Arles 2011 – Arlatino

Chez Arltino, comme l’an passé, on pouvait voir du Jonvelle et du Fèvre mais aussi du Kasuo Sumida et du Giovanni Zuin avec des nus. Originalité de cette année, la cave, où, pour les 26 ans de Spéos, étaient acrochés 26 anciens élèves (dont aucun ne m’était connu) à raison d’une photo chacun. Tous n’ont pas de site web et parmi ceux qui en disposent encore faut-il faire un choix et j’ai donc retenu les auteurs suivants dont les projets sont valables et le site web présentable: Meggan GouldAlexandre MartinCatherine ThiryGaia GenestonCédric BosquetIris Anam CaraCerise DoucedeBjorn Terring et Leigh van Duzer.

Arles 2011 – Archivio fotografico italiano

A côté de l’hôtel Pinus et comme chaque année, Archivio fotografico italiano présente quelques auteurs dans un mouchoir de poche. Cette fois il s’agissait de Renato LupariaClaudio Argentiro (petit panoramique de plage), Mateo Coltro (tout bleu ou presque et flou), Nino Leto et surtout Umberto Armiraglio dont l’idée du rétroviseur pose reflétant le paysage n’est pas mal.

Arles 2011 – Galerie vraies rêves

Comme chaque année, la Galerie vraies rêves (de Lyon) exposait quelques auteurs, encore Tony Catany mais surtout Pilar Albajar et Antonio Altarriba avec des scènes étranges où les têtes humaines sont remplacées par celles d’animaux, entre Esope et histoires bibliques (2 500 euros) et Jean-Baptiste Carhaix dont le mélange d’enfants et de vanités est un peu bizarre (1200 –  2500 euros).

Arles 2011 – Atelier des forges

L’Atelier des forges présentait trois auteurs et c’est bien ainsi: ce site est de taille limitée et il permet de ne pas être abasourdi par une avalanche visuelle. Les trois auteurs faisaient partie des restes du programme mexicain prévu initialement dans le cadre de l’année du Mexique. Daniela Rossell exposait un tas de blondes aux tenues exubérantes dans des décors d’un mauvais gout de nouveaux riches de la pire espèce. A l’exact opposé de ce triomphe de l’opulence grossière et de la consommation inutile, Maya Goded, avec land of witches, montrait comme des rites, des feux, des fumées car, en effet, le Mexique est la patrie de l’homme le plus riche du monde (et sans doute de nombreux ultra-riches ridicules) mais aussi un pays d’histoire(s). Le dernier photographe s’éloigne lui de l’histoire collective et des traditions pour nous raconter des histoires, celle d’immigrés dans leur combat quotidien pour vivre: Dulce Pinzon montrait en 20 diapositives des héros du quotidien en tenue de superhéro avec la somme que chacun peut envoyer à ses proches restés au pays.

Arles 2011 – Les ateliers – Le magasin électrique

C’est presque en rampant qu’on atteint le magasin electrique situé au fond du parc des ateliers et dernière station sur le chemin de la découverte photographique.

Au départ, j’ai cru à une blague en voyant le chantier qui régnait dans le hall: des tirages classiques ou sur bâches, une projection géante, un totem de photographies et une petite maison perchée dans les airs  laquelle on accède par un escalier. Le tout sans nom. La petite maison abritait des tirages « personnels » du collectif Tendance floue à savoir des scènes « entre copains » dont pour ma part je n’ai strictement rien à faire.

Je commençais à fulminer (intérieurement). C’est donc avec soulagement qu’on accède au reste de l’exposition, correctement éclairée et plus conventionnelle consacrée au collectif susnommé (je passe sur l’exposition Amnesty International que je ne suis même pas allé voir).

Du coup, on voyait le travail des 14 membres du collectif: Olivier Culmann (watching tv, série  deja vue – billet ici), Mat Jacob (à l’ouest – de la France – vie et mort), Bertrand Meunier (images sensées évoquer Sète ?), Bieke Depoorter (ados chez des miséreux en Russie), Denis Bourges (portrait de médecin de campagne), Caty Jan (maternités – pas le lieu, les femmes), Patrick Tourneboeuf (toujours ses intérieurs monumentaux), Alain Willaume (portraits verticaux du visage de dormeurs sur la plage), Gilles Coulon (discussions au Mali) et Philippe Loparelli (quelques vues de Roumanie rurale en noir et blanc) tous deux déjà vus (billet ici), Thierry Ardouin (deux graines et très petits formats noir et blanc de champs en Inde), Flore Ael Surun (manifs anti G8 – vue au festival Circulations – billet ici), Pascal Aymar (new yorkais en noir et blanc) et enfin Meyer (vieux chinois en foret l’air pensif -Qi gong oblige).

Arles 2011 – Les ateliers – Grande Halle

Comme chaque année, les Ateliers et leurs immenses espaces sont mis à contribution pour les Rencontres d’Arles et, comme chaque année, le spectateur croule un peu sous le nombre de photographies et sous la chaleur, à peine supportable en plein été. J’espère qu’un jour ces lieux pourront être aménagés dans un esprit plus conforme à la fois au respect des oeuvres et au respect des spectateurs. C’est bien tout le problème d’une petite ville de Province que de voir un festival amateur devenir un événement international sans disposer de l’infrastructure adéquate. La Grande Halle, là-aussi comme d’habitude, accueille le Prix Découverte à savoir 4 ou 5 curateurs qui montrent le travail de quelques uns de leurs poulains. Cette année, 5 curateurs montraient chacun 3 artistes.

Simon Baker, pour commencer qui, le jour de ma visite, commentait le travail des auteurs qu’il a retenu. Simon n’est pas n’importe qui (en particulier ce n’est pas un acteur australien) puisqu’il est conservateur de la section photographie de la Tate Modern à Londres. Minoru Hirata exposait trois séries en petit format noir et blanc donc deux séries de happenings et une autre consacrée à mais sans la vie nocturne évoquée au Bal par Kitajima (ici).  Indre Serpytyte dont je connaissais le travail très sobre et paradoxalement violent sur son père, dirigeant lituanien, mort dans un « accident » en 2001, continuait la dure exploration de la mémoire politique locale avec des maquettes de maisons et des diptyques de ces mêmes maison, à la fois en image d’archive et en photographies modernes. Ces photos montrent des lieux où le NKVD torturait des victimes. Mark Ruwedel avait choisi quant à lui de nous le désert américain avec trois séries de palmiers, niches miteuses et sombres crépuscules sur maisons abandonnées. Pas plus convaincu en 2011 à Arles qu’en 2010 à Lille au Palais Rameau (billet ici).

Artur Walther est le 2ème curateur. MBA de Harvard en poche, Artur a d’abord fait fortune chez Goldman Sachs (où il devient directeur monde des activités de marchés de capitaux, un poste à plusieurs millions de dollars de salaire annuel) avant de devenir collectionneur de photographie (de classe mondiale) et d’en faire profiter la collectivité avec à la fois un musée et des bourses offertes aux étudiants.  Il a retenu Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse regroupés pour un projet se déroulant dans le quartier minable de Ponte à Joburg. De grands formats (très) peu nombreux (sous Diasec) complète le clou de la présentation à savoir une tour lumineuse avec une petite photo à chaque fenêtre. Jo Ractliffe nous permet de rester en contact avec l’Afrique du Sud (sa patrie) mais il nous montre l’Angola avec de petits noir et blanc innocents mais la légende, affichée à part, nous indique qu’il s’agit là de champs de bataille, de terrains minés ou de charniers. Cela m’a fait penser à un auteur, vu à Madrid en 2009 (c’est utile un blog pour retrouver un nom ;-)  Javier Ayarza (billet ici) . Le Dernier photographe retenu est Domingo Milella qui montrait deux grands formats en couleur et une trentaine de petits d’un peu partout avec une prédilection pour les paysages de mers, montagnes et déserts d’une part, pour les entassements urbains méditerranéens de l’autre.

Chris Boot est le 3ème curateur. Il est directeur de la fondation Aperture à New York. Il ouvre les hostilités avec Christopher Clary, entre hard copy géantes d’écrans de Mac avec mecs à poil de dos et murs entiers couverts de petites vignettes décrivant des strip-teases masculins intégraux comme dans un film au ralenti. Que dire ? Rien. Que faire ? Passer rapidement. La situation s’améliore un peu avec David Horvitz qui oeuvre dans le conceptuel: à vrai dire peu importe qu’il utilise la photographie. Parmi ses oeuvre qui s’apparentent parfois à des happenings virtuels, le fait de mettre ses photos sur Wikipédia pour illustrer, demander à chacun d’envoyer sur Flickr une photo de soi la tête dans le frigo avec la référence  241543903. Ce n’est pas de la photographie, je ne sais pas si c’est de l’art, c’est amusant mais j’ignore si cela va au-delà de la blague de collégien. Penelope Umbrico dont le nom ne m’étrait pas inconnu montrait essentiellement comme des « typologies »: photo d’écrans de télévision tirés d’eBay ou de Craiglist, photos  d’écrans cassés, de télécommandes, etc. Là-encore, difficile de s’extasier devant la profondeur du concept.

Sam Stourdzé  est le 4ème curateur. Il dirige le musée de l’Elysée à Lausanne. Il a  de la chance car ce musée est magnifique et domine le lac :-) Il rend hommage en partie à la Suisse et ce n’est pas plus mal. Avec Yann Gross et Horizonville que j’avais déjà vue à Madrid (billet ici) on reste en territoire connu mais heureusement ce sont des images différente, pas encores vues, qui étaient accrochées.  Avec Raphael Dallaporta (dont le nom ne m’était pas inconnu – voir billet ici), il nous est donné à voir des photos de ruines de Bactriane prises par un drone et assemblees automatiquement par un logiciel spécialisé. Ce n’est ni plus ni moins qu’un travail de cartographie et l’intérêt photographique ou artistique m’a semblé absolument nul. Le binôme helvético-camerounais Jean Luc Cramatte et Jacob Nzudie misait sur le « portrait au supermarché dont on découvrait qu’il s’agit d’un signe de « classe » (par opposition aux marchés de rue), instructif, original, coloré et amusant, voici un projet qui valait d’être vu.

Le Point du Jour est le 5ème curateur. C’est un curateur à trois têtes constitués des fondateurs de l’éditeur éponyme dont je n’avais jamais entendu parler et qui se situe à Cherbourg (quoi que si, à y réfléchir, ça me dit quelque chose). Il faut être méritant pour ouvrir un centre d’art dédié à la photographie à Cherbourg. Joachim Mogarra est le 1er à être présenté par le trio. On connait son travail pour l’avoir découvert à Paris chez Vallois (billet ici) justement mais avec d’autres séries (portrait de chiens en porcelaine, appareils photos ornés de dessins amusants et légendés, photos de petits riens avec légende grandiloquente, etc). Avec Lynne Cohen on reste en terrain connu (vue à Bruxelles en 2009 – billet ici) avec de très grands formats en couleurs d’intérieurs vides. On conclut avec Rut Blees Luxemburg dont je n’ai rien à dire.

L’écriture de cet article (et sa lecture aussi) sont une épreuve mais ce n’est rien à côté de la visite de l’exposition, beaucoup trop dense et sous une chaleur accablante.

En bref – salon des refusés – Portrait Salon

Excellente initiative que ce « salon des refusés » (en français dans le texte) qui se veut le pendant (off)  du National Portrait Gallery Photography Prize. Les vainqueurs de ce prix sont exposés à Londres et j’avais eu l’occasion de voir ces travaux il y a deux ans (un catalogue est aussi édité) mais énormément de travaux sont rejetés tant le jury est sélectif (et inondé de propositions de qualité) alors réjouissons-nous à l’avance de pouvoir en voir davantage dans le cadre de ce (futur) salon des refusés :-)

Portrait Salon is a form of Salon des Refusés – an exhibition of works rejected from a juried art show – which has a long tradition as a fringe way of showcasing artists’ work that may otherwise go unseen. Devised by two portrait photographers, who are both based in London and are professionally involved in the city’s photographic community, Portrait Salon aims to show the best of the unselected entries from the National Portrait Gallery Photography Prize. We figure that, out of the 6000+ rejected entries, there must be some damn fine portraits which deserve to be shown.We want to see these portraits, and we want to celebrate their brilliance with a projection time and place to be confirmed which no doubt will be accompanied by a little bit of a party. The projection will be curated, so we will be selecting the best portraits that we receive. But we expect to show a much higher percentage of work than at the National Gallery.If you submitted work to the National Gallery Photography Portrait Prize and got rejected, please email a jpeg of your submission to portraitsalon@hotmail.com. The images need to be jpegs, at 1000 pixels on the longest edge. And please spread the word about this… we want as many submissions as we can!

via Portrait Salon.