PhotoEspaña – Horizonville – Yann Gross

Je viens de me rendre compte que j’ai oublié de parler de Yann Gross et de son projet Horizonville exposé l’été dernier lors de PhotoEspaña 2009. Cela se tenait sur le même lieu que les Descubrimientos (billet ici). Le site de Yann, très clair, est ici.

Yann Gross montrait 50 photos de suisses (résidants dans le Valais) qui se prennent pour des américains, ou plutôt, qui reproduisent dans leur quotidien les clichés de la vie américaine telle que perçue depuis l’Europe, voire qui singent les rednecks les plus arriérés. Cela vaut son pesant de cacahouètes. Les illustrations viennent du site web du photographe. Ce ne sont pas des banquiers distingués ou des ouvriers horlogers.

Noorderlicht 2009 – Groningen Photo Festival – Photolab

Après quelques articles parisiens, nous voilà repartis dans nos modestes aventures à  Groningen à l’occasion de Noorderlicht 2009.

Cette fois, nous retrouvons le chemin d’une exposition d’envergure, Photolab qui réunit pas moins de 70 photographes pour « A la recherche du bonheur » et trois autres pour « Belgrade m’appartient ». Autant dire qu’on ne va pas dérouler la liste complète. Les lieux sont ingrats et l’organisation a eu la bonne idée de mettre des rideaux pour masquer ce qui est laid et de s’en servir aussi pour guider le promeneur: c’est plutôt malin (et économique).

Dans Belgrade belongs to me, Boogie, Dirk-Jan Visser et Mark Nozeman présentent chacun leur vision de la ville. Boogie montre une multitude de petits noir et blanc accrochés sans fioriture, une image sale avec des gosses en arme, ds trucs décrépis, des vieux. C’est glauque. Mark Nozeman (son site est à voir, ici) prend un tout autre parti pris en montrant surtout les jeunes, propres sur eux, gothiques ou punks, qui pourraient être de Paris ou de New York. Ceci dit il montre aussi des intérieurs kitsch ou vraiment merdiques. Dirk-Jan Visser (son site ici où je n’ai pas trouvé les photos présentées) montre des noir et blanc de nuit essentiellement avec des jeunes qui chantent, des jeunes dans leur quotidien glauque et désœuvrés.

Tout cela ne donne pas une image très favorable de Belgrade tandis que que se tenait une autre exposition dans les mêmes lieux intitulée « A la poursuite du bonheur ». Dans cette exposition, une multitude d’auteurs et une seule photo pour chacun.

Il y a quelques noms que je connaissais comme Alejandro Chaskielberg (billet ici), Benjamin Lowy (billet ici), Nina Berman (son site ici), Tanya Leshkina (billet ici), Richard Pak (billet ici),  Paula Muhr (billet ici) et Sébastien Loubatié avec ses superbes serviettes (son site amusant ici). Pour le reste j’avais relevé 10 noms dont le travail me paraissait intéressant mais vérification faite sur leur site web respectif, aucun n’a retenu finalement mon attention. Il reste à jeter à œil sur la cinquantaine d’autres que je ne connaissais pas et qui ne m’avaient pas marqué: peut-être une perle s’y trouve-t-elle ?

BNF – Bourse du talent

La BNF (site web rénové depuis peu ici) exposait jusqu’à aujourd’hui les travaux des jeunes photographes distingués dans le cadre de la Bourse du talent. J’y suis allé dimanche dernier pour ma part. Contrairement à l’an passé où je découvrais la plupart des photographes et leurs travaux, cette fois-ci, bon nombre des travaux et des auteurs m’étaient connus.

Clémence de Limburg (lauréate dans la catégorie reportage, série escape, site ici) illustrait l’existence de Gitty et de sa fille,  une jeune femme juive partagée entre une existence de new-yorkaise ordinaire qu’elle a choisi et le mode de vie orthodoxe de son ex-mari. Un reportage qui se lit autant qu’il se regarde. Philippe Conti (coup de cœur dans la catégorie reportage, site ici) montrait des images de civils mutilés lors de la guerre en Irak.

Lucie et Simon (lauréats en catégorie portrait, série scènes de vie) illustrent la vie quotidienne de jeunes gens « vu de dessus »: c’est bien composé, propre, frais et design. On avait déjà vu leur travail chez Frédéric Moisan (billet ici).  Aglaé Bory (coup de cœur portrait, série corrélations, son site ici) saisit de touchants autoportrait d’une jeune mère et de sa petite fille empreintes d’un je ne sais quoi d’absence ou de tristesse, sans effet.

Claire Cocano (lauréate mode, série sweet sixteen, site ici) nous montre des jeunes filles épurées, aux couleurs fluo souvent seules dans des cadres vides. Le problème avec la photo de mode c’est que l’objet photographié doit être au 1er plan et que du coup j’ai un peu de mal à voir le rapport avec la photographie « désintéressée » où le propos se veut artistique: c’est d’autant plus délicat quand on a pas le recul de l’histoire (qui vaut à des photographes de mode ou de publicité d’être considérés à l’égal d’artistes). C’était je crois la 1ère année où ce genre est introduit. Il n’en reste pas moins que ces photographies sont fort sympathiques.  Franck Glenisson (coup de cœur mode, site à la navigation chaotique ici) incarne un style totalement masculin avec un éphèbe sortant des eaux muni d’une prothèse de jambe que l’on dirait sortie d’une BD de Bilal. Mouais. Françoise Spiekermeier (coup de cœur mode, site ici) qui n’est plus vraiment une jeune photographe (on dirait poliment « mid-career » pour reprendre le terme consacré) exposait de magnifiques portraits de jeunes africains en tenue locale. C’est beau, simplement.

Le dernier volet est consacré au domaine « espace » (c’est un peu bizarre comme intitulé) et Arno Brignon série 31sans, site ici) est lauréat.  Si c’est photos viennent de Toulouse, elles n’ont rien à voir avec l’espace aérien mais plutôt avec la banlieue (style vu’). Qu’on se rassure, Arno sait photographier dans d’autres styles. Julien Lombardi (série artefact, mention spéciale espace, son site ici) montre des objets de nuit, un sujet réussi comme un exercice de style mais un peu éculé. Stéphanie de rougé (coup de cœur espace, série overground, site ici) traite un sujet pour le coup très original, sympa et avec pas mal de fraicheur: il s’agit des toits des immeubles à New York qui sont utilisés comme terrasse ou jardin.

Jeu de Paume – Lisette Model

Il ne faut jamais rater une expo au Jeu de Paume, sur la place de la Concorde (et ici aussi). On est parfois un peu déçu au regard du prix du ticket mais, dans tous les cas, même si cela ne plait pas toujours, c’est toujours de niveau relevé. Et dimanche dernier, en même temps que la MEP et que la BNF, je suis allé faire un saut place de la Concorde pour y voir l’exposition consacrée à Lisette Model (c’est jusqu’au 6 juin). On pouvait compter les visiteurs sur les doigts des deux mains.

Le travail de Lisette Model (1901-1983) est montré au travers de 120 tirages (dont certains viennent de chez Baudoin-Lebon – les illustrations de ce billet proviennent de son site web, ici). Ces tirages, souvent vintage, couvrent les années 30, 40 et 50, époque où elle se tournera vers l’enseignement (elle comptera Diane Arbus parmi ses élèves).

Ses clichés les plus fameux sont vraisemblablement ceux réalisés à Nice sur la promenade des anglais (vers 1933-1938): des vieilles et des vieux friqués avachis dans leur siège, vaguement méprisants, prenant le soleil. Cette série s’inscrit dans un ensemble consacré à Nice et fait suite, en ouverture de l’exposition, à des tranches de vies à Paris, souvent des pauvres dans les rues. De fait, l’une et l’autre série montrent l’espèce humaine sous un jour peu favorable, avec une prédilections pour les gros, les grosses, les moches, les vieux.

Deux séries en revanche échappent à la malédictions des laids: running legs (qui date de 1940-1941) qui montre, vu depuis le raz du sol, des jambes et souliers dans les rues grouillantes de New-Yorks et reflections qui se situe dans la même ville, un peu plus tard (1939-1945) et nous montre des reflets dans les vitrines. Ce dernier thème, d’ailleurs, a été traité et retraité depuis, à de nombreuses reprises, par de nombreux photographes peu imaginatifs.

Dans pedestrian, réalisé en 1945 à New-York encore, ce sont toujours des vieux à chapeau, des femmes engoncées dans leurs vêtements et il en est de même dans le lower east-side avec de pauvres grosses femmes et de vieux messieurs. Lisette Model a réalisé là un casting exceptionnel avec des « gueules » comme on n’en croise guère.

Après 45 et dans les années 50, les photos sont moins inspirées: les travestis, les scènes bars , de boites et de restaurant (publiées dans  Harper’s bazaar, look, us camera) montrent le peuple ou le bourgeois, dans une égalité de traitement très démocratique. Les scènes à l’opéra de San Francisco montrnt de vieilles peaux couvertes de fiurrures et de bijoux, les seins ratatinés pendouillant sous les robes d’apparat ont un je-ne-quoi de « Parrien » féroce, la couleur en moins. L’exposition se conclut un peu en queue de poisson avec quelques célébrités des années 50 et une peinture de son époux qui ne connut jamais la reconnaissance.

Si Parr vous a plu, allez-voir le regard vachard de Lisette.

En bref – Les galeries parisiennes aux sites web les plus médiocres

Depuis plusieurs années maintenant je fréquente assidument les galeries et festivals, en ligne et dans la vraie vie, avec la photographie comme sujet de prédilection. Depuis plusieurs mois j’établis une liste d’expositions consacrées à la photographie, en cours à Paris, que je publie environ chaque mois sur ce blog. Et chaque fois je constate que bon nombre de galeries (ou lieux d’expositions) se distinguent par la médiocrité de leur site web.

Site pas du tout à jour ou qui ne dit rien du tout, à commencer par les  dates de début et de fin des expos, voilà le lot de certains sites web de lieux d’exposition.  Si cela peut être compréhensible quand il s’agit de lieux à caractère associatif ou reposant sur le bénévolat, cela relève du n’importe quoi pour une galerie. En 2010, cela parait sur-réaliste mais pourtant le cas n’est pas isolé. Et encore, je passe sur ceux qui n’ont même pas de site web.

Je vais vous livrer quelques noms de lieux illustrant le propos, dont le site semble s’être arrêté, dans le meilleur des cas, à fin janvier 2010: Galerie 13 Jeannette Mariani, Galerie Celal, Galerie CM ART, Galerie In Camera, Galerie Kennory Kim, Galerie Talmart, L’Île aux Images, Naço Gallery, Galerie W, Little big galerie, Galerie Oberkampf, Galerie Maeght Paris, Heart gallery, Galerie Paul Frêches, Galerie Alain Gutharc, Galerie Jean-Marc Patras, Galerie Dina Vierny, Galerie le Simoun, Galerie Madé, Galerie Intemporel, Galerie Pascal Vanhoecke, Galerie Photo 4.

MEP – Sidibe, Wachill, Choquer, Moon

L’exposition à la MEP (site ici) ce n’est pas seulement Eliott Erwitt (billet ici). En visitant l’exposition samedi après-midi, j’ai été un peu déçu d’entendre dire, « mais c’est où ? », « Ah, non, c’est pas ce truc là ». Plein de gens faisaient la queue (y compris dans la rue). L’humain aime bien la vie de troupeau. Bref. Du coup, les autres salles ne faisaient pas le plein, à part Luc Choquer.

Malick Sidibé montrait trois photos dans un coin tandis qu’une greluche téléphonait bruyamment plantée devant: admirable grand public attiré ici on ne sait comment, reste plutôt devant TF1. Youssouf Wachill était massacré par un accrochage calamiteux en raison de reflets sur ses images sombres de visages cachés dans l’obscurité, voilés. Sarah Moon ne faisait guère recette non plus avec ses images de théâtre.

Luc Choquer recueillait en revanche tous les suffrages avec un niveau entier consacré à son travail: la foule se pressait devant ses portraits de français « à la Martin Parr », avec force originaux et couleurs vives. Bousculades et franches rigolades parmi les visiteurs qui croyaient peut-être regarder les Bronzés IV. Quoi qu’il en soit, je ne sais pas où il les a trouvé ces français là mais, comme on dit, il a trouvé des « gueules », et des gratinées mais il fait aussi des trouvailles de composition adroites et fait preuve aussi d’une certaine tendresse pour certains de ses modèles. C’est vraiment à voir, si possible un jour de faible affluence. On peut trouver les séries (portraits de français et hors champs) présentées sur le site de l’agence Signatures (ici).

Un étage était injustement délaissé par les visiteurs, c’est celui consacré au travail de Philippe Bordas qui montrait trois de ses projets centrés sur l’Afrique. La 1ère salle montre des chasseurs du Mali dans de grands portraits couleur pur l’essentiel, avec armes, gibier et parfois hyènes, de compagnie (un peu comme Pieter Hugo). Il y a aussi des scènes autour du feu, presque volcaniques, en petit format, très réussies. L’autre salle réservait un petit espace intime à Frédéric Bruly Bouabré où on pouvait découvrir le maître en plein travail avec moult commentaires sous chaque photo: presque une bande dessinée. Plus loin, l’auteur et artiste africain, inventeur d’un alphabet qui lui est propre, était vu à travers quelques pages expliquant sa démarche si étrange. Si vous êtes curieux, ce volet de l’exposition ne manquera pas de vous surprendre. Pur finir, Philippe Bordas nous emmène voir des boxeurs, à l’occidentale, sur fond noir ou plus traditionnels, sur fond ocre ou combattant dans le sable, deux visages méconnus de la boxe en Afrique.

Pour en finir avec ce programme de la MEP, qui dure jusqu’au 4 avril 2010, soyez curieux, ne vous contentez pas de suivre le troupeau et surtout évitez, si vous pouvez, les heures d’affluence.

Maison européenne de la photographie (MEP) – Eliott Erwitt

La MEP (ici et 5 rue de Fourcy) dont j’ai déjà parlé à maintes reprises, et pas qu’en bien (le dernier billet, ici), remonte un peu dans mon estime avec son accrochage de début d’année qui met en bonne place Eliott Erwitt, un photographe dont j’ai déjà dit deux mots aussi car régulièrement exposé chez Polka (le 1er billet ici). Une interview

Je me suis donc rendu dimanche dernier à la MEP pour terminer une visite commencée la veille, un peu tard, et, en fin de compte voir le travail d’Eliott Erwitt. J’y suis allé le matin car lors de l’après-midi qui précédait il y avait une file d’attente monumentale. Et bien même un dimanche matin il y avait la queue. Je dois avouer par contre que c’est toujours jouissif que de doubler tout le monde avec le laissez-passer…

Quoi qu’il soit, on revoit dans cette exposition quelques grands classiques d‘Eliott Erwitt (la femme et le bandit manchot, la course entre le train à vapeur et la voiture, etc)  mais, pour mon plus grand bonheur, la MEP ne nous gratifie pas de trop de photos de chiens, ce qui aurait été un peu facile, et beaucoup de photos étaient pour moi des découvertes. Tout un étage est ainsi réservé à Erwitt et toutes les photos sont en noir et blanc à l’exception d’une seule, consacrée au public tentant de photographier Obama.

Erwitt est connu pour ses images amusantes mais j’ai bien plus apprécié ses photos clins d’œil et davantage encore celles qui témoignent d’une réelle sensibilité ou d’un art consommé de la composition voir qui témoignent, simplement, d’une époque révolue. Erwitt dispose d’un site web (ici) un brin austère mais où défilent ses travaux, dont une bonne partie visible à la MEP (l’expo est gigantesque) et chez Magnum (ici) vous accédez à 3 000 photos d’Erwitt.

Si vous ne connaissez pas Erwitt, c’est le moment de découvrir et si vous connaissez, passez une tête quand même (c’est mieux en vrai que sur le web et la collection est de taille) mais, attention, choisissez un moment un peu creux car il y a foule. Et puis surtout, ne faites pas comme les veaux qui foncent tête baissée au 3ème étage et négligent tout le reste: soyez un peu malin, sortez des sentiers battus dictés par la presse et visitez les autres salles !