Walker Evans et la carte postale au MET

Mes petits camarades de DLK collection (ici) ont publié aujourd’hui, hasard de calendrier, un article sur l’exposition qui se déroule au MET (le Metropolitan Museum of Art, situé à New-York) et qui porte sur Walker Evans et les cartes postales (leur billet est ) au moment même où la MEP (Maison Européenne de la photographie, située à Paris) expose des cartes postales américaines. J’en ai parlé dans un récent billet, . Curieuse conjonction, non ?

L’exposition au MET que je vous laisse découvrir plus en détail sur le blog de DLK collection regroupe, notamment 21  photos de Walker Evans et 10 panneaux muraux montrant des cartes postales. Les photos prises sur places sont éclairantes … et cruelles pour la MEP. Ceux qui ont visité me comprendront. Je vous livre juste ci-dessous quelques commentaires que m’inspire leur article.

Les cartes postales ne sont pas n’importe quoi : elles proviennent de la donation de Walker Evans au MET, en 1994, soit 9 000 cartes postales soigneusement classées, fruit de 60 ans de collection. Pour ce qui concerne la MEP, on ignore tout de la provenance des cartes postales.

L’exposition au MET couvre la période 1905-1920 et comprend des cartes postales en couleur : à la MEP, on voit une période antérieure, en noir et blanc. Walker Evans a souvent détouré ses négatifs pour les mettre au format carte postale : à la MEP, aucune référence à la pratique photographique de Walker Evans où à qui ce soit, dommage. Pour mémoire, dans les deux expos, il s’agit de photos américaines de la même période à 20 ans près.

Au MET sont aussi exposées des cartes postales reçues par Walker Evans en provenance d’autres photographes comme Diane Arbus ou Lee Friedlander : cette exposition est intelligente en créant des ponts entre photographes. Rien de tout cela à la MEP : juste de pauvres cartes postales sous verre.

Arrêtons là le massacre : il y avait moyen de faire une exposition intelligente et attractive sur la carte postale US du début du siècle dernier, le MET l’a faite (c’est jusqu’au 25 mai si vous passez à NY, on ne sait jamais ;)

Maison européenne de la photographie – Giorgia Fiorio, Minot-Gormezano, Miguel Angel Rios

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie) a renouvelé son accrochage. On y trouve de tout, pour ne pas dire qu’on y trouve n’importe quoi, entre cartes postales et travaux de peinture sur photographie de Robert Combas. On y trouve aussi des travaux des plus classiques comme ceux de Giorgia Fiorio et Minot-Gormezano et la vidéo de Miguel Angel Rios.

Giorgia Fiorio nous montre des photographies en noir et blanc de format carré et de taille moyenne dans le plus grand classicisme photographique, propre et net. Elle nous ramène des photographies de ses voyages dans de nombreux pays ; j’ai relevé notamment : Inde, Thaïlande, Pérou, Brésil, Éthiopie, Myanmar, Turquie, Israël, Vanuatu, Kenya, Soudan, Russie, Mexique, Philippines, Pologne, Ouzbékistan et Mali.

Toutefois, ce ne ont pas bêtes photos de voyage mais un parcours planétaire axé sur les croyances et les pratiques religieuses. le titre de la série est "Don, 2000-2009".  Un très bon reportage qui, aurait sa place dans le National Geographic.

Giorgia Fiorio dispose d’un site web (ici) qui présente son travail et dont est extrait l’illustration ci-dessous.

Du côté de Minot-Gormezano, le binôme composé respectivement de Pierre et Gilbert, le style est classique mais le thème relativement original, "L’ombre, le reflet". De fait, les photographies illustrent à merveille le titre de l’exposition. Au final, c’est tout de même franchement aride, ennuyeux et répétitif à l’exception peut-être de la série "Haut Pays" où une ombre se dissimule sur fonds de hauts sommets, des images poétiques invitant à la rêverie et à méditer sur la petitesse de l’homme (en tout c’est ce que cela m’a inspiré).

Le duo dispose d’un site web hélas en Flash, ici.

Miguel Angel Rios montre une vidéo sur 5 écrans (AQUI).  Je n’ai pas regardé la vidéo car je ne supporte pas d’être prisonnier du temps de projection (souvent non indiqué). Des dessins préparatoires et des photographies, que j’ai regardées, illustrent son propos. Un cartel fait référence, au Bien et au Mal, à Eros et Thanatos. Les photographies montrent des toupies et le film aussi. Le dépliant précise : "l’œuvre dépeint la lutte pour la survie, les relations violentes entre les masses et les individus". Pour rester plus au ras du sol, il s’agit de bêtes toupies. On peut effectivement y voir ce qu’on veut y compris la lutte entre le bien et le mal. Tout cela m’a semblé néanmoins bien fumeux mais comme l’artiste a une sérieuse réputation et puisque c’est Neuflize Vie qui paie, libre à elle de distribuer ses financements à qui bon lui semble. Ses clients apprécieront  (ou pas).

Maison européenne de la photographie – Robert Combas – Le frimeur flamboyant

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie) a renouvelé son accrochage. On y trouve de tout, pour ne pas dire qu’on y trouve n’importe quoi.

Il est ainsi possible de passer, en moins de 2 minutes, des cartes postales américaines des années 1880-1910 (en gros) au travail de Robert Combas. Robert Combas est peintre et produit aussi des sculptures et des mosaïques (entre autres). J’avais évoqué son travail l’été dernier dans l’un des premiers billets de ce blog (ici), car il exposait en Arles alors que s’y tenait de la Festival de la photo (c’est encore ici).

Le style de Robert Combas est facilement reconnaissable avec ses personnages bien portants peints en gros traits aux couleurs vives. On ne sera pas dépaysé ici : ceux qui aime Robert Combas aimeront et ceux qui n’aiment pas Robert Combas n’aimeront pas. Ceux qui apprécient la photographie seront déçus car s’il s’agit de peintures SUR photographies, on ne voit plus rien de la photographie (et d’ailleurs ce n’est pas grave) et on verrait une peinture sur bois que l’on ne verrait pas de différence. Artiste prolifique, Robert Combas produit au kilomètre et, comme à Arles, le sentiment d’abondance peut virer à l’accumulation.

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Quoi qu’il en soit, le peinture de Robert Combas est vivante, gaie, joyeuse, décorative et ses textes, qui accompagnent ses œuvres et qu’on ne sauraient qualifier simplement de "titres", sont toujours aussi croustillants et poétiques. Alors si vous avez raté l’expo à Arles à la Fondation Van Gogh, ne ratez pas l’exposition (bien plus modeste) à la MEP. Les photos illustrant ce billet sont, je l"espère, suffisamment réussies pour inciter à la visite et assez ratées pour que le regardeur souhaite préférer voir les œuvres pour de vrai.

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Maison européenne de la photographie – American dream

Depuis quelques semaines, la MEP (Maison européenne de la photographie) a renouvelé son accrochage.

La MEP montre à chaque exposition les visages multiples de la photographie et, cette fois encore, le programme est varié, avec aussi bien Combas, Fiorio, Rousseau, Minot-Gormezan ou Rios. Le plus étonnant est peut-être de montrer des… cartes postales américaines à la MEP, support d’un autre âge a priori réservé aux collectionneurs enthousiastes, aux côtés des étiquettes de fromage, bagues de cigare et jouets Kinder. Il semble que les collectionneurs de carte postales soient des cartophiles (selon cette référence). Bref.

L’exposition se déroule dans une semi pénombre et les cartes postales sont dans des vitrines. Tout le problème quand on expose de petits objets c’est que, pour bien voir, il faut être près et que, lorsqu’on est près, on masque d’autant la vue aux autres visiteurs (vu que  les objets sont petits). En clair, et bien que peu de visiteurs soient présents dans la salle lors de la visite, on ne voyait pas grand chose.

Les vitrines présentent donc 220 photos de la fin du 19ème et début 20ème, par thèmes. La 1ère vitrine explique l’origine de la carte postale et en quoi, par son prix très bas, sa facilité de réalisation et son cout d’acheminement infime, elle est devenue à l’époque l’équivalent de nos SMS. C’est intéressant : j’ignorais tout de ce phénomène mais je demande ce qu’il en était en Europe au même moment et là, les cartels sont muets. Dommage.

L’illustration ci-dessous montre une parie de la 1ère vitrine : il est écrit "La carte postale apparait au milieu du XIXème siècle, mais l’âge d’or de la carte postale photographique commence au tournant du siècle. Les frais de distribution exigé par le Service Postal US sont minimes, et le mode de distribution du courrierdans les endroits ruraux et peu habités devient performant."

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Ensuite viennent donc les cartes postales qui balaient les enterrements et autres autopsies, la vie rurale (et ses concours de gros melons), les "arts populaires", les sorties et kermesses, les transports modernes, les déguisements ("blackface" et costume de poulet), les femmes, les hommes, les enfants, les catastrophes, les immigrants, etc. Les commentaires sont abondants, bonne chose, mais ne correspondent pas vraiment à ce qu’on voit (le rapport est parfois lointain) ; en fait, les commentaires sont plus intéressants que les images, ce qui est le comble.

Globalement, j’ai eu l’impression de revoir ce que je voyais étant gosse, il y a 30 ans, quand mes parents me trainaient dans les foires à la brocante en province. Sauf que là c’est aux États-Unis mais la vie paysanne reste la même.

Je ne saurais trop vous conseiller de passer très vite fait dans cette salle et d’ailleurs, à part quelques retraités et moi, personne ne s’attardait.