Galerie Laurent Godin – Gonzalo LEBRIJA

Hier, dans la tournée des galeries, après Baudoin Lebon, ce fut au tour de Laurent Godin. Ce dernier nous montre le travail de Gonzalo Lebrija intitulé "R75/5 TOASTER".  La R75/5 dite aussi "toaster" est une moto BMW dont les flancs chromés évoquent ceux d’un grille-pain d’où son surnom. Et Gonzalo a l’idée de faire des photos des reflets dans le chrome. Il n’est pas le seul ni, je pense le premier, à avoir eu l’idée. La photo ci-dessous illustre le principe avec une sorte de mise en abime.

Les photos de Gonzalo présentent, en soi, un intérêt limité : des images de paysages désertiques, plus ou moins déformés par la courbure du miroir. Il y a une photo où le photographe est piégé par son reflet. Non, là où Gonzalo fait fort c’est parce qu’il applique une procédure répétitive sans se détourner. Ainsi, au fil de son voyage à moto en Basse-Californie, il fait toujours la photo du reflet puis de photo de la moto, à part, inscrite dans le paysage si bien que l’on voit deux fois la même chose (le paysage) avec deux optiques différentes.  La 1ère est en couleur et la 2ème en noir et blanc, de taille réduite. Ensuite, ces deux photos sont assemblées sur un même cadre, la grande en haut et la petite en bas, séparées par un carré noir où figurent en blanc les coordonnées, température et altitude du lieu. L’exemple ci-dessous est tiré du site paris-art.com et illustre le propos.

L’accrochage resserré, formant une ligne au mur évoque aussi, évidemment, la route.  Ceci dit, une fois passées la compréhension de la procédure et la vision des 1ères œuvres, l’intérêt s’émousse vite et chaque œuvre paraît, individuellement, bien terne, à mon goût. Finalement, Gonzalo est moins un photographe qu’un artiste et son travail me semble plus une installation qu’une suite de photos. Il y aurait du son et une vidéo ou la moto elle-même ou une sculpture en miroirs, cela aurait sûrement été plus convainquant. Peut-être, néanmoins, quelques photos ont de l’intérêt : celles où la déformation de l’image par le miroir du chrome évoque la déformation de l’image par la chaleur, par exemple, mais il n’est pas certain que cela soit fait exprès et, à part une ou deux photos de ce type, décidément, il n’y a pas grand chose à voir. En fait, si l’on voit bien la démarche comme un tout, on ne perçoit pas vraiment ce qui a motivé CETTE photo plutôt que telle autre. Enfin moi je n’ai pas perçu en tout cas.

Si vous voulez vous ennuyer un peu, c’est jusqu’au 4 octobre.

Galerie Baudoin Lebon – VALADE et LEMARCHAL

Je suis allé hier en vadrouille dans des galeries montrant des photos à Paris et après la Galerie Nathalie Obadia (ici), je suis allé chez Baudoin Lebon, une référence sur la place.  Dans cette galerie on est bien. C’est ni trop grand ni trop petit et l’accueil est sympathique. Les murs sont recouverts de bois blond, l’éclairage est doux et l’on voit les minces tiroirs où sont rangés les tirages d’essais des photographies destinés à l’amateur. Alors, que montre Baudoin ?

Il présente les deux lauréats 2008 de la fondation HSBC pour la photographie. Ceux qui suivent un peu ont reconnu Aurore Valade et Guillaume Lemarchal dont les œuvres ont été reproduites bien des fois dans la presse spécialisée mais rien ne vaut de les voir "pour de vrai". Du coup, l’appareil critique commence à être significatif et je vais vous livrer un point de vue personnel. D’abord, ces deux artistes ont du talent et s’ils sont jeunes encore, il ne fait pas de doute que leurs travaux sont déjà significatifs. A côté de ce que j’ai pu voir par ailleurs dans cette journée, ils soutiennent largement la comparaison.

Guillaume Lemarchal photographie surtout des bâtiments en ruine, sans présence humaine. Ces photographies sont à taille humaine, pas trop grandes, contrairement à ce qu’il photographie, souvent des vestiges militaires d’Europe de l’Est, le sujet où, à mon sens, il est le meilleur (notamment "Temple d’Haapsalu" mais je n’ai pas trouvé d’image correcte sur le web). Les couleurs sont atones, entre le grisâtre et le blanchâtre comme ces ciels pour militaire, presque unis et uniformes de grisaille. D’autres sujets m’ont aussi intrigué dont la forme étonne : une structure en bois circulaire comme un parapluie avec ses baleines destinée à faire un abri et agrémentée d’un bâton vertical à sa droite et aussi une pile de pont dans la glace qui fait d’ailleurs, je viens de le découvrir, la couverture de son livre (Paysages de l’après).

 Iceberg I  - Allemagne, future pont ralliant Stralsund à Rügen sur la mer Baltique

" Iceberg I " - Allemagne, futur pont ralliant Stralsund à Rügen sur la mer Baltique

Vous pourrez trouver d’autres images par ici (site d’où provient l’illustration ci-dessus). Cet artiste est représenté par la Galerie Michelle Chomette qui n’a pas jugé utile d’avoir un site web (ses coordonnées ici). Aurore Valade nous montre quant à elle des gens, le plus souvent deux personnes de génération différente, dans leur intérieur. L’action n’est pas palpitante. L’intérieur est encombré. Les gens nous regardent. Il y a quelque chose d’éminent construit dans ces photos, c’est classique, presque pompier bien qu’on ne trouve aucun luxe ni apparat. Peut-être est-ce l’abondance des objets qui provoque cette sensation étrange. On dirait des scènes de mythologie tellement tout semble aller ensemble, tout semble pensé et les éléments se répondre les uns aux autres. Il y a des miroirs et des tableaux souvent. On hésite entre Velazquez et, parfois, des flamands. Ces photographies sont faites pour s’y attarder.  Je n’ai pas non plus trouvé de photographie correcte sur le web et l’exposition est close mais tout n’est pas perdu.

Galerie Nathalie Obadia – Patrick FAIGENBAUM

Un peu dépité par ma visite précédente (), me voici rendu chez Nathalie Obadia. Ce n’est plus le même monde, avec un vaste espace et de nombreuses photos, retraçant 10 ans de travail, de Patrick Faigenbaum en Sardaigne, à Santu Lussurgiu (sur la carte c’est ici).

L’ensemble présenté montre une cohérence géographique et d’ambiance mais le pari a été pris de mêler à la fois les noir et blanc et la couleur, les petits et grands formats ainsi que les natures mortes et les vues plus "reportage". Les impressions qui se dégagent, sérénité, rigueur, dureté, rusticité convergent mais, formellement, l’ensemble produit un sentiment d’hétérogénéité assez déconcertant qui oblige à changer de regard à chaque changement d’œuvre. D’un autre côté, un accrochage séparant chaque style n’aurait pas été très satisfaisant non plus.

Les natures mortes restent dans le classique avec une ambiance automnale : "figues au torchon", châtaignes, pommes de pin. Les artichauts font un peu tâche (et en plus je n’en raffole pas). Dans une veine plus "plastique", on a droit à un "enfant au tas de bois", paysage caillouteux, tas de patates et "derrière de cheval". Je suis plus partagé là-dessus même si ces ponctuations dans l’exposition produisent leur petit effet (surtout les patates – que je préfère aux artichauts). Les œuvres plus "reportage" ne sont pas non plus fascinantes, entre une solide vieille femme dans son fauteuil, un berger portant un mouton, un enfant s’abreuvant à une fontaine ou une brebis et ses petits.

Une fois encore, c’est plus comme un ensemble que cette exposition fonctionne : prise une à une, peu d’œuvres ont retenu mon attention. Font exception le portrait d’Angela et les "vues de l’intérieur obscur vers l’extérieur lumineux", bien que ce ne soient là que des classiques ("Salvatorica et Angela" notamment). La dernière et d’autres sont visibles sur le site de la galerie, ici.

L’exposition est visible jusqu’au 18 octobre.

Rencontres de la photographie d’Arles – Le Coffee Socks

Aux Rencontres d’Arles, il y a le programme et les lieux officiels qui font, hélas, la part belle aux artistes et photographes confirmés même s’il y a parfois dans le programme des échappées vers plus de fraîcheur et de jeunesse. Paradoxalement, ce sont les espaces privés financés par des entreprises qui semblent faire le plus d’efforts en direction des jeunes: SFR dont j’ai parlé ici et la FNAC dont j’ai parlé . En marge de l’officiel et alors même que j’ai raté le "off" (qui se tient, je crois, la 1ère semaine), il restait néanmoins un lieu à voir : le Coffee Socks, un lieu de vie salon de thé laverie associatif comme dit leur site (hop!) Romain Boutillier nous montre les aventures de Rosine, son robot en plastique qu’il photographie dans les situations les plus variées. Le truc est un peu éculé et ça m’a fait penser aux types qui avaient enlevé un nain de jardin avant de le restituer photographié dans de nombreuses villes du monde entier. C’est rigolo et les couleurs pètent, mais bon. Ces photos sont aussi .

Magali Joannon (dont le site est ) nous présente un extrait de sa série "Haute saison" avec des caravanes. Il y a un je ne sais quoi de nostalgique dans ce travail et je n’avais pas encore vu de caravanes au centre d’un travail photographique. j’avais plutôt en mémoire en voyant cela un travail sur les cités balnéaires en basse saison dont l’auteur m’échappe (si ça parle à quelqu’un ?). La photo ci-dessous vient du site ici.

Pomme Célarié (ça ne s’invente pas, j’ignore si elle parente avec Clémentine) nous montre un peu de la vie collective de jeunes enfants en Mongolie. La série était un peu courte (il n’y avait que 4 photos) pour se faire une idée du travail, c’est dommage. Évidemment, la vie collective peut faire penser au Komunalka de Huguier dont j’ai parlé ici, travail où l’on voit aussi des brosses à dents (ce truc qu’on ne partage pas justement…) mais Pomme ne montre pas de nus contrairement à Huguier. Le photo ci-dessous vient de . Pomme appartient au collectif La Générale (non, ce n’est pas une banque) et a son site ici où vous pouvez découvrir d’autre photos et puis aussi La Générale, si par hasard vous ne connaissez pas.

Audrey Laurent se livre à un travail personnel sur les photos de sa famille (qui lui ont été données) qu’elle rephotographie. Un travail surprenant et intéressant dans sa démarche qui ne montre pas encore (?) son plein potentiel. Là-aussi, des tirages plus grands, un encadrement adapté et plus d’œuvres en un même lieu donnerait plus de "poids" au travail réalisé. Cela viendra peut-être aussi, au-delà des conditions matérielles d’exposition et de tirage, de l’œuvre accomplie elle-même : Audrey poursuit en effet son travail vers d’autres supports (écrits, sonores, etc). Certaines photos sont visibles ici (mais cela ne donne pas grand chose à l’écran).

Magda Hueckel nous livre des "autoportraits". Hélas placés dans l’obscurité et, là-aussi, dans un format réduit, son travail était difficile à déceler. C’est donc une redécouverte que le voir sur le web (paradoxal, non?) ici (en anglais). Magda est une jeune femme a priori en bonne santé et ces auto-portraits nous la montre vieillie d’où le titre de la série ("obsessive self-portraits") : cela donne à réfléchir sur elle et ses préoccupation bien sûr mais aussi sur nous-même. Habituellement on nous donne à voir de jolies filles, des vieillards en patriarches et, à l’autre extrémité, et plus rarement, des malades et des déments. On voit rarement des gens seulement âgés.

En écho, elle a fait aussi des "calmed self-portraits" (non vus chez Coffee Socks). Je vous livre un extrait de chaque série ci-dessous. Pour en voir plus, allez sur son site perso ici (en anglais et en polonais).


Margherita Crocco nous montre de troublantes photos de Chandiragh, en Inde. Il s’en dégage, avec peu de moyens, une impression étrange. Plus d’œuvres ici.

Vous aurez remarqué que ces travaux m’ont plu en dépit des moyens limités mis en œuvre pour l’exposition. La plupart des liens pointent chez fetart.org, une galerie en ligne destinée à la promotion de jeunes artistes.

L’exposition est finie depuis fin août et lors de ma visite, seuls les artistes ci-dessus étaient visibles.

Galerie Sitdown – Catherine NOURY

La Galerie Sitdown présentait jusqu’à ce jour 27 septembre les travaux de Catherine Noury "L’éternelle fiancée" Le site web de la galerie fait du bruit de la musique (et en plus c’est en flash, j’ai horreur de ça) donc si allez voir, vous êtes prévenus. C’est Ces travaux consistent en des petites "poupées" sous verre et des photos. Les photos montrent le making off ou une vue rapprochée des poupées. L’association photo et textile n’est pas rare : on l’a vu récemment à Arles dans l’œuvre (incompréhensible) de George Tony Stoll (mon billet est ici).  Pour ma part, bien que d’un abord formel plus facile, le travail de Catherine NOURY m’a laissé a peu près dans le même état que celui de Stoll : dubitatif.  Faut-il considérer ces "poupées" comme un artisanat populaire (comme les statues en coquillage et le macramé) ou une activité ludique (dévolue habituellement aux enfants et aux grands-mères) ou à de l’Art (après tout, Annette Messager soi-même fait des trucs en tissu) ? Mystère, aux spécialistes de le dire.  Quant aux photos, alors là, on ne voit pas bien l’articulation avec les "poupées". Manifestement, c’est vendu à part donc ce n’est pas une "installation" : chaque photo devrait faire sens. J’ai un peu cherché mais je ne suis pas sûr qu’il faille trop chercher en fait car il n’y a peut-être rien à trouver… Emmanuelle Chérel a, semble-t-il trouvé bien des choses à dire, je vous laisse en juger : c’est par (en bas).

Bref, vous avez compris que ce samedi en galerie commençait comme un samedi en galère mais heureusement j’ai plein vu des choses plus satisfaisantes ailleurs. J’en parlerais demain (si j’ai le temps).

Rencontres de la photographie d’Arles – Eglise Saint Blaise

L’exposition de photographie située dans l’Église Saint Blaise, lors des Rencontres d’Arles est parmi les premières à s’être achevée, dès le 14 août 2008.

Elle était sponsorisée par la FNAC tout comme SFR montrait les oeuvres de ses artistes favoris, au sein de son propre espace (j’en ai parlé ).  Et comme pour SFR, chaque artiste ne présentait que quelques amuse-bouche : 4 ou 5 photos pour chacun. Et comme pour SFR, tout le monde ou presque a ignoré superbement le travail des artistes présentés préférant la facilité des grands noms qui font vendre. Dommage car Arles ne doit pas simplement être un musée. Bref.

On pouvait donc voir Nicolas Fussler avec un travail presque documentaire sur les postes frontières (son site est ), Eric Roux-Fontaine (qui a travaillé sur la communauté rom – son site est ici), Jérôme Brézillon nous livre des portraits plein de dignité d’indiens d’Amérique (ici) dans des diptyques aux espaces naturels sans limites, Marie-Noelle Boutin nous montre des villages de Palestine vus depuis la frontière, (son site est hélas très pauvre), Anna-Katharina Scheidegger présente un travail surprenant sur les horizontales dans le paysage apparemment sauvage des Alpes suisses. Enfin, j’ai été moins convaincu par le travail de Alexandre Del Torchio.

Au final, en dépit du nombre modeste de travaux présentés et de la notoriété limitée de leurs auteurs, il m’a semblé que cette exposition valait le déplacement et illustrait bien la thématique retenue : "Le territoire et la limite".  J’espère que vous irez voir ces artistes sur leur site web ou bien, mieux encore, dans une FNAC près de chez vous (les expositions tournent).

Visite guidée du musée Niepce à Chalon – la fin – photo finlandaise

Dernier billet sur le Musée Niepce à Chalon sur Saône après le début, puis la suite, voici la fin, consacrée à la photo finlandaise. Cette exposition se déroule dans le cadre de 100% Finlande (ici) et il y a un article pas mal .

En résumé, au vu de ce qui est présenté, le finlandais ne paraît guère joyeux. Beaucoup de noir et blanc (je me demande même a posteriori s’il y avait des photos en couleur) à caractère plutôt "social" et "photoreportage".Très peu de photographies "graphiques" à part le travail de Bert Caperlan qui ouvre l’exposition.  Au final, ce sont surtout des lieux et des personnages tristes, du désespoir suintant ou, au mieux, de la mélancolie glacée, qu’il nous est donné à voir. C’est assez désolant, entre tziganes pauvres (Mikko Savolainen), bateau abandonné pris par les glaces (Kristian Runeberg), migrants en Suède (Ben Kaila et Risto Vuorimies). J’ai rarement vu autant de solitude et d’abandon.  Ce n’est donc pas demain que j’achèterai des photos de PJ Lundsten,  Frederick Hackman, Trond Hedstrom, Pauli Huovila, Stagge Soderholm, Birger Lundsten, Martha Soderholm, Christian Runeberg, Ismo Holtto, Matti Saanio, Jorma Puranen et Ismo Kajander. Ce n’est que la fin de l’exposition que l’on a droit à des photos moins déprimantes : Aki Jaskari nous montre des scènes joyeuses du quotidien et Jukka Male nous livre des images pleines de tendresse prises dans un village polonais où la vie semble pourtant bien difficile.  Et avant de sortir, on revient au début de l’exposition d’une certaine manière avec des paysages très graphiques de Pentti Sammallahti (série archipelago).

C’est jusqu’au 28 septembre, à 2H30 de Paris seulement, l’entrée est gratuite et on mange bien en Bourgogne.

Visite guidée du musée Niepce à Chalon – la suite

Vendredi dernier je suis allé à Chalon sur Saône visiter le musée Niepce, consacré à la photographie. Voici la suite de l’article commencé ici.

Pénétrons donc, à l’étage, dans une belle salle avec, tout autour, des photos de paysans chinois réalisées par Bertrand Meunier (prix Niepce 2007) qui travaille chez Tendance Floue (son travail est ).  En principe, je n’aime pas les photoreportages à prétention "plasticienne" mais là, ce n’était pas mal comme je l’ai écrit déjà ici. Il y avait aussi un film en boucle sur le sort de ces paysans pauvres qui exercent le plus souvent un autre métier pour joindre les deux bouts.

Dans les salles suivantes on revenait  à l’Histoire avec, d’abord, le clou de la visite : le 1er appareil photo du monde. Cette boite en bois trouée, sans objectif, n’impressionne guère derrière sa vitrine.

La vie de Niepce et ses procédés sont mis en lumière, si j’ose dire, avec quelques babioles qui auraient un vague rapport avec sa vie (des lunettes, un bout de bois, etc) et surtout des explications sur l’héliographie (un procédé de reproduction des images avec du bitume de Judée) et le pyréolophore (une sorte de moteur). Hélas pour Niepce, son sens des affaires n’égalait pas son génie des inventions et, avec son frère devenu fou, il ne put rien concrétiser en monnaie sonnante et trébuchante.

Dans cette salle, on peut regarder aussi un excellent film qui à lui seul vaut le déplacement et qui dure 45 minutes, réalisé sous la houlette de Michel Frizot, sommité de la photographie (Directeur de recherche au CNRS et auteur d’ouvrages de référence dont une histoire de la photographie). Ce film est complet, didactique et aussi attrayant : un vrai bon travail de vulgarisation technique et historique. On y voit notamment la "first plate" (en gros, la première photographie), aujourd’hui au musée de l’Université d’Austin au Texas. Comme j’ai fait une modification dans Wikipédia, vous pouvez regarder mon petit ajout ici qui comprend un lien intéressant (en anglais).

A propos de Niepce, un site bien fait se trouve ici.

Ensuite, on voit quelques daguerréotypes et calotypes puis les premiers appareils utilisant des plaques (ou des rouleaux) au gélatino-bromure. La photo en couleur est traitée uniquement avec la revue "réalités". Bof. La visite de la section historique se clôt avec des appareils de stéréoscopie anciens ce qui est plus original.

Avant de voir la salle consacrée à la photo finlandaise qui nous ramène aurez de chaussée, il y a une salle consacrée au portrait (visages contemporains). On peut ainsi voir une série de portraits de Thomas Ruff, qu’on ne présente plus, mais de petite taille. Je croyais qu’il n’avait fait que de grands formats pour avoir vu un portrait de plus de 2 mètres à Beaubourg (celui-là). On peut voir aussi deux portraits magistraux d’un vieux monsieur par Éric Poitevin (série gens d’Arbois).

Pour le reste, le plateau est moins prestigieux : on trouve Richard Dumas (de l’agence VU dont le travail est visible ),  Dirk Braeckman avec deux surprenants auto-portraits où l’image d’un autre visage est projeté sur le sien, une œuvre de Jean Luc Moulène (visible chez sa galériste : ici) et plusieurs portraits de célébrités par Jerôme Schlomoff (bof). On voit aussi des choses de Dan Peebles (son site est ), de drôles d’indiens par Gilles Saussier (représenté par la Galerie Zürcher à Paris et New York et ici aussi) et, plus intéressant à mon goût, des portraits de galiciens par Virxilio Vieitez. Ces portraits sont montés dans trois panneaux de 9 photos chacun : ce sont des visages sévères de paysans (suppose-t-on) aux habits frustes (il est représenté en France par l’agence VU et certains de ces travaux sont visibles ici).

La dernière partie de l’exposition est consacrée à la photographie finlandaise de l’après-guerre jusqu’aux années 80. J’ai noté les noms comme j’ai pu, n’étant pas très familier des noms finlandais, et j’ai renoncé aux diacritiques aussi (tant qu’à faire).

Rencontres de la photographie d’Arles – Musée Réattu

J’ai déjà parlé du Musée Réattu situé à Arles, notamment dans les articles "pratiques" (ici et ) introduisant la longue série de billets consacrés aux Rencontres d’Arles.

En effet, muni de votre Pass vous aviez accès à prix réduit au Musée et, en plus, cette année, le Musée est habillé par Lacroix, l’invité de marque des Rencontres.

Les magnifiques robes, accessoires et croquis de Lacroix fonctionnent bien mieux dans ce Musée qu’au cloître Saint Trophime (dont j’ai parlé ici). Sans doute parce que ce qui nous est donné à voir ici n’est pas réservé à l’œil du créateur mais bel et bien destiné au public.

Les œuvres du musée mêlent des peintures classiques et des photographies : on y trouve quelques grands noms devenus des classiques comme Horvat et bien sûr Clergue, l’enfant du pays, comme Lacroix. Lacroix a invité aussi des artistes (peintres, photographes et plasticiens) moins institutionnels. Les critiques virulentes (un commentaire issu d’un site catholique, parmi d’autres, ici) sur une démarche comparable menée au Louvre (avec Jan Fabre) n’ont pas eu cours ici, au Musée Réattu, et c’est tant mieux : les oeuvres cohabitent sans provocation aussi vaines qu’inutiles.

On retrouve Katarina Jebb avec des œuvres de taille plus modeste qu’au cloître Saint Trophime mais tout aussi intéressantes. On trouve aussi Véronique Ellena dont j’ai vu le travail de portraitiste (son site : ) il y a quelques mois à l’espace ING de Bruxelles.

Cette exposition dure jusqu’à la fin de l’année 2008 contrairement aux Rencontres qui ont fermé leurs portes le 15 septembre alors, si vous voyagez en Provence, n’hésitez pas à passer par le Musée Réattu à Arles !

Visite guidée du musée Niepce à Chalon

Vendredi dernier je suis allé à Chalon sur Saône. En TGV, depuis Paris, il faut compter 2H30 avec parfois un trajet final (Dijon-Chalon) en TER. L’objectif ? Visiter le Musée Niepce. Depuis la gare, à pied, il faut environ 20 minutes, sans se presser, pour accéder au 28 quai des messageries où se trouve le lieu à visiter.

Comme chacun sait, Niepce (Nicéphore de son prénom) est l’inventeur de la photographie. Le musée, gratuit, présente en outre, en ce moment, un panorama de la photographie finlandaise de l’après guerre jusqu’aux années 80, et ce jusqu’au 28 septembre. Enfin, le musée montre aussi le travail de Bertrand Meunier, Prix Niepce 2008 (pour le gagnant 2007, pour pouvez voir ).

Le site du musée est bien fait (il est ) et vous donnera les lieux et horaires (qui varient selon la saison). En gros, le musée ouvre à 9H30, ferme vers 18H00 et reste portes closes entre 12H et 14H00.

J’ai un restaurant à vous conseiller, en passant, La Réale, place du Général de Gaulle, où le foie gras et le magret de canard fumé sont excellents sans compter les Saint-Jacques à la Nantaise et la tarte au ciron (compter 40 EUR). Il est dans le guide Michelin et dans le Petit Fûté aussi et, en outre, ce n’est pas bien loin du Musée, à pied.

Le Musée s’ouvre par quelques photos en couleur, très graphiques et composées, de bords de piscines par Franco Fontana, représenté à Paris par Baudoin Lebon.

Dans la 1ère salle au rez-de-chaussée se succèdent panneaux et vitrines. Je n’ai pas vu plus de deux visiteurs et pour l’essentiel j’avais le musée pour moi tout seul : je ne sais pas s’il s’en féliciter ou le déplorer. Égoïstement, en tout cas, j’ai pu bénéficier d’un calme absolu.

Cela commence donc avec des photos "au pochoir", des origines à nos jours. Vous savez, les pochoirs c’est ce qui permet de "découper" les photos de manière plus ou moins "artistiques" : cela se faisait beaucoup aux débuts de la photographie en France et cela continue dans les pays moins avancés de nos jours, avec un effet kitsch indéniable. Dans une vitrine sont présentés des appareils des années 70 dits "à pictogramme" car le viseur présente des dessins au lieu de grandeurs physiques qui imposaient "de s’y connaître". Dans une autre, on voit des objectifs anciens dont un téléobjectif de 1910 : déjà des paparazzis, bien que ce soit anachronique ? (sur l’origine du terme: ici). Dans la salle on voit aussi une énorme (50 x 50) chambre d’atelier.

Dans un coin, presque égarées, quelques photos de Guillot, Gallier et surtout Rodtchenko, Doisneau et Weegee.

Toujours au rez-de-chaussée, un bric-à-brac un peu "cheap" : un panneau sur la revue "Mieux vivre" (vers 1940), des objets munis d’une photo comme des presse-papiers, une vitrine sur la photo d’identité, un panneau sur Pierre Boucher (?), des albums de famille, une vitrine sur le thème du mariage et une vingtaine de photos anciennes de Chalon. Bof.

Un peu plus original : la photographie parlante (pourvue de microsillons), un distributeur de pellicules des 50s, un pupitre de retouche et un panneau sur l’agence Sartony qui faisait des tirages photos immenses pour les décors de cinéma et qui a fermé en 2002.

Un panneau sur "la photo dans la photo" montre notamment, dans le lot épars, quelques pièces de Sarah Moon.

Passé l’escalier orné d’un grand format de Gérarld Petit (?) on quitte un univers vaguement poussiéreux pour des photos plus contemporaines et une présentation historique un peu plus relevée.

Dans le prochain billet on poursuit donc la visite.