Rencontres d’Arles – Capitole – Kim, Gaude, Bourcart, Milovanoff, Curnier, Darzacq
Le capitole, comme l’an passé (billet ici), montrait un ensemble varié, pour ne pas dire dépourvu de ligne directrice et le site est toujours aussi délabré.
A l’étage, je passe rapidement sur Lionel Roux (photographe arlésien fils et petit-fils de berger) qui occupait tout l’espace avec ses photos de … bergers en petits noir et blanc, de toute provenance (France, Grèce, Roumanie, Espagne, Italie, Maroc, Éthiopie). Ce photographe en a fait, devinez quoi, un livre (odyssée pastorale) paru chez, devinez qui, Acte Sud.
Au rez-de-chaussée, qui constitue l’essentiel de l’exposition, on commence la visite côté droit, en entrant, avec un travail (je suis le chien pitié) de Oan Kim (sa page sur le collectif Myop, ici) et Laurent Gaude qui s’assimile à la promotion du livre éponyme édité, bien entendu, chez Acte Sud. Cette année, à Arles, on voit beaucoup de livres avec les expos mais il faudrait savoir: c’est une promotion ou le salon du livre ? Le produit dérivé c’est la photo ou le livre ? Quoi qu’il en soit, il n’était pas nécessaire d’imposer sur les murs l’atmosphère de fin du monde et le sentiment d’errance dégagées de ces images: le livre suffisait amplement, à mon goût.
Deux autres auteurs se voyaient attribuer une portion congrue. Christian Milovanoff montrait trois photos de pièces du Louvre (mais je n’ai pas vu son nom dans le programme, bizarre) et Jean-Paul Curnier (auteur arlésien… présent au 104 à Paris- ici, vous savez, le 104, le machin subventionné qui fait rire) exposait de petites photos de femmes tenant la photo d’un disparu, des photos de pompei, d’une momie, de Marylin, de femmes voilées, etc.
Plutôt une bonne idée de ne pas avoir consacré plus d’espace à ces travaux (qui en l’état présentent un intérêt limité, pour rester politiquement correct) mais, d’un autre côté, et je pense à Milovanoff, c’est un peu un jeu de massacre que de sortir trois photos seulement, hors de tout contexte, sachant que son travail jouit d’une certaine reconnaissance. On l’a vu et on le verra dans d’autres billets, il est difficile de trouver le juste milieu entre deux ou trois photos égarées sans commentaires ni rien du tout et l’envahissement d’une salle par une déferlante abrutissante de photos: ceci dit c’est le boulot du curateur…
Je termine par le seuls travaux qui valaient la peine que l’on visite cette exposition à 5 euros (sans pass), à savoir ceux de Ackermann, Darzacq et Bourcart. Manque de chance, je connaissais ces auteurs pour les avoir déjà vus en galerie pour 0 euros (même sans pass).
Pour Michael Ackermann (déjà vu en avril – billet ici), il s’agit d’une projection, décidément très en vogue cette année à Arles, de 22 minutes. Ackerman est fan du style “gros grain flou noir et blanc”, c’est sa marque de fabrique. La projection produit son petit effet, peut-être davantage encore ses photos accrochées aux murs. Les deux autres auteurs en sont restés quant à eux à un accrochage classique.
Jean-Christian Bourcart réalise des séries peut-être un peu faciles mais celle-ci m’a séduite, allez savoir pourquoi. Rien à voir ici avec la série Camden (billet ici) qui frôlait le ridicule: ici, des images authentiques, simples, sans effet journalistique qui montrent l’ennui. Un reflet brouillé dans un rétroviseur, des visages à travers des vitres où coulent des gouttes: des gens coincés dans le trafic (tire de la série). Les diasec en 43*66 sont à 2 600 euros (édition de 12). je renonce à mettre un lien car le site de l’auteur est infesté par JS:Redirector-H [Trj].
Denis Darzacq déja vu en octobre 2008 – billet ici) poursuit son exploration du saut, ou de la chute, selon la lecture que l’on en a. J’aime bien son travail car il ne s’encombre pas d’artifice de forme (le fameux gros gain, le noir et blanc, le flou, l’ultraclair, etc) et ses photos sont immédiatement appréhendables (il n’y a rien a priori d’incompréhensible qui met de la distance avec le regardeur).
Mais, d’un autre côté, ses photos sont suffisamment riches pour que chacun y trouve son interprétation et sa compréhension, ce qui fait tout l’intérêt d’une bonne photo. Il s’agit cette fois de sauts en hypermarché. Alors sauts conquérants dans les rayons ? Sautillement devant une abondance inaccessible ? Parabole de déclassement social pour les employés d’hyper ? Si vous souhaitez casser votre tirelire, il vous en coûtera de 5 à 10 000 euro.
Je ne résiste pas en conclusion à évoquer d’autres chuteurs comme Tereza Vlčková et Julia Fullerton-Batten (ci-dessous, Tereza à gauche et Julia à gauche).


Mais le saut le plus célèbre est certainement celui de ce passant, Place de l’Europe (gare Saint-Lazare à Paris), en 1932, saisi au vol par Cartier-Bresson.
Rencontres d’Arles – Grande Halle – prix découvertes, livres et Roni Horn
La Grande Halle est consacrée comme l’an passé aux prix découvertes et aux livres mais cette fois, Roni Horn bénéficiait d’une sorte de carte blanche. En plus, comme il s’agissait de la semaine d’ouverture, il y a avait les revues de portfolios avec plein de travaux accrochés sur un mur.
J’ai regardé les travaux de ce Portfolioreview et relevé 16 noms parmi des dizaines mais au final, après regardé les sites internet des uns et des autres (quand ils en ont), seuls six photographes demeurent. Il s’agit de: Sandrine Elberg (ici), Catherine Vernet (déjà vue chez Pascal Polar – billet ici – mais je n’avais pas trouvé son site alors qu’il est ici), Carolle Benitah (le site de sa galeriste est ici), Nadya Elpis (ici), Stéphanie de Rougé (ici), Lisa Pram (ici et en projection au Off).
Roni Horn montrait 30 paires de visages enfant – adulte, 14 paires de visages et minipaysages associés, 50 photos groupées par 5 de Isabelle Huppert et 60 photos recto-verso sur socle. Bref.
Parmi les livres, exposés par dizaines sur des tables, j’ai relevé quelques noms connus et appréciés : Erwin Olaf, Vee Speers, Jacqueline Hassink (pour Cars), Carla Van Puttelaar, Aurore Valade, Thibaut Cuisset et Izima Kaoru.
Du côté des « découvertes », je ne m’attarde pas sur les natures mortes de Véronique Ellena et les spectaculaires photos de nuit de Olivier Metzger, déjà vues et chroniquées à plusieurs reprises. Léon Herschtritt est aussi une surprise parmi les « découvertes ». Le photographe a une longue carrière derrière lui et a pignon sur rue, on se demande pour qui il est une découverte… C’est l’occasion de voir ses tirages des années 60 : l’Afrique, Alger, la Courneuve, Berlin, Sartre et Deneuve.
Les autres auteurs sont plus en ligne avec l’objectif de « découverte » et couvrent des champs très variés de la photographie avec un bonheur toutefois inégal.
Jean-Francois Spricigo (son site ici) nous montre des chats, une chèvre, etc. L’intention est peut-être de créer un genre de poésie mais à la longue, le flou, le cadrage hasardeux et le gros grain en noir et blanc, c’est un peu agaçant (on dirait du Michael Ackermann, visible au Capitole, entre autres exemples).
Laurent Millet choisit quant à lui délibérément le champ de l’expérimentation. Il montre des nuages éclairés par des strobes et un caisson lumineux de nuages (c’est décoratif). Il nous gratifie aussi de 5 grandes photos noir et blanc d’un bout de bois s’enfonçant dans l’eau. On peut voir aussi des photos d’impact de balles dessinant le profil d’armes (entre autres). Bref. Dans une veine aussi expérimentale, Eric Rondepierre (son site ici) montre des images indescriptibles, échappant à toute compréhension. Est-ce de l’art ? Je l’ignore. Pour ma part je n’y vois pas de photographie mais un chaos expérimental de peu d’intérêt. Peut-être est-ce dû à une sélection de travaux très divers dépourvus de commentaires. Son travail sera visible à Lyon au Septembre de la photographie en 2010: une occasion de mieux comprendre ? Magda Stanova (son site ici et un slideshow plus pratique ici) investit aussi l’expérimentation en montrant quelques photos mais expose surtout des dessins et des textes pour les expliquer à la manière d’une bande-dessinée. Son site montre sa production, globalement très orientée vers le dessin (sur des cahiers).
On ne coupe pas non à des Goldineries avec cinq travaux se rapprochant peu ou prou du travail de Nan Goldin. Don Mcneill Healy montre deux séries (marko polo et 96 pigeon house), l’une consacrée à un clochard et l’autre à des gitans vivant difficilement. Bref aussi. Dans le même genre, Moira Ricci nous montre des photos familiales de sa maman. Sean Lee expose la vie d’un(e) trans, Shauna, ce qui nous vaut « Shauna en club la nuit », « Shauna en train de baiser », etc. Rimaldas Viksraitis montre des scènes de vie campagnarde pauvre au contenu sexualisé, sans complexe et avec un brin d’humour.
Raed Bawayah figure quant à lui le « palestinien de service ». Il montre des portraits de fous dans de grands noirs et blancs.
Je termine avec les travaux qui m’ont le plus intéressé, avec le recul, car sur le coup j’ai été déçu par l’ensemble (et même atterré par certaines propositions.
André Mérian (son site ici) nous livre de curieux paysages (rond-point, talus, fondations, etc) saisis près de Damas. L’esthétique est celle de l’ultraclair (on dirait du Mathieu Gafsou, récemment récompensé par un prix HSBC – billet ici) qui me lasse passablement: il est dommage de ne pas avoir retenu une autre série car son site est fort bien fait et montre mieux la qualité de son travail que cette exposition réduite et partielle.
Adrien Missika (son site ici) expose des photos de géographies de format modeste dans des techniques variées. Ce travail me parait avec le recul finalement assez intéressant : la provenance diverse des images (maquettes, vues réelles, etc), le caractère isolé et parcellaire des éléments géographiques montrés, tout cela est intriguant et l’ensemble de ses travaux forme un ensemble cohérent.
Yang Yonhliang (site de sa galerie ici) était « le chinois de service » (il est de bon ton d’avoir un chinois parmi des artistes présentés). Cet auteur de Shangaï, en se démarquant d’un « style international » qui ferait abstraction des pays d’origine des créateurs ne tombe pas la “chinoiserie” facile. Le travail de recyclage de l’estampe et de la calligraphie chinoise traditionnelle est plutôt intelligent avec un travail plus proche de la création graphique que de la photographie. Ainsi, les montagnes sont faites de buildings ou de pylônes électriques et les tampons rouges sont remplacés par des logos de marques. De loin, la tromperie est totale et on croit réellement être face à un paysage traditionnel : même la forme des impressions et leur format contribuent à entretenir l’illusion. Ce jeune photographe (né en 1980) fait partie des rares véritables découvertes montrées à Arles.
En bref – Annie Leibovitz trainée en justice par un de ses créanciers
Selon le New York Times de ce jour (ici), Annie Leibovitz est attaquée en justice par Art Capital Group qui, en échange d’un prêt de 24 millions de dollars, a pris une garantie sur l’ensemble de sa production photographique et sur ses biens immobiliers à Manhattan et Rhinebeck. La compagnie prétend, toujours selon le NY Times, que la photographe s’oppose à l’estimation de ses biens et doit plusieurs centaines de milliers de dollars.
Rencontres d’Arles – Eglise des Trinitaires et Chapelle du Méjan – Delpire
Trois sites étaient consacrés à Delpire, l’éditeur, et c’est beaucoup trop. J’ai déjà évoqué l’espace Van Gogh, très vaste et entièrement dédié à son travail d’éditeur, voici le tour de l‘Eglise des Trinitaires et de la Chapelle Saint-Martin du Méjan, pour des expositions qui, l’une et l’autre, ne valent pas plus qu’un entrefilet.
Dans l’Eglise des Trinitaires sont exposées des travaux d’édition, comme on s’en doute, et surtout d’illustration. On n’échappe pas non plus à Citröen, sponsor officiel des Rencontres (sont-elles à ce point fauchées qu’il faille confondre les genres ?). Cacharel était aussi mis en valeur, on aurait cru de la publicité gratuite. Je passe sur la chaleur insupportable qui règne en ce lieu, comme dans la plupart des églises en plein été à Arles. Au final, une exposition à rater sans aucune hésitation.
Quant à la Chapelle Saint-Martin du Méjan, elle est heureusement partagée entre Delpire, André Martin et André François. Enfin, heureusement c’est vite dit, car si cela nous épargne de voir encore et toujours de l’édition, cela ne nous dispense pas de voir les oeuvres d’André François dont on se demande ce qu’elles font aux rencontres d’Arles: il me semblait en effet qu’il s’agissait de Rencontres dédiées à la photo, non aux livres, à la peinture et à la sculpture. C’est à se demander si le paysage photographique est si pauvre qu’il faille ainsi recourir à de tels pis-allers. Quant à André Martin il montrait des photos d’herbiers, de plantes et d’insectes. Quoi qu’il en soit, on voyait dans cette exposition des photos parues dans le Nouvel Obs depuis 20 ans et des photos tirées du n°8 de Spécial photo qui est édité par Delpire. Je n’ai rien à dire sur cette exposition: ouvrez une revue au pif (l’Express ou Géo, peu importe) et faites des tirages grand format de quelques pages. Voilà. Vous avez une exposition toute prête (et pas chère en plus).
Ce sont là deux expositions qui se moquent du visiteur jusqu’au 13 septembre 2009: à moins d’être lecteur fidèle du Nouvel Obs ou de vouer une dévotion à Delpire (il s’agit de deux sites à vocation religieuse, alors sait-on jamais), passez votre chemin sans hésiter.
Rencontres d’Arles – Salle Henri Comte – Une attention particulière
En 2008, la salle montrait des « courtisanes » du siècle passé avec crinoline, bottines et tout l’équipement. Changement radical en 2009 avec les travaux de jeunes diplômés de l’ENSPA (Ecole Nationale Supérieure de Photographie d’Arles). Tous ceux qui n’étaient pas exposés (ou presque) sont visibles sur le site de l’école (ici – rubrique 3ème année).
La garde-chiourme interdisait formellement les prises de vues, ce qui ne manque pas de me surprendre : peut-être les visiteurs (payants), désireux de garder trace des œuvres exposées, sont-ils suspectés de tirer profit des travaux montrés ou de léser leur auteur ? Quoi qu’il en soit, en l’absence de catalogue et même de la moindre notice papier permettant de voir ces travaux mis en valeur, cette façon de faire m’étonnera toujours. Cette opinion vaut a fortiori pour de jeunes auteurs qui n’ont pas, pour le moment, grand-chose à perdre, et peu d’occasions de montrer leurs travaux.
Je ne sais pas si les Rencontres d’Arles pourront indéfiniment présenter des expositions fort modestes et payantes dans de telles conditions et prétendre remporter en même temps un succès public : je crains fort que seuls les initiés, experts et autres visiteurs gratuits de tout poil ne constituent, à terme, le gros des troupes. Une fois encore, on ne peut qu’inviter Arles à ouvrir les yeux et à s’inspirer de ce qui se pratique à Madrid.
L’exposition montrait, à dose parfois homéopathique, les travaux de 4 auteurs. Agnès des Ligneris montrait ainsi un film en boucle : les jambes d’une petite fille vue de dos qui court dans l’herbe en camera subjective. Je lis que l’auteur « interrogeant de possibles souvenirs, reconstruit l’enfance avec ses peurs, ses drames ou à l’inverse (sic !) son insouciance et l’intimité partagée». Il faut disposer d’une imagination féconde pour lire tout cela dans si peu. Gilles Pourtier nous livre en grand format un poteau, une palette, une petite piscine en plastique et un bouquet, extraits d’une série de 12 photos (série Le Château – visible sur son site ici). Une présentation de la totalité de la série aurait peut-être été moins nuisible que cet échantillon hasardeux. Je lis, toujours sur le site des Rencontres, que l’auteur « fixant les états du monde (sic) révèle l’évidence étrange et inquiétante de ce dernier, comme si nos habitudes visuelles nous empêchaient de voir ce qui se passe sous nos yeux». Là-encore, que d’imagination ne faut-il pas faire preuve pour donner du sens à quelques images.
Bref, à ce stade de la visite, nous avons vu quatre photos et une vidéo, pour le moins absconses.
La suite est heureusement un tout petit peu plus inspirée.
Mathilde Brugni (son site ici) montre un ensemble « impressionniste ». Ce que je baptise école « impressionniste » c’est un courant qui cherche à former une émotion à partir de touches éparses en recourant à de multiples tirages de formats photographiques variés, souvent petits, et simplement punaisés au mur, plus ou moins en rapport avec un sujet. Ici, le sujet c’est la Finlande et on voit des portraits, un lampadaire et des tas de trucs sans importance, qui auraient pu être photographiés à Arles ou ailleurs. Il n’en reste pas moins qu’il y a en effet une impression qui se dégage : l’ennui. Il est vrai que la Finlande, pour la plage et les cocotiers, c’est un peu raté et pour la richesse architecturale ou les musées c’est loupé aussi. Il me semble que la Finlande a d’ailleurs détenu un temps le triste record mondial du taux de suicide.
Vera Schope (son site ici) montre le projet qui me paraît le plus abouti. Vera expose, d’une part, une mosaïque de petites photos prises à la frontière États-Unis – Mexique et, d’autre part, huit cadres avec une photo sur papier millimétré avec à côté un témoignage d’un mexicain. Ce travail très construit s’inscrit dans une démarche personnelle témoignant d’un vrai humanisme auquel on ne peut rester insensible.
Rencontres d’Arles – Espace Van Gogh – Delpire
Comme l’an dernier (billet ici), l‘Espace Van Gogh est toujours aussi mal organisé et on se pas vraiment par où entrer, par où sortir et comment circuler. Par ailleurs, lors de ma visite, il faisait une température glaciale à l’intérieur (29° dehors). Quant au contenu, comme l’an dernier, il s’agit essentiellement d’édition et, une fois de plus, cela ressemble plus à du remplissage qu’à autre chose : si les Rencontres n’arrivent pas à trouver de la matière pour emplir utilement un aussi vaste espace, je suggère d’y renoncer où de se limiter à une salle ou deux, comme au cloitre Saint-Trophime.
Le seul intérêt de l’exposition c’était la boutique qui permettait de découvrir des magazines pas forcément très connus en France comme Foam, Ojodepez ou Photoworks (quoi que certains titres soient trouvables à la MEP comme Foam). Au passage, j’ai ramené Ojodepez (10 euros) de mon séjour à Madrid et je conseille la lecture de cette excellent revue.
Pour en revenir à l’exposition consacrée aux éditions Delpire, on trouvait un mur recouvert de facsimilés de la couverture de ses bouquins, des livres de voyages, les grands classiques de Delpire (Les américains de Frank ou, plus récent, 12345 de Sarah Moon, etc). Rien n’est sauvable du naufrage à part peut-être la mini-exposition consacrée à des photographes importants dans l’histoire de ce medium, dont le travail est illustré par une œuvre et une biographie (Man Ray, Rodtchenko, Strand, Steichen, Man Ray, Nadar, Bertillon, etc).
Dans la cour, quelques marchands de livres de photographies se tenaient prêts à plumer le pigeon à proposer leurs ouvrages. Pour ma part j’ai vu un livre intéressant quoi qu’un peu insolé en couverture mais en regardant le prix sur Internet j’ai constaté que le prix demandé à Arles n’était pas loin du double de celui proposé sur Internet. Bref.
Une exposition à réserver aux collectionneurs et passionnés de livres de photographies; les autres passeront leur chemin avec profit.
Rencontres d’Arles – Cloitre Saint-Trophime – Hatakeyama et Allen
Le Cloître Saint-Trophime était cette année bien moins rempli que l’an passé, comme je l’ai déjà indiqué. En y réfléchissant a posteriori, et après avoir écrit le billet sur l’Espace Van Gogh, je me demande si finalement ce n’est pas un meilleur choix que de faire du remplissage.
En l’espèce, deux expositions seulement étaient montrées, dans deux salles, sans aucun rapport l’une avec l’autre.
Naoya Hatakeyama montrait des photos de maquettes urbaines mais surtout de nombreux tirages de nuit avec juste quelques lumières qui brillent comme dans une lightbox. De fait, ses images sont produites en superposant des tirages et en utilisant une lightbox, des films transparent et des filtres uv. Je n’ai pas tout compris de la technique car je ne suis arrivé qu’à la fin de la visite organisée en présence du photographe. Quoi qu’il en soit, c’est un travail extrêmement surprenant et original que je n’avais jamais vu auparavant et la visite vaut donc le coup. Je n’ai pas trouvé son site et ses galeries (au Japon et en Allemagne) ne montrent pas les œuvres présentées à Arles. De toute façon, c’est typiquement un travail qui ne produit son effet que vu « en vrai ».
James Allen quant à lui n’est pas photographe mais collectionneur et ce qu’il montre fait impression même si l’œil contemporain s’est habitué aux images macabres. Les 70 photos exposées sont pour la plupart des lynchages de noirs aux États-Unis, le reste étant consacré à des textes (des pétitions contre de telles atrocités) et témoignages d’époque.Il y a aussi une impressionante carte des lynchages (1900-1931).
Beaucoup de photographies sont des prises de vues amateurs sous forme de carte postale, parfois agrémentées (si j’ose dire) de commentaires dont l’humour noir laisse pantois (pour ne pas dire pantelant). Ce qui est dépeint consiste essentiellement en cadavres de suppliciés, pendus ou brûlés vifs le plus souvent, des images horribles même si elles ne détonnent pas au milieu de l’actualité télévisée.
James Allen poursuit son combat pour la mémoire de ces meurtres depuis des années et l’article de Anne Chaon paru dans le Monde Diplomatique en juin 2000 constitue toujours l’une des meilleures mises en perspective (ici). J’avais pour ma part découvert ces photographies après avoir entendu parler de Ken Gonzales-Day, qui travaille sur ces photos et interroge le public sur “Comment montrer l’horreur ?” (illustration ci-dessous tirée de son site ici) et il expose au Palais de Tokyo jusqu’au 31 août 2009 mais j’ignore si cette série est exposée. Il aurait été intéressant de montrer son travail en prélude à l’exposition de James Allen, occasion ratée.

L’exposition arlésienne est à déconseiller aux plus sensibles (il n’y a pas de disclaimer à l’entrée) et en particulier aux enfants.
Rencontres d’Arles – Magasin électrique – Aue Sobol, Leblanc, Durak, Fiorio
Le Magasin électrique, toujours dans le parc des Ateliers, ne présentait que cinq auteurs ce qui, compte tenu de la surface d’exposition et de sa configuration, laissait à certains de quoi s’exprimer largement, probablement trop. C’est une exposition globalement décevante.
Je passe d’emblée sur Giorgia Fiorio qui montrait la même exposition (le don) qu’à la MEP (billet ici) mais de meilleures conditions. Je ne dirais pas non plus grand chose de Laurence Leblanc (chez agence VU’ ici et sur son site personnel ici), déjà vue chez Polka (billet ici) qui montrait en revanche une série pas encore vues de photos en couleur d’Afrique.
Attila Durak (site ici) jouissait d’un espace à mon sens démesuré au regard de sa notoriété et qui tournait à la promotion de son livre, également exposé. Celui-ci nous montre de grands portraits colorés, souvent féminins, illustrant la diversité ethnique en Turquie, du moins est-ce le propos: j’ignore si cette vision est conforme à la réalité ou reflète une vision folklorique du pays. Certes, certains portraits sont « modernes » et illustrent aussi la présence d’ethnies variées dans le monde économique contemporain mais la part belle est faite aux costumes régionaux.
Bernard Faucon (chez Agence VU’ également ici et sur son site personnel ici) montrait de grands tirages couleurs accrochés en hauteur: des lieux et déserts partout dans le monde. Là-aussi, une invitation à la contemplation et au voyage, qui semblait le thème du Magasin Electrique.
Jacob Aue Sobol (série I,Tokyo son site ici) montrait des images noir et blanc de Tokyo et de ses habitants rugueuses, habitées de visages, de tuyaux enchevêtrés, de pubis, et de lapins qui détalent; le tout est sombre, glauque, fatigué, usé. C’est peut-être ce travail qui témoignait le plus d’une vision personnelle mais on ne coupe pas, une fois encore, au syndrome “noir et blanc, gros grains”.

Rencontres d’Arles – Atelier de mécanique – ça me touche
L’atelier de mécanique regroupait un très grand nombre d’auteurs (quatorze pour être précis) et c’est là que l’on voit la patte de l’invitée d’honneur, Nan Goldin, puisque ce lieu est spécialement dédié aux photographes qu’elle apprécie (titre de l’expo: ça me touche). On peut aimer, ou pas, mais il faut bien avouer que là, on en a pour son argent, ce qui n’est pas le cas de tous les sites.
Annelies Strba (site ici) est très proche dans son travail de celui de Nan Goldin en documentant avec des photos de qualité médiocre (du grain, des couleurs délavées, etc) la vie de ses proches et en l’espèce de ses enfants, sur un diaporama affichés sur trois écrans.
Antoine D’Agata (full member de Magnum depuis 2008 – son site chez eux ici) nous présente un accrochage formant une sorte de chemin de fer: les images de petit format sont accrochés très près les unes des autres formant ainsi comme une ligne. Ce qui est montré est dans la veine du travail le plus connu de D’Agata, largement autobiographique, à savoir images de drogués, d’enculages, et de pipes, adoucies par des éclairages bien choisis, un léger flou et du grain, souvent dans des tonalités orangées. Ca reste un peu hard. Ceci dit, dans ses travaux plus récents, il me semble que D’Agata a rompu, non avec son style, mais avec ces thèmes, qu’il a longtemps travaillé.
Anders Petersen (site ici) est bien connu également (il fait partie de VU’ dont je visite la galerie régulièrement) mais l’ensemble présenté manquait de cohérence, de thème. Dommage.
Jh Engstrom (serie wells – projet autobiographique qui clôt une trilogie – son site ici) fait presque du Goldin et c’est une remarque l’on pourrait adresser à plusieurs auteurs ici présents. Sa série un peu facile de radiographies de bagages démontre, pourquoi pas, une certaine originalité, une sorte de ready-made comme on l’a déjà vu avec des images tirées de film de vidéo-surveillance et de bien d’autres origines encore. En revanche, son accumulation de petits formats en style amateur, un peu tout et n’importe quoi mais toujours plus ou moins autour de la maternité d’une jeune femme, Amanda, sa compagne (la dame enceinte, son visage, la dame à poil, etc) doublée de photos chirurgicales d’une césarienne, de la photo de chaque jumeau et des deux placentas, bref, tout cela c’est un peu du Goldin (il manque juste la phase de conception du bébé et on y serait complètement). Je me demande d’ailleurs si ce ne serait pas un exercice à faire que de produire des photos “dans le style de” pour voir à quoi on arrive: pourrait-on piéger des critiques ?
Leigh Ledare, c’est franchement du Goldin, drogue en moins et sexe en plus. C’est même à la limite de la perversion puisque l’auteur photographie essentiellement sa propre mère (qui n’est plus une jeunette) dans ses frasques sexuelles. Le tout est accompagné de photos diverses et variées, grandes et petites, de photos d’archive, de coupures de presse. C’est sexuellement explicite comme on dit mais à l’heure d’internet je ne crois pas que le sexe choque, ce qui me frappe en revanche c’est la vulgarité de l’ensemble et sa vacuité. Un critique à écrit (ici), je cite: “Le fait qu’elle choisisse son fils comme documentariste, pour la postérité, de son effort à créer une représentation sexualisée d’elle-même, peut être interprété comme un geste d’annihilation des conventions dictées par les structures familiales prédéterminées”. On ne saurait dire si peu avec plus de mots. J’en retiens pour ma part la vision ahurissante de la déchéance d’une mère qui aurait dû être insupportable à un fils normalement structuré.
Lisa Ross nous donne fort à propos l’occasion de respirer un peu d’air pur après les relents puants d’alcôve et de quitter aussi le monde des “Goldin-like”. Ces photographies prises dans le désert, au Nord-Ouest de la Chine, montrent comme des des ex-voto dans le désert, très jolis, fins et délicats,comme autant de fanions fragiles, des autels et des tombes aussi et peut-être également des offrandes. Ses tirages tirages mats sans reflets mettent superbement en valeur ce travail rare, sensible et raffiné. Son site fort bien fait est ici.

Christine Fenzl (site ici) nous prend à contre-pied avec une série consacrée au football de rue ou, plus précisément, montre le football de rue utilisé à des fins sociales et éducatives, dans de grands portraits et paysages fonctionnant en diptyques. Kenya, Grande-Bretagne, Brésil, et Macédoine sont ainsi abordés. Bon. Marina Berio (qui fut assistante de … Nan Goldin – son site ici), quant à elle, redessine au fusain des négatifs et c’est très réussi comme dessin mais pourquoi diable se donner autant de mal ? Je plaisante mais la portée du geste m’échappe. Bon.
Jean-Christophe Bourcart (série camden - site ici mais mon antivirus détecte un cheval de troie sur son site) nous livre un vrai reportage, très vivant, avec moult textes et une vidéo sur … la ville de Camden et surtout ses habitants, en l’espèce les plus paumés et les plus miséreux de la ville. Ca se laisse voir mais on passe du côté de la caricature quand le photographe se fait évidemment chaperonner par un gars du cru (dont on apprend que, bien sûr, c’est un assassin, oh mon dieu !) et le reporter se fait agresser (pas méchamment, ouf !) par une prostituée. C’est presque du Tintin et c’est un bon exemple du style “reporter en banlieue”, presque un exercice de style.
Tomasz Gudzowaty (site ici) montre d’impressionnantes photos de gymnastes et boxeurs dans un noir et blanc classiques C’est assez bluffant à voir en grand format.

Boris Mikhailov montrait une multitude petits formats (certains sont aussi agrandis) en format à l’italienne, bleutés et comme des vintages (quoi que les vintages c’est plutôt sépia, mais bon) avec des tirages approximatifs. On oublie presque le sujet, toujours le même chez lui, ou presque, des miséreux et des handicapés démunis dans les rues.

Du coup, ses images habituellement très dures (ci-dessous et ici aussi chez Saatchi), tant sur le fond (quand je parle de miséreux, c’est rien de le dire, ses images sont cruelles) que sur la forme (couleur et éclairages crus) gagnent ici en douceur voire en poésie.

Je passe rapidement sur les trois derniers dont la démarche (s’il y en a une) est pour le moins obscure pour le non initié. Jacques Pierson montre des tirages sous forme de poster (avec marques de plis et épingles) de la mer, du sable et des palmiers (11 photos). Il indique avoir réalisé ces clichés vite fait. Ca se voit. David Armstrong montre des photos de beaux jeunes mecs étalées partout dans trois pièces, en vrac. Autant acheter Têtu. Jim Goldberg (qui semblait faire tomber en pâmoison quelques jeunes gens qui visitaient) montrait un ensemble assez bizarre de diptyques image-texte ainsi qu’un panneau constitué de bouts de films. Jim Goldberg est un photographe connu et reconnu (full member de Magnum depuis 2006 – son travail ici) et ses photos se suffisent à elles-mêmes, inutile de vouloir faire de l’Art à tout prix moyennant je ne sais quel bricolage, c’est un peu dommage.
Rencontres d’Arles – Palais de l’archevêché – Duane Michals
Le Palais de l’Archevêché, cette année, était investi par Duane Michals, qu’à ma grande honte je ne connaissais pas.
L’exposition de l’an dernier, éclatée entre de nombreux sujets et auteurs, plutôt d’intérêt local pour ne pas dire d’intérêt mineur (à l’exception de Lucien Clergue), n’était pas loin d’être ratée (billet ici). Changer radicalement d’approche est donc bienvenu. Cette exposition est un succès et le public qui s’y pressait était manifestement enchanté de voir, enfin, une création vivante et inspirée qui changeait d’un programme arlésien globalement sombre et dépressif.
Duane Michals montrait d’abord des portraits de célébrités (comme Magritte) ou des auto-portraits ainsi que des images “à la manière de”: ce sont là des créations d’accès facile, amusantes mais inventives et truffées de références. Il y a aussi de nombreuses photos avec beaucoup de textes en anglais (un peu décourageant).

Le clou de l’exposition ce sont ces histoires racontées en photos. L’une d’elle forme une fresque de 25 images successives, the journey of the spirit after death, à la fois intrigante, hilarante par la “chute” finale et raffinée par sa forme. En fin de parcours, il y aussi une courte série en grand format couleur critiquant Gurski, Ruff, Dijkdtra, Tillmans, c’est un peu plus faible, moins incisif.
En tout état de cause, rien pour “le voyage de l’âme après la mort”, l’expo n’est à ne manquer sous aucun prétexte. A ce propos, un autre enthousiaste, qui montre des photos de l’expo (et d’autres aussi) se trouve ici et je suis plutôt en phase avec ses remarques.







