Photoespaña – Canal de Isabel II – Sergey Bratkov – Glory Days

Et voila venu l’heure de l’avant-dernier article consacré à Photoespaña. Le prochain portera sur les découvertes du festival (Descubrimientos) puis nous le quitterons pour évoquer les oeuvres photographiques visibles au musée de la reine Sophie.

La fondation créée en 2000 (Santa engracia, 126 et ici) du Canal Isabel II (la compagnie en charge de l’eau, à Madrid) exposait dans un château d’eau et ce fut bien difficile de le trouver: ce n’est que grâce à des banderoles que j’ai évité de rebrousser chemin. L’accès est ultra sécurisé car certaines installations nécessaires à approvisionnement en eau de Madrid continuent de fonctionner sur le site. On circule donc muni d’un badge après avoir montré sa pièce d’identité et avoir passé son sac au scanner.

L’exposition nécessite de monter sur les différents paliers du château d’eau, c’est assez impressionnant et le petit ascenseur n’embarquant pas plus de 2 personnes, vous devez vous aventurez sur l’escalier en métal qui dessert les paliers.

L’exposition, consacrée à Sergey Bratkov,  a été montée avec le concours du PhotoMuseum Winterthur (en Suisse, près de Zurich) et, là aussi, cette exposition donnait de quoi voir et penser … et dire que c’est gratuit !

Au rez-de-chaussée se trouvaient une vidéo (life is pain) et quelques témoignages (photos et lettres) d’une performance ainsi que trois noir et blanc géants de femmes assises, bas baissés, tenant entre leur cuisses une boite de Petri portant le nom d’un roi. Le ton est donné.

D’autres séries nous montrent des contes cruels avec du sang partout, un pendu, des enfants étouffés, des croix gammées, etc tandis que dans une autre un couple masculin en costume dans un décor de théâtre est occupé avec une raquette ou en train de se rouler une pelle. Dans birds,  il met en rapport des oiseaux empaillés au plafond et des enfants que l’on dirait dans un orphelinat.

Tout aussi subversives, quatre lutteurs libres: deux cabossés bien nets et deux autres dans le flou (sous la douche ?). Dans la même veine violente, Bratkov montre trois grands formats carrés de portraits d’enfants souriants mais bougés (glue sniffers) évoquant leur état de confusion mais c’est sans doute une longue série de lolitas en petit format (kids) qui met le regardeur le plus en porte-à-faux (l’illustration ci-dessous provient de la Haus Für Kunst d’Uri en Suisse).

Moins dérangeantes sont ses secrétaires en petite tenue (secretaries) et ses deux femmes militaires (army girls) que l’on pourra voir chez le galériste italien Lipanjepuntin.

Dans my moscow,  il fait du Martin Parr bon enfant lors d’une kermesse. Il y a aussi des gens qui barbotent dans la boue, un type qui s’abrite dans la neige et des marins bien sûr mais vieux avec une partie du cadre blanc et une séparation noire, rappel des rayure des marins, et enfin des ouvriers sidérurgistes, lunettes de protection levées avec leur ombre leur dessinant une paire de lunettes en plus.

C’est là une présentation très complète du travail provocateur de Bratkov que l’on est pas près de revoir dans un format aussi complet.

Photoespaña – BBVA – Ugo Mulas

On approche de la fin du parcours de Photoespaña 2009 qui se déroulait cet été à Madrid. C’est la BBVA qui accueillait l’exposition dans une salle du rez-de-chaussée de la tour qui abrite son siège (Paseo de la Castellana, 81).

Je n’ai pas été vraiment séduit par le travail de Ugo Mulas, ni même vraiment intéressé par ce parcours alors même que le volume de photographies et la qualité de l’exposition sont irréprochables.

Simplement, ses reportages sur Milan, un bar jamaïcain ou Milan et plus encore la longue série de portraits d’artistes et de biennales ne m’ont pas vraiment tenu éveillé.

La série new-york montre Rauschenberg et un peu Warhol au travail et une planche contact du travail de Jasper Johns et dans le même genre Roy Lichtenstein faisant le pitre devant une de ses toiles.

La série "verifichie" est une suite d’expérimentations photographiques obscures.

Quant aux paysages urbains et à la scénographie pour Wozzek, ce n’est guère mieux. Le parcours se terminait par des images de mode fort réussies dont certaines en couleur.

PhotoEspaña – Casa arabe – Bourouissa, Hammam, Barrada, Benohoud

Poursuite tardive de la promenade photographique sur le festival PhotoEspaña qui s’est déroulé cet été à Madrid avec l’exposition qui se déroulait à la Casa Arabe (Alcalá 62) et s’est terminée il y a peu de temps finalement, le 31 septembre. Le lieu évoque une mosquée et se trouve en face des jardins du Retiro, gratuits et magnifiques.Une bonne occasion de se souvenir du soleil en cette période où les jours raccourcissent :(

Casa Arabe 2009

L’exposition s’intitulait Cosmovisiones Arabes

Cosmovisiones - Madrdi 2009

On voyait Mohamed Bourouissa et sa série périphéries en 6 images que j’avais en partie déjà vues, l’auteur étant désormais pas mal connu (déjà en octobre 2008, billet ici).

Nermine Hamman (site ici) montrait sa série palimpsest, des visages entre ferveur religieuse et souffrance dans un traitement graphique étonnant: une palette ocre, une texture comme du papier à gros grain, des fonds à peine esquissés et sombres au profit de visages éclairés.

Yto Barrada (site ici) exposait un extrait de sa série factory.The strait project, des formats carré en couleur de femmes travaillant dans une conserverie.

Hicham Benohoud montrait 9 portraits en noir et blanc où le visage est décoré d’objets bizarres un peu comme un bernard-lhermitte se cache et se protège en se recouvrant de petits objets.

Polka – Naundorff, Pellegrin, Poveda, Abbas, etc

La galerie Polka (associée à la revue du même nom), dont j’ai déjà parlé ici à plusieurs reprises, fait partie des destinations à ne pas rater à Paris quand on s’intéresse à la photographie. Les illustrations proviennent du site Lesphotographes.com qui a fait un reportage remarquable sur Polka (ici).

La galerie a récemment emménagé dans de nouveaux locaux (Cour de Venise, 12 rue Saint Gilles) fraichement rénovés et un peu plus accessibles et visibles. L’accueil y est toujours décontracté, ce qui est bien agréable.

On trouvait mis à l’honneur, pour cette exposition baptisée Droit dans les yeux, actualité tragique oblige, le travail de Christian Poveda sur les clans, au Salvador, largement commenté, sur lequel je ne m’attarderais pas. A voir aussi, le travail de Pellegrin et de Abbas (sur l’Iran, forcément, et actualité oblige – tant politique qu’artistique puisque l’Iran est l’invité de ParisPhoto). Mickaël Bougouin explorait également la veine iranienne par un reportage sur les plages iraniennes où hommes et femmes se côtoient "plus ou moins". Prashant Panjiar montrait de petits noir et blancs de la vie indienne. On se demandait bien ce que venait faire là-dedans les photographies de chevaux en couleur de Hans Silvester.

A côté de ce programme essentiellement documentaire, classique et noir et blanc, centré sur l’actualité et le monde non-occidental, on voyait le travail plus coloré et plus joyeux de Cathleen Naundorf (site ici) dans le domaine de la photographie de mode (des agrandissements de Polaroïds) et Steven Siewert qui montre un reportage sur la 50′ fair qui regroupe des fans des années 50 à Sidney.

Quelques auteurs du fond Polka étaient également visibles en nombre plus réduit comme Shahidul Alam, William Klein, Elliott Erwitt (le fameux train), Marc Riboud et Ethan Levitas.

Et alors combien coûtent ces travaux me direz-vous ? Hélas, la galerie ne fait pas figurer les prix sur son site web mais on les trouve sur place. Les prix commencent à 200-250 euros pour de petits noirs et blancs de Alam ou Bougouin (tirages resp. 20 et 25) jusqu’à près de 10 000 euros pour un grand format de Pellegrin (ed° 3). Siewert est à 800 ou 2 000 selon le format et le tirage (resp. 40×60 ed°10 ou 80×120 ed° 5) et Naundorf commence à 1 500 mais s’envole jusqu’à 4 500 euros au fur et à mesure de l’épuisement de la série (ed° 10).

C’est jusqu’au 7 novembre 2009 et vous pouvez y aller sans risquer de perdre votre temps.

En bref – Ouverture de la galerie Magnum à Saint Germain des Prés

L’agence Magnum dispose depuis 2007 d’une galerie, au 19 rue Hégésippe-Moreau, à Montmartre, au sein même de l’agence mais son accès, voire son existence, reste assez confidentiel.

A priori, ParisPhoto 2009 sera l’occasion de lancer, le 20 novembre 2009,  un nouvel espace au 13 rue de l’Abbaye dans le quartier Saint Germain des Prés. Le site de la galerie est par ici. L’opération est bien montée puisque non seulement cela coïncide quasiment avec l’anniversaire de la première galerie mais que de plus le lieu n’est autre que celui investi auparavant par Robert Delpire, invité d’honneur à Arles il y a trois mois et à nouveau à l’honneur à la MEP dans quelques jours (vernissage mardi prochain, dans deux jours).

La galerie sera plus visible que l’ancienne qui continuera toutefois son activité autour de deux expositions annuelles: du 12 novembre 2009 au 29 janvier 2010 elle exposera ainsi des photographies de Inge Morath.

La nouvelle galerie offrira plusieurs programmes simultanés d’exposition en renouvellement permanent s’adressant à tous les budgets (de 1 000 à 10 000 euros) en provenance tant du fond historique que de la production récente des auteurs de Magnum. Le programme d’inauguration, "Demain / Hier" mettra en avant les nouveaux venus chez Magnum.

Cet article s’appuie en partie sur l’article de Artknowledgenews.

PhotoEspaña – Solos Shows – Galeries et hôtels – 24 juillet 2009

PhotoEspaña s’est déroulé cet été à Madrid mais je n’ai pas encore fini les articles sur les nombreuses expositions organisées dans le cadre de cette manifestation de 1er plan.

Je passe rapidement sur L’exposition au Westin Palace (Plaza de las cartes, 7) qui s’est terminée le 20 septembre dernier, consacrée à la série Vanishing Americain de Michael Eastman qui sont de sont de jolies photos de lieux … en train de disparaitre comme le titre le laissait supposer.

Elba Benitez (ici et San Lorenzo, 11) montrait le travail de Vik Muñiz, des photos noir et blanc de format géant mais on dirait des collages, même la texture du papier est visible. Il s’agit de reprises de photos de photographes fameux comme Winogrand ou Weegee.

Estiarte (Calle Almagro, 44 et ici) montrait le travail de Begoña Zubero (son site ici), des diasec de stations-service (3 000 euros). La galerie n’est pas spécialisée en photographie mais représente de nombreux artistes qui s’expriment en utilisant ce media.

Magee Art Gallery (Antonio Maura 7 bajo derecha et ici) , qui est spécialisée dans l’art asiatique montrait l’étonnant travail de Jin Shi: un ensemble d’installations et de photographies. Les installations en question sont constituées surtout de petit matériel ambulant farfelu. C’est assez surprenant à voir et les photos servent de témoignage de leur usage dans la rue (ci-dessous, un mini-billard photographié en usage – le modèle était pour de vrai dans la galerie).La galerie compte plusieurs photographes dont deux stars: Li Wei et Cui Xiuwen.

En bref – Galerie Vu’ – Anders Petersen et JH Engström – From Back Home

On ne présente plus l’Agence Vu’ et sa galerie (ici et 2, rue Jules Cousin) qui depuis quelques mois maintenant nous gratifie d’un programme d’expositions très exigeantes, qui ne ménagent pas le visiteur.

Cette fois, et jusqu’au 31 octobre,  il s’agit de Anders Petersen et JH Engström qui nous racontent en photo leur région natale à tous les deux, le Värmland (en Suède, je précise pour les incultes).

Autant le dire tout de suite, je ne suis fan ni du Värmland, ni de Anders Petersen et JH Engström. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être parce que leurs photos montrent la laideur ordinaire, celle qui fait des hommes et des femmes des animaux comme d’autres. Peut-être parce que les photographies à l’aspect amateur, où l’éclairage est approximatif, les couleurs bâclées et les cadrages aléatoires, à la longue, cela me fatigue tout comme me fatigue le style VU’, vous savez bien, le "gros grain noir et blanc flou, vaguement bougé".

J’ai donc regardé d’un œil distrait, ayant grand peine à le maintenir ouvert, le travail de Engström, une multitude de petits tirages très inégaux rassemblés au petit bonheur la chance et complétés de 8 grands tirages montrant des assemblages de photos. On dit que le talent du photographe c’est celui de savoir jeter: jeter hors du cadre les éléments qui ne l’intéressent pas et aussi jeter les photographies qui après coup ne sont pas conformes à l’idée qu’on en avait initialement. En l’espèce, il m’a semblé qu’on demandait au visiteur de faire le tri et c’est un peu pénible.

Quant aux clichés de Petersen, c’est le style VU’ dans toute sa splendeur, dans un accrochage ultra dense, les cadres presque collés les uns  aux autres et recouvrant intégralement deux murs. Un travail où le tri a été fait mais où il restait tout de même quelques scories.

Il m’arrive parfois de pester contre des accrochages rachitiques, étiques ou anorexiques mais un accrochage boulimique, ce n’est pas mieux.

Ce qui m’a le plus intéressé peut-être c’est la série de Petersen intitulée Gröna Lund (c’est le nom d’un parc d’attraction) qui a fait l’objet d’un livre paru en 1973. Les tirages vintages sur Agfa (une pellicule qui n’existe plus aux dires de VU’) datés des années 67 à 73 portent sur des bals et fêtes foraines et il faut voir cela, absolument: pas de tirages géants, pas d’effets là-dedans ni de chiqué, juste de vrais gens au naturel, des années 70’s. Rien que pour cela, allez-donc voir.

Si vous souhaitez casser votre tirelire, ce sera 4 500 euro le tirage (on a rien sans mal) et si vous souhaitez une critique de qualité, lisez Caujolle ici.

En bref – Galerie Anne de Villepoix – Sam Samore

La galerie Anne de Villepoix (ici et 43 rue de Montmorency) n’est pas dédié à la photographie mais à l’art contemporain. L’exposition du moment (jusqu’au 25 octobre) est une rétrospective consacrée à Sam Samore, qui utilise le médium photographique.

C’est assez morbide et inquiétant. A réserver aux amateurs d’art contemporain, vraiment.

Galerie Philippe Chaume – Margaret de Lange – Daughters

La galerie Philippe Chaume (9 rue de Marseille et ici)  fait partie des incontournables en matière de photographie.

La galerie présente le travail de Margaret de Lange, baptisé Daughters. Il s’agit de photographies grand format en noir et blanc assez troublantes. Il se passe quelque chose dans ces photographies, les éclairages et les regards sèment un certain trouble, quelque chose d’étrange et pourtant, il m’a été difficile d’adhérer et d’entrer dans ce travail. On voit qu’il y a quelque chose, mais quoi ?

Pour être honnête, je trouve que l’exposition est un peu courte, pas assez dense et que le site web de l’auteur (ici) en montre plus et mieux et que finalement on entre mieux dans ce monde étrange en procédant de la sorte.

Selon le format, les prix sont de 1 300 ou 3 500 euros.

Galerie Adler – American dream

C’était la première fois que je mettais les pieds à la Galerie Adler (75, Rue du Faubourg Saint-Honoré et ici) qui se trouve à deux pas de la galerie RX et de la galerie Jérôme de Noirmont.

Je passais juste pour voir un travail en particulier, celui de Laurent Elie Badessi. Il s’agit de photographies de grand format représentant des militaires, structurées en deux séries qui se répondent, l’une en couleur, l’autre en noir et blanc. Leurs yeux sont bandés, soit par le drapeau américain, soit par un bandeau où figurent des mots, qui assemblés entre photos, forment la phrase "ceci n’est pas un rêve". Cette même phrase est lisible, à la place du matricule, sur la série en couleur.

[Je constate avec dépit en consultant cet article quelques mois après sa rédaction que les liens vers les images initialement présents ne fonctionnent plus, dommage.]