Rencontres d’Arles – Eglise Sainte Anne – Willy Ronis
L’Eglise Sainte Anne qui hébergeait Paolo Roversi en 2008 (billet ici), abrite cette fois le travail de Willy Ronis (que j’ai évoqué brièvement récemment à l’occasion d’une interview télévisée – ici). Rappelons que ce photographe, âgé de 99 ans, est un peu le dernier des mohicans mais reste encore parfaitement lucide et se souvient très bien du contexte de ses photos. Il va de soi que ce qui est montré n’est qu’une infime fraction d’une très longue carrière.
L’exposition montre surtout l’après-guerre, la période 47-59: grève, métiers, pauvres en banlieue parisienne mais aussi des scènes plus banales, un peu convenues (vues de paris, petit parisien). On nous donne à voir aussi quelques scènes a l’étranger qui valent le déplacement dont deux aux pays-bas et quelques nus. Parmi ces derniers, de très récents (1998) mais surtout le fameux “nu provencal” (ci-dessous).

C’est une honnête exposition, pas très grande mais qui évite ainsi la saturation, d’un grand monsieur de la photographie française; la seule chose à regretter c’est la chaleur.
Rencontres d’Arles – Coup de coeur – L’atelier du midi – proches – Pastureau + Pralus
Aux rencontres d’Arles, il y a un Off pas terrible mais quelques travaux surnagent et, pour ceux-là, un article collectif n’est pas suffisant.
L’exposition à l’Atelier du Midi montre “proches”, titre retenu par deux jeunes auteurs, Lucie Pastureau et Lionel Pralus. Lucie n’est pas une inconnue puisqu’elle avait exposé à la Galerie jeune création à Paris et il faut bien avouer que je n’avais pas été vraiment convaincu sur le moment (billet ici), en raison du sujet traité mais aussi du lieu. Cette fois, outre que les travaux montrés vont au-delà de la série déjà vue, le lieu d’exposition rendait mieux justice à son travail. Et puis le dialogue photographique entre Lucie et Lionel est aussi un atout. J’ai découvert à cette occasion le travail de Lionel Pralus, très réfléchi, qui m’a touché (et ce n’est pas souvent).
Du coup, je suis cette fois franchement enthousiaste. Il y a par ailleurs un excellent article, interview à l’appui, sur leur travail, c’est suffisamment rare de trouver des articles valable sur internet qu’il faut se précipiter pour le lire, chez lesphotographes.com, ici. En lisant cet interview vous verrez deux jeunes gens d’une grande maturité dans leurs réflexions et qui n’ont pas la grosse tête et je vous assure que cela fait le plus grand bien quand on voit, lit et entend tous les cardinaux de la photographie et des arts pontifier et se gausser du public.
Vous pouvez aussi aller directement sur le site du minicollectif Faux Amis (ici) qui, au couple déjà évoqué, ajoute Hortense Vinet, elle aussi issue de la même promotion de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de la ville de Paris (ENSAD).
La première partie de l’exposition se trouvait en rez de chaussée d’une maison et consistait en une installation combinant une bande son (un souffle me semble-t-il), des textes courts oniriques encadrés comme des photos et bien sûr des photos de tout type et de tout format. Mais le meilleur restait à venir dans la cave de la maison d’à côté.
Dans la maison d’à côté, donc, on trouvait les travaux des deux auteurs non plus en fusion mais distinctement.
Lucie montre “septième”, des texte et images autour d’une disparition (qui a donné lieu à une publication – texte de Madeline Roth) et à nouveau sa série frères mais dans de meilleurs conditions de “visionnage”.
Lionel quant à lui montre des entre deux, des terrains presques vagues (série terrain vague). Il expose aussi lettres aux pères, un travail en cours. Lionel nous jetait aussi à la figure ses paysages familiers : des paysages banaux et un texte rugueux (exemple: mes parents n’ont pas d’amis) sérigraphié dessus de telle sorte qu’on ne le distingue que sous un certain angle, en faisant un effort. C’est ce travail qui m’a paru le plus inspiré et le plus dérangeant. Pour tout dire, le thème du père, ces textes personnels durs sérigraphiés sur des paysages de la campagne ordinaire et ces terrains à l’abandon construisent déjà une œuvre à mi-chemin du portrait (ou de l’autoportrait ?) et du paysage, chargés d’émotions et d’un non-dit, vécu ou imaginaire, que chacun se plaira à imaginer (illustration ci-dessous tirée du site du collectif).

Ce n’est pas tous les jours qu’on fait une découverte comme cela alors je vous invite à suivre leur travail qui sera visible aux Photaumnales de Beauvais, en bonne compagnie.
Je me rends compte que cela fait longtemps que je n’ai pas râlé contre les pseudos galeries qui prétendent vendre des tirages de collection (entre autres balivernes) qui ne sont autres que des photocopies couleur en grande série (j’exagère à peine). Sachez, jeunes collectionneurs et amateurs de photos que le travail de Lucie et Lionel se vend quelques centaines d’euros pour des éditions de 10 (les frères à 330 encadrés en 32*32 et les paysages familiers à 380 en 40*60, par exemple).
Voilà :)
Rencontres d’Arles – Atelier des forges – Nozolino, Richards, Florschuetz, Burri
Après la visite de l’Atelier de Maintenance (billet ici) situé à l’entrée du parc des ateliers, c’est au tour de l’Atelier des forges.
On est accueilli par le travail de Joan Fontcuberta (une sommité dans son domaine) qui consiste en des tirages géant sur bâche de taches (série Blow up blow up) obtenues par agrandissement de photos. Une vidéo le montre en train de s’agiter fébrilement au travail sur une image afin de déterminer quelle zone agrandir. Je me suis demandé si ce travail n’était tout simplement pas grotesque. C’est un peu le problème de l’art contemporain (on a quitté là le domaine de la photographie au sens strict) c’est qu’on hésite entre blague et travail profond puisque les années n’ont pas fait le tri: la communication personnelle, la publicité entretenue par les galeries et la presse, le marché de l’art avec ses collectionneurs et de nombreux phénomènes parasites empêchent d’y voir clair. On en reparlera donc (ou pas) dans trois siècles ;) quand les protagonistes seront en poussière.
Paulo Nozolino se montre moins ambitieux dans sa démarche avec un montage photo noir et blanc déprimant et pénible à regarder qui transcrit mal l’ambiance de sa série photographique: une multitude de tirages noir et blanc tout petit, dans une ambiance de jeu vidéo gothique, avec beaucoup d’ombres et de lieux délabrés.
Eugène Richards apprécie aussi les lieux désertés mais sa série (blue room) en couleur sur les maisons abandonnées aux États-Unis vues de dedans ou, plus rarement de dehors, sans âme qui vive, est paradoxalement pleine de vie. Il s’attache à des détails mais intimes comme des souliers ou des jouets. Il introduit également une respiration dans son accrochage avec des vues extérieures de paysages, sans maison. Voilà un travail photographique de grande qualité et un très bel accrochage, parfaitement équilibré. Son site web (ici) n’est pas terrible et fortuitement nos amis de Thephotobook, blog recommandé, publient le 4 août un article sur le livre Blue room (ici, en anglais), richement illustré (exemple ci-dessous).

Eugène Richards montre aussi books montage qui résulte d’une demande de “condenser” ses livres. Il en résulte 7 panneaux et autant de livres sous vitrine: un bel exercice artistique mais la matière visuelle est trop dense et il demeure un problème de distance entre ce qui était au départ des pages de livres et le regardeur.
Thomas Florschuetz livre quant à lui un travail conceptuel auquel je suis totalement imperméable, ni le cœur ni le cerveau n’ont été touchés. On voit ainsi des photos de fenêtres, des photos de lui en train de bouger (dans les deux cas les tirages fonctionnent “en groupe”) et deux tirages géants d’une vue à travers la fenêtre accompagnées de deux vues d’intérieurs géométriques (poutrelles, échafaudages). Le lieu doit être maudit car l’an passé c’était George Tony Stoll qui était exposé là (billet ici).
L’exposition se terminait avec René Burri et c’est là qu’on comprenait pourquoi des piles électriques étaient distribuées… L’expo portait sur la coupure de courant du 9 novembre 1965 à New York (série Blackout New York 9/11/65) et qui valut à René Burri de foncer dans les rues armées de son Leica et de 8 rouleaux de pellicule. La série n’a été exhumée qu’en 2004. Tant la série que la scénographie sont incontestablement à apprécier et ce d’autant que peu de gens a priori l’ont déjà vue.
Rencontres d’Arles – Atelier de maintenance – Griffin, Holomicek et Parr
Les Rencontres d’Arles se sont établies dans le centre-ville d’Arles et aux Ateliers, un site de la SNCF partiellement reconverti. Ce vaste parc est composé de plusieurs bâtiments et nous commençons par l’Atelier de maintenance.
La première exposition est celle de Brian Griffin (son site ici), qui présente deux travaux sans rapport.
Le premier est une “série islandaise” sur le thème de l’eau (the water people) réalisée sur l’invitation de l’agence de l’eau islandaise. Ceci nous vaut des portraits à travers une vitre mouillée, des visages dégoulinants avec de l’eau comme figée dans son mouvement mais aussi des photos presque surréalistes (un dôme, un jet de vapeur, un trépan,…) et des formats plus petits presque abstraits (tuyaux) ainsi qu’une installation de médailles réalisée avec une autre artiste. L’ensemble est assez déstabilisant, trop hétérogène alors que chaque sous-ensemble en lui-même est plutôt bien vu. En l’espèce, cet accumulation de photos “en vrai” est à mon goût excessif, trop envahissant et le site web (que je vous invite à visiter), pour une fois, me semble plus agréable, moins invasif que toutes ces photos déposées dans cet atelier. Ces deux photos de la série the water people, ci-dessous, tirées du site web de l’artiste me semblent particulièrement réussies, chacune dans leur genre. Je vous laisse méditer :)


La seconde série (St Pancras) est consacrée aux hommes et femmes qui ont contribué à la construction du High Speed 1 (achevée en 2007), la ligne de chemin de fer à grande vitesse qui relie la sortie du tunnel sous la Manche à la gare de St Pancras de Londres en 35 minutes.
Il y montre des portraits en noir et blanc et en couleur, institutionnels, naturel ou plus créatifs. Les chefs sont plutôt en pied et en couleur et les ouvriers en noir et blanc mais j’ignore s’il s’agit d’un biais de sélection ou non. Cet ensemble est très réussi, les formats retenus, plus modestes que pour l’autre série évitant d’écraser le regardeur mais; là-aussi, il y a une telle avalanche de photos qu’il est difficile de tout apprécier.

Bohdan Holomicek devait présenter 70 tirages au vu du panneau mais j’ai compté “seulement” 44 photos et une vidéo. Ces travaux portent presque tous sur son voisin et ami Vaclav Havel que l’on voit surtout en société avec des mis ou des militants, cigarettes et bouteilles sur les tables, surtout dans les années 70. Il s’agit de petits formats noir et blanc dans leur jus de piètre qualité technique et esthétique: des photos amateurs qui ont valeur de témoignage sur la vie de Vaclav Havel mais qui n’intéresseront guère que les fans de cette période ou d’histoire Tchèque. Tout à fait entre nous, cette exposition n’a pas sa place à Arles dans la sélection officielle et s’apparente au remplissage à bon compte d’un vaste espace d’exposition.
Martin Parr décidément omniprésent (sortie de son nouveau bouquin consacré à l’absence de crise chez les riches, oblige) montrait un montage de diapositives de ladite série (luxury), vue a la MEP (billet ici) mais montrée ici de façon plus étendue (enfin il m’a semblé). Tant que j’y suis, vous pouvez réserver son bouquin chez Amazon (ici).
Au final, un sentiment mitigé.


