Le blog d'un Photoculteur

Culturez vous en regardant des photos !

Maison européenne de la photographie – partie 5 – Jacques Monory

Jacques Monory est exposé à la MEP jusqu’au 26 octobre 2008.

C’était le dernier jour pour voir son exposition qui valait le déplacement et que j’ai vue la semaine passée. Le travail de Monory est rangé dans la case “figuration narrative”, ressortie des limbes au printemps dernier avec une exposition au Grand Palais (ici). Cette exposition collective était d’ailleurs bien mince et celle de la MEP, qui n’est certes qu’une monographie, montre bien mieux le travail de Monory.  Quel rapport entre Monory et la photo ? Simplement, Monory peint d’après des photographies. Ceci dit, il n’est pas le seul : le grand Gerhard Richter lui-même (voir ici) a créé de nombreuses toiles de la sorte et je passe sur les pratiques plus (voire beaucoup plus) anciennes ou “amateur” qui reposent sur la photo.

Alors si Monory est de retour je suppose que c’est lié à l’actualité de la précédente exposition elle-même liée aux “célébrations” de mai 68 (les acteurs de la figuration narrative étant actifs juste à ce moment-là). On reconnait facilement le travail de Monory même si on n’y connait rien : les tableaux sont souvent découpés en “cases”, souvent monochromes (bleu essentiellement, parfois jaune), mêlant des vues colorées avec du noir et blanc. Les différentes cases sont parfois séparées par un mince ruban métallique réfléchissant et parfois aussi une zone en miroir peut orner le tableau.

L’ensemble est généralement d’un style très cinématographique et correspond bien aux thèmes traités (souvent policiers). Il y a une toile qui entretient un rapport particulier avec la photographie baptisée “spéciale numéro 57. A Nicéphore Niepce” (2007) qui est une vision révisée de la “first plate” à savoir ce que l’on considère généralement comme la première photographie de l’histoire (dont j’ai parlée dans un billet sur le musée de Châlon, ici).

 

 

26 octobre 2008 Publié par | paris | , , , , , , , , , , | Commentaires Fermés

Galerie La B.A.N.K. – Amal Kenawy et Juliana Beasley

La Galerie La B.A.N.K. présente le travail de Juliana Beasley jusqu’au 6 novembre. Accessoirement, quelques œuvres de Amal Kenawy sont aussi présentes, jusqu’au 31 octobre.

Là encore, après la rue Sainte Anastase (voir mon billet ici), on n’est pas gâté par le cadre : la rue Volta c’est vraiment moche. A l’intérieur de la galerie en revanche, contrairement à Nuke, c’est très grand, à tel point qu’on se croit plus dans un musée que dans une galerie. Et en plus il y a deux niveaux, c’est dire l’espace. Il y a même deux personnes pour assurer l’accueil. Par contre, hier samedi il n’y avait pas de visiteur.  Pour mémoire, cette galerie est présente à la FIAC, signe qu’à défaut d’un située sur un site enchanteur, la galerie s’est signalée à ses pairs par la qualité de ses choix artistiques. Je passe sur Amal Kenawy dont les installations sont au sous-sol (je ne comprends rien aux installations, encore moins qu’aux photographies). Juliana Beasley présente quant à elle deux séries de photographies.

La première est consacrée aux “lapdancers”. Les filles sont nues (ou presque) et sont assises sur le client (qui reste habillé) pour une “danse” érotique. Là ou c’est fort c’est que la photographe s’est elle-même livrée à l’exercice pendant… huit ans. Du coup, son reportage est vraiment vu “du dedans”. Je dois avouer que c’est troublant d’être là devant ses pauvres types avachies et ses pauvres filles affriolantes en petites tenues : un sentiment de voyeurisme désagréable, de voir ce qui ne devrait pas l’être. Et puis c’est aussi le spectacle d’une certaine misère sociale et affective. Les lieux sont glauques, un peu crado et les types ne sont pas des gravures de mode. On sent la sueur et la cigarette froide à travers les photos, on entend la musique de péquenot (son périple va de New York à Reno mais on se croit toujours au fin fond du Nevada sur les photos). Elle a produit un livre en prime.

Son autre série, Rockaway Park, nous montre une Amérique décidément pas terrible à voir non plus.  Ce sont cette fois, vraiment de pauvres gens, dans le Queens, qui ne pourraient même pas se payer une danse de “lapdancer” à 20 dollars. Des corps fatigués, trop maigres ou trop gros, cette fatigue qui suinte des hommes et des femmes représentés dans des décors de misère encombrés de bric à brac ou vide de toute décoration (des chambres ?). Là-aussi c’est assez troublant même si c’est terriblement banal… quoi que. En effet, le soin apporté à la composition transparait dans “décalage” : le type avec sa caravane baptisée “honey”, le vieux monsieur torse nu avec un chapeau de cow-boy, etc

Les images sont extraites du site de la galerie. La première série est et la seconde ici.

26 octobre 2008 Publié par | paris | , , , , , , , , , , , , | Commentaires Fermés

Galerie Nuke – David Birkin

La galerie Nuke présente jusqu’au 22 novembre le travail photographique de David Birkin.

La rue Sainte Anastase qui abrite cette galerie est vraiment merdique (étroite et sale, ornée de vieilles baraques et de commerces minables) mais on y trouve aussi la galerie Sit Down (dont j’ai parlé récemment ici) et la galerie Jean Marc Patras dont je ne parlerais pas car on y voit en ce moment le travail de Samuel Fosso que j’ai déjà vu à l’Atelier des forges à Arles cet été (et dont j’ai fait un billet ici).  David Birkin (dont le site web est ici et dont proviennent les images ci-dessous) est exposé dans la pénombre de la galerie Nuke, avec 6 ou 7 photographies seulement. Dans la pénombre car les photographies sont sombres et rétroéclairées (ce qui ne doit pas être pratique à exposer chez soi).

David Birkin a travaillé, nous dit-on, dans la souffrance, prenant des positions volontairement inconfortables qu’il essayait de tenir. Il s’agit donc d’autoportraits mais on ne reconnait personne : certaines zones des images (le visage et le sexe notamment) sont volontairement floues. Pas moyen de dire s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, d’un jeune ou d’un vieux, à moins d’examiner toute la série à la recherche d’indices. Ces images sont fortes et dérangeantes : ces corps tordus photographiés dans un flou qui les anonymisent ou donne l’illusion d’un mouvement (pour se libérer d’une contrainte ?) sont gênants. Pas un visage ou un regard où s’accrocher pour lire le ressenti des personnes. Simplement des corps humains chosifiés, posés sur un socle, toujours, comme une statue sur son piédestal.

La texture particulière des images, avec un gros grain, et l’éclairage par derrière qui accentue les contrastes donnent un aspect brut, primal, à cet exercice. La galerie dans la pénombre met aussi un peu mal à l’aise et n’incite guère non plus à entrer (vu de l’extérieur, on a l’impression qu’il fait tout noir dedans).

26 octobre 2008 Publié par | paris | , , , , , , , , | Commentaires Fermés