montre aussi des corps : des cadavres, des autoportraits en compagnie d’une jeune femme, des femmes entre deux ages et des prostituées dans les années 70s. Tout cela est également troublant, sans doute parce qu’on y trouve les précautions de beaucoup d’hommes : moi, les femmes, la mort. Cela fonctionne bien avec le travail de Crespi

C’est une belle exposition que je vous conseille vraiment et c’est jusqu’au 31 alors il faut se dépêcher.

Rencontres de la photographie d’Arles – Espace Van Gogh

L‘Espace Van Gogh, toujours au voisinage de la place de la République, est dédié à la mode, ou plutôt à la photographie vestimentaire, ce qui est la moindre des choses puisque Christian Lacroix est le grand manitou de ces 39ème Rencontres.

Autant le dire tout de suite, à part le jardin richement fleuri, sa jolie fontaine et l’atmosphère de calme et de fraicheur qui s’en dégage, cet espace ne donne pas beaucoup de satisfactions. Le seul point positif est l’effort pédagogique dans la rédaction des cartels ce qui mérite d’être souligné car cela manque souvent cruellement sur les autres sites. Autre point positif, c’est un peu la moindre des choses mais, là-encore, cette condition n’est pas toujours remplie : l’éclairage est bon !

L’exposition commence par des photos de dépôt de modèle : on apprend à cette occasion que la création de modèles (de vêtements et d’accessoires)  a fait l’objet, dès les années 30, d’une protection juridique dont le support est le dépôt de photos des modèles. Les choses sont bien expliquées mais face à une telle avalanche de photos, il est difficile de savoir où et quoi regarder (à moins d’être expert), à part succomber au charme suranné des "garçonnes" qui constituent l’essentiel du stock.

Ensuite nous sont montrées des photos des vitrine du Printemps dans les années 50 par Sabine Weiss. Bof. Plus loin, dans l’obscurité, sont projetées des photos de podium de défilé de Marineau. Bof. Plus loin encore sont éparpillés sur une table des "look books" et catalogues de collection. Ennuyeux et poussiéreux.

Dans les deux dernières salles ont a droit une collection de catalogues (encore) et dans la dernière à un méli-mélo de blogs et de magazines. A oublier.

On est content de retrouver la lumière, les fleurs du jardin et la fontaine.

Rencontres de la photographie d’Arles – Église des Trinitaires

L’Église des Trinitaires est dans le centre d’Arles, près de la place de la République. Elle fait face au Museon arlaten qui, quant à lui, présente cinq immenses photos des salins par Patrick Box (accessoirement, on y trouve des toilettes propres et peu fréquentées). Je n’insisterai pas davantage sur l’exposition présentée dans ce musée des arts et traditions populaires arlésiennes.

Dans l’église, en revanche, vous verrez une exposition, modeste encore une fois, mais ce n’est pas plus mal, consacrée à Vogue, et plus spécifiquement aux natures mortes chez Vogue. La poussière tombe du plafond et certaines photos sont gondolées, c’est dommage mais, dans l’ensemble, on voit des choses intéressantes et il n’y a pas de reflets.

On peut voir des tirages de célébrités comme Bourdin et Horst mais aussi des noms moins connus comme Erwan Frotin qui présente d’étranges compositions de fruits et d’instruments de chirurgie, Rutledge qui montre des chaussures comme des sculptures ou des éléments d’architecture et Lagrange qui nous donne à voir des fruits. Comme ils ne sont pas (encore) célèbres, ils n’ont pas site web : vous serez obligé de venir voir l’exposition.

La fin du mois d’août approche et donc les 1ers décrochages mais cette exposition est visible jusqu’au 14 septembre.

Rencontres de la photographie d’Arles – Espace SFR

L’Espace SFR est à deux pas de l’Eglise des Frères-Prêcheurs mais ce n’est pas très bien indiqué. L’exposition est toute petite et chaque photographe ne présente que 4 ou 5 pièces (de format réduit) mais il n’empêche, c’est toujours bien de voir un peu ce que les jeunes font et de ne pas seulement célébrer les dinosaures (même talentueux). Après tout, pour les dinosaures, pas besoin d’aller à Arles : il suffit d’aller dans les musées (voire dans les galeries).

Évidemment, SFR dispose d’un site web qui présente les jeunes talents retenus mais quand on peut voir "pour de vrai" c’est toujours un plus.  Évidemment aussi, SFR c’est une société (capitaliste !) donc c’est le Mal (je rigole) mais bon, il ne faut pas croire que sponsoring et intérêts commerciaux sont ennemis du talent et jusqu’à preuve du contraire les artistes aussi ont besoin d’argent.

Du coup, allez voir ! En plus, la jeune fille qui montait la garde doit passablement se morfondre car il n’y a pas foule et c’est dommage (pour elle, pour les photographes et pour vous si vous n’allez pas voir).

Il y a quelques images aussi ici.

Jetez un œil sur les sites web, les parcours des artistes y sont décrits et leurs œuvres commentées. Pour ma part, j’ai surtout apprécié le travail de Delphine Manjard, Benjamin Roi, Julot et Laura Favali.

La première a travaillé sur le corps et le vêtement (figure03), le second a travaillé sur la peau bronzée, le troisième travaille plutôt sur les codes visuels (gaelle) et certaines pièces feront penser à Loretta Lux, et la dernière nous donne à voir d’intrigantes jeunes femmes aux tonalités bleues.

Que du bon et du beau.

Rencontres de la photographie d’Arles – Marcus Tomlinson

A deux pas des Arènes se trouve l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie et là, dans un petit espace, baptisé Galerie Arena, caché derrière un rideau noir, se trouve le travail de Marcus Tomlinson.

Il ne me semble pas que beaucoup de blogs aient évoqué l’instant magique que l’on vit, plongé dans l’obscurité, face à une vidéo intrigante à la musique hypnotique (par Kunja Bihari).

C’est d’ailleurs une chance d’avoir vu cela car, à dire vrai, je fais une allergie à la vidéo.

Bref.

Allez-voir vous-même car ce n’est pas racontable et franchement, les sites web qui présentent son travail, que ce soit le sien ou celui de sa galériste, ne lui rendent pas justice.

En plus de la vidéo, sont exposées quatre photographies dont l’éclairage lumineux de couleur changeante donne une perception étonnante.

Précisons également que cette exposition modeste (par sa taille) ne doit pas faire perdre de vue que Marcus Tomlinson n’est pas n’importe qui : photographe de mode britannique, il a travaillé avec des revues prestigieuses comme Vogue, des créateurs de premier plan comme Lacroix et son travail a été exposé au Tate Modern et au Barbican Center (rien de moins).

J’irai sûrement revoir les photographies (kinetic 1 et kinetic 4) à Paris.

Anniversaire – Man Ray (27 aout 1890 – 18 novembre 1976)

Aujourd’hui 27 aout, c’est l’anniversaire de la naissance de Man Ray qui aurait eu 118 ans.

Comme je n’ai pas trouvé de notice biographique décente sur le web (il y a bien des biographies nulles mais je ne donnerais pas les liens), je vais vous tracer son parcours rapidement.

Man Ray en deux lignes

Man Ray est un artiste américain qui a été photographe et a vécu longtemps en France au contact de l’avant-garde artistique. Si vous voulez briller en société, sachez que son vrai nom est Emmanuel Rudnitsky.

Man Ray en dix lignes

Man Ray, vers 1915, découvre la photographie qu’il utilise pour reproduire ses tableaux : progressivement il détruit ces derniers et se consacre à la photographie. Duchamp, qu’il connaît déjà, l’invite à Paris en 1921 et le présente aux dadas. Il devient portraitiste de l’intelligentsia, rencontre le succès et fréquente les artistes de Montparnasse. En parallèle, il travaille pour la mode et notamment Vogue, dès 1925. Ces activités lui permettent de gagner sa vie et de se consacrer à des recherches personnelles. Il découvre le "photogramme" en 1920 et lui donne son nom ("rayogramme") ainsi que la "solarisation" en 1930 (nu solarisé, 1933). Il se livre aussi à des expériences multiples de flou, de surimpression (Demain, 1924), à l’usage de la métaphore dans les titres de ses œuvres (la Prière, 1926), et bien sûr à l’humour (le violon d’Ingres, 1924). Man Ray sera aussi cinéaste et publiera un ouvrage en 1963 (self portrait). Il est l’objet d’une rétrospective dès 1966 au Los Angeles County Museum.

Ces éléments de biographie sont adaptés du Dictionnaire mondial de la photographie (chez Larousse).

Man Ray a fait l’objet d’une exposition récente à la Pinacothèque qui m’a laissée sur ma faim. La Pinacothèque c’est souvent racoleur, c’est toujours cher et parfois c’est décevant : je ne sais pas s’ils feront autant d’entrées en 2009 qu’en 2008. Pour ma part je serai plus sélectif dans mes prochaines visites.

Rencontres de la photographie d’Arles – Roversi et Lindbergh

Restons sur la place de la République et au sortir du Cloitre Saint Trophime, dirigeons nous en face, vers l’Église Sainte Anne. C’est là que se tient l’exposition consacrée au travail de Paolo Roversi. Après Avedon, nous restons dans la continuité avec un photographe de mode célèbre.

Le travail de Roversi, ou plutôt ce qui en est présenté, fait la part belle au noir et blanc, même si quelques photographies couleurs sont présentées. Il est représenté par la galerie PacemacGill à New York. Il reste à taille humaine dans les formats restitués et se distingue ainsi nettement du travail de Lindbergh (Peter, pas Charles) sur lequel on va revenir car lui-aussi est exposé dans une église, lui-aussi est un photographe de mode et lui aussi a passé le cap de la soixantaine et atteint la célébrité.

 

A gauche, le travail de Roversi (Paolo Roversi, Natalia, Paris 2003) et à droite le travail de Lindbergh (Peter Lindbergh, Kristen McMenamy, Vogue France, Beauduc, France, 1990). On verra plus loin que c’est là un bon exemple de ce qui les sépare.

Le travail de Roversi présenté à Arles n’est pas, dans l’ensemble, "séduisant", "facile". Les tops models (féminines uniquement) sont magnifiques mais on ne s’en rend pas vraiment compte : l’importance du blanc, l’absence d’accessoires, les poses épurées, tout cela contribue à dématérialiser les modèles, presque à en faire des épures, presque jusqu’au dessin au fusain.

Sont aussi présentées des vues de son matériel (chambre, objectif) et de son atelier qui ne sont pas convaincantes (il faut dire que le titre de l’exposition est "Studio" : on ne pouvait pas y couper). D’autres photographies, en couleur ou noir et blanc, s’essayent à d’autres thèmes que les femmes, d’autres approches mais, là-aussi, cela me semble moins convaincant.

L’ensemble m’a semblé en harmonie avec les lieux, très clairs et aérés, sans reflets perturbants. Il ne faut pas perdre de vue non plus qu’il s’agit d’un choix délibéré : Roversi a produit par ailleurs de nombreuses photos de mode aux couleurs qui claquent, avec des top-models éthérés et des accessoires clinquants.

L’exposition Lindbergh nous fait quitter la place de la République pour l’Église des Frères-Prêcheurs, toujours dans le centre-ville. L’ambiance de cette église est plus sombre et les photos également. Mais là, les tirages sont pour la plupart immenses et cela a le don d’un peu m’agacer car cela me parait toujours un moyen simple de faire impression et, ici, sans rapport véritable avec le sujet : des photos de mode destinées à publiées dans des magazines.

Cette "starification" (pour ne pas dire "sanctification") par le format, bof.

Les photographies ont toutes été, semble-t-il, réalisées sur la plage de Beauduc (à Arles). On n’est plus là, comme chez Roversi, dans une photo modeste, blanche et dépouillée : non, là c’est le triomphe de la pose recherchée, du vêtement de qualité. En plus il y a des mannequins hommes, quelle déception (mais non, je blague : il en faut pour tous et toutes).

Il m’a semblé qu’on était là dans la photo de mode dans toute sa splendeur, un peu vide, vaguement arrogante et déjà vue cent fois. De la belle photo certes mais bof. Peut-être finalement que les photographies les plus intéressantes, les moins vues, étaient des photos géantes d’une bouche aux dents ébréchées photographiée en rafale : une photo originale et décalée qui tranchait délibérément avec l’étalage de beautés lointaines.

Je l’ai déjà dit mais tant pis, les reflets ici étaient vraiment une catastrophe et, sur des grands formats sombres, cela gâche tout. C’est un peu comme le morceau de salade coincé entre les dents.