Comme l’an passé, les étudiants de l’ENSP investissaient (pacifiquement) l’Église Saint Julien dans le cadre du Off des Rencontres et un certain nombre de critiques formulées l’an passé restent d’actualité (billet un poil sévère de l’an dernier ici), bien qu’un progrès soit notable. Leur site est ici.

L’accompagnement des visiteurs reste inexistant, à chacun donc de "faire avec" les œuvres, pourquoi pas ? Mais c’est un peu élitiste et les touristes qui s’égarent ressortent illico. La scénographie n’amène aucun reproche: c’est clair, lisible, bien éclairé. Pour le coup, peut-être un peu trop: c’est extrêmement policé et propre sur soi mais si les étudiants en 2010 sont comme ça, inutile de jouer le hippie ou de feindre le grunge. Une seule vidéo (dont la musique est un brin entêtante), une projection de diapositives, quelques livres: l’espace est réellement dédié à la photographie et c’est bien ainsi.
Le parti pris est d’organiser les œuvres de telle sorte qu’elles se répondent, c’est parfois réussi (mais pas toujours), au détriment de la perception d’ensemble de chaque auteur dont le travail (et les séries éventuellement multiples) se mélange à celui d’un autre.
Il y a aussi quelques "privilégiés" qui me semble-t-il bénéficient de plus d’œuvres exposées que d’autres. Je passe sur Dorothee Smith, vue aussi à La Vitrine (billet ici). Je passe aussi sur Xavier Antoinet dont le type qui traine sa valise ouverte était déjà montré l’an passé au même endroit.
Lola Hakimian n’a pas de veine, seules deux de ses photos sont exposées, les roses (des roses coupées dans l’évier) et manes (un intérieur d’après fête avec ballons par terre), deux travaux d’une grande nostalgie aux teints un peu terreux. On peut en voir plus sur son site web et notamment la série La survivance des ombres d’où sont extraits les travaux (par ici).
Jessica Hervo montre trois photos seulement: d’étranges tubes de chantier flous en noir et blanc et bleu, de nuit et puis aussi un dos nu dans la pénombre (bof). Par contre, les tube m’ont bien plu et répondent fidèlement à l’objectif que s’est donné Jessica: "Mon travail interroge la porosité de la frontière entre l’extraction du réel et le potentiel fictionnel en photographie." Je suis d’accord, il faut un décodeur mais en relisant on comprend ce qu’elle veut dire. C’est le travers de l’ENSP: c’est un peu intello et, en attendant, certains élèves n’ont même pas de site web ( il n’est pas sûr qu’ils puissent tous manger à la sortie de l’école en faisant des phrases dans un amphi du haut d’une chaire: il faut aussi se faire connaître et avoir le sens pratique).
Avec Anais Boudot, on est un peu perdu (dieu merci, nous sommes dans une église, nous sommes sauvés). Cela commence par des arbres qui semblent bouger la nuit puis on voit deux scènes en noir et blanc de petit format, comme des cols de montagnes charbonneux et puis aussi un rideau peint dans un angle, peut-être dans un musée. C’est surtout l’arbre qui m’a plu.
Laurie dall’ava est punie: une seule photo. C’est celle en noir et blanc d’un homme entre deux âges tenant un manche (de hache ?) dans une cabane avec au fond une petite lucarne donnant vers l’extérieur. Il fait peur le type: je ne sais pas où elle l’a dégotté. Un peu plus de son travail sur le site de l’école (ici). Tiphaine Buisson est aussi punie avec une seule photo (un visage appuyé sur un bout de tissu pour se réconforter ?) mais elle a son propre site ici. Pierre Toussaint fait également très court avec Olaf (un clodo ?).
Lucile Chombart de Lauwe répond à Laurie avec un personnage s’engouffrant dans tunnel lumineux dans la nuit (le point commun c’est cette "fenêtre"). Ce n’est pas exaltant mais elle se rattrape plus loin toujours dans la série de nuit avec une vue de port et un homme, carré de format et de netteté. A noter que Lucile est ze célébrité, récompensée aux Boutographies et qui a rejoint le collectif Bar Floréal il y a peu.
Mezli Vega-Osorno montrait un personnage en rouge devant une maison en cours de construction, une belle grue de port assise et un homme assis aussi (on dirait père et fils), un feu dans des palettes, un stock d’hémisphères violets, des toits. L’ensemble est complètement dispersé dans l’accrochage.
Erwan Morere nous montre l’Islande, beaucoup, et l’Iran un peu. Ses ballots de paille en noir et blanc sont montrés comme des objets extraordinaires, presque extra-terrestres et ces déchets blancs sur sol noir ne manque pas d’intérêt mais pour le reste, on a un portrait d’Islande plus classique (femme sous capuche, femme dans piscine fumante). Pour l’Iran, on quitte le charbonneux pour les couleurs éclatantes de tentes et de costumes féminins, notamment.
Lea Habourdin montrait de grand formats noir et blanc sur toile assez mystérieux: gars enlevant sa chemise, ours et oreiller, etc. Pas très convaincu non plus par Jessie Maucor (série les esconnois) où se pressent papier peint rapiécé, gosses faisant le pitre devant de vieux meubles, vieux monsieur sur une pile de chaises et guirlandes électriques. Par contre, arriver à tirer une série aussi étrange d’un sujet aussi ténu (Escou compte 400 habitants nous apprend-elle) relève de l’exploit.
Après, il y a toux ceux qui ne montrait pas énormément de production et qui ne m’ont pas laissé un gros souvenir (forcément, convaincre avec une image ou deux, ce n’est pas facile) mais ils auront j’espèe plus de chance l’an prochain: Renaud Duval (usine désaffectée), Juliette Martin (deux motels désaffectés), Julia Milward (deux personnages portant un masque) , Maria do Mar Rego (un vrai cahier noir et blanc à feuilleter – son site web en dit plus long), Andres Donadio (un aspirateur, une pile de livres), Eric Teulon (un sapin de noël couché dehors).
Pour finir, il y en a trois qui m’ont bien plu (ou, disons, plus plu que leurs camarades): Laura Moulié montrait deux scènes de groupes de jeunes, propre et méditatif. Marie b. Schneider (série chaosmos - par contre son site est un peu curieux d’usage) exposait des trottoirs traités géométriquement et surtout Julie Fisher qui montrait la vie à la ferme en style amateur avec un diaporama. C’est très rafraichissant un peu de ruralité dans ce monde d’intellos.
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