PhotoMonth 2011- East London – 4ème jour (fin)
Après le musée, retour dans l’Est pour voir la Rag factory (Apricot Gallery au 16-18 Heneage Street qui donne sur Brick Lane) et le collectif Peg 11 dont le site très bien fait montre les oeuvres et les sites web des auteurs. Et il ne s’agit ni d’abricots ni de chiffons ;-)
Gemma Webb montrait une ligne de très petits formats rétroéclairés, des blonds et roux de dos et Jocelyn Low quatre sous-bois brulés. Louise Harrington exposait une composition faite de 4 parties de corps qui auraient peut être pu former un nouveau corps: ça m’a fait penser à John Coplans (vu à Sérignan – billet ici).
Sara Leigh Lewis s’essayait au portrait d’ado avec 5 portraits noir et blanc (“fifteen”) quand Chris Storey évoquait ce que je présume être un vieux couple, avec 6 portraits d’un homme et d’une femme âgés et deux bords de mer nostalgiques. Dans la veine des portraits, c’est le travail de Emma Robinson qui m’a le plus séduit: deux portraits, celui d’un homme et d’une femme se font face, au milieu un rectangle de texte avec ce que chacun a fait pour l’autre (une table, un chapeau, etc). Un livre montre cette série (this is for you) de façon plus complète, un travail sur de petites choses, émouvant par sa simplicité et sa profonde humanité. Avec Louise Taylor on change du tout au tout avec 2 cailloux gris sur une table noire sur fond noir et on change à nouveau tout avec Malgorzata Sobieszek pour des autoportraits dans diverses tenues, le fonds semblant être un décor. L’hommage à Lucinda Symons, un vase posé par terre avec des fleurs est assez sinistre (elle est morte en juin 2011).
Vera Dohrenbusch montre 4 paysages noir et blanc, 2 presque noirs et deux clairs et Roy Milani revient à mon sujet favori, avec les religieuses de l’instruction chrétienne: 5 portraits de vieilles bonnes sœurs sur fonds noir. Eliza Karakitsos montre deux photos de souvenirs de pacotille, l’un et l’autre n’ont qu’un objet commun, on peut s’imaginer la même personne à quelques années d’écart. Retour au portrait (décidément, l’accrochage alterne volontairement les genres) avec Neil Harman et 5 portraits en pied de radio modéliste avec leur jouet en plein air. Angela Y Cheung reste à l’intérieur avec 3 intérieurs déglingués et un peu vides, une valise suggère un départ après une dispute. Andrea C Morley montre 5 nuages noir et blanc et 2 close up de corps féminins et des textes plutôt moyens (série être au monde, en français dans le texte). Enfin, beau projet que celui de Dominic Harris: 5 images au temps de pose long, sombres, seul le modèle n’a pas bougé (et les immeubles), les passants sont évaporés. Un long texte dans la photo transcrit les échanges de emails entre l’auteur et les modèles.
C’était une exposition sympathique.
Paris Photo, Fotovever, Nofound, Photo Off et autres – ça fait beaucoup
On connaissait le cas avec la FIAC, et on y a droit maintenant avec Paris Photo: la multiplication, non des pains, mais des foires et manifestations satellites (d’aucuns diront parasites, à tort). Paris Photo était de loin la foire à ne pas rater au cours ce long week-end, en dépit d’un caractère très “usine” (impersonnel, immense, encadrement du bétail avec des barrières, etc) et du prix dissuasif pour les petits budgets: la qualité muséale de certains stands, la présence de toutes les pointures internationales, la variété des types et des époques qui couvrent à peu près tout à l’exception de l’Asie en font une manifestation d’exception et chacun selon ses goûts y aura trouvé son bonheur. La visite ne s’impose pas chaque année, le paysage ne changeant pas du tout au tout d’une année sur l’autre, mais un passage de temps en temps s’impose.
Pour le reste, les trois manifestations parallèles se positionnent de façon très diverses. Plus petites et moins chères elles sont plus “humaines” mais chacune a sa personnalité. Nofound lorgne franchement du côté de l’art contemporain avec ses travers (stands ultra dépouillés à tout point de vue voire anémiques, “provocation” visuelle souvent gratuite, etc) mais certaines galeries restaient sur une voie plus accessible au grand nombre et aux amateurs de photographies. Photo Off présentait un ensemble très homogène, très chaleureux du fait des lieux, effectivement tourné vers la photographie contemporaine mais ne s’approchant pas de l’art contemporain mais il faut bien le dire, si chacun fait de son mieux et présente un ensemble satisfaisant, le faible nombre d’exposants est un peu pénalisant. Du côté de Fotofever, on penche cette fois vers une approche plus commerciale (avec force diasec, et des galeries qui sont pour certaines des sortes de “supermarchés” de la photo sur le web) et vers une grande hétérogénéité dans la sélection qui permet de voir surtout du bon mais aussi du vraiment mauvais.
Ces trois manifestations sont difficilement compatibles (les lieux et les orientations sont distinctes) mais il faut bien avouer qu’en picorant le meilleur des galeries présentes dans ces trois manifestations (une demi-douzaine au moins dans chacune, plus encore en donnant des orientations aux galeries) on pouvait faire un Emergent Paris Photo de très grande qualité avec 20 à 40 galeries.
Mais ce n’est pas fini car plusieurs manifestations se tenaient (tiennent) plus ou moins en même temps. Photoquai et les Rencontres du 10ème arrondissement dont la réputation n’est plus à faire, l’un et l’autre s’établissant dans des lieux multiples dont certains pendant plusieurs semaines, le 1er étant officiellement terminé depuis le 11 mais se poursuit de fait et le second durant jusqu’à début décembre. On peut aussi évoquer Révélation 4 désormais réduit à 12 exposants et les manifestations plus spécifiquement liées aux livres.
Tout cela fait beaucoup et je ne suis pas sûr que l’amateur s’y retrouve, et encore moins le grand public, alors même que tout au long de l’année le programme parisien est fort mince et invite l’amateur chevronné à parcourir l’Europe pour y voir du neuf plutôt que d’arpenter les rues de Paris.
Nofound photoFair 2011 – La déception du week-end
Je terminais l’article précédent sur Photo Off à La Bellevilloise par “Il est dédié exclusivement à la photographie et ne se pique pas d’Art Contemporain et c’est tant mieux: ici, pas de gros malin déguisé en clown branchouille à pérorer et à se bisouter.” Avec Nofound, on en était presque à ce niveau de caricature lors de ma visite hier… Pourtant, cela s’annonçait bien avec un accueil bien orgnaisé, une buvette, un prix d’entrée symbolique (2 euros) qui donne droit à un plan et une exposition qui se déroule sur deux niveaux dans ce qui était auparavant un garage automobile: l’accès au 1er niveau se fait d’ailleurs par un plan incliné, c’est très pittoresque en plein Marais.
Mais ensuite les chose se gâtaient. Ce qui surprend c’est le caractère très “sexualisé” de certains stands, le faible nombre de pièces exposées dans chacun, l’absence de prix le plus souvent voire même l’absence de noms des photographes, comme si on était dans une galerie… Autre mauvaise surprise, le fait que les galeries présentes soient à la frontière de l’art contemporain et que du coup, non seulement il n’est pas question que de photographie mais parfois on en est franchement éloigné avec dessins, installations et peintures. Quant aux photographies elles-mêmes, souvent cela versait du côté très expérimental (pour rester correct).
Alors, que sauver ? Les valeurs sûres présentes, naturellement, comme, par exemple, RTR, Acte2Galerie, Troika et la ravissante Susan A. Zadeh qui se demandaient peut-être qu’elles faisaient en cette galère. Parmi les découvertes, pas grand chose, voire rien.
Cette manifestation est la déception (photographique) de ce long week-end, il en fallait bien une.
Photo Off – La bellevilloise – Du bon et du moins bon
Après Paris Photo jeudi et Fotofever vendredi, il restait du temps pour Photo Off. Cette fois c’est La Bellevilloise qui accueille ce festival. Le lieu est sympa est expose régulièrement mais j’ai renoncé à suivre en raison des horaires/jours d’ouverture incompréhensibles. Cette fois, c’est plus simple mais en revanche ce n’est pas gratuit: j’ai bien fait de prendre une invitation à la MEP qui m’a donc permis d’économiser la modique somme de 5 euros. La Bellevilloise dispose d’un site en rez-de-chaussée et d’une salle à l’étage que j’ai bien failli rater. La 1ère salle est très petite et accueille un petit bar/café si bien que l’endroit se trouvait bondé en dépit d’un nombre de visiteurs pas excessif. On fait le tour en une demi-heure environ.
L’aspect intéressant de cette exposition c’est d’abord que son positionnement est clair puisqu’elle se veut tournée vers l’émergent et les jeunes: c’est un grand mérite de savoir ce qu’on veut alors que d’autres peuvent être tentés de surfer sur une vague, on va dire poliment, opportuniste, à l’occasion de Paris Photo. Le niveau des exposants est assez homogène (je n’ai pas vu de gros nanard). L’autre point positif c’est c’est le lieu est convivial, ce n’est pas l’usine. Après, s’agit-il uniquement d’émergents, c’est vite dit: le collectif Tendance Floue qui exposait est déjà largement émergé, la galerie londonienne de Anya Stonelake (de whitespace Gallery que je viens de visiter – billet ici) montrait des travaux d’auteurs qui travaillent depuis des décennies mais bon, l’un et l’autre sont de bons choix alors mieux vaut s’écarter un peu “de la ligne” si c’est pour la bonne cause. J’ai été aussi surpris de trouver deux photographes tenant un stand pour leur compte propre, l’un et l’autre ne sont pas d’ailleurs des inconnus (Thomas Jorion vu à Arles et au Festival Circulations – billets ici et là – et Marc Montméat vu à Arles en 2009 – billet ici). Ah, tiens, au retour à la maison je vois qu’en fait ce sont 4 photographes qui tenaient un stand … Enfin bref, ce mini festival avec 15 galerie et 5 individuels et collectifs est sympathique mais sans doute un peu court faute d’espace (et pourtant tout le monde était tassé ;-) Il est dédié exclusivement à la photographie et ne se pique pas d’Art Contemporain et c’est tant mieux: ici, pas de gros malin déguisé en clown branchouille à pérorer et à se bisouter.
Fotofever 2011 – Du bon et du moins bon, ambiance sympa
Après Paris Photo jeudi après-midi c’était au tour de Fotofever le vendredi. A ma connaissance, Fotofever est une nouvelle venue et on verra si elle persiste où s’il s’agit d’un initiative ponctuelle et sans lendemain. Quoi qu’il en soit, hébergée dans l’Espace Pierre Cardin, pas très loin de sa grande sœur d’ailleurs, cette foire est d’une taille bien plus modeste (40 exposants environ) et l’ambiance y est du coup moins “usine” (de luxe) et l’accueil sympathique. En contrepartie, l’organisation, au moins l’accueil visiteurs, est un peu brouillonne (je pense qu’on devait pouvoir entrer gratuitement…) de même que le fléchage (je me suis rendu compte un peu par hasard qu’il y avait un sous-sol). Chaque visiteur reçoit un petit guide (bilingue) ce qui est une attention bien venue que Paris photo ferait bien de copier et, en fait, on trouve dedans à la fois le plan des lieux (avec le sous-sol ;-) mais aussi un lexique et une rapide histoire de la photo.
Sur les 3 niveaux, et moyennant 10 euros, on flâne agréablement une heure environ, parmi des oeuvres contemporaines essentiellement, et sans les barbes historiques habituelles (pas de Doisneau ou d’Atget , par exemple, ici). Les galeries sont de tout pays, y compris de France (et de Paris) mais on n’y trouvera pas les plus grands noms qui sont à Paris photo. Autre point positif quant à la sélection, très peu de galeries sortent du domaine strict de la photographie (et celles qui le font auraient dû s’abstenir). En revanche, la sélection n’est pas assez rigoureuse quant à la sélection, et on peut voir du bon (Céline Moine et Madé pour la France, Camara Oscura et Astarté pour Madrid , Pennings au Pays-Bas, Clairefontaine au Luxembourg et quelques autres) et puis du franchement mauvais et puis aussi des galeries qui n’en sont pas dont le site web évoque plus le domaine du supermarché (“caddie”, “meilleures ventes”, “cadeau”, etc) que celui de la galerie.
Tout cela n’altère pas l’intérêt de Fotofever et ce d’autant que le site web, simple et efficace, sans fioriture (sans Flash à part le générique inutile et sonorisé) permet de trouver les noms des artistes présentés et les liens vers les sites web des galeries et ainsi de prolonger utilement la visite. En espérant que les péchés de jeunesse pourront être corrigés lors d’une prochaine édition.


