Galerie Odile Ouizeman – Le ciel est devenu noir – Laurent Pernot

La Galerie Odile Ouizeman (10 rue des coutures Saint Gervais et ici) est à  deux pas de la Galerie Susan Nielsen dont j’ai déjà parlé ici.

Il fallait un certain courage pour franchir la porte car la galerie fait impression par sa façade et par l’obscurité qui y régnait : c’est normal car s’y tenait, jusqu’au 6 mars l’exposition, "Le ciel est devenu noir" par Laurent Pernot.

Dans cette exposition il y a  des photographies de toute sorte et des installations vidéos et de la musique. Le tout est très cohérent, scénographie intelligemment et, pour tout dire, c’est assez rare de trouver un tel niveau dans une galerie tant l’habitude est de saupoudrer trois ou quatre trucs au petit bonheur la chance ou d’accrocher sur fond blanc des tableaux et photos de piètre intérêt, attendant que le visiteur fasse tout le travail et en particulier qu’il s’imagine être face à une œuvre. Alors que, peut-être, le regardeur n’est que dans une pièce blanche exigüe a regarder des choses moches, mal faites, n’appelant ni le cerveau ni le cœur à s’exprimer. Bref.

Laurent Pernot nous emmène donc dans sa vision de la nuit et on le suit volontiers, c’est tout juste si l’on regrette pas que la visite ne soit pas plus longue. Toutes les illustrations proviennent du site web de l’artiste (ici) qui nécessite de la patience lors de la navigation.

On voit ainsi "Sortir de la nuit", de petits portraits d’enfants dans la nuit.

On voit aussi deux photographies issues de la séries "le temps égaré", deux nuits bien sûr.

Il y avait aussi une robe posée au sol sur laquelle se superposait une vidéo et encore bien d’autres séries de photographies, toujours empreintes de mystère, de douceur et de nuit.

Laurent Pernot a seulement 28 ans.

Galerie Celal – Play loud. Please

La galerie Celal (45 rue saint Honoré et ici) montrait jusqu’au 3 mars une exposition collective réunissant notamment trois photographes, Janine Gordon, Thomas Parnet et Julien Taylor.

La galerie est bizarrement configurée avec deux niveaux en sous-sol qui ressemblent à des grottes mais au final l’espace est vaste et se prête bien à une scénographie.

Janine Gordon montrait "rebellion from Tyranny" et deux autres travaux comparables (son site ici),  trois panneaux de 9 photos (12 000 euros par panneau ou 1 500 euro par photo). Des sortes de monochromes colorés sur fond d’émeutes. Pas très convainquant. mais sn site web présente de nombreux autres travaux dont certains me semblent plus réussis (Boxers and Wrestlers ou Haiti par exemple, des noirs et blancs bruts et sans artifice).

Thomas Parnet montrait quelques tirages noir et blanc sans thème bien précis à 850 euros. On apprend en lisant son CV (ici) qu’il est  vaguement cadreur et un peu musicien, qu’il est venu à la photo en période de désouvrement et qu’il a rapporté les photos exposées de New York après les avoir faites en novembre dernier. Tout est dit.

Julien Taylor nous présente là un travail bien différent de ce qu’il montrait à la galerie Frédéric Moisan (mon billet ici). Il nous livre un travail en grand format sur boite lumineuse, dans le genre photo de mode à 6 000 et 7 000 euros. Il s’agit de photographies réagençant dans le temps et l’espace (comme Iosif Kiraly) des installations d’artistes.

J’avoue que j’ai toujours du mal à comprendre l’inflation dont souffrent certains jeunes photographes sachant que des artistes comme Becher ou Mapplerthorpe, qui ont déjà laissé leur trace dans l’histoire de l’art sont à peine plus cher que ce jeune homme qui n’a encore rien (ou peu) démontré. Ceci dit, la remarque vaut plus généralement pour "le contemporain" où l’échelle de la valeur est passablement malmenée tant il est vrai que n’importe quel ignorant fortuné pourra claquer 10 000 ou 15 000 euros pour une oeuvre colorée contemporaine d’un photographe passé de mode le lendemain. D’un autre côté c’est décoratif alors pourquoi se priver : il y a bien des amateurs de Rolex or et des amateurs de Patek vintage.

Galerie seine 51 – Mr NOBODY – Chantal Thomine Desmazures

La galerie Seine 51 (car située au 51 rue de Seine et ici aussi) montrait le travail de Chantal Thomine Desmazures jusqu’au 28 février dernier.

La galerie est immense et permettait ainsi un accrochage ambitieux avec une multitude de photographies colorées où l’on sent une même approche esthétique mais aussi une forte hétérogénéité, pour ne pas dire "pas de ligne directrice" dans les sujets montrés. Certes les images sont décoratives et un certain charme un peu suranné se dégage de l’ensemble, un peu comme pour de vieux films en Technicolor mais on reste un peu sur sa faim.

On s’interroge aussi quand même sur la portée de l’exercice. En effet, la photographe à travaillé sur le tournage du film de Jaco van Dormael, Mr. Nobody, dont la sortie est prévue le 27 mai 2009.  Est-ce donc alors une simple recopie, une "pure" création, une cocréation ou une recréation ? Difficile à dire.

Le Monde montre un très joli diaporama ici.

Galerie CROUS – Hannaka

La galerie CROUS Beaux Arts, juste avant Chungliang Chang (mon billet ici), présentait le travail de Hanaka (site web ici). euros)

Il s’agissait de photographies en noir et blanc de format moyen de New York, spécialement de bâtiments anciens, en plans rapprochés, avec "du grain" en format carré (à 850 euros) qui ne sont pas dépourvues d’un certain charme.

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Hanaka montrait également de très petits formats, toujours en noir et blanc mais brillants, faits de flous et de surimpressions, de bougés suggérant la vitesse, pour des vues urbaines de voitures et et de métro, toujours à New York.

Enfin, on pouvait voir des symétries de visages où l’on met côte à côte un visage complet  reconstitué à partir de la seule partie droite et un un autre reconstitué avec la seule partie gauche. C’est toujours en noir et blanc et c’est à 350 euros.

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La bonne blague c’est qu’un autre artiste, Hugo Bastidas (illustration ci-dessous en provenance de son glériste, ici) , fait exactement le même travail (à 2 800 USD). Voilà qui incite à s’interroger sur les prix pratiqués dans les galeries.

Vous noterez en passant toutefois que les prix dans cette galerie sont modérés pour un authentique travail d’artiste et des tirages vraiment limités ; comme vous le savez j’exècre les marchands de posters qui prolifèrent en vendant aux bobos gogos des photos "d’artistes soutenus par des collectionneurs" ou de la "série limitée" à plusieurs centaines d’euros pour des tirages eux-aussi à plusieurs centaines d’exemplaires. C’est veut dire quoi un tirage contemporain limité à 500 exemplaires pour une photographie ? Se moquer du monde, tout simplement. Et ça vaut le prix du papier et de l’encre, pas plus.

Alors visitez les galeries, transformez vous de gogo en amateur, prenez le temps, mettez des sous de côté au-besoin et enrichissez un créateur et un galériste qui prend des risque plutôt qu’un marketeux ou un commerçant. Et si vraiment vous n’avez pas de sous, achetez un beau livre au lieu d’acheter un poster au prix d’un tirage original.

En bref – Galerie CROUS – Chungliang Chang

La Galerie CROUS Beaux-Arts (11 rue des beaux arts) présentait jusqu’au 21 mars les travaux de Chungliang Chang dans le cadre du festival étudiant "Ici et demain". Ni l’un ni l’autre n’ont de site web donc pas d’images.

Il s’agissait de photographies recomposées de la vie courante "à la maison" d’un jeune couple. Cela m’a fait penser aux travaux du même genre de Iosif Kiraly vus à Lyon (mon billet ici) sauf que je préfère les thèmes de Kiraly, moins centrés sur son petit chez soi et mieux réalisés à mon goût avec un montage très discret et une meilleure mise en avant de l’aspect temporel des prises de vues.