PhotoEspaña 2010 – Casa Arabe

Nous restons à Madrid pour PhotoEspaña 2010 avec cette fois encore un lieu bien connu, la Casa arabe. Le titre est peu explicite (what’s happening now).

L’exposition est un extrait centré sur la photographie et la vidéo issue d’une exposition montée au Caire en 2007 réunissant 30 artistes. Sur les 11 retenus et montrés à Madrid, seuls 4 travaillent la photographie.

Khaled Hafez montrait une vidéo solarisée et des tirages extraits de celle-ci, à réserver aux amateurs d’art contemporain. Randa Shaath (cairo sidewalks) explorait un registe on ne peut plus classique avec 4 pauvres photos du Caire. Hazem Taha Hussein exposait 9 photos noir et blanc d’arabes avec en surimpression l’image d’une occidentale.

Au sous-sol (ou se trouve une petite cafétaria avec des gâteaux),  Hesham Nawar (one eye)  montre visages où chacun se cache un œil.

Ce n’était pas la meilleure exposition du festival, il faut bien l’avouer.

PhotoEspaña 2010 – Adriana Lestido – Amores Dificiles

La Casa de América accueillait comme l’an passé une belle exposition dans le cadre de PhotoEspaña 2010 avec Adriana Lestido comme invitée sur le thème des amours difficiles (Amores Dificiles).

Avant d’accéder aux étages, on peut regarder une projection de diapositives dont la série Madres et hijas, visible dans les étages et c’est finalement la projection qui m’a le plus séduit peut-être à cause du rythme, de la musique et aussi de la plus grande ampleur de la projection.

Je passe sur les deux dernières séries, qui sont les plus récentes et qui ne sont pas vraiment convaincantes: avec El amor on a du plus pur style VU’ (dont la photographe est membre, d’ailleurs) avec ce noir et blanc flou, des routes. Même chose pour le bord de mer et le chien sur la plage de Villa Gesell.

Avec Hospital infanto juvenil, on est troublé par ces petits noir et blanc d’enfants en train de jouer: il ya quelque chose dans ces photographies. Et dans Madres adolescentes c’est un peu pareil: un mélange de tristesse et de joie aussi et puis une sorte de langueur monotone, d’ennui par moment, qui suinte des images. On ne peut rester insensible devant de tels témoignages muets.

Avec Mujeres presas :on quitte mères adolescentes et hôpital pour enfant pour rejoindre un autre univers fermé, celui des prisons mais on ne quitte pas la féminité puisqu’il là de prisonnières., parfois des dures, parfois des tendres, avec des enfants aussi souvent.

Encore une expo qu’il ne fallait pas rater.

PhotoEspaña 2010 – Circulo de Bellas Artes – Moholy-Nagy

Nous restons à Alcala pour aller au Circulo de Bellas Artes que nous avions visité déjà l’an passé pour l’édition précédente de PhotoEspaña. Et nous y retournerons pour un autre article d’ailleurs un plus tard.

Moholy-Nagy fait partie des grands noms de la photographie (la fondation éponyme ici) mais je n’avais pas encore vu d’exposition sur son travail: il fallait une fois de plus aller à Madrid pour voir une exposition de qualité sur ce photographe. Le nombre impressionnant d’œuvres exposées était digne d’un musée et le prix d’accès au lieu se limite à un symbolique 1 €. L’exposition était largement consacrée aux activités non photographiques de Moholo-Nagy, aussi graphiste, illustrateur et peintre et donc des revues, livres et peintures étaient présentées ainsi que des installations composites. Il est connu notamment pour ses photogrammes et on pouvait en voir un certain nombre.

Plus rare peut-être ses photographies en couleur, pour l’essentiel  présentées sous forme de diapos destinées à illustrer ses cour. Il fallait voir aussi de petits films sur la vie en Allemagne avant-guerre dans les rues (Berlin, 1931) et à Marseille aussi (Vieux Port, 1929). Les français pouvaient aussi apprécier le Pont transbordeur à Marseille et deux vues de Montparnasse depuis l’atelier de Mondrian (1930).

Encore une exposition extraordinaire qu’il fallait voir à Madrid.

PhotoEspaña 2010 – Comunidad de madrid – Juergen Teller

PhotoEspaña 2010 c’est fini mais ce n’est pas oublié. Pour le 1er jour, le 13 juillet, c’était visite sur l’Alcala, une artère madrilène importante qui abrite de nombreuses expos et, pour commencer dans un lieu inutilisé l’an passé au 31.

Au programme, l’allemand Juergen Teller, photographe de mode mais aussi artiste exposé en galerie (ici chez Lehman Maupin à New York). L’exposition était immense et de qualité muséale comme d’habitude à Madrid pour PhotoEspaña. Accès libre et gratuit comme il se doit pour ce lieu superbe et climatisé.

L’exposition mélange des travaux personnels avec ce qui semble être des commandes publicitaires. La 1ère série exposée est un mélange japonais de portraits de famille et de photos de lieux qui ne m’ont guère convaincu. Go-sees montre des portraits piteux d’adolescentes ordinaires qui se verraient bien mannequins: c’est un peu cruel et l’histoire ne dit pas si certaines ont réussi.

Dans un coin, un portrait géant de YSL et la série Louis XV où l’on voit Teller à poil avec Rampling, une commande de Marc Jacobs. Dans le même style, Vivienne Westwood répandue à poil dans son sofa. Dans Paraiso, on reste à poil en bonne compagnie avec encore Rampling et la charmante Raquel Zimmermann mais les puristes regarderont surtout les statues et peintures du Louvre qui entourent les deux femmes, depuis le Sacre de Napoléon jusqu’à la Joconde.

A l’étage, côtoyant une photo de chaton et clel d’un cendrier, de nombreux portraits de stars dont Lily Cole (à poil), Hockney, Eggleston et Roni Horn (les trois derniers, habillés).

Ah, et puis il ya avait aussi une vidéo (du foot).

Tout cela était délicieusement provocateur, érotique, décalé, glamour, crado, sage et joli. Et décoiffant. Et varié.

C’était très bien et c’était à Madrid, là où il faut être l’été pour voir de la photo.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Ateliers – Atelier de mécanique

Voilà venu le temps du dernier article de ces Rencontres d’Arles 2010, consacré à  l’Atelier de Mécanique. Une vraie avalanche ici aussi mais cette fois de vraies découvertes (ça tombe bien, c’est du prix Découvertes dont il est question) sont là, même si certaines auraient mieux faits de rester couvertes.

Et d’ailleurs, ça commençait mal avec Fischli et Weiss dont le travail noir posés sur des tables sous verre était absolument invisible en raison de reflets: on peut se demander à quoi pensait le scénariste quand l’idée lui est venue. On connaissait déjà le binôme pour ses amusantes sculptures minimalistes, là on ne voyait rien.

Anne Collier montre des choses banales punaisées au mur ou dans des boites tandis que Liz Deschenes montre des  panneaux métalliques nus ou blancs sans photo. Passons. Roe Etheridge recycle des photos de magazines et crée de bizarres assemblages (je préfère le gros porc qui illustre sa page chez Gagosian). Passons encore.

On revient heureusement sur terre avec Taryn Simon (aussi chez Gagosian d’ailleurs) dont je connaissais vaguement le travail (à travers An American Index of the Hidden and Unfamiliar) mais que je voyais cette fois en vrai: des portraits de gens condamnés à tort sur un lieu signifiant pour eux (le lieu du crime par exemple). C’était incontestablement à voir et bien éloigné de l’intellectualisme pénible de ses voisins. La série est visible dans un livre, The Innocents.

Hans Peter Feldmann exposait aussi un projet intéressant quoi que moins politiquement engagé et dans la veine germanique de la série / typologie avec une  photo par an de ses amis de 0 à 101 ans, même cadre même étiquette en petit format noir et blanc. Chaque âge est donc illustré par un portrait soit 101 (euh, ou 102).

Viennent ensuite deux auteurs qu’on se passera de commenter. Kazuo shinohara photographie des rues. Darius Khondji montre surtout des photos de lumière avec du filé, la pluie de nuit. J’ignorais qu’il s’agit là de découvertes. La situation ne s’améliore pas avec ce qui suit: une longue traversée du désert pour qui n’est pas féru d’art contemporain (si c’est de cela dont il s’agit). Trisha Donnelly montre 3 photos seulement dans une salle immense et une vidéo. Shannon Ebner reste aussi pour le moins conceptuel et échappe à la description. Marlo Pascual montre une installation avec projos, diasec cassé, chaise sur table, etc. Gilad Ratman nous gratifie d’une vidéo avec des têtes qui sortent des arbres.

Brève éclaircie avec Solmaz Shahbazi dont les manèges au Disneyland de pacotille iranien et vide (dreamland) sont un curieux mélange de détresse et de bonheur coloré.

On poursuit avec  Annette Kelm qui montre une femme avec un cafe comme nu film (en 6 images) et Elad Lassry, très conceptuel aussi. Je ne m’acharnerais pas sur Leigh Ledare, déjà vu l’an passé où il montrait sa mère en pleine frénésie sexuelle: cette fois c’est son ex qu’il nous montre avec pénis et sperme bien sûr pour faire bonne mesure.  A l’heure du porno en libre accès sur le net et après les années de liberté sexuelle des décennies passées, il ne choque pas et reste seulement sans intérêt avec un étalage plutôt misérable.

Ah oui, tiens, j’allais oublier Gassian avec des photos de rock, mais ce n’est pas grave.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Ateliers – Atelier de maintenance

L’Atelier de Maintenance, en cette 41ème édition des Rencontres d’Arles fait partie des grandes déceptions. Il regroupe deux ensembles sans points commun, d’une part les travaux de Jean Pigozzi et Michel Campeau et, d’autre part, une exposition baptisée Shoot!

Le 1er volet, j’en ai raté la moitié ce qui ne m’a pas mis de bonne humeur: pour une raison inconnue j’ai raté le travail de Michel Campeau. En revanche, j’ai bien pu voir le travail de Jean Pigozzi que j’aurais mieux fait en revanche de rater. la vie est mal faite. Pigozi montre 125 petits formats noir et blanc de people et de lui: du Martin Parr en format réduit, sans le génie des couleurs ni l’humour corrosif. Vous me direz que reste-t-il alors à voir? Un concentré de beaufs. J’ai vu par ailleurs que le photographe est un homme d’affaires brillant et un collectionneur émérite d’art africain: le décalage n’en est que plus saisissant.

Quant à Shoot!, bien que montée par Clément Chéroux, pointure en son domaine (ENSP, doctorat en histoire de l’art, conservateur au Centre Pompidou, etc), c’est aussi une déception. Non pas que la sélection ou l’accrochage soit critiquable, au contraire, non, il a fait de son mieux. Ce qui est dommage c’est le thème: une tête d’épingle dans une botte de photographie, un sujet moins que mineur, à la frange de la marge de la bordure de l’univers photo.

L’origine du sujet c’est le tir photographique c’est dire un dispositif qui permet dans un jeu de foire, de tirer sur une cible et d’avoir à cette occasion un portrait de soi. Ce genre de distraction, né dans les années 20 s’est à peu près éteint dans les années 70. L’exposition commence donc par des cartes postales d’anonymes couvrant cette périodes. Vient ensuite la vie au stand de Ria van Dijk, grande amatrice du genre, photographiée pendant plusieurs décennies (!) occupée à son jeu favori. Sylvia Ballhause joue aussi la durée avec 29 polaroids de la même personne réalisés sur une durée de  24 ans.

Des diapositives montrent aussi quelques célébrités en plein exercice de tir: Brassai. Eluard, Man Ray, Cartier-Bresson.

Après cet aller-retour entre ancien et nouveau on revient à une époque plus contemporaine et on s’éloigne du coup du tir photographique pour en venir à ceux qui utilisent un fusil dans des expériences photographiques, des héritiers en quelque sorte du tir photographique.

La jointure est assurée par une vidéo de Nikki de Saint Phalle tirant.

Emilie Pitoiset montre 3 tirs retravaillés tandis que Jean-Francois Lecourt tirent dans des photos et dans l’appareil. Rudolf Steiner tire quant à lui sur sur un stenope qui crée un trou dans la boite et le film: du coup, on le voit en train de tirer. Agnès Geoffray montre une femme egardant dans le canon de son fusil. Patrick Zachmann montre une suite de photos qui retrace l’instant précédant le moment où il se fait tirer dessus en reportage (impressionnant). Oskar Bony se fait tirer dessus aussi mais fictivement: l’autoportrait le montre tombant avec grâce comme un gangster dans un fil noir tandis que la vitre et la photo sont marqués d’impacts.

De tout cela, les trouvailles sont rares, peut-être Zachmann et Saint Phalle.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Ateliers – Grande Halle

I’m a cliche, tel est le nom de l’exposition se déroulant aux Ateliers, dans la grande Halle plus précisément, dans le cadre des Rencontres d’Arles. Vue cet été , il est grand temps d’en dire deux mots avant qu’elle ne ferme.

D’une manière générale, comme les autres salles aux Ateliers, c’est trop grand et trop chaud. A cela s’ajoute un bruit incessant (il parait que c’est de la musique).

Quant au travaux présentés, c’est pour le moins éclectique, partagé entre photos de scènes rocks dont l’intérêt désormais est plus historique qu’autre chose (dans le meilleur des cas, le plus souvent cela relève de l’anecdotique pour aficionados) et expo Warhol, pour la faire courte.

En complément de ça, on a droit à des collages, dessins, bricolages et barbouillages (Meredith Sparks, Jamie Reid, Robert Malava, Destroy all monster), des vidéos (de Dan Graham ou bien inécoutable tellement c’est fort de  Christian Marclay).

Dans la série des photos de scènes, on retrouve pêle-mêle, et autant dire qu’on passe devant en jetant à peine un œil: Bruce Conner, Sue Rinsky, Alain Dister, Belle journée en perspective (collectif œuvrant entre 76 et 82). En marge de ce thème de la scène, on peut voir des salles de concert délabrées par Rhona Bitner et surtout quelques portraits de rockers par Dennis Morris ou David Lamelas mais aussi un portrait de Patti Smith par Mapplethorpe.

Dans veine warholienne, des photos de Billy Name (Warhol et la factory), de  Stephen Shore mais aussi de David Wojnarowicz (que j’avais déjà vu: le type dont le visage est remplacé par un dessin de son visage) et Peter Hujar (amant du précèdent) avec des portraits classiques noir et blanc carrés (notamment). Il faut tout de même souligner que cette salle était tapissée de papier aluminisé comme la factory en son temps, un bel effort de déco.

On conclut avec trois photographes un peu atypiques dans cet ensemble. D’abord Linder et ses petites performances sur le visage alternées de textes également encadrés et de nombreux collages de femmes nues avec un visage remplacé par de l’électroménager. Ensuite,  Katharina Sieverding avec des portraits géants noir et blanc en diasec presque identiques. Enfin, Tillmans avec de grands formats de rockers mais surtout ses photos un peu provoc comme le type pissant sur un siege ou une chambre apres une fête.