Galerie InSitu – Noritoshi Hirakawa : Seeking a light

Jusqu’à la fin du mois de janvier 2009, la galerie InSitu (6 rue du Pont-de-Lodi et ici aussi)  présente « Seeking a light » par Noritoshi Hirakawa.

J’avais lu je ne sais où, ignorant tout de Noritoshi Hirakawa, qu’il était préoccupé de sexualité et de mort, que « son œuvre est controversée ». On lisait même : « transgressions presque inacceptables » (sic).  Bref, tout cela ne m’attirait guère mais le titre ne m’évoquait pas de tels débordements et les photos trouvées sur le web ne me paraissaient nullement provocantes. Du coup, je suis allé voir.

La galerie InSitu est vaste et l’espace principal d’exposition, situé en contrebas et couronné d’une sorte de verrière, est très haut sous plafond (illustration ci-dessous tirée du site de la galerie). Les diptyques paraissaient un peu seuls, tout comme moi.

Ces diptiques n’avaient rien de sexuels ou de provoquants. En revanche, la mort rôdait. Les photographies en couleur de format risonnable, de type diasec, montraient, toujours la même chose :  à droite, un visage, d’homme ou de femme, jeune ou vieux, souvent pensif ou gêné, souvent un adolescent aussi avec des écouteurs blancs aux oreilles; à gauche, une image de nuit, avec des points de lumières et on imagine qu’il s’agit d’une voie ferrée (renseignement pris, c’est bien ça). Ce qui m’est venu à l’esprit immédiatement, surtout au vu des jeunes gens, c’est le suicide : les jeunes japonais connaissent des taux de suicide record et voir un visage d’ado triste à côté d’une voie de chemin de fer de nuit, cela m’a paru évident. Peut-être trop. L’illustration ci-dessous, de qualité médiocre, provient du site de la galerie.

De fait, les visages d’adultes m’ont paru moins désespérés et peut davantage à la recherche de lumière (titre de la série). Au final, c’est une exposition où l’on peut passer un moment sans sombrer dans la mélancolie et qui peut être vue par tout public : rien de choquant là-dedans.

C’est jusqu’au 31 janvier 2009.

Galerie Christophe Gaillard – Mario Giacomelli

La Galerie Christophe Gaillard (12 rue de Thorigny et ici aussi) présente le travail de Mario Giacomelli jusqu’au 24 janvier.

La galerie est de taille raisonnable et le nombre de pièces présentées est significatif ; il faut dire aussi que les formats sont des plus classiques. Les travaux de Mario Giacomelli sont presque abstraits à l’exception de deux ou trois œuvres (dont une présentant des curés jouant au cerceau) dont on se demande au final ce qu’elles font là.

La distance au sujet, ou trop proche ou trop lointain, rend difficile son identification et parfois ne subsiste que des formes ou, mieux, des textures si bien que l’on croit voir du papier « gaufré ». C’est là un travail qui m’a semblé d’autant plus insolite qu’il se présente sous un jour classique : format, choix du noir et blanc, et même le cadre retenu contribuent à cette impression de classicisme.

Après avoir visité le site web de l’artiste (ici), il semble qu’il ait arrêté ce thème il y a plus de 25 ans ce qui confirme la tonalité une fois encore « classique » de ce travail alors que le sujet est contemporain. Il s’agit là aussi d’un choix délibéré du galériste de ce concentrer sur cet aspect de son travail, Mario Giacomelli ayant exploré bien d’autres voies au cours d’une longue carrière. Une illustration de l’esprit de l’exposition avec une photo tirée de son site web (années 1953-1963, à ses débuts).

Le marchand vendait aussi des sérigraphies de Soulagès, de 1974 (compter 2 500 euros). Marier Soulagès et Giacomelli, bonne idée.

Galerie la Ferronnerie – Le jardin des délices – Sanna Kannisto

La Galerie la Ferronnerie (au 40 rue de la Folie-Méricourt et ici)  qui fête ses 20 ans et dont j’ai déjà parlé (ici), présente pour quelques jours encore, jusqu’au 24 janvier 2009, Le jardin des délices. Dans ce jardin, une jeune photographe finlandaise, Sanna Kannisto, visible aussi sur son site web (ici) que je vous invite à visiter et d’où sont tirées les illustrations ci-dessous.

Cette exposition est l’occasion de prolonger la « saison finlandaise » qui s’est déroulée en 2008 et pendant laquelle la galerie a montré notamment Juha Nenonen et Jari Silomäki. De mon côté je vous avais parlé de l’exposition au Musée Niepce qui dressait une rétrospective de la photographie finlandaise (ici).

L’accueil est toujours aussi agréable, la galériste est présente et n’hésitera pas à vous parler de l’artiste, de son travail et de son environnement, en toute simplicité, à vous faire découvrir des tirages d’essais et des catalogues même si vous lui rendez visite habillé en péquenot, ce qui était mon cas ce jour là.

J’étais sûr d’avoir déjà vu le travail de Sanna Kannisto quelque part, sûrement sur son site web mais, la mémoire jouant des tours j’avais le souvenir vague d’une tente orangée éclairée de l’intérieur  qui a priori n’existe pas. En revanche, je me souvenais de celles ci-dessous.

L’artiste, dans ses séries précédentes, montrait la nature, parfois épaisse et sauvage (la deep forest), parfois gracile et théâtralisée (plantes et insectes). Elle donnait à voir aussi la recherche scientifique pratiquée sur le terrain, dans ce contexte botanique et entomologique : il n’est pas rare ainsi de voire en « off » ce qui se passe comme  les dispositif de prise de vue, les appareils de capture. Enfin l’artiste elle-même se montre.


Dans la nouvelle série présentée à la galerie, on voit des chauves-souris qui tirent la langue pour boire une solution sucrée dans une éprouvette. La photo est prise en laboratoire, grâce à un déclencheur automatique, et dans l’obscurité. Le résultat est assez saisissant bien qu’il s’agisse de petits formats. En plus grand, on voyait des plantes dont l’écho trompe la chauve-souris de telle sorte qu’elle la prend pour un congénère, s’approche et la pollinise ainsi. Même indépendamment de cet apport scientifique, la photo est esthétiquement magnifique. J’ai retenu une autre photo de la même série, pour illustrer.

Juste une précison pour finir, seules quatre photographies sont visibles sur place (en sus des autres artistes), c’est toujours le hic pour cette galerie qui mériterait plus de place mais, en contrepartie, vous aurez droit à de judicieux commentaires de la galériste, ce qui se fait rare à Paris. C’est jusqu’au 24 janvier 2009.

Galerie RX – In Sook Kim : Saturday Night

Dernier jour hier aussi pour In Sook Kim et sa série Saturday Night à la galerie RX (ici), 6 avenue Delcassé, à deux pas de la galerie Jérôme de Noirmont (qui expose Valérie Belin, à ne pas rater, et dont j’ai parlé ).

Le site web de la galerie ne met pas en garde le visiteur et la photographie présentée pour illustrer l’exposition, riche en couleurs, parait simplement décorative. et bien innocente.

Et pourtant, ce n’est peut-être pas pour rien que la vignette est aussi petite.

En poussant la lourde porte vitrée d’un bel espace contemporain épuré, où on vous saluera bien civilement, on est rapidement décontenancé. De prime abord, il s’agit simplement de grands formats de type Diasec, où dominent généralement une couleur (bleu ou plus souvent rouge), agréable à l’œil, d’une esthétique vaguement publicitaire. Mais en regardant plus attentivement on voit des scènes plus chaudes à forte connotation sexuelle. La photographie ci-dessous montrant des chambres aux parois transparentes, montre quant à elles des scènes sexuellement explicites, comme on dit, et des plus variées.

Alors, qu’en retirez ? Une sorte d’esthétique porno-chic digne des années 90 ?  Un moyen d’être subservif sans risque à 9 500 euros pièce ? D’autres ont vu là une réflexion sur la solitude et le « meilleur » moyen de la combler.

Galerie Photo 4 – Ralph Gibson, Bruno Bourel, Kristin Capp, Renato D’Agostin, Mart Engelen

Dernier jour hier samedi pour visiter la galerie Photo 4 (ici) , 4 rue Bonaparte, à deux pas des quais de Seine.

La galerie est minuscule, tout comme le trottoir où vous devrez vous serrez . Au rendez-vous, quelques images (une dizaine peut-être), de 5 photographes, à savoir, Ralph Gibson, Bruno Bourel, Kristin Capp, Renato D’Agostin et Mart Engelen.

Difficile d’apprécier le travail de chacun avec un corpus si réduit. Il s’agit uniquement de photos noir et blanc, d’un style très classique, aux thèmes également des plus classiques. Je n’ai pas été vraiment séduit par cet échantillon réduit.

Peut-être quelques visages de Mart Engelen, présentés dans le catalogue (compter 1 500 euros en 10 exemplaires) auraient donné un peu plus « d’humanité » aux sujets présentés, plutôt arides. Le site web de Mart Engelen (ici)  ne montre pas son travail hélas et je découvre qu’il s’agit d’un mannequin reconverti ce qui ne m’attire guère, allez savoir pourquoi (notez que je n’ai rien contre, ni contre les cyclistes reconvertis en débitants de tabac).

Ralph Gibson (à ne pas confondre avec Mel) qui me semble le plus connus des photographes présentés ne brillait guère non plus. Dommage ne pas montrer sa production en couleur. A noter le prix qui m’a fait sourire : 4 500 euros pour des tirages de 25. J’espère que c’est négociable. Le site de Ralph Gibson est très complet et se trouve ici ; sa boutique en ligne ne vend pas de tirage mais promeut une série limitée de Leica MP à son nom (la classe à 6 500 USD).

Pour conclure, il faut souligner que cette galerie classique séduira les vrais amateurs avec ces meubles en bois aux fins tiroirs permettant de stocker les tirages, quelque chose qu’on ne voit plus guère à l’heure des espaces vides et blancs. On vous dira aussi bonjour Monsieur et merci, une attitude également profesionelle qu’on ne trouve pas toujours à Paris.

Galerie Polka – Expo prolongée au 15 février 2009

La galerie Polka (ici) dont j’ai dit tout le bien que j’en pensais (ici) récidive à l’occasion de la sortie de son dernier numéro (Polka est aussi un magazine – site ici).

L’expo est prolongée jusqu’au 15 février 2009.

Cette sympathique galerie où il y a du monde, des murs pas blancs, et où il faut monter pour voir les œuvres présente cette fois un large assortiment d’auteurs. On y voit en effet Steven Achiam, Elliott Erwitt, Joakim Eskildsen, Stanley Greene, Laurence Leblanc, Ethan Levitas, Reza et  Masayuki Yoshinaga.

Elliott Erwitt, on ne le présente plus, et à la galerie vous verrez notamment ses clichés, pleins d’humour, de chiens. Son site, d’un usage assez pénible est ici, sinon vous pouvez allez voir chez Magnum (ici). L’image ci-dessous vient du site de Polka et est donc taggée avec un petit chien ce qui colle bien avec le sujet sinon, je ne présente pas d’images ainsi défigurées.

Autre célébrité, Reza, un photographe iranien qui a quitté son pays en 1981, un photographe engagé comme on dit, dont certains clichés sont fameux. Ci-dessous, une de ses photos, visible à la galerie, illustre une affiche destinée à une vente aux enchères de soutien d’une juste cause.

Un autre photographe bien connu est Ethan Levitas. Mais, si rappelez-vous Arles : j’avais trouvé son travail sur le métro de New-York très intéressant (ici). A la galerie, on peut donc revoir ce travail plus une série sur le Japon, en noir et blanc. Autre travail consacré au Japon, et plus spécialement aux jeunes Sumotoris, celui de Steven Achiam, dans une veine plus documentaire et en noir et blanc quoi que ces photos sont très graphiques. Sa série est visible ici (d’où est tirée l’illustration ci-dessous).

Enfin, pour refermer la parenthèse japonaise, on peut voir également le travail documentaire, en multicolore, de Masayuki Yoshinaga qui s’est consacré à un phénomène très connu des ados français (à travers le manga, les jeux vidéos et le fameux salon Japan Expo) mais peut-être moins des générations plus âgées. Il s’agit de ces jeunes qui se singularisent par des vêtements, des chaussures, un maquillage, une coiffure et des accessoires pour le moins farfelus. Amis du Cosplay, bonjour. Vous trouverez une galerie présentant de nombreuses photos de Masayuki Yoshinaga ici (dont sont extraites les photos ci-dessous visibles à la galerie).

Joakim Eskilden présente un reportage sur les roms. J’ignore combien de photographes se sont consacrés à se sujet mais rien que dans ce blog on doit en dénombrer une bonne dizaine(au hasard, dans les plus récents, Mikko Savolainen, Denis Chouquet, Rip Hopkins). Le genre ne se renouvelle guère et j’en suis un peu las.

Stanley Greene montre les dégâts du cyclone Katrina à la Nouvelle Orléans dans le plus style du photojournaliste classique, sobre et empreint d’émotion dans un noir et blanc impeccable. Son travail est visible sur son site (ici) où j’ai bien retrouvé la série mais pas spécifiquement les photos présentées à la galerie. ATTENTION : le site de Stanley Greene présente aussi des séries montrant des scènes susceptibles de heurter les plus jeunes.

Enfin, Laurence Leblanc nous livre un reportage évanescent sur le Niger dont je ne garde guère de souvenirs à mon grand regret car Laurence Leblanc est photographe chez VU et s’est déjà vue récompensée. Quoi qu’il en soit, son site (ici) ne présente pas cette série mais d’autres, à mon sens plus réussies (Les nonnes et Rithy,Chéa, Kim Sour et les autres).

Vous avez jusqu’au 15 février pour vous précipiter.

Galerie Centre Iris – Prix CAFéPHOTO

Le Centre Iris (ici mais le site n’est pas à jour) présente les lauréats du prix CAféPHOTO (si j’ai bien compris). Photosapiens a fait un bon article sur ce prix et ses lauréats (ici) avec quelques illustrations de leur travail.

L’exposition est visible jusqu’au 27 février 2009.

La galerie ne paie pas de mine, c’est le moindre que l’on puisse dire et, une fois entré, on est plus ou moins dans une petite pièce avec quelques photos au mur et avec devant soi, au fond, une salle encombrée dans la pénombre. En fait, c’est en bas que cela se passe et là c’est déjà mieux.

Sehnaz Seker nous montre des paysages et portraits de son pays d’origine, la Turquie. Un travail intéressant où le cadrage est soigné, les flous étudiés et surtout les couleurs sont magnifiques, très douces. Sehnaz Seker dispose d’un site (ici)  mais hélas, en Flash, ce qui interdit de montrer son travail ici. En regardant le site web, je me rends compte que ce qui est présenté au Centre Iris donne une fausse idée du travail de la photographe qui me semble globalement moins « plastique » et plus « documentaire » (en l’espèce sur son village en Turquie).

Danica Bijeljac dispose quant à elle d’un site web fort bien fait (ici) mais la série montrée à la galerie ne figure pas. Sa série, que l’on pourrait qualifier d’intimiste, comme plusieurs de ses séries, porte des scènes banales, en noir et blanc ou couleurs, de format modeste, faussement « instantannées ». Pour ma part, je ne suis pas trop fan de ce genre qui me semble mieux rendu par un livre, par exemple.

Sabrina Biancuzzi montre un travail très surprenant qui passionnera les amateurs de technique photographique (dont je ne suis pas). Un vaste espoace est consacré à sa production qui utilise de nombreuses techniques depuis la lomographie et le polaroïds jusqu’aux tirages lithographiques sur papier baryté (ne me demandez pas de quoi il s’agit). L’ensemble est généralement de petit voire très petit format, là-aussi dans le style intimiste. Par certains aspects, on dirait du Sarah Moon (si si). La série animus est peut-être celle qui m’a semblé la plus intéressante car justement on sort de l’intime. Son site web (ici) présente le double avantage de ne pas être en Flash et de montrer les séries visibles à la galerie mais pas spécifiquement celles de la galerie. Quoi qu’il en soit, c’est un travail à voir.

L’exposition est visible jusqu’au 27 février 2009, allez-y.