BNF – France14

France14 ça fait un peu énième avatar d’un service public de télédiffusion qui dilue son maigre contenu sur un nombre croissant de canaux aux frais de la Princesse. Mais en fait non.

France14 (je l’écrit comme ça, tant pis, normalement c’est en exposant) est un collectif circonstanciel à objet direct composé de 14 photographes. On lit partout "jeunes photographes" mais c’est faux: plusieurs sont à proximité des 45 ans voire les dépassent donc bon, faut pas exagérer non plus…

Leur projet est exposé en contrepoint de l’expo Depardon: elle est finalement mieux d’ailleurs pour plusieurs raisons. D’abord vous avez 14 "oeils" au lieu d’un alors forcément vous en voyez plus. Il y a plus de photos aussi.  C’est gratuit. Vous profitez des rayons du soleil d’hiver derrière les vitres et ça vous réchauffe. Y a pas la queue (normal c’est gratuit).

En résumé, allez voir, dépêchez-vous, c’est jusqu’au 21 novembre 2010.

A l’affiche il y a de noms que je connaissais déjà plus ou moins: Philippe Chancel (billet ici), Marion Poussier, Malik Nejmi (billet ici), Raphaël Dallaporta (billet ici), Franck Gérard (dont le travail m’avait échappé – billet ici - mais qui cette fois est abordable par tous) et Laurent Gueneau (billet ici).

Et puis les découvertes: Jean-Christophe Béchet, Julien Chapsal, Cyrus Cornut, Gilles Coulon, Olivier Culmann, Olivier Jobard, Stéphane Lagoutte et Gilles Leimdorfer.

BNF – Primitifs de la photographie. Le calotype en France (1843 – 1860)

Il y a quelques semaines, fatigué par la FIAC, ses œuvres et son public, je m’étais rincé les yeux avec Cuisset (billet ici) mais aussi en visitant l’exposition qui se tient à la BNF jusqu’en janvier 2011 consacrée au calotype en France, un sujet pointu dont la découverte vous coutera 7€ et la compréhension fine pas loin de 60€ (prix du catalogue ou plutôt de l’ouvrage consacré à l’exposition).

Le lieu est toujours en plein travaux (je ne sait pas quel en le coût en équivalent-tonne-catalogue) mais la salle est intacte, tout en longueur et, lors de ma visite, quasi-déserte. La dernière fois, la salle était déjà tout en longueur, ce qui ne surprendra personne mais en revanche elle était bondée, ce qui ne surprendra personne non plus car le sujet en était la photo américaine des 70’s (et il y avait je crois bien des filles à poil et des armes – billet ici). La vraie différence en fait c’est que cette fois la BNF a fait son travail avec un remarquable effort d’explication, des cartels lisibles et tout. Le sujet reste aride mais au moins le contexte est expliqué.

Cette exposition séduira les amateurs de photographies anciennes surtout et les férus d’histoire de la photographie; pour les autres, il reste la découverte d’images anciennes, parfois d’une étonnante qualité technique, quelques noms bien sûr et quelques éléments relatifs aux débuts de la photographie et à l’antagonisme franco-anglais.

C’est une exposition finalement à réserver à un public averti (mais pas pour les mêmes raisons que l’expo Larry Clark).

PhotoEspaña 2010 – Marta Cervera, Rafael Perez-Hernando, Astarte, Goethe institut

PhotoEspaña 2010 s’est déroulé cet été à Madrid. Des galeries participent ainsi et surtout que de nombreux lieux publics. Pour le 2ème jour de visite, c’était les galeries qui pour l’essentiel constituait mon programme.

Chez Marta Cervera, le programme était extrêmement "arty" et contemporain: autant dire que, comme l’an passé, je n’ai pas vraiment adhéré aux propositions de Patricia Gomez et Jesus Gonzalez, de Luis Gordillo, de Nuria Fuster, de Jay Heikes, de Eileen Quinlan, de Tomas Saracina et de Daniel Silvo. Sans doute aussi le peu d’œuvres présentées en raison de l’abondance d’artistes, sans thème commun (a priori) et l’absence de tout appareil critique ne facilitaient pas la naissance et le développement d’un quelconque intérêt.

Chez Rafael Perez-Hernando, le programme restait obscur également mais  le solo show avait le mérite de la cohérence et ce d’autant que Luis Perez-Minguez ne montrait que des bottes de pailles, floues, sombres, de près ou de loin, souvent réduites à un objet pyramidal vaguement abstrait. Le temps a passé depuis la fin de l’exposition et à Paris en ce moment, c’est l’exposition Monet alors le rapprochement est vite fait avec les "meules de foin" de Monet (5 sont présentées d’ailleurs sur une trentaine qu’il a réalisées).

Chez Astarte, après l’expo remarquable consacrée l’an dernier à Gilbert Garcin et à ses noir et blanc facétieux,  la galerie nous offrait cette fois une ode à la couleur signée Raúl Gómez Valverde.  L’artiste a pris des photos grands format dans des couleurs de bonbons anglais, de Regent’s Park à plusieurs moment précis et en a tiré des diagrammes colorés sous formes de cercles et une vidéo aussi. Je n’ai pas tout saisi mais ce n’est pas grave: c’est beau (images ci-dessous en provenance du site de l’auteur).

On termine avec l‘Institut Goethe de Madrid qui hélas en montrait trop peu pour chaque auteur.  C’est dommage car les travaux ne manquaient pas d’intérêt et il aurait mieux valu donner leur chance à moins de photographes (il s’agit ici de jeunes photographes) en leur offrant chacun plus d’espace mais bon, c’est comme ça.

Ingo Mittelstaedt montrait des gouttes et fuites et son site (ici) montre un travail pour le moins intellectuel (i.e. je ne comprends rien). Sonja Kaelberer montrait des intérieurs abandonnés: j’en ai un peu assez des intérieurs abandonnés et il faudrait vraiment un photographe talentueux pour que ce qui est devenu un genre soit remarquable.

Dans une veine classique, Mona Moennig (images visibles ici) réalise des "portraits" de chats et de chiens et Shigeru Takato des paysages en triptyques (son site ici).

Et le tiercé gagnant (dans l’ordre d’arrivée) pour conclure.

Ute Klein montrait des corps enlacés un peu comme dans des prises de lutte mais ce n’est pas si simple car les positions sont ambigües, sans parler des couleurs choisies, vives. Le mieux est de voir son site (ici). Philipp Dorl joue lui avec des fruits et avec le cadre, au propre comme au figuré, un travail également intriguant. Cette série est visible sur son site (ici). Georg Brueckmann quant à lui ajoute des dessins de meubles à ses photos (site ici): ça a au moins le mérite d’être original (non ?).

 

PhotoEspaña 2010 – Teatro Fernan Gomez – Between times

Le Teatro Fernan Gomez accueillait comme l’an passé une exposition monumentale, gratuite et de haut vol, pour ce PhotoEspaña 2010 qui se déroulait l’été dernier à Madrid.On peut aussi souligner, outre la qualité du plateau, exceptionnelle, la cohérence des œuvres présentées par rapport au fil conducteur.

Je passe sur Joachim Koester déjà vu au Luxembourg (billet ici). Jochen Lempert montrait 6 explosions atomiques ou des bien des méduses en noir et blanc comme diluées et se diluant. En fait il s’agit de nuages émis par le Stromboli.

Tacita Dean montrait un travail qui de loin ne paie pas de mine mais qui de près s’avère original. Cela s’appelle the russian ending et il s’agit de 20 photo de cartes postales de catastrophes anciennes annotées en blanc comme pour un film. C’est très troublant ce remploi de drames périmés pour en faire des outils cinématographiques et c’est très malin comme travail, à la marge entre image animée et fixe, entre scénario et réalité.

Daniel Blaufuks est un petit fil d’immigré vivant au Portugal et il photographie Terezin (ou plutôt des intérieurs des bâtiments du camp) sur la terre de ses ancêtres, en grand format couleur à la façon d’un George de La Tour.

Hiroshi Sugimoto était représenté par sa fameuses série d’écrans de ciné extérieurs la nuit mais blancs car le film (de la photo) est exposé durant tout le film d’où surexposition). Je n’avais jamais vu ce travail en vrai.  Michael Wesely a lui aussi un peu rusé en photographiant la Potsdamer Platz à Berlin (que j’ai arpenté dans l’intervalle, il y a peu). Avec jusqu’à deux ans (!) de durée de pause (filtres spéciaux, diaphragme minuscule) il produit des tirages qui intègrent comme des couches successives les travaux menés sur cette place fameuse. Inaki Bonillas (no longer, not yet) se livre également à un exercice sur le temps qui passe avec 6 photos d’un même lieu a la fois au lever et au couche du soleil a un moment indiscernable du soir ou du matin. Tout est dans les tons subtils du sol et surtout du ciel et c’est vraiment remarquable.

Ensuite venait le travail de Jochen Lempert et surtout celui de Steven Pippin. Ce dernier, comme Muybridge, bricole son matériel mais lui utilise les moyens de notre époque à savoir des hublots de machine à laver et n’hésite pas, si j’ai bien compris, à mettre papier sensible et produits de développement dans la machine. Il photographie notamment un cheval monté à différents instants du temps. Le résultat est assez surprenant.

Erwin Wurm est un artiste fameux (sculpteur en 1er lieu) qui utilise entre autres également la photographie pour s’exprimer. Je crois bien n’avoir encore vu aucune de ses œuvres  autrement que sur le net. Ses "one-minute sculptres" étaient montrées de manière relativement extensive et se présentaient sous le forme de photographies de taille modeste représentant le plus souvent une personne faisant un truc bizarre avec des objets. C’est toujours décontenançant, parfois amusant, et c’est un vrai plaisir que d’être ainsi pris à contre-pied.

Paul Pfeiffer affichait de prétentieux tirages géants qui, à côté de la modeste apparence du travail de Wurm, n’en paraissaient que plus outranciers. Il retravaille des archives de la NBA, si j’ai bien compris, notamment, en supprimant le ballon d’un scène spectaculaire où le joueur marque en extension… Mabel Palacin nous ramène à un travail plus humble et pas idiot, appuyé là-aussi sur une réflexion sur le temps. 6 secondes à raison de 24 images par secondes ça fait 144 d’où 144 pages et 144 personnes qui jettent  un caillou, chacun à un instant du temps différent. C’est en quelque sorte une ré-interprétation du flip-book :)

La promenade se terminait avec Jeff Wall (qui décidément me laisse dans la plus totale indifférence) et Ignassi Aballi mais avant de sortir, on pouvait voir deux travaux pas dénués d’intérêt. David Claerbout livrait une vidéo que, pour une fois, j’ai regardée. The american room est réalisé à la Matrix où on se déplace dans un espace figé, ici un concerto de piano. Je ne sais pas si c"est de l’art ou  de l’artisanat numérique mais c’est une expérience agréable à regarder. Clare Strand avec signs of struggle présentait de petits noir et blanc parfois annotés ou étiquetés ou fléchés comme des photos de police, collées sur un carton et sous pochette plastique. Évidemment cela faisait penser à Larry Sultan et Mike Mandel (evidence – billet ici).

Cite internationale des arts – Paris / Moscou / photographies

La cité internationale des arts (site ici) je l’avais visitée il y a bien longtemps déjà, en janvier 2009 (billet ici) à la fin du (long) mois de la photographie 2008.

Le lieu est ingrat (il ressemble à un lycée des années 70 et de nombreux clodos s’abritent à proximité sous le porche qui longe une longue façade) mais l’espace est vaste et bien éclairé. De plus, l’accès est gratuit ce qui n’est pas négligeable quand on voit se multiplier les expos photos payantes, pas toujours très satisfaisantes, à Paris.

Avec 13 photographes français et russes l’exposition (terminée – un autre prend le relai aujourd’hui) montre une belle ampleur et ce d’autant que chacun a pu disposer dans les lieux parfois jusqu’à une dizaine de ses œuvres: contrairement à certaines expos, on ne reste pas sur sa faim, chaque artiste peut montrer honorablement ses travaux.

Je passe sur la vidéo et l’installation pour évoquer les 11 autres. La visite commençait avec Gregory Pervov avec quelques points de vue originaux sur la rue russe. Stéphane Couturier, qu’on ne présente plus, avec notamment deux très grand formats d’excavation avec le matériel en place répondait d’une certaine manière aux petits formats noir et blanc de Luc Boegly, des vues frontales et rigoureuses de constructions moscovites réalisées depuis le fleuve.

Ensuite venait Florent de la Tullaye et Thibaut Cuisset (encore ;-) fidèle à ses paysages: immeubles, routes près d’immeubles déserts en ultraclair, quelques ilots de verdure au pied des tours et surtout une église comme contrepoids à une barre d’immeubles.

Un peu plus loin encore Julia Bychkova nous montre un "Paris en carton". L’idée est simple (revisiter les lieux classiques de Paris en faisant croire qu’il s’agit de maquettes en carton) mais l’exécution est remarquable. Palette de beiges et pastels, ciel efface, élimination du bleu.  Sol, immeuble et ciel occupant chacun 1/3 de l’espace. Vraiment réussi.

Les deux suivants travaillent dans un tout autre veine, que l’on pourrait qualifier d’humanistes, en noir et blanc de format modeste: Vladimir Mishukov (pas de site mais la Maison de la photo à Moscou est riche de ses œuvres ici) et Igor Mukhin (qu’on a évoqué hier).

La visite se terminait avec Vincent Debanne (des panoramiques sur baches) et Dmitry Zheltikov (facades d’immeubles, vues plongeantes sur Paris – visible sur le site de la Maison de la photo à Moscou – ici) mais dans l’intervalle il y avait Sandrine Elberg.

Sandrine Elberg occupe une place à part avec ses femmes russes photographiées chez elles, ses autoportraits et portraits avec des femmes russes.  C’est un travail qui me plait bien depuis que l’ai découvert il y a maintenant quelques mois (ici) mais je ne saurais dire vraiment  pourquoi: peut-être la modestie et la vérité, la proximité entre le photographe et les modèles, peut-être l’œil grand ouvert sur des gens normaux, ordinaires, sans fard ni voyeurisme et, même si souvent il y a autoportrait, c’est sans nombrilisme ni réduction à un univers étriqué (ici, pas de photo de mon nounours ou de ma petite cuillère, de mon ongle de doigt de pied ou de mon oreille).

Thibaut Cuisset – « Campagne française, fragments »

Thibaut Cuisset, on connait son travail pour l’avoir vu et apprécié, et encore tout récemment (ici). Excellente raison pour aller voir son exposition à l’Académie des Beaux-Arts (23, Quai de Conti et ici). J’ai vraiment apprécié ce travail calme et réfléchi qui m’a reposé les yeux de ce que j’ai pu voir à la FIAC le même jour, sans parler du public ordinaire que j’y ai croisé et dont je me suis senti plus proche que de celui fréquentant le Carré du Louvre. Passons.

Thibaut Cuisset nous montre des bouts de campagne, française en l’espèce, souvent des paysages mais aussi quelques broussailles et des fermes. Une quarantaine de tirages de bon et beau format, ni cartes postales ni géants prétentieux, une masse suffisante pour apprécier le corps de l’ouvrage et insuffisante pour lasser.

Aujourd’hui, peu de photographes montrent la campagne (enfin il me semble) et il y a dans cette stabilité des paysages et des pratiques (oui, je sais que les tracteurs sont climatisés et ont le GPS pour certains mais on continue en général à labourer – oui, je sais pas toujours,  mais bon) quelque chose de rassurant et, en même temps, de proche. Après tout, notre passé à tous est celui d’agriculteurs: même les intellos,  bobos et autres, de la FIAC, ont des ancêtres aux pieds nus foulant l’herbe des pâturages.

Enfin, bref, c’est un bol d’air que de voir cela et on appréciera, chacun avec se yeux et son vécu, ce travail dont la composition et les couleurs sont un enchantement.

En plus, c’est gratuit.

L’entrée de l’exposition montre brièvement les finalistes du concours 2010 dont Cuisset a été vainqueur en 2009 et je trouve pas mal de les citer: Sadin (vu chez Polka, billet ici), Shimamura (vu aux Transphotographiques, billet ici), Rouvre et Poussier (entrevue sur un stand à Paris Photo il y a deux ans et vue à la BNF pour France14). C’est la petite dernière, Marion, qui l’a emporté, bravo !

C’est jusqu’au 21 novembre 2010.

Orelart – Les Russes ! Portrait photographique russe. 1970-2010

Il y a quelques semaines je suis passé chez Orelart (ici et40 rue Quincampoix) et l’exposition sur le portrait russe dure jusqu’au 30 novembre 2010. Le portrait ça m’intéresse et comme les photographes sont ceux sélectionnés par Lisa Fetissova (galerie RTR) et déjà vus il y a quelques temps, c’était l’occasion d’y revenir d’une manière plus large, dans une galerie fort vaste.

Un seul conseil: faites y un saut.

Certains noms ne m’étaient donc pas inconnus (quoi que difficilement mémorisables pour un français): Sergey Maximishin (qui montrait notamment un Poutine au bureau, pensif sur fond noir ou des moines déménageant un tableau), Margo Ovcharenko (toujours les mêmes travaux mais le prix est passé de 700 euros à 1000-1900), Oleg Dou (toujours dans la même veine également), Tanya Leshkina, Dasha Yastrebova, Evgeny Mokhorev.

Mamyshev-Monroe, lui on l’avait vu à la MEP (ici) de même que Bakharev avec ces gens à poil l’air défoncés et Tchilikov avec ses femmes photographiées en amateur. Quant à Kulic, on ne le présente plus, il figurait une fois encore en chien (25 000 euros).

Pour d’autres, c’était des découvertes: Leontiev, Mukhin, Savadov, Kuznetszova. J’ai tout spécialement apprécié les vieilles dames avec leur chien de Esipovitch, un thème classique traité de manière, euh, originale (une autre série donne le ton ici).

Voilà, c’est une bonne exposition qu’il faut aller voir et ce n’est pas si fréquent (en plus c’est gratuit).