Le blog d'un Photoculteur

Culturez vous en regardant des photos !

Rencontres d’Arles – Eglise des Trinitaires et Chapelle du Méjan – Delpire

Trois sites étaient consacrés à Delpire, l’éditeur, et c’est beaucoup trop. J’ai déjà évoqué l’espace Van Gogh, très vaste et entièrement dédié à son travail d’éditeur, voici le tour de l‘Eglise des Trinitaires et de la Chapelle Saint-Martin du Méjan, pour des expositions qui, l’une et l’autre, ne valent pas plus qu’un entrefilet.

Dans l’Eglise des Trinitaires sont exposées des travaux d’édition, comme on s’en doute, et surtout d’illustration. On n’échappe pas non plus à Citröen, sponsor officiel des Rencontres (sont-elles à ce point fauchées qu’il faille confondre les genres ?). Cacharel était aussi mis en valeur, on aurait cru de la publicité gratuite. Je passe sur la chaleur insupportable qui règne en ce lieu, comme dans la plupart des églises en plein été à Arles. Au final, une exposition à rater sans aucune hésitation.

Arles-2009---Trinitaires

Quant à la Chapelle Saint-Martin du Méjan, elle est heureusement partagée entre Delpire, André Martin et André François. Enfin, heureusement c’est vite dit, car si cela nous épargne de voir encore et toujours de l’édition, cela ne nous dispense pas de voir les oeuvres d’André François dont on se demande ce qu’elles font aux rencontres d’Arles: il me semblait  en effet qu’il s’agissait de Rencontres dédiées à la photo, non aux livres, à la peinture et à la sculpture. C’est à se demander si le paysage photographique est si pauvre qu’il faille ainsi recourir à de tels pis-allers. Quant à André Martin il montrait des photos d’herbiers, de plantes et d’insectes. Quoi qu’il en soit, on voyait dans cette exposition des photos parues dans le Nouvel Obs depuis 20 ans et des photos tirées du n°8 de Spécial photo qui est édité par Delpire.  Je n’ai rien à dire sur cette exposition: ouvrez une revue au pif (l’Express ou Géo, peu importe) et faites des tirages grand format de quelques pages. Voilà. Vous avez une exposition toute prête (et pas chère en plus).

Arles-2009-Méjean

Ce sont là deux expositions qui se moquent du visiteur jusqu’au 13 septembre 2009: à moins d’être lecteur fidèle du Nouvel Obs ou de vouer une dévotion à Delpire (il s’agit de deux sites à vocation religieuse, alors sait-on jamais), passez votre chemin sans hésiter.

13 août 2009 Publié par | arles | , , , , , , , , | Commentaires Fermés

Rencontres d’Arles – Salle Henri Comte – Une attention particulière

En 2008, la salle montrait des « courtisanes » du siècle passé avec crinoline, bottines et tout l’équipement. Changement radical en 2009 avec les travaux de jeunes diplômés de l’ENSPA (Ecole Nationale Supérieure de Photographie d’Arles). Tous ceux qui n’étaient pas exposés (ou presque) sont visibles sur le site de l’école (ici – rubrique 3ème année).

La garde-chiourme interdisait formellement les prises de vues, ce qui ne manque pas de me surprendre : peut-être les visiteurs (payants), désireux de garder trace des œuvres exposées, sont-ils suspectés de tirer profit des travaux montrés ou de léser leur auteur ? Quoi qu’il en soit, en l’absence de catalogue et même de la moindre notice papier permettant de voir ces travaux mis en valeur, cette façon de faire m’étonnera toujours. Cette opinion vaut a fortiori pour de jeunes auteurs qui n’ont pas, pour le moment, grand-chose à perdre, et peu d’occasions de montrer leurs travaux.

Je ne sais pas si les Rencontres d’Arles pourront indéfiniment présenter des expositions fort modestes et payantes dans de telles conditions et prétendre remporter en même temps un succès public : je crains fort que seuls les initiés, experts et autres visiteurs gratuits de tout poil ne constituent, à terme, le gros des troupes. Une fois encore, on ne peut qu’inviter Arles à ouvrir les yeux et à s’inspirer de ce qui se pratique à Madrid.

L’exposition montrait, à dose parfois homéopathique, les travaux de 4 auteurs. Agnès des Ligneris montrait ainsi un film en boucle : les jambes d’une petite fille vue de dos qui court dans l’herbe en camera subjective. Je lis que l’auteur « interrogeant de possibles souvenirs, reconstruit l’enfance avec ses peurs, ses drames ou à l’inverse (sic !) son insouciance et l’intimité partagée». Il faut disposer d’une imagination féconde pour lire tout cela dans si peu. Gilles Pourtier nous livre en grand format un poteau, une palette, une petite piscine en plastique et un bouquet, extraits d’une série de 12 photos (série Le Château – visible sur son site ici). Une présentation de la totalité de la série aurait peut-être été moins nuisible que cet échantillon hasardeux. Je lis, toujours sur le site des Rencontres, que l’auteur « fixant les états du monde (sic) révèle l’évidence étrange et inquiétante de ce dernier, comme si nos habitudes visuelles nous empêchaient de voir ce qui se passe sous nos yeux». Là-encore, que d’imagination ne faut-il pas faire preuve pour donner du sens à quelques images.

Bref, à ce stade de la visite, nous avons vu quatre photos et une vidéo, pour le moins absconses.

La suite est heureusement un tout petit peu plus inspirée.

Mathilde Brugni (son site ici) montre un ensemble « impressionniste ». Ce que je baptise école « impressionniste » c’est un courant qui cherche à former une émotion à partir de touches éparses en recourant à de multiples tirages de formats photographiques variés, souvent petits, et simplement punaisés au mur, plus ou moins en rapport avec un sujet. Ici, le sujet c’est la Finlande et on voit des portraits, un lampadaire et des tas de trucs sans importance, qui auraient pu être photographiés à Arles ou ailleurs. Il n’en reste pas moins qu’il y a en effet une impression qui se dégage : l’ennui. Il est vrai que la Finlande, pour la plage et les cocotiers, c’est un peu raté et pour la richesse architecturale ou les musées c’est loupé aussi. Il me semble que la Finlande a d’ailleurs détenu un temps le triste record mondial du taux de suicide.

Vera Schope (son site ici) montre le projet qui me paraît le plus abouti. Vera expose, d’une part, une mosaïque de petites photos prises à la frontière États-Unis – Mexique et, d’autre part, huit cadres avec une photo sur papier millimétré avec à côté un témoignage d’un mexicain. Ce travail très construit s’inscrit dans une démarche personnelle témoignant d’un vrai humanisme auquel on ne peut rester insensible.

13 août 2009 Publié par | arles | , , , , , , , , , , | Commentaires Fermés

Rencontres d’Arles – Espace Van Gogh – Delpire

Comme l’an dernier (billet ici), l‘Espace Van Gogh est toujours aussi mal organisé et on se pas vraiment par où entrer, par où sortir et comment circuler. Par ailleurs, lors de ma visite, il faisait une température glaciale à l’intérieur (29° dehors). Quant au contenu, comme l’an dernier, il s’agit essentiellement d’édition et, une fois de plus, cela ressemble plus à du remplissage qu’à autre chose : si les Rencontres n’arrivent pas à trouver de la matière pour emplir utilement un aussi vaste espace, je suggère d’y renoncer où de se limiter à une salle ou deux, comme au cloitre Saint-Trophime.

Le seul intérêt de l’exposition c’était la boutique qui permettait de découvrir des magazines pas forcément très connus en France comme Foam, Ojodepez ou Photoworks (quoi que certains titres soient trouvables à la MEP comme Foam). Au passage, j’ai ramené Ojodepez (10 euros) de mon séjour à Madrid et je conseille la lecture de cette excellent revue.

Pour en revenir à l’exposition consacrée aux éditions Delpire, on trouvait un mur recouvert de facsimilés de la couverture de ses bouquins, des livres de voyages, les grands classiques de Delpire (Les américains de Frank ou, plus récent, 12345 de Sarah Moon, etc). Rien n’est sauvable du naufrage à part peut-être la mini-exposition consacrée à des photographes importants dans l’histoire de ce medium, dont le travail est illustré par une œuvre et une biographie (Man Ray, Rodtchenko, Strand, Steichen, Man Ray, Nadar, Bertillon, etc).

Dans la cour, quelques marchands de livres de photographies se tenaient prêts à plumer le pigeon à proposer leurs ouvrages. Pour ma part j’ai vu un livre intéressant quoi qu’un peu insolé en couverture mais en regardant le prix sur Internet j’ai constaté que le prix demandé à Arles n’était pas loin du double de celui proposé sur Internet. Bref.

Une exposition à réserver aux collectionneurs et passionnés de livres de photographies; les autres passeront leur chemin avec profit.

13 août 2009 Publié par | arles | , , , , , | Commentaires Fermés

Rencontres d’Arles – Cloitre Saint-Trophime – Hatakeyama et Allen

Le Cloître Saint-Trophime était cette année bien moins rempli que l’an passé, comme je l’ai déjà indiqué. En y réfléchissant a posteriori, et après avoir écrit le billet sur l’Espace Van Gogh, je me demande si finalement ce n’est pas un meilleur choix que de faire du remplissage.

En l’espèce, deux expositions seulement étaient montrées, dans deux salles, sans aucun rapport l’une avec l’autre.

Naoya Hatakeyama montrait des photos de maquettes urbaines mais surtout de nombreux tirages de nuit avec juste quelques lumières qui brillent comme dans une lightbox. De fait, ses images sont produites en superposant des tirages et en utilisant une lightbox, des films transparent et des filtres uv. Je n’ai pas tout compris de la technique car je ne suis arrivé qu’à la fin de la visite organisée en présence du photographe. Quoi qu’il en soit, c’est un travail extrêmement surprenant et original que je n’avais jamais vu auparavant et la visite vaut donc le coup.  Je n’ai pas trouvé son site et ses galeries (au Japon et en Allemagne) ne montrent pas les œuvres présentées à Arles. De toute façon, c’est typiquement un travail qui ne  produit son effet que vu « en vrai ».

James Allen quant à lui n’est pas photographe mais collectionneur et ce qu’il montre fait impression même si l’œil contemporain s’est habitué aux images macabres. Les 70 photos exposées sont pour la plupart des lynchages de noirs aux États-Unis, le reste étant consacré à des textes (des pétitions contre de telles atrocités) et témoignages d’époque.Il y a aussi une impressionante carte des lynchages (1900-1931).

Arles-2009---lynchage

Beaucoup de photographies sont des prises de vues amateurs sous forme de carte postale, parfois agrémentées (si j’ose dire) de commentaires dont l’humour noir laisse pantois (pour ne pas dire pantelant). Ce qui est dépeint consiste essentiellement en cadavres de suppliciés, pendus ou brûlés vifs le plus souvent, des images horribles même si elles ne détonnent pas au milieu de l’actualité télévisée.

James Allen poursuit son combat pour la mémoire de ces meurtres depuis des années et l’article de Anne Chaon paru dans le Monde Diplomatique en juin 2000 constitue toujours l’une des meilleures mises en perspective (ici). J’avais pour ma part découvert ces photographies après avoir entendu parler de Ken Gonzales-Day, qui travaille sur ces photos et interroge le public sur “Comment montrer l’horreur ?” (illustration ci-dessous tirée de son site ici) et il expose au Palais de Tokyo jusqu’au 31 août 2009 mais j’ignore si cette série est exposée. Il aurait été intéressant de montrer son travail en prélude à l’exposition de James Allen, occasion ratée.

L’exposition arlésienne est à déconseiller aux plus sensibles (il n’y a pas de disclaimer à l’entrée) et en particulier aux enfants.

13 août 2009 Publié par | arles | , , , , , , , , , , , | Commentaires Fermés