PhotoEspaña – Galeries – Programme officiel – Istituto Europeo di Design, Real Jardin Botanico et Fundación Telefónica

Le deuxième jour de visites de PhotoEspaña, comportait, comme le premier, un riche programme avec notamment trois sites officiels : l’Istituto Europeo di Design, le Real Jardin Botanico et la Fundación Telefónica.

Istituto Europeo di Design (Flor Alta, 8) montrait un projet collectif intitulée Mapping Madrid mais je n’ai rien compris de la démarche (chacun pouvait apporter des photos de Madrid, semble-t-il, en vue de les assembler sur une carte ?) qui se concrétisait par une carte en vidéo projection.

Le Real Jardin Botanico (jardin botanique royal, Plaza de Murillo, 2) est situé sur le Prado, à deux pas du Musée du même nom. L’entrée de ce magnifique jardin où s’affairent de nombreux jardiniers est à deux euros seulement et l’exposition est gratuite. Elle se déroule dans un des pavillons du jardin, face à une pièce d’eau bordée de palmiers où barbotent des canards qui ne manqueront pas de venir quémander à manger : il est donc aussi très agréable de se promener dans ce lieu ombragé et reposant, créé en 1781. Accessoirement, vous trouverez de l’eau potable et des toilettes.

L’exposition s’articulait autour de deux artistes : Sara Ramo et le duo Larry Sultan et Mike Mandel.

Sara Ramo est une artiste, à la fois photographe et performeuse. Son travail m’a fait penser à notre Sophie Calle nationale. Les séries photographiques sont variées, doublées de nombreuses vidéos, et tout à la fois conceptuelles et pleines d’humour ce qui change un peu de l’art contemporain désespéré qu’on nous donne le plus souvent à voir. On pouvait voir ainsi des diptyques « des sept erreurs » qui montrent des humains déguisés en animaux où quelques détails changent entre les deux images. Dans un genre voisin, une série montre des lieux vides puis encombrés. Une série montre des animaux réalisés dans des matières les plus diverses (faïence, pain, art topiaire, etc). On peut voir aussi des événements ou objets cosmiques évoqués par les moyens les plus rudimentaires (comme une tache de lait illustrant la voie lactée, par exemple). Stage plot est une série où l’on voit les dessins figurant sur une scène destinés au placement des acteurs mais petit à petit le dessin se complique jusqu’à une situation inextricable (et forcément humoristique).

Larry sultan et Mike Mandel (série evidence) montrent des photographies de scènes de crime ou de pièces à conviction sorties de leur contexte. Elles sont tirées d’un livre paru en 1977. Ces 36 images en noir et blanc présentent de la sorte un aspect bizarre. Le remploi de photographies destinées à un usage  des plus banals et utilitaristes amène a se poser des questions sur l’art et la photographie. C’est une sorte de ready made en quelque sorte.

La Fundación Telefónica présentait une exposition exceptionnelle réunissant plus de 400 oeuvres de Richter, en provenance de collections privées allemandes et suisses ainsi que de la collection de Isabel et David Breskin de San Francisco. Le titre de l’exposition, Overpainted photographs, est parlant: il s’agit de photographies de tout format (mais surtout de petits formats) enduits de peinture selon diverses tecnhiques et cachant plus ou moins le support. L’artiste utilise des photographies des plus banales et avoue jeter une bonne partie de sa production car le résultat est chaque fois un peu aléatoire. Son site (ici) en montre une grande quantité (565 !) et l’illustration ci-dessous en provient.

Je dois avouer que je ne suis guère réceptif à ce genre de travaux mais que, dans cette masse, certaines pièces dégageaient une sorte de d’harmonie séduisante, une forme de Beau.

Il faut ajouter qu’un tel événement, gratuit, on ne voit pas cela souvent en France. Pour l’anecdote j’ai rarement vu également autant de gardes et de vigiles, aussi bien aux accès que dans la vaste salle d’exposition.

PhotoEspaña – Galeries – Expos collectives – Marta Cervera, Fucares, Rafael Perez Hernando

PhotoEspaña ce sont des expositions officielles et un programme Off très relevé, à tel point que le Off et l’officiel ne sont pas réellement discernables. De nombreuses galeries participent à l’événement, que ce soit pour des expositions individuelles ou collectives.

Dans ce billet, on évoquera des expositions collectives qui se déroulaient dans trois galeries et que j’ai vues, comme certaines individuelles (billet ici), dès le premier jour à Madrid, le 21 juillet.

Marta Cervera (Plaza de las salesas, 2) avait retenu sept artistes utilisant la photographie pour un programme très contemporain. Greta Alfaro présente certainement le programme le plus facilement interprétable. Le dispositif comprend une vidéo et plusieurs photographies de divers formats. Le film retrace le saccage d’une table bourgeoisement dressée en pleine nature par des vautours. Les photos témoignent de l’événement. Pour ma part, cela m’a fait penser à la crise financière, d’autres pourront y voir d’autres choses. Les autres auteurs m’ont moins convaincu, à commencer par deux artistes également représentés par la galerie, Adam Fuss montre un rond dans l’eau et Jay Heikes expose trois photos d’épouvantails dans l’obscurité à tête hideuse, presque des monochromes. Leurs travaux sont visibles sur le site de la galerie.

Les quatre autres artistes sont seulement « en collaboration » avec la galerie, et du coup, le site web de la galerie ne montre pas leurs travaux. Il y a parmi eux des « pointures ». Jenny Holzer (son site ici) montre en format géant un paysage urbain de nuit orné d’une « pensée » écrite en grand dessus comme «i feel you ». Pour mémoire, il obtenu le Lion d’or à Venise en 1990 ce qui n’est pas rien. Miranda Lichtenstein (son site ici) montre une danseuse en négatif noir et blanc. Meredyth Sparks montre un travail sur un poster de Bowie (elle est visible à la galerie Franck Elbaz depuis le 12 septembre 2009). Anthony Pearson montrait un diptyque symétrique quasi monochrome évoquant une éclipse.

Rafael Perez Hernando Arte (Orellana, 18) exposait sur le thème « entropies ». Le titre est un peu fumeux mais le programme est plus accessible, plus photographique que arty, que celui de sa consœur ci-dessus et plus concentré ce qui permet de mieux appréhender le travail de chacun. Les illustrations sur le site web de la galerie sont également de grande qualité (illustrations ci-dessous, par contre il ne marche pas avec Firefox).

Linarejos Moreno montre de grands formats couleur avec des surimpressions fantomatiques dans un lieu où sont stockés des moules industriels étiquetés de jaune. Il y a aussi un amphithéâtre de fac où les sièges sont devenus des tableaux noirs couverts d’équations.

Jose Ronco présente de petits formats noir et blanc de lieux divers vides ou abandonnés, d’un grand classicisme.  Alexandro Garmendia expose des photographies géantes d’architecture avec un léger flou et du grain, un travail étonnant de texture. Xabier Idoate pratique l’impression numérique sur papier à dessin et ses créations sont à la marge de la photographie, tout près de celui d’un graphiste. Ses architectures urbaines repensées et multicolores vont du petit format à la fresque murale.

Fúcares (Conde de Xiquena, 12) montrait une exposition titrée Fotos que ver en Madrid cuando aun no estas muerto… (de calor) (des photos à voir à Madrid tant que tu n’es pas encore mort … (de chaleur). Beaucoup trop de photographes (une douzaine, pas moins) se pressent sur les murs exigus de la galerie et c’est dommage.

Vous pourrez ainsi voir les paysages désertiques d’Elger Esser et Howard Ursuliak. Vincenzo Castella montre des Polaroid et de grands déserts. En contrepoint, vous verrez Javier Ayarza et ses paysages verts voire bucoliques mais le texte en marge indique quels drames s’y sont déroulés et les coordonnées GPS du lieu: ça a quelque chose d’effrayant.

Bleda et Rosa montre un très grand tirage couleur d’un vestige romain et indiquent dessous la définition de chaque élément d’architecture montré. Il y a aussi deux Candida Hofer, dont un petit format (j’ignorais qu’elle avait produit de petites pièces). Roberto Infantes montre une photo ornée de géométrie peintes à l’acrylique et cela produit son effet. Maggie Cardelus a aussi un usage très spécial de la photographie puisque son œuvre consiste en une superposition de photos finement découpées en arabesques: son site, original, montre ses travaux.

Je finis rapidement avec plusieurs auteurs inconnus ne bénéficiant de plus d’aucun accompagnement "pédagogique": Angel de la Rubia (un LCD et deux photos), Rita Magalhaes (ici), Jaime de la Jara (deux grands formats couleur presque identiques d’un couloir enneigé) et Stefan Thiel (un sous-bois enneigé et un château de sable).

Galerie Sémiose – Les belles images de Taroop et Glabel

Je me suis rendu pour la première fois à la Galerie Sémiose (3  rue des Montibœufs et ici). C’est perdu au fin fond d’une cour près de la porte de Bagnolet.

Je ne sais pas du tout pourquoi j’y suis allé car il ne s’agit pas de photo (j’étais mal renseigné) mais de remploi, par le collectif Taroop et Glabel, de photographies parues dans la presse locale affublée d’un titre (involontairement ?) amusant.  C’est un peu potache comme démarche et en parcourant l’exposition, ça m’a rappelé ce que je ressentais quand j’étais moi-même lecteur de cette presse locale des chiens écrasés, galette de vieux, pot de départ du croque-mort, inauguration de sanisette, etc.

C’est bien gentil mais bon, on ne va pas y passer la nuit non plus: abonnez-vous donc à la presse locale et vous en verrez autant sinon plus, et comme elle est en déclin vous ferez une bonne action.

Galerie Dix9 – Yuan Yanwu

La galerie Dix9 que je visitais pour la première fois (la porte étant ouverte, contrairement à l’habitude) se trouve au 19 rue des Filles-du-calvaire (et ici aussi). L’exposition en cours montre le travail de Yuan Yanwu.

Je suis toujours assez peu réceptif aux artistes chinois qui ont fait (font encore ?) l’objet de surenchères: une présence exagérée en galerie au regard de la qualité des oeuvres  en raison d’un certain opportunisme (tout le blabla économico-sociologique autour de la Chine, sans parler des JO, qui font les gros titres de la presse, ça créé un buzz comme dit l’autre) et des prix délirants (liés à l’enrichissement de certaines élites, comme en Russie).

Ceci étant posé, et au vu du papier captivant de Michel Poivert (ici et d’où provient l’illustration ci-dessous) où tout est dit sur le travail exposé (difficile de passer derrière), je ne peux que vous encourager, par exception serais-je tenté de dire, d’aller voir cette exposition d’une artiste chinoise. Vous y serez, de plus, bien accueilli (on vous proposera de vous commenter les oeuvres), même en jean’s, ce qui ne manquera pas d’étonner l’habitué (hors grand collectionneur, je présume) des galeries parisiennes.

A priori, cela se vend bien puisque j’ai vu 4 pastilles, dont trois sur le portrait vu partout et reproduit ci-dessous.

C’est jusqu’au 26 septembre, il est donc temps de se presser.

Galerie Magda Danysz – Erwin Olaf – Dusk et autres séries

La Galerie Magda Danysz (78 rue Amelot et ici) présente une nouvelle fois, en partenariat avec FlatLand Gallery (site ici), le travail de Erwin Olaf. Vous pouvez faire un saut sur le site en tout point remarquable du photographe qui y présente en grand format sa production (ici).

Bien que la communication de la galerie (par mail) porte surtout sur Dusk, la dernière série d’Erwin Olaf, il y a très peu de pièces de cette série (deux, me semble-t-il). Le style est très original puisque ces photos sont entre le gris et le noir et portent de manière allusive sur l’esclavage (aux États-Unis) avec des mises en scènes renvoyant à cette période par les costumes, les intérieurs, les poses et la contenance des personnages.

 

L’accrochage ne montre pas de reflets parasites ce qui est remarquable (vu qu’il s’agit de teintes sombres) et les cartels sont enrichis de commentaires bienvenus, en anglais et en français. Dommage en revanche que ces derniers soient ornés de fautes d’orthographe.

L’autre série à découvrir c’est Laboral escena et c’est celle-ci qui est mise en avant sur le site de la galerie. Il s’agit de reprises de tableau classiques espagnols comme l’Apolonia de Zurbaran (même le site d’Olaf comporte une erreur en indiquant ZUBARAN). Cette série échappe au diasec et au format géant chers à Olaf.

 

C’est très esthétique et propre mais je ne vois pas bien l’intérêt d’une copie servile. Dans un genre voisin, et on ne quittera pas les Flandres, je préfère les travaux où une ré-interprétation des classiques est effectuée par le photographe comme le travail de Carla Van de Puttelaar (site ici) dont la dernière série évoque Cranach (billet ici) ou le travail de Hendrik Kerstens (illustration ci-dessous tirée de son site, ici).

D’autres séries sont aussi présentées ce qui en fin de compte constitue un survol du travail d’Olaf, dommage ne pas avoir consacré tout l’espace à Dusk par exemple. On peut ainsi voir ou revoir, Mature, Paradise the club et aussi Separation. Mature met en scènes des femmes âgées dans des tenues de pin-up voire de prostituées, Paradise the club montre des scènes de débauches festives avec des clowns déjantés et Separation montre un enfant et sa mère (du moins peut-on le supposer) tout les deux en tenue SM (latex et tout).

C’est jusqu’au 10 octobre 2009 et cela vaut la peine d’être vu.

Galerie Photo 4 – Vincent Borie, José-Miguel Ferreira, William Ropp

La Galerie Photo 4 (ici et 4 rue Bonaparte) expose les travaux de Vincent Borie, José-Miguel Ferreira, William Ropp. L’espace est décidément très bruyant et le nombre de photos réduit. On reste toujours dans un certain classicisme avec le noir et blanc de format réduit.
José-Miguel Ferreira expose des vues atmosphériques (des ciels) à 500 euros (illustration ci-dessous tirée de son site ici).

William Ropp montre des enfants nus dans les bois aux regards étonnés. Je suppose que c’est celui-là même que nous avions aperçu à Arles (billet ici). Vincent Borie montre quant à lui des vues aquatiques à 900 euros.

C’est jusqu’au 30 septembre 2009,  à réserver aux amateurs de photo classique.

Centre Wallonie Bruxelles – Cris et chuchotements

Je me suis pointé au Centre Wallonie Bruxelles (site ici) hier pour la rentrée parisienne des galeries mais j’ai vu que c’était payant (3 euros) donc j’ai fait demi-tour. En vérifiant à la maison il m’a semblé qu’il n’était pas sûr que des photographies soient exposées.

La dernière fois c’était gratuit et 100% photo (billet ici).

Je vais donc supprimer l’exposition Cris et chuchotements de ma liste.

Galerie Esther Woerdehoff – Stéphanie Lacombe

A l’occasion de la rentrée, la première visite fut pour la galerie qui me semble la plus appréciable en matière de photographie, Esther Woerdehoff (ici) qui avait fait sa rentrée dès le 25 août 2009.

Située un peu l’écart des "quartiers à galeries’ (36 rue Falguière, quartier Montparnasse), elle évite le côté bobo et prétentieux qui me terasse chaque fois que je dois aller dans le Marais et plus encore vers Saint-Germain des prés. L’accueil y est sympathique, même si vous vous pointez en jean’s, et on ne vous regardera pas de travers en émettant de vagues grognements en signe de bienvenue.

L’exposition du moment est consacrée à Stéphanie Lacombe, prix Nièpce 2009, dont nous avions évoqué le travail lors d’une exposition collective à la BNF (ici).

Stéphanie y montre la même série (La table de l’ordinaire) mais, me semble-t-il, de manière plus exhaustive par le recours à des formats plus petits accompagnant des tirages de formats moyens. Le thème est donc celui des français à table, une série qui (dé)montre que l’on peut encore photographier autre chose que ses orteils, une tasse, un sac en plastique ou New-York, échapper au noir et blanc plus ou moins granuleux et à la vogue de l’ultraclair. Cette série est inspirée et saisit un moment précis avec acuité de la vie de français à table, seuls ou en famille ou avec des amis. On y trouve une illustration à la fois de la diversité française, d’un point de vue ethnique, de l’évolution de la société (avec plusieurs clichés de colocataires) et quelques cas proches du trouble mental.

La jeune femme de la galerie vous proposera de jeter un œil à un cahier qui comprend la présentation du contexte de chaque photo, ce qui n’est pas indispensable mais c’est intéressant. Vous y trouverez aussi les prix: comptez 1 350 euros et 800 euros selon le format, des prix tout à fait réalistes.

L’autre série (papillon rouge) est d’un tout autre tonneau puisqu’elle renvoie vers le monde SM, c’est d’un intérêt limité sur le fond et la forme car vu cent fois, avec  le recours massif  du flou, au rouge et au sombre.

Le photos de Stéphanie sont visibles par ici.

C’est jusqu’au 21 septembre 2009 et je vous invite à y aller rapidement (dernier week-end la semaine prochaine).

Galerie Berthet-Aittouarès – Antoine Schneck

C’était pour ainsi dire la rentrée des galeries parisiennes hier. Je suis donc allé faire le tour de certaines expositions. Je me suis rendu chez Berthet-Aittouarès (site ici) mais je n’avais pas vu que j’avais classé cette exposition de Antoine Schneck en "bof" (j’ai trois catégories: oui, non et bof).  De fait, après avoir affronté une foule compacte de touristes (on est à Saint-Gemain des Prés, au 29 rue de Seine), un simple regard à travers la vitrine m’a rappelé pourquoi j’avais mis "bof".

Il s’agit de grands portraits "ethniques"  où sel le visage apparait, se détachant d’un fond noir. Il faut dire qu’en ce moment le quartier célèbre les "arts premiers" à travers le "Parcours des mondes" (site ici) qui dure jusqu’à aujourd’hui.

Le site de l’auteur (ici) montre qu’il a déjà appliqué la même procédure à une multitude de sujets, depuis le vilebrequin jusqu’à l’humain en passant par les animaux, des sujets qui me semblent plus originaux.

PhotoEspaña – Teatro Fernán Gómez. Centro de Arte – Seventies

Le Théatre Fernán Gómez (Plaza de Colón, 4) accueillait une magnifique exposition, gratuite, comme toutes celles de PhotoEspaña, consacrées aux années 70.

Cette exposition géante située dans un site climatisé montrait un large choix d’auteurs, devenus classiques pour la plupart.

Eugene Richards montrait des images émouvantes d’enfants, de gens âgés et de noirs, posant ainsi en scène la problématique de l’exclusion et la question raciale. David Goldblatt montrait uniquement des noirs dans des vues posées, généralement des portraits à domicile, à Soweto. Une autre série (details) montre des gros plan sur des mains ou des jambes. La question raciale est également abordée par William Eggleston avec, bien sûr, une série en couleur, réalisée dans le Mississipi (drapeau sudiste bien en vue) marquée en l’espèce d’une tonalité rouge depuis les chiottes jusqu’à la fameuse fille (rousse) que tout le monde je présume a déjà vu (ci-dessous).

Un remarquable travail d’exposition a été réalisé sur l’œuvre de Malick Sidibe, que je n’avais jamais vue auparavant sous cette forme: de petits tirages vintage, format carte postale, collés dans des cahiers et présentés en vitrine.

Autre sujet au cœur des seventies, la libération des mœurs. Ed van der Elsken exposait de petits tirages couleurs de jeunes gens "sexuels": droguée, nudiste, etc. Je ne sais pas pourquoi mais il y a de la vraie vie dans ses images que je ne connaissais pas (à ma grande honte). Même enthousiasme pour Anders Petersen dans une série particulièrement inspirée (café Lehmitz) bien loin d’un photojournalisme travesti en "art", avec une vraie immersion du photographe dans un café de Hamburg ,vraiment glauque. On dirait un extrait de film noir avec de vraies "gueules" comme au ciné. Une série fascinante. Kohei Yoshiyuki (série park) montrait un travail que je connaissais déjà: des couples de japonais qui baisent dans un parc, de nuit, avec des voyeurs qui les collent.

Il ne fallait pas rater non plus Gabriele et Helmut Nothhelfer qui ont réalisé le portraits noir et blanc de gens tristes participants à divers évènements et rassemblements animés. On ne sait pas trop quoi penser de cet instant ou le contraste entre une foule et un individu se manifeste ainsi.

Les seventies ce sont aussi des expériences individuelles et personnelles ce qui nous vaut plusieurs travaux autobiographiques. Alberto Garcia-Alix montre de petits noirs et blancs autobiographiques et "alternatifs" et Fina Miralles (série relaciones) réalise des autoportraits noir et blanc banaux de son quotidien, chaque titre de photo renvoie a une action (ex: to talk). Laurie Anderson prend une photo des hommes qui l’agressent verbalement: une photo, un texte dessous et l’homme a les yeux masques par un rectangle blanc. Deux poids lourds sont aussi présents. Cindy Sherman (série bus riders) se métamorphose en une palette de passagers de bus en train d’attendre, une série culte comme on dit (ci-dessous en provenance de la Tate Gallery).

Sophie Calle (série les dormeurs) utilise la photographie comme témoignage d’une sorte de happening où toutes les 8 heures un dormeur (plus ou moins inconnu) sort du lit de Sophie (rien de sexuel là-dedans) et est remplacé par un autre. Étonnant. Il y a Topor et Lucchini (déjà, en 79). Un texte explique les "aventures" de chaque dormeur illustrées de 8 à 10 photos.

Pour les autres travaux exposés, aucune thématique ne se dégage clairement si ce n’est peut-être le caractère souvent conceptuel des divers travaux.

Hans Peter Feldman montre 36 vues d’une même lieu où il ne se passe rien, à divers instants du temps, réunis par panneaux. Allan Sekula montrait des diapos (très lentement): il s’agit d’ouvriers sortant du travail. Carlos Pazos recourt aussi aux diapos mais placées dans une boite lumineuse où l’on voit le photographe déguisé. Anna Mendieta (série people looking at blood) recourt également à la diapo en  boite lumineuse pour retracer la réactions de passants confrontés à une grande flanque de sang dans la rue.

Karen Knorr (série Belgravia) exposait un de ses classiques: une série de portraits bourgeois noir et blanc avec une "citation" formant un ensemble fascinant de froideur et de distance; les textes tuent. J.d. ‘Okhai Ojeikere montrait aussi des portraits en noir et blanc de coiffures affricaines, à mi-chemin de la dentelle et de la sculpture, des choses stupéfiantes que je n’avais jamais vues.

Christian Boltanski est l’autre artiste contemporain français fameux présent à cet expo (avec Sophie Calle) pour  the d. family album un mur recouvert de tirages noir et blanc "amateur" tirés de la vie de Marcel Durand.

La visite se concluait avec Victor Kolar (des vues mornes d’Ostrava et de sa population), Claudia Andujar (série rua direita, des vues colorées et séduisantes en contreplongée de passants de cette rue de Saopolo) et enfin Victor Burgin (sériezoo 78, 8 diptyques de Berlin accompagnés d’un texte et imprimé dans le coin de chaque image).