Arles 2011 – Archevêché – Chris Marker
Après les billets et la visite de l’Église Sainte Anne, il est naturel de rester sur la place de la République et de se rendre à l’Archevêché qui lui fait face.
C’est Chris Marker qui en est l’invité avec 300 cliches de 1957 à 2010. A l’entrée, des photographies d’affiches de film et des œuvres qu’on croirait des gravures de Dürer, les deux en petit nombre et c’est tant mieux. La salle suivante montrent la série dite des coréennes qui montrent aussi des coréens et des paysages et qui remonte à 51-57. C’est un vestige historique d’une Corée pas encore soumise complètement à une dictature implacable. C’est aussi la seule chose qui vaille et c’est peu (15 photos ?), trop peu en fait pour justifier d’une visite sauf à avoir un pass. Les fans de cinéma pourront toujours, s’ils sont patients (28 minutes), regarder La Jetée, film fameux de Marker car pour le reste, il n’y a pas grand chose à sauver: je regrette l’exposition de 2009 (Duane Michals), celle de 2010 étant déjà un ratage.
Disons tout de même un mot du reste. Dans “Quelle heure est-elle ?” Marker montre 36 visages de femmes en petit format, dans le métro. Dans “Pasengers” ce sont les murs qui sont recouverts par 203 petits portraits couleur de gens dans le métro parisien, souvent des filles, et des tirages souvent pixelisés. Tout au bout dans la dernière salle, 3 vidéos tournent en boucke et 18 stills sont afichés ainsi que 18 tirages des portraits froissés vu l’an passés à l’église des frères Prêcheurs (billet ici).
Une exposition donc contournable.
Arles 2011 – Eglise Sainte Anne
Fraichement muni de mon pass à 35 € je suis allé presque en face à l’Église Sainte Anne, pour cette première visite à Arles 2011. Le thème de l’exposition est le New York Times. La chaleur dans l’Église était moins éprouvante que l’an passé et c’est tant mieux. C’est une expo massive mais hélas, chaque alcôve est dévolue à un auteur voire à un thème si bien que ce n’est que saupoudrage de photographies, souvent aussi de format réduit au regard des pratiques des auteurs. Ne boudons pas toutefois notre plaisir, il y a de la belle photo et aussi, cela intéressera les spécialistes, des tirages d’essai réunis en planche et des planches contacts ornées de gomettes colorées, parfois même des lettres et email accompagnent les photos. C’est un visite à faire absolument.
On commence à gauche avec un désormais classique, Salgado et ses ouvriers du pétrole intervenant après la guerre du Koweït dans un monde d’apocalypse en noir et blanc. En contrepoint, on passe à Crewdson qui bénéficie lui de grands tirages en couleur mais peu nombreux du coup. Ce photographe est connu pour la sophistication de chacune de ses photographies qui se prépare comme une action cinématographique. On y voit des stars (comme Julian Moore) jouant un rôle dans une “maison de rêve” (titre de la série).
Avec Paolo Pellegrin on repasse sur du “dur” avec le Darfour et la récente actualité libyenne. Ceux qui ne connaissent pas verront l’iconique photo du gosse aux deux jambes plâtrées étendue sur le sol. Et avec Ryan McGinley (entrevu à Paris en 2010 chez Agnès B., billet ici), on repasse au futile avec des photos de stars comme Cotillard ou Winslet; pour faire bonne mesure il est accompagné de Van Meene, Dijkstra, Lamsweerde et Matadin, le tout en format réduit ce qui est surprenant quand on connait leur travaux. Ce volet est sobrement baptisé “grands acteurs” (actrices auraient été plus adéquat).
Simon Norfolk clôt la partie gauche avec des collisionneurs du Cern presque abstraits et là aussi en format un peu réduit au regard de sa pratique (on l’avait vu à Groningen en 2009 – ici).
Entre les deux ailes, le pont est fait avec la commande “time square” réalisée par 20 photographes (rien que des pointures): Goldin, Towell, Ashton Harris, Epstein, Tunbjork, Morell, Bassman, Keating, Pierson, Armstrong, Di Corcia, Leibowitz, Close, Ellen Mark, O’Neil. L’ensemble “rend” Time Square mais les photographes sont du coup les parents pauvres, en retrait du sujet, représentés par une ou deux photos. On poursuit dans la veine américaine avec Adario pour un reportage de guerre, un peu de propagande us, ça ne fait pas de mal.
McGinley revient ensuite, en grand format (ah, enfin), avec des athlètes olympiques, de près, dans l’action, les visages non reconnaissables sur des fonds colores presque unis, c’est magnifique.
Dans ce régime de douche écossaise, après la puissance élégante, le drame avec le n° du NYT du 11 septembre. Avec les 10 ans de cette catastrophe il est possible que le sujet reparaisse (voir billet récent sur Cullman ici). Les portraits de musulmans par Mermelstein sont les plus frappants, ainsi que leurs mots mais c’est peut être le contenu écrit, les mails et lettres échangés le jour et le lendemain de l’attentat qui suscite le plus d’émotion, plus en tout cas que les photos pourtant dramatiques de McCurry et Franco. Dommage ne pas avoir joué le jeu jusqu’au au bout et de n’avoir pas consacré plus d’espace à cette catastrophe historique, le calendrier s’y prêtait réellement.
Le sujet uivant, “”mode et melanges de styles” est un bric-à-brac de grands talents un peu gâchés par le peu d’espace où on trouve pêle-mêle Ballen, Friedlander, Goldin, Koons, Sidibe et Seiland (pourtant une belle brochette !).
On conclut avec Peress pour son reportage en Iran vers 1979 avec une double frise de photos superposées et un texte courant horizontalement entre les deux.
Bien qu’imparfaite car un peu dispersée (on regrette le solo show de Ronis) cette exposition vaut la peine d’être vue.
Arles 2011 – En pratique
Comme chaque année depuis 4 ou 5 ans je suis à Arles pour les Rencontres de la photographie, depuis hier. Cette année j’ai décidé de venir en TGV depuis Paris jusqu’à Avignon (car il existe des promos sur cette destination) et de finir en autocar (puisque même en prenant un billet SNCF Paris-Arles il arrive bien souvent de finir aussi en autocar…). C’est finalement plutôt pas mal car le tarif Paris-Avignon est bas, le trajet sans arrêt en 2H40 et le billet d’autocar peu cher (10,80 € aller-retour payable en ligne, horaires disponibles en PDF). Au final, départ 8H46 et arrivée, après une heure de pause casse-croute à la gare d’Avignon, à 13H20 à Arles.
Pour l’hôtellerie, je ne trouve jamais rien de correct à prix convenable et me suis rabattu, après un Ibis l’an passé (!) sur un Mercure déjà utilisé il y a deux ans, pas terrible, à part pour le petit-déjeuner mais pas cher du tout si réservé longtemps avant (en octobre 2010 pour ma part).
Cette année encore il fait chaud à Arles et les expositions sont toujours nombreuses, et le touriste aussi, sans atteindre toutefois la saturation.
Hier après-midi c’était une large part des expos du Centre (et un peu de Off) que j’ai vues, aujourd’hui ce sera les Ateliers et la fin des expos du Centre et un peu de Off. Demain ce sera le Off et vendredi aussi: plus la semaine avance plus je fatigue donc plus j’avance lentement ;-)
Galerie Baudoin Lebon – Shim Moon-Seup
La Galerie Baudoin Lebon, qu’on ne présente plus, a entrepris depuis plusieurs mois de quitter le seul domaine photographique pour s’aventurer en direction d’artistes recourant à d’autres mediums. Du coup, il est bien possible que certains amateurs décrochent, et c’est un peu mon cas.
Pourtant, l’exposition de Shim Moon-Seup parvient à raccrocher les wagons et on se laisse promener entre photographies et peintures tant la proximité des formes est confondante. Néanmoins, il aurait été utile de donner quelques éléments signalétiques à proximité des œuvres au lieu d’entretenir cette pratique stupide propre aux galeries d’exclure toute “étiquette” (pas de titre, rien sur le medium et la taille, etc). On se demande donc parfois s’il s’agit de peinture ou de photographie.
Au sous-sol, sauf à être féru d’art ultra-contemporain, vous ne vous aventurerez pas, tant les “sculptures” sont imperméables à la compréhension. L’artiste n’étant pas un inconnu, vous pourrez toujours acheter en librairie un livre sur son œuvre.
Il reste quelques jours d’ici à la fin de l’expo, jusqu’au 9 juillet 2011. Ce n’est pas une exposition indispensable pour amateur de photographie.
Les Douches – Daniel Boudinet et Brigitte Olliet
Les douches (dont on a récemment parlé – billet ici) présente deux auteurs dont je n’avais jamais entendu parler alors même que Boudinet figure (ici) dans l’Universalis (!).
Daniel Boudinet nous fait découvrir Rome (et ses antiquités) dans des polaroïds bleutés qui semblent évoquer la photographie pionnière. Brigitte Olliet a également retenu le petit format en le poussant dans ses retranchements avec des tirages minuscules, dee vraies miniatures en vérité.
L’un et l’autre travaux sont surprenants par leur forme, le fonds me laisse un peu dubitatif étant assez peu sensible à la poésie des choses montrées mais on ne peut rester à l’écart et une visite s’impose. C’est possible jusqu’au 22 juillet 2011.
Galerie Philippe Chaume – Accrochage de début d’été 2011
Pas de surprise chez Chaume avec un accrochage estival collectif: plus l’occasion donc d’y voir les prix pratiqués que de faire des découvertes. Ainsi, Chancel est à partir de 4800, Tezenas, De Lange et René&Radka à 3500, Delangle à 1900 et Messina à 1800.
L’exposition se terminait curieusement le 2 juillet et la suite n’est pas annoncée.
MEP – Exposition de l’été 2011 – 1ère partie
Retour à la MEP samedi dernier pour visiter une partie de l’exposition en cours, c’est toujours mieux finalement de fractionner la visite.
Dans la Vitrine, Xavier Fourtou montre des photographies de graffiti brésiliens et c’est aussi convaincants que des graffiti parisiens. Nul n’était besoin d’aller si loin (dans le genre graffiti mieux vaut l’original: Helen Levitt vue à Madrid, ici). Quant à Xavier Lambours, ce sont moins ses portraits de célébrités (décidément, les célébrités me fatiguent – peut-être qu’on les voit trop déjà du fait qu’elles sont célèbres…) que le Limousin et Rungis qui m’ont plus. Les seules vedettes qui présent un peu d’intérêt sont celles qui sont décalées comme ce Chirac en Corrèze, j’imagine dans les années 70, debout devant un micro, de gros vieux rougeauds et ventripotents devant lui. Les “origines du monde” revisitées par Lambours ne manquent pas non plus de culot, pudiquement dissimulées derrière un rideau.
Je termine rapidement avec le Magazine “de l’air” qui expose une avalanche de photographies (une ou deux par auteurs) dans des formats à peu près tous identiques (alors que chaque photographe a des préférences), le résultat est un “magnifique” gâchis. Mieux vaut acheter le magazine (ce que je fais: ce n’est pas très cher et ce n’est pas un magazine suiveur qui recopie l’actualité des galeries et des communiqués de presse). Leur site est là et même si “acheter de l’air” sonne pas sérieux, c’est bien quand même :)
J’irais voir la suite à mon retour de vacances, l’exposition actuelle se prolongeant jusqu’au 25 septembre 2011.
Galerie Backslash – Astrid Kruse Jensen – Parallel Realities
1ère visite à la Galerie Backslash (ici et 29 rue Notre-Dame de Nazareth ) samedi dernier et bonne surprise malgré une adresse peu évidente. Après de rapide recherches, il semble que la galerie n’existe que depuis 10 mois, créée a priori par deux jeunes transfuges de Templon. L’accueil est agréable, la surface est vaste, surtout au 1er étage et, évidemment c’est le point central, les œuvres valent la peine., en l’espèce celles de Astrid Kruse Jensen (allez le Danemark ;-) Cette photographe, je l’avais déjà dans mes bookmarks mais j’avais jamais vu son travail en vrai.
Au rez-de-chaussée, de grands formats paysagers bleus et noirs dans la nuit, tachés parfois du jaune d’un mince lumière, une vision toute nordique de la nuit qui tient une place spécifique sous ses latitudes et ne manque pas d’inquiéter un brin.
A l’étage, les tirages sont plus intrigants avec des formats moins grands donc moins “faciles”, souvent de nuit encore mais pas toujours et cette fois la scène est bien éclairée, et les détails sont rouges, souvent absurdes comme cet arbre comptant une multitude de balançoires rouges. Les portraits sont rares et le plus souvent dissimulés par le cadrage ou la lumière.
Il faut voir cette exposition, se laisser séduire par ce travail qui donne à réfléchir, intrigue et pique la curiosité, que demander de plus ? Que ce soit esthétique ? Pourquoi pas et de fait, cela l’est aussi.
Bailly Contemporain – Made in China
Bailly Contemporain (ici et 38 rue de Seine) expose jusqu’au 23 juillet 2011 quelques travaux photographiques globalement clinquants, ce qui semble être le positionnement de la galerie, mais pas forcément inintéressants.
Je crois que je ne tenais pas encore de blog quand j’ai vu dans une galerie discrète en arrière-cour à Paris les travaux de Chen Man pour la 1ère fois, des pièces espiègles et colorées, très “mode”, de format modeste mais à mon avis, à cette époque déjà surcotés (et pourtant dans l’absolu par hyper cher, peut-être 2500-3000 euros). Depuis, Chen Man s’est fait connaître ailleurs qu’en Chine et le boom chinois a aidé à la propulser. Désormais elle produit des formats géants et en Diasec bien sûr. Si vous ne connaissez pas, passez à la galerie, c’est sympathique (par contre je n’ai pas demandé le prix ;-)
A côté, Rong Rong et Wang Jin, avec chacun une pièce, faisaiant un peu timide.
Au-dessus en en dessous, des pièces non-chinoise. On passera rapidement à la fois sur Sacha Goldberger, en sous-sol, avec sa vieille dame déguisée en super héro dans un style BD avec un rendu digne de l’aérographe tellement l’image est photoshoppée. A l’étage c’est un peu mieux avec les chiens grotesques de Tim Flach, dont les poils ont subi les pires délires de coiffeurs enragés.
Vous avez jusqu’au 23 juillet pour sourire ou vous émerveiller devant de jolies images (par contre je ne sais pas si c’est de l’Art).
Galerie de l’Europe – Christophe Jacrot
Je suis arrivé un peu par hasard sur la Galerie de l’Europe, samedi dernier et, pris d’un doute, j’ai regardé dans mes articles précédents et je suis tombé déjà sur le même photographe dans la même galerie et j’ai toujours la même opinion (ici). Quant aux 5 photographes exposés en sus dans un espace à côté, le fait que le produit de la vente soit versé à une bonne œuvre n’enlève rien au jugement sévère qu’on pourrait porter sur leurs travaux qui relèvent du semi-pro ou de l’amateur confirmé, sans plus. Peut-être le travail de Michel Rajkovic est-il encore sauvable avec ses chutes d’eau noir et blanc comme figées, mais c’est tout juste.



