Révélation 4

Dimanche dernier, après un samedi bien rempli, je suis allé voir révélation 4 (liste des invités ici) qui fait suite à révélation 3 (ben si) dont j’avais dit deux mots ici et .

L’exposition se tenait dans le même lieu que l’an passé et pour deux jours seulement avec un format très proche: diaporama et surtout présence des artistes sur des stands avec des tirages d’essais, des books et tout. La nouveauté c’est qu’il fallait payer 2 € ce qui a eu pour effet de réduire un peu la foule de l’an dernier (du moins j’en ai eu l’impression). Comme l’an passé aussi, on crevait de chaud là-dedans, surtout à l’étage. Enfin, une fois de plus j’ai eu l’impression qu’une bonne part des photographes n’était représentée que sur le diaporama et pas "en vrai".

Dans l’ensemble, ce qui est présenté m’a paru d’un très bon niveau mais qu’on ne s’y trompe pas, si chacun a bien un lien web, tous n’ont pas (encore) de site digne de ce nom.

Je ne vais pas recopier la liste des photographes et faire de savants commentaires mais simplement me borner à évoquer quelques photographes dont le travail vu sur place m’a plus particulièrement intéressé. Je laisse à chacun visiter les liens de la page de présentation.

Pour ma part, je ne connaissais pas grand monde à part Alain Etchepare (qui tient un blog ami) et Philippe Bernard (vu au centre Iris).

Youssef Drissi ouvrait le bal avec des vues inspirées ouvertement de Hopper qui m’ont fait penser évidemment à Clark et Pougnaud (site ici). qui ont jouer ce registre bien avant lui (la série hommage ici). Elena Givone (site ici) montrait des gens qui méditent assis en tailleur mais finalement sur son site j’ai vu des séries encore bien plus intéressantes, spécialement DIFFERENCES OR IDENTITIES et LOOSING TIME. Une photographe à suivre.

Dans un autre genre, j’ai bien aimé aussi Eric Pillot et ses saisissants portraits d’animaux (alors que l’animalier me rebute absolument) et Agnès Audras pour ses vanités plastiques d’une grande économie de moyens (site ici).

Pour en revenir à mes sujets de prédilection (portrait, corps, identité), j’ai apprécié Clement Val (exhausted – ci-dessous, site ici)

et et Rachael Woodson (site ici).

Natalia Jakula (son site ici) a retenu aussi mon attention avec ses mises en scènes soignées et intrigantes.

Sari Ember montrait des portraits solitaires que je n’ai pas tous retrouvés sur son site (ici) à 600 eur.

Lucie Belarbi et Amélie Chassary (son site ici) montraient la série huis clos, fraîche et inventive.

Et pour finir les dégoutantes photos de Frédéric Lovino (site ici), ses petites mutilations quotidiennes, que je vous dispense de voir sur ce blog mais qui sont visibles sur le site de l’auteur, grand amateur d’autoportrait.

Voilà, la liste n’est pas exhaustive et peut-être des pépites se cachent-elles encore dans la page de liens évoquées en introduction mais ce sont les travaux et auteurs que j’ai pu voir de mes yeux vus ce dimanche et qui m’ont le plus frappés.

Galerie De Noirmont – McDermott & McGough

De Noirmont, située dans les beaux-quartiers, était la dernière destination de samedi dernier. Avec cette galerie, on côtoie ce qui se fait de mieux (ou de plus fameux) en matière contemporaine et notamment en photographie, bien que la galerie ne se consacre pas exclusivement à ce medium. C’est distingué et net, tant le lieu, que l’accrochage que le site web (ici) dont les descriptions d’expositions constituent de petits moments de pédagogie bienvenue.

McDermott & McGough forment un couple d’artistes comme Gilbert et Georges ou Pierre et Gilles. J’avais découvert leur travail à la MEP et j’avais été passablement déçu (billet ici).

Cette fois encore je n’ai pas été fasciné. Au rez-de-chaussée, les artistes ont réalisé des montages, associations de figures géométriques et de photographies, en noir et blanc, dans une évocation cinématographique des années 30, teintée de Mondrian. A l’étage, point n’est besoin de références picturales car ce qui nous est donné à voir consiste en des scènes ordinaires de la vie des américains des années 50. Cela peut faire penser au récent accrochage d’Achim Lippoth (série 1954, billet ici) ou bien encore Steven Siewert vu chez Polka (billet ici). Bon, certes, les artistes ont utilisé une technique spéciale et vintage  pour leur photographie, le tirage Carbro 3 couleurs (ils sont coutumiers de ce genre d’expérimentation technique) mais il faut réellement être expert pour le déceler à l’œil.

L’exposition ferme le 3 juillet.

Galerie RX – Sami AL TURKI – Washaeg

On va finir la promenade d’hier par les beaux-quartiers et la Galerie RX sise avenue Delcassé (site web apparemment inopérant ici).

Au programme, les photographies désertiques et guerrières de Sami AL TURKI.  L’idée semblait bonne de cheminer sur une route dans le désert et de la placer au 1er plan tandis que les ravages de la guerre sur les bâtiments s’exposent au 2ème plan, parfois complétés d’ombres de chameliers et de leurs montures, sous un ciel, euh, plombé (?). Cest là que le bât blesse. Le ciel n’est ni hollandais ni londonien, il est improbable et plombe lourdement chaque photographie comme un maquillage outrancier: on ne voit plus que ça. On se croirait dans un jeu vidéo: si c’est le but, je m’incline, c’est réussi, une sorte de réalité guerrière transformée en jeu vidéo (guerrier), pourquoi pas après tout ?

C’est jusqu’au 17 juillet 2010 et c’est très surprenant.

En bref – Galerie Frédéric Moisan – Xavier Damon

La Galerie Frédéric Moisan (ici et 72 rue Mazarine) montre Xavier Damon, déjà vu dans la même galerie (billet ici) en mars 2009. Je ne reviens donc pas sur les agrandissements de polaroids presque abstraits pour évoquer rapidement une autre voie qu’emprunte l’auteur.

En effet, si le fond de la galerie est orné de compositions colorées, l’entrée est consacrée à une photographie plus figurative, fortement structurée aussi, autour de fenêtres notamment et, plus loin, on tombe sur une série d’objets modestes de la cuisine. Hum. Je crois bien que je préfère les polaroids aux égouttoirs et louches (série lignes),  finalement.

Les prix vont de 450 à 2 400 € (grands formats abstraits). Certains tirage de taille intermédiaire sont à 800.

L’exposition s’est achevée hier, il reste le site de l’auteur (ici) mais seuls les polas y sont visibles.

En bref – Magnum – Jean Gaumy

C’est Jean Gaumy qui est mis à l’honneur chez Magnum à Paris (ici et 13 rue de l’Abbaye) et c’est cela que je suis allé voir hier, dans le quartier de Saint-Germain des Prés.

Pour être honnête, avant cette exposition, je n’avais jamais entendu parler de Jean Gaumy, entré chez Magnum en 77 et full member depuis 86. ce qui nous est donné à voir ce sont des paysages et uniquement de paysages, un choix délibéré car le photographe ne s’est pas limité à ce genre.

Les tirages sont grands, en noir et blanc, souvent très structurés, presque géométriques, et certains d’entre eux sont ainsi très séduisants. Un travail qui peut faire penser à celui de Giacomelli (billet ici). Je n’ai pas vu mention des prix.

Si le paysage est un genre qui vous plait, ou que vous êtes fan de Magnum, c’est jusqu’au 3 juillet 2010.

En bref – Galerie Lucie Weill et Seligmann – Jérôme Soret – Eloge du moindre

Avant d’aller chez Magnum hier, petit tour au 6 rue Bonaparte chez Lucie Weill et Seligmann (site ici).

Jérôme Soret (son site ici) y montrait une très très longue série de petits formats en couleur (Eloge du moindre) ainsi que le livre qui va avec. Il y a dans ses petits riens saisis sur le vif, parfois, une trouvaille. Parfois seulement. Si je peste souvent contre les expos un peu courtes, là, au contraire, c’est un peu long: la sélection aurait gagnée à être passablement resserrée quitte à ce que l’ouvrage présente un ensemble plus large.

L’auteur est représenté par Agathe Gaillard. A noter en passant, le prix des tirages, de l’ordre de 800 euros (bien moins que le prix généralement constaté pour des photos vendues en galerie).

L’exposition s’achevait hier: il ne vous reste plus qu’à acheter le livre pour découvrir le travail de l’auteur et pourquoi pas lui acheter un de ses clichés les meilleurs.

Espace Japon – Fabre, Chapalain, Lambert et Berluteau

Première visite, de curiosité, comme j’étais dans le quartier, à Espace Japon (ici et 12 rue de Nancy) qui n’est pas une galerie.

Laure Chapalain et Magali Lambert (leur site très bien fait est par ici) montraient des dessins réalisés sur des photographies de paysages nippons. C’est une pratique peu courante mais j’avais déjà vu ça avant.

Gabriel Fabre montrait des diptyques Japon traditionnel / japon moderne (300 euros en édition de 25 en 39×90). Son site ici.

Florence Berluteau (son site ici) enfin montrait un "japon insolite" pur une bonne part axé sur les lolitas et cosplayers.

Une exposition pas indispensable qui dure jusqu’au 7 juillet.

Immix – Pouvreau, Argote et Clarke

Immix galerie (ici et 116 quai de Jemmapes) que j’ai découvert il y a peu (billet ici) avec un propos intéressant m’avait déçu la fois suivante et récidive hélas. Cette fois, le manque de moyens est criant voire pesant: l’absence d’accueil, les photos tirées sur de simples papier épinglés au mur, tout cela s’ajoute à un cadre déjà peu flatteur malgré la vue sur le canal Saint-Martin et rejaillit forcément sur la perception des travaux. C’est un peu dommage.

Dans cette solitude abandonnée, Paul Pouvreau, David Michael Clarke et Ivan Argote montrent leur travaux. Petit problème à nouveau, au lieu de faire simple, le choix a été fait de mélanger les oeuvres et le plan gentiment mis à disposition oblige tout de même à se casser la tête pour savoir qui on regarde. De l’art de sa faire des nœuds au cerveau pour pas grand chose. J’espère qu’un jour les galeries, petites ou grandes, nous dispenseront d’acrobaties inutiles et accrocheront les oeuvres avec un cartel (à moins que l’artiste ne refuse, ce qui n’est le cas le plus fréquent a priori – il suffit de fréquenter les musées). Le bilan des courses c’est qu’on ne se rappelle plus grand chose une fois rentré chez soi.

Paul Pouvreau, eh bien, rien ne m’a marqué. Par contre il est cité sur le site de la galerie et ça me laisse "pensif": si comme le précise Roland Barthes la photographie est lié à son référent il semble que ce référent (le réel) se soit déplacé pour inclure de plus en plus un référent image sous des formes diverses. Hum, oui ?

Ivan Argote (son site qui donne le mal de mer, ici) ne sombre pas dans l’intellectualisme, il nous fait sourire (d’autres aussi mais ils ne le font pas toujours exprès)  avec "une tonne de gens". C’est un peu potache mais c’est marrant: on voit un tas de photos montrant une balance avec le chiffre affiché entre les pieds des pesés et je suppose que le total fait 1 000. Je l’avais vu au Salon de Montrouge en 2009 (billet ici) et j’avais fait le même constat.

David Michael Clarke, lui aussi je l’ai déjà vu à Montrouge (même billet que Argote)avec la même série (les symboles Playstation).

Donc voila, ce n’était pas transcendant et a priori c’était le dernier jour d’exposition hier.

Galerie Polka – Levitas et Perrier

Hier, toujours, pour le grand tour des galeries, visite chez Polka (ici et 12, rue Saint-Gilles), la galerie géante et magazine aussi, consacrée pour l’essentiel au photojournalisme (de qualité). Accueil toujours sympathique malgré polo, sac à dos et bermuda coulant. Je regrette en revanche que les photos du site web soient taguées Polka, c’est à ma connaissance la seule galerie (et j’en ai vu des centaines si ce n’est des milliers) qui recourt à ce dispositif, dommage.

L’accrochage est meilleur que la fois dernière (billet ici), mieux canalisé et plus concentré m’a-t-il semblé avec deux invités dont un occupait comme d’habitude la première salle, Ethan Levitas (son site ici), déjà vu et revu pour ses fameuses voitures du métro New-Yorkais.

Cette fois, Levitas s’est penché sur un sujet plus sérieux, les craintes générées à la suite du 11/9 et les risques qui pèsent sur les libertés individuelles, à New York, à travers des photos de policiers pour l’essentiel). Son travail se compose de deux ou trois thèmes entre les photos qui ont causé un incident et celles qui se sont bien passées, souvent celles-ci représentent des policiers qui posent entourés de jeunes filles ;-) Chaque photo comprend les circonstances et les conséquences qu’elle a entrainé. Un travail malin, esthétiquement réussi qui va au-delà du reportage et invite le regardeur à s’interroger.

Jean-Marie Perrier est l’autre invité de Polka, dans le lieu d’exposition du fond, cette fois le photographe de mode a posé son objectif sur les créateurs, c’est amusant, bien fait mais on n’est pas dans le même registre que Levitas. A noter deux photos saillantes, un panoramique de créateurs de mode qui m’a fait penser à cette photo de Lindbergh pour Versace immortalisant les top models de son temps (ici par exemple), et une photo de Gaultier en homme de Dieu arborant le ruban de solidarité contre le Sida.

Au sous sol, on trouve Carlos Cazalis (une multitude petits noir et blanc de corrida et un grand format couleur), Aline Coquelle (de minuscules tirages de chevaux de polo exposés dans un coin de la galerie qui semblé dédié au cheval son site ici), Sarah Caron (avec des photos de mode colorées réalisées … au Pakistan, que l’on aurait cru moins "libre" – son site ici).

En bout de piste, on peut voir trois tirages de Yoshito Matsushige montrant Hiroshima peu d’heures après l’explosion et un tirage géant de Jaime Ocampo-Rangel (son site ici) montrant un homme portant maquillage et costume tribal africain.

De manière plus anecdotique sont montrés les travaux des Lauréats SFR (Rodrigo Albert, Sidney Guillemin et Olivier Tops).

C’est jusqu’au 31 juillet 2010 et il faut bien sûr y aller.

Alain Gutharc – Backhaus, Goumarre et Pilet

La galerie Alain Gutharc (ici et 7, rue Saint-Claude), on en a déjà parlé à de multiples reprises (la dernière fois pour Guillaume Janot, ici) et c’est par hasard que j’ai remarqué en passant devant hier que s’y tenait une exposition collective de photos.

La galerie expose régulièrement des photographes mais le principal problème c’est que bien souvent le nombre d’œuvres est très réduit. Cette fois, les artistes ayant opté pour des formats assez modestes, il est possible d’avoir une bonne idée du travail de chacun: il y a suffisamment de matière.

Le souci a été d’identifier qui a fait quoi car aucun cartel ne figure (ce qui m’agace prodigieusement: en quoi la présence d’une étiquette avec un tire est-elle gênante, il faudra qu’on m’explique un jour). Quoi qu’il en soit, la pricelist incluait un visuel ce qui permettait de s’y retrouver un peu (mais quel barbe de faire cet exercice de rapprochement entre les photos au mur et une feuille de papier).

Le travail de Jessica Backhaus, je l’ai repéré tout de suite, déjà vu à de nombreuses reprises et la 1ère fois au Luxembourg (billet ici) et l’an passé aux Transphotographiques (billet ici). Elle présentait cette fois de petites choses dans un pot pourri de deux séries "One day in November" et "What still remains".

Le travail de Guillaume Pilet, eh bien depuis hier j’ai oublié, et la photo d’illustration sur le site de la galerie ne m’a pas éclairé. Désolé.

Quant à Laurent Goumarre il nous montres des hommes, des sportifs, mais comment dire, comme fragiles, de dos ou affalés, pas fatigués vraiment mais vulnérables, oui, voilà le mot. Cela fait un peu penser aux soldats de Opton (billet ici).

Quant aux prix, bonne nouvelle, ils ne sont pas stratosphérique, comptez 1 500 pour Backhaus et 1 200 pour Goumarre.

C’est une bonne expo que je conseille et que se termine le week-end prochain.