Arles 2011 – Les ateliers – Grande Halle

Comme chaque année, les Ateliers et leurs immenses espaces sont mis à contribution pour les Rencontres d’Arles et, comme chaque année, le spectateur croule un peu sous le nombre de photographies et sous la chaleur, à peine supportable en plein été. J’espère qu’un jour ces lieux pourront être aménagés dans un esprit plus conforme à la fois au respect des oeuvres et au respect des spectateurs. C’est bien tout le problème d’une petite ville de Province que de voir un festival amateur devenir un événement international sans disposer de l’infrastructure adéquate. La Grande Halle, là-aussi comme d’habitude, accueille le Prix Découverte à savoir 4 ou 5 curateurs qui montrent le travail de quelques uns de leurs poulains. Cette année, 5 curateurs montraient chacun 3 artistes.

Simon Baker, pour commencer qui, le jour de ma visite, commentait le travail des auteurs qu’il a retenu. Simon n’est pas n’importe qui (en particulier ce n’est pas un acteur australien) puisqu’il est conservateur de la section photographie de la Tate Modern à Londres. Minoru Hirata exposait trois séries en petit format noir et blanc donc deux séries de happenings et une autre consacrée à mais sans la vie nocturne évoquée au Bal par Kitajima (ici).  Indre Serpytyte dont je connaissais le travail très sobre et paradoxalement violent sur son père, dirigeant lituanien, mort dans un « accident » en 2001, continuait la dure exploration de la mémoire politique locale avec des maquettes de maisons et des diptyques de ces mêmes maison, à la fois en image d’archive et en photographies modernes. Ces photos montrent des lieux où le NKVD torturait des victimes. Mark Ruwedel avait choisi quant à lui de nous le désert américain avec trois séries de palmiers, niches miteuses et sombres crépuscules sur maisons abandonnées. Pas plus convaincu en 2011 à Arles qu’en 2010 à Lille au Palais Rameau (billet ici).

Artur Walther est le 2ème curateur. MBA de Harvard en poche, Artur a d’abord fait fortune chez Goldman Sachs (où il devient directeur monde des activités de marchés de capitaux, un poste à plusieurs millions de dollars de salaire annuel) avant de devenir collectionneur de photographie (de classe mondiale) et d’en faire profiter la collectivité avec à la fois un musée et des bourses offertes aux étudiants.  Il a retenu Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse regroupés pour un projet se déroulant dans le quartier minable de Ponte à Joburg. De grands formats (très) peu nombreux (sous Diasec) complète le clou de la présentation à savoir une tour lumineuse avec une petite photo à chaque fenêtre. Jo Ractliffe nous permet de rester en contact avec l’Afrique du Sud (sa patrie) mais il nous montre l’Angola avec de petits noir et blanc innocents mais la légende, affichée à part, nous indique qu’il s’agit là de champs de bataille, de terrains minés ou de charniers. Cela m’a fait penser à un auteur, vu à Madrid en 2009 (c’est utile un blog pour retrouver un nom ;-)  Javier Ayarza (billet ici) . Le Dernier photographe retenu est Domingo Milella qui montrait deux grands formats en couleur et une trentaine de petits d’un peu partout avec une prédilection pour les paysages de mers, montagnes et déserts d’une part, pour les entassements urbains méditerranéens de l’autre.

Chris Boot est le 3ème curateur. Il est directeur de la fondation Aperture à New York. Il ouvre les hostilités avec Christopher Clary, entre hard copy géantes d’écrans de Mac avec mecs à poil de dos et murs entiers couverts de petites vignettes décrivant des strip-teases masculins intégraux comme dans un film au ralenti. Que dire ? Rien. Que faire ? Passer rapidement. La situation s’améliore un peu avec David Horvitz qui oeuvre dans le conceptuel: à vrai dire peu importe qu’il utilise la photographie. Parmi ses oeuvre qui s’apparentent parfois à des happenings virtuels, le fait de mettre ses photos sur Wikipédia pour illustrer, demander à chacun d’envoyer sur Flickr une photo de soi la tête dans le frigo avec la référence  241543903. Ce n’est pas de la photographie, je ne sais pas si c’est de l’art, c’est amusant mais j’ignore si cela va au-delà de la blague de collégien. Penelope Umbrico dont le nom ne m’étrait pas inconnu montrait essentiellement comme des « typologies »: photo d’écrans de télévision tirés d’eBay ou de Craiglist, photos  d’écrans cassés, de télécommandes, etc. Là-encore, difficile de s’extasier devant la profondeur du concept.

Sam Stourdzé  est le 4ème curateur. Il dirige le musée de l’Elysée à Lausanne. Il a  de la chance car ce musée est magnifique et domine le lac :-) Il rend hommage en partie à la Suisse et ce n’est pas plus mal. Avec Yann Gross et Horizonville que j’avais déjà vue à Madrid (billet ici) on reste en territoire connu mais heureusement ce sont des images différente, pas encores vues, qui étaient accrochées.  Avec Raphael Dallaporta (dont le nom ne m’était pas inconnu – voir billet ici), il nous est donné à voir des photos de ruines de Bactriane prises par un drone et assemblees automatiquement par un logiciel spécialisé. Ce n’est ni plus ni moins qu’un travail de cartographie et l’intérêt photographique ou artistique m’a semblé absolument nul. Le binôme helvético-camerounais Jean Luc Cramatte et Jacob Nzudie misait sur le « portrait au supermarché dont on découvrait qu’il s’agit d’un signe de « classe » (par opposition aux marchés de rue), instructif, original, coloré et amusant, voici un projet qui valait d’être vu.

Le Point du Jour est le 5ème curateur. C’est un curateur à trois têtes constitués des fondateurs de l’éditeur éponyme dont je n’avais jamais entendu parler et qui se situe à Cherbourg (quoi que si, à y réfléchir, ça me dit quelque chose). Il faut être méritant pour ouvrir un centre d’art dédié à la photographie à Cherbourg. Joachim Mogarra est le 1er à être présenté par le trio. On connait son travail pour l’avoir découvert à Paris chez Vallois (billet ici) justement mais avec d’autres séries (portrait de chiens en porcelaine, appareils photos ornés de dessins amusants et légendés, photos de petits riens avec légende grandiloquente, etc). Avec Lynne Cohen on reste en terrain connu (vue à Bruxelles en 2009 – billet ici) avec de très grands formats en couleurs d’intérieurs vides. On conclut avec Rut Blees Luxemburg dont je n’ai rien à dire.

L’écriture de cet article (et sa lecture aussi) sont une épreuve mais ce n’est rien à côté de la visite de l’exposition, beaucoup trop dense et sous une chaleur accablante.

About these ads
Cette entrée a été publiée dans Paris. Bookmarquez ce permalien.