PhotoEspaña – Les solos en galerie – Ramette, Polke, Vieitez, Garcin, Malone, Cowen, Ruetz

PhotoEspaña s’appuie largement sur les nombreuses galeries madrilènes pour proposer un programme homogène et de très bon niveau. Ainsi, Au cours de la première journée de visite (le 21 juillet), j’ai pu visiter plusieurs "solo shows", en galerie pour l’essentiel, mais aussi à l’Institut Français de Madrid et au Goethe Institut de Madrid.

Le Goethe Institut de Madrid (Zurbarán, 21) présentait les travaux de Michel Ruetz (1968. Tiempos incomodos), des photos d’actualité noir et blanc consacré au Berlin de 67-68 en rez-de-chaussée, et à l’actualité internationale dans les escaliers. ce n’était pas très captivant pour un non germaniste. LInstitut Français de Madrid (Marqués De La Ensañada, 12) montrait quant à lui un auteur que l’on connait bien en France et ailleurs, Philippe Ramette. Une exposition de taille limitée mais excellent avec notamment sa série sous-marine mais aussi, et là c’est très original, des croquis et quelques objets utilises pour réaliser les photos: c’est la première fois que je voyais cela.

Arnès y Röpke (Conde de Xiquena, 14) montrait des travaux de Sigmar Polke (1964-1990), pour le moins énigmatiques, tellement même en fait que cela m’échappe. A cote de quoi figuraient aussi des photos plus ordinaires d’enfants sages et des abstractions en taches de couleur. Dans un registre plus photographique et moins artistique, Juana de Aizpuru (Barquillo, 44) montrait Virxillio Vieitez (Sueños por encargo), déjà vu à  Lyon (billet ici) et au Musée Niepce (billet ici) mais cette fois ce sont de grands tirages et les sujets ne sont pas seulement les paysans pauvres, il y a aussi des enfants et des groupes. Toutefois, les poses restent toujours très rigides et les personnages, laids. Par moment on dirait du Sander.

Astarté (Monte Esquinza, 8) montrait le travail de Gilbert Garcin (un marseillais qui s’est mis à la photo sur le tard – son site ici) que j’avais déjà entrevu je ne sais où. Ce travail, très comparable à l’univers de Magritte, plein d’humour et de non-sens est une vraie pépite et le site de la galerie est également remarquable. Je suis fan de cet auteur la  (ci-dessous, œuvre numérotée).

Begoña Malone présente tout autre chose et c’est vraiment un des charmes de Madrid que de voir des styles aussi divers co-exister. Ximo Lizana (série Coltan) produit des oeuvres géantes sous diasec à mi-chemin de la photo et du design, comme des hybrides de robots et d’humains et aussi une femme crucifiée (pour mémoire, une pièce coûte 15 000 euros).

Nieves Fernandez (Monte Esquinza, 25) invitait Jeff Cowen (représenté en France par Seine 51 – quelques images s’y trouvent) qui rendait un magnifique hommage au corps féminin avec d’étonnants tirages noir et blanc de très grand format, ressemblant le plus souvent à des aquarelles avec en plus des traces, des manques et des déchirures. Son site (ici) ne montre pa d’image mais pointe vers Lensculture qui montre une bonne partie de son travail et dont l’illustration ci-dessous provient.

En bref – PhotoEspaña 2009 – Une nouvelle série d’articles

Alors que les Rencontres d’Arles 2009 se terminent (certains sites sont toutefois ouverts jusqu’au 13 septembre 2009) et que la saison photographique parisienne n’est pas vraiment engagée (il faudra attendre octobre-novembre pour avoir vraiment du grain à moudre), je vous propose de revenir dans une série d’articles sur PhotoEspaña 2009 dont j’avais déjà dit le plus grand bien à mon retour de Madrid. Mon clavier francophone étant fâché avec le tilde, les hispanisant me pardonneront, je l’espère, d’en avoir un usage limité.

Rencontres d’Arles – Eglise Saint Julien – Une sélection par Brotherus, Baudelaire et Fréger

L’association des élèves de l’ENSP (Work in progress) avait investi l’Eglise Saint Julien, à l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres d’Arles et dans le cadre du Off. L’association a un site web visible ici.

Comme il s’agit d’une initiative d’étudiants, on ne peut qu’encourager ceux et celles qui y ont participé activement. Et comme il s’agit de l’ENSP et que le jury est de qualité (Elina Brotherus, Eric Baudelaire et Charles Fréger), on ne peut que visiter.

Pour autant, quelques critiques, que j’espère constructives, doivent être formulées car, si l’initiative est excellente, il n’en demeure pas moins que des pistes de progrès demeurent.

Tout d’abord, le caractère conceptuel et, pour tout dire, incompréhensible par le grand public, de nombre de travaux montrés, nécessiterait un discours critique ou, au moins, un accompagnement didactique: un simple dépliant ou un panneau indiquant les intentions et objectifs de chaque auteur aurait été bienvenu. En effet, la plupart des auteurs ont retenu une approche "cérébrale" de la photographie et/ou ont privilégié la création d’atmosphères et d’ambiances par une collection disparate de clichés. Le procédé n’est pas neuf mais la plupart des projets rassemblait des images si hétérogènes, et finalement si difficiles à relier entre elles d’une manière ou d’une autre, que l’effet immédiat était la surprise, puis l’interrogation dominait et, finalement, le renoncement gagnait face au mystère. Ainsi, on ne peut pas dire que les auteurs présentaient de simples séries de photographies mais bien plutôt, chacun, une sorte d’installation aux visées artistiques évidentes, une démarche qui peut justifier d’un accompagnement du visiteur. Malheureusement pour ce dernier, aucun dispositif d’explication n’était proposé. Je me suis résolu à acheter la revue de l’ENSP espérant y trouver, a posteriori, quelques clés de lecture;  je ne l’ai pas encore lue mais quand ce sera fait ce billet sera peut-être amendé.

Comme il s’agit de l’ENSP, pourquoi des élèves de l’école ne feraient-ils pas partager leur savoir et leur enthousiasme en accompagnant les visiteurs qui le souhaitent (quitte à réserver des créneaux horaires à cette activité) ? Ce serait à mon avis enrichissant aussi bien pour le regardeur que pour les étudiants qui recevraient en retour les avis du public (ce qui ne manqueraient pas de sel).

Ensuite, le lieu posait également difficulté: une Église, vaste de surcroît, pour exposer des travaux contemporains de petite taille et n’évoquant pas spécialement des thèmes religieux ou spirituels, ce n’est pas très adéquat, sauf à reconstruire l’espace intérieur. Il est étonnant que des auteurs qui, manifestement, s’orientent moins vers la simple photographie que vers la création artistique, ne se préoccupent pas (ou si peu) de l’espace destiné à accueillir leurs œuvres. Des œuvres cérébrales ou intimistes se prêtent davantage à une exposition dans un cadre plus resserré. Bien sûr, il n’est certainement pas facile de trouver à Arles un lieu adapté (ou de le modifier) et s’il faut se questionner chaque année sur le lieu pour qu’il soit en adéquation avec les œuvres c’est une difficulté de plus à gérer pour l’quipe d’organisation. Pourquoi alors ne pas recourir à d’autres étudiants en provenance d’autres écoles: futurs architectes, designers, plasticiens ou scénographes pourraient à la fois réfléchir au lieu et mettre en œuvre des aménagements; je serai surpris qu’aucune marque ne puisse sponsoriser les éventuelles actions concrètes d’une école d’Art ou de design renommée.

Enfin, l’accumulation de photographies (et de photographes), au détriment de la profondeur de chaque œuvre, conduit à un parcours superficiel, à un effleurement du travail de chacun et vraisemblablement à une perception limitée de la qualité des travaux. Le corollaire de ce choix (« de tout, un peu ») c’est que voir successivement 14 auteurs si rapprochés dans un même lieu c’est l’assurance de s’y perdre, d’être peu réceptif. Et puis, avec 41 dossiers reçus, il était envisageable d’être plus sélectif, même s’il y a du progrès (en 2008, je vois qu’il y a avait 20 dossiers retenus, 21 en 2007, 19 en 2006). Pourquoi ne pas donner un titre explicite à l’exposition indiquant une ligne artistique directrice et l’assumer ensuite pleinement par un choix réellement sélectif de seulement cinq ou six jeunes auteurs ?

Voilà donc pour les critiques et suggestions et je vais continuer dans cette tonalité avec les projets qui ne m’ont guère convaincu avant de passer à d’autres, qui m’ont semblé plus valables car il n’en manquait pas, fort heureusement.

Thomas Rousset fait partie du collectif MoodWrestling (a priori défunt en 2014). Charles Nègre est également membre de ce collectif. Thomas montrait sa série kerygme. Koydonkèsse kerygme ? Selon l’Encyclopaedia Universalis, il s’agit de l’activité des disciples de Jésus qui consistait dans l’annonce de la présence vivante du Christ ressuscité, autrement dit dans la proclamation de l’Évangile (le mot classique équivalent serait « évangélisation »). Quand on voit les photos, il y a de la marge et la lumière divine n’inonde pas le regardeur, en dépit du lieu d’exposition. Elise Guillod fait partie aussi du collectif (du coup, il aurait été intéressant de parler du collectif sur le site de l’exposition). Elle exposait rituals mais la configuration des lieux faisait qu’on a un peu de mal à attribuer telle photo à tel auteur(se): je n’ai repéré qu’une seule photo, un arbre de nuit, mais peut-être (sans doute ?) y en avait-il d’autres.

Anaïs Boudot nous montrait la série telles que (d’après Hans Peter Feldmann, disait le sous titre). On rejoint là notre ami Thomas Rousset. Voici une recette : photographie un peu au hasard (picore sur Flickr si tu ne sais pas faire de photo : un mur de nuit, un tas de linge sur une chaise, un lotissement de nuit, etc) et trouve un titre intriguant, si possible intellectuel. Par exemple : Parce que (d’après Jacob Holman) ou Et si ? (d’après Frederich Helter). Un titre en un mot c’est bien aussi : Parasympathique, Aberhavre,Obreptice, etc. Je sais bien que ce n’est pas parce qu’on peut le refaire soi-même (en apparence) qu’un travail artistique est sans valeur : c’est la raison pour laquelle je serais curieux d’entendre l’auteur et le jury s’exprimer, et défendre l’œuvre.  Xavier Antoinet : des rubans en sous-bois, trois verres, un type et sa valise ouverte, un sous-bois enneigé, etc. Cette série (sans titre) figure sur le site de l’ENSP (ici). Je reste dubitatif.

Il est de même pour d’autres auteurs qui parviennent certes à dégager une ambiance mais où l’on reste sur sa faim. Maya Rochat (série sous les pavés) montre ainsi un cheval en bronze, deux traces de freinage, des jambes d’une vielle dame et en jeans, etc. Son site (ici) est bien fait et montre d’autres travaux, plus accessibles. Lola Hakimian (série quelque chose et rien) montre une piscine à la lumière jaune, une plage désertée, trois cochons pendus, une fille à l’air bizarre, etc. Ses images sur le site de l’ENSP sont plus "simples" (ici). Marie Quéau montre un extrait de sa série paillasse (qui compte 30 images) : un soulier couché par terre, un chien allongé, deux poissons, etc. Son site est ici.

Je termine avec les six auteurs et travaux qui me semblent les plus originaux ou les plus facilement appréhendables a priori.

David Favrod fait partie du même collectif que Thomas Rousset, avec qui il a déjà travaillé. Sa série s’appelle gaijin:l’étranger et porte sur sonvoyage au japon rural. Pour le coup, sa série fait exception: amusante, elle compose un récit par petites touches, d’un Japon méconnu, ni high-tech ni traditionnel.

Le travail de Sébastien Roustan (série le lieu) est aussi accessible : une chambre, un tas de bois, un mur, un séjour, une entrée, une salle d’eau, une façon personnelle de cerner un lieu. Anne-Claire Broc’h (série hors saison) montre un ensemble en apparence décousu mais qui, quand on le regarde attentivement, évoque parfaitement le titre. Une impression vague de creux, de manque voire d’absence doublée de mélancolie voire de tristesse et un curieux sentiment de décalage: un blockhaus, un âne, un type se cachant le visage, une fille de dos sur la grève, une maison enfouie dans la verdure. On pouvait voir son travail ailleurs (billet ici) et sa série figure sur son site (ici).

Léa Habourdin (son site ici) propose cours toujours, un panoramique de collage chasseurs, meute, chamois et une vitrine avec des dessins également. Un travail très surprenant et original, aux frontières de la photographie, pour cette jeune femme qui s’est d’abord initiée à l’estampe.

Le travail de Lukas Hoffmann est aussi déroutant: il photographie ses interventions colorées et souvent modestes dans le paysage (pose de papier coloré, dépôt de boites de MacDo) dans des endroits urbains plus ou moins a l’abandon.

Nelli Palomaki montre des autoportraits de jeunes femmes dont une petite fille dans un miroir. Son site web est d’excellent niveau et tranche avec ce qu’on habituellement chez de jeunes auteurs (il se trouve ici).

Toutes les illustrations proviennent des sites web mentionnés dans le corps de l’article, sites que je vous invite à parcourir, tout comme moi, quelle que soit la perception que vous avez de tel ou tel auteur.

Rencontres d’Arles – Musée de l’Arles antique – Ce qu’il y a à voir est ce que vous voyez

Le Musée de l’Arles antique hébergeait l’an passé quelques clichés historiques et une projection de diapositives (billet ici). Cette année, l’exposition est plus classique (il s’agit de photographies accrochées aux murs) et un peu plus étendue (en surface) mais, en fin de compte, au vu du grand nombre d’auteurs retenus (16), chacun est réduit à un échantillon minuscule. Les œuvres présentées, si elles sont dans l’ensemble d’un niveau relevé, ne sont pas non plus des icônes de la production des artistes, un choix qu’on peut regretter. Le curateur a retenu des photographes confirmés et d’autres moins connus, en parts égales (8 ont déjà été chroniqués sur ce blog). Le curateur n’est autre que Jean-Claude Lemagny, sommité dans son domaine, ancien conservateur général du département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France, rien que ça.

Jean-Claude Bélégou montrait (partiellement) deux séries. D’une part, le territoire, une série noir et blanc gravitant autour d’une fenêtre et aussi le fameux déjeuner sur l’herbe que j’ai déjà évoqué (ici) mais le choix du curateur s’est porté dans ce cas exclusivement sur les fruits (nous dispensant des nymphettes) ce qui redonne à la série une tonalité plus favorable.

Stéphane Couturier était représenté par une seule photographie et cette fois, par exception, il s’agit d’une pièce fameuse, sa célèbre fenêtre. Valérie Belin montrait deux robes de mariée fort banale de format moyen, à l’encontre de ses travaux habituels. Yuki Onodera fait le portrait de fripes avec deux robes vides mais comme habitées, sur fond de ciel. Un travail plus intriguant mais aussi plus accessible à la compréhension que sa prestation récente chez RX (billet ici). Antoine Petitprez montre un curieux mannequin gris se détachant à peine du fond noir et son pendant plus contrasté mais aussi une de ses fameuses poules, dans un tirage aux énormes bords blanc. Philippe Gronon qui nous avait séduit avec ses photographies de dos de peintures (billet ici), nous montre ici une photo de pierre lithographique : j’ignore s’il s’est donné pour programme de prendre à revers les moyens de communication les plus divers mais le résultat est à nouveau étrange.

Tom Drahos, je l’avais découvert lors d’une exposition au Musée du Montparnasse consacrée aux récipiendaires du Prix Arcimboldo (billet ici). Il présente à Arles une série (Macbeth et les actionnaires) cette fois encore marquée du sceau de l’étrangeté doublé d’un gros travail de manipulation des images. Celles-ci, issues  d’une séance d’actionnaires, sont déformées et colorées de rouge ; Macbeth est doté d’une couronne jaune et des textes sont ajoutés ; certaines images sont des portraits ronds sur fond blanc, d’autres figurent de vrais cœurs en vision médicale, d’autres des poignards et d’autres un aigle ou un paysage rouge. Ces multiples images de petit format forment une longue chaine (extrait ci-dessous) qui parcours un espace aménagé au cœur même de la salle d’exposition.

arles-2009---drahos

Jean-Christophe Ballot (qui a exposé chez Alexandre Cadain en collectif sur le thème des Vanités – billet ici) montre là un triptyque imposant d’appareils industriels où quelques éléments changent entre les trois photos: un travail entre nature morte, portrait et paysage.

Viennent ensuite les auteurs dont je ne connaissais pas le travail et il faut bien dire qu’après cette exposition, je ne sais pas beaucoup plus, faute de contexte et de matière suffisante. Il est vrai que le thème de l’exposition (ce qu’il y a à voir est ce que vous voyez), soutenu par de multiples citations évoquant la vanité (la vacuité) du commentaire au profit de la sensation immédiate, militait pour un « no comment ».

Florence Chevalier se situe entre paysage et nature morte en grand format couleur (torchons qui sèchent, piscine abandonnée) mais cela m’a semblé beaucoup moins puissant que le travail de Ballot.

Eri Makita est survolé en trois noir et blancs (son site ici). Regina Virserius (son site ici) montre torse féminin et étoffe. Laurent Millet (son site, très original ici) expose des photos de bricolages en carton et fil de fer. Jean-Michel Fauquet montre des photo grises, un peu comme du fusain ; on dirait qu’il s’agit de sculptures.

Eric Bourret (site ici) exhibe quatre noir et blanc tremblotant en forêt. Dominique Vautrin (site web vide) appartient à l’école « gros grains flous de nuit » (à Londres, cette fois). Même chose pour Jean-Francois Spricigo où on discerne grossièrement des scènes ordinaires.

Au final, cette exposition, qui dure jusqu’au 13 septembre 2009, laisse une impression mitigée et ne fait, de toute évidence, pas partie des destinations à privilégier lors d’une visite des Rencontres d’Arles.

Rencontres d’Arles – En marge du Off – Les autres espaces collectifs

Dès mon retour des rencontres d’Arles, j’ai évoqué le Off à travers plusieurs articles collectifs (les galeries amateurs et pro, les hôtels, les individuels) et plusieurs articles individuels consacrés au meilleur du Off. Il restait à clôturer le Off,  avec quelques expositions collectives se déroulant dans les lieux les plus divers et ne méritant pas un article individuel.

La Maison de la vie associative montrait principalement les photos de la Chine vue par Serge Dassier, de bonnes photos de voyage. Quant au reste, je suppose qu’il s’agit d’amateurs. Zoe Parisot montrait des portraits en nuisette avec du flou autour comme dans les années 1900, Pascal Bonneau exposait des tirages platine (peupliers, cannes, etc), Robert Rocchi exposait je ne sais plus quoi. Le seul qui sorte un peu du lot, était Jean Manas avec sa série le cirque brin d’avoine : une poétique série ou un brin d’avoine fait des acrobaties.

La Salle d’honneur de la Caisse d’Epargne faisait un peu mieux. Sarah Desteuque montrait des femmes cachées derrière des voiles de dentelles noires. Pas très convainquant et passer après Steichen tirant le portrait de Gloria Swanson en 1924 (ci-dessous) est un peu difficile .

En revanche, les autoportraits réalisés par des aveugles de Lisbonne avec l’aide de Georges Pacheco (dont le site web est cassé) sont saisissants et les yeux souvent morts de ces portraits sont impressionnants: un auteur qui méritait assurément mieux que cette salle anonyme.

La Maison des rencontres, au 10 rond-point des arènes, montrait les Archives photographiques italiennes. Claudio Argentiero montre la plage en Holgavision (photo faite avec un appareil amateur de type Holga) et la série mistral (des arbres). Duccio Nacci (série toscana dell’anima) montre de magnifiques paysages toscans aux couleurs ocres très douces et avec parfois un voile de brume . On termine avec un maître, Elio Ciol, qui montre de superbes paysages noir et blanc, des champs à la géométrie subtile (illustration ci-dessous en provenance de sa galerie à New-York) , des ruines antiques et le Guggenheim de Bilbao. La lumière est à tomber par terre. Là-aussi on ne peut que regretter le choix d’un lieu pareil pour exposer.

Rencontres d’Arles – Le meilleur du Off – Corée!

Comme pour l’expo à l’IUT d’Arles, rien sur le site du Off mais un article dans le dépliant des Rencontres sur cette expo baptisée Corée! qui se tenait dans un local modeste, au 26 rue de la liberté. Cette exposition fait partie du "meilleur du Off" moins pour ce qu’elle montre que pour le potentiel qu’on entrevoit: en effet, le nombre de travaux présentés, réduit, ne pouvait guère constituer qu’un  échantillon. Cette exposition méritait aussi qu’on s’y attarde par simple curiosité: la Corée c’est loin et bien malin en Europe qui peut prétendre connaître la photographie coréenne.

Le dossier de presse est extraordinairement bien fait et je vous invite à le regarder (ici): il contient des textes synthétiques de présentation et de nombreuses images ainsi que les coordonnées des auteurs et de l’association (Lahoula). En fait, un tel dossier de presse, je n’en ai jamais vu, même réalisé par/pour une galerie professionnelle. Le magazine en ligne Viewer a aussi consacré un numéro à cette exposition (ici) mais ne présente pas toujours les mêmes travaux.

Aucun des auteurs n’a de site web sauf  Aurore Skelton (ici) ce qui est particulièrement dommage.

Sang Hyun Hong œuvre dans la photo d’architecture autour  de photo d’immeubles vu par dessous qui est exactement sur le même modèle que celle de Marie Bovo vue à ArtBrussels chez Kamel Mennour (billet ici). Jin Hee Bae montre dans de petits tirages couleur, des jeunes souvent en groupe dans un joyeux bric à brac. Sun Young Ha montrait trois affiches de pin-up qui, faute de contexte, étaient incompréhensibles: en fait il s’agit de petites cartes glissées sur les pare-brise pour racoler. Allan Eglinton nous livre une mini installation évoquant la Corée du Nord vue depuis le côté Sud. Le travail de Christophe Nivaggioli, pourtant le plus connu (Boutographies 2005, Photaumnales de Beauvais 2006, etc) est peu visible sur les sites web déjà cités et se prête mal à la reproduction car il repose, me semble-t-il sur une certaine accumulation de petits clichés couleur.

Quoi qu’il en soit, cette exposition est une initiative heureuse, une bouffée de fraîcheur dans un Arles envahi d’initiatives aussi commerciales que douteuses et d’expositions déprimantes, faussement provocantes à force d’être réchauffées et recyclées jusqu’ à l’usure finale.

Rencontres d’Arles – Le meilleur du Off – IUT – Jeunes photographes russes

Cette exposition, à l’IUT d’Arles, consacrée à la jeune photographie russe, ne figure pas le site web du Off mais figure sur le dépliant papier des Rencontres: c’est tout de même rare de voir un papier plus à jour qu’un site web !

Quoi qu’il en soit, bien que cette exposition soit donc fort mal promue, il aurait été dommage de la louper. Pour ma part, je n’y ai croisé personne alors que l’IUT est à 200 mètres des Ateliers qui, eux, bénéficient d’un public (certes clairsemé mais bon).

Trois auteurs ont été sélectionnés par Robert Pujade (IUT de Provence, site d’Arles), Pascal Michalon (Université Lyon 1) et Liza Fetissova (Russian Tearoom Gallery dont on a déjà parlé à plusieurs reprises ici et ) : Anya Maysuk, Tatiana Plotnikova, et Alexandre Demankova.

Anna Maysuk montrait sa série la plus connue (Le dernier été de l’enfance) que j’avais ratée à Paris.  Photos intimistes, réalisées de près souvent et formant un ensemble impressionniste.

Tatiana Plotnikova (son site ici) montre sa série banya, réalisée en Russie de 2006 à 2008. Il s’agit de bains de vapeur.

Alexandra Demenkova (site ici) a choisi quant à elle les pauvres, les déshérités et les fous. Seules une ou deux photos avec des enfants mettent un peu de gaité dans un univers désabusé.

Au final, une exposition un peu triste, en noir et blanc des plus classique, mais on retiendra aussi l’humanisme de ce clichés en provenance de Russie, que l’on a rarement l’occasion de voir en France.