BIP 2012 – Liège – Les brasseurs

Aux Brasseurs, qu’on avait visité en 2010 pour la précédente BIP, le programme était très sympathique (mais payant et un peu mince). On ne commence pas avec le meilleur avec des photos noir et blanc intimes (avec du sexe dedans) de Hervé Guibert (mais qui se souvient de lui, après la fin des années SIDA ?) puis vient Patricia Kaiser avec une photo grand format recto verso d’une tête vue de dos, hum, hum et aussi Sandra Ancelot avec une vidéo. Je passe aussi sur Purpose (le webmagazine) avec des diapos accompagnées d’un son pénible au point d’être insuportable (qui a eu cette idée ?), c’est dommage car le magazine est plutôt pas mal.

Fort heureusement, Sabine Koe est là. Ses autoportraits seule et en couple, nu ou non, sont calmes ety clairs, sans érotisme, de formats modeste et en tirages mats. Ses mélanges de payasages en noir et blanc et de portraits en couple fonctionnent également très bien.  Une sorte d’éloge de la photographie simple, franche et honnête. Anne-Catherine Chevalier, ex-consultante et designer exposait une très longue série mothers and daughters à deux, 3 ou 4 de toute génération mais avec une préférence pour les adolescentes propres sur elles et leur mère itou. Enfin, au grenier, Lara Gasparotto (22 ans, ESA Saint-Luc) qui a le vent en poupe (boutographies, voix off à Arles et déjà chez Stieglitz dont le goût est sûr) cède à la voix de l’amoncellement photographique avec des tirages de tout type et format, encadrés ou non, jetés sur un mur de plusieurs mètres de haut et accompagnés (on se demande pourquoi, du coup) de quelques tirages proprets en beau format bien encadrés mais toujours divers par leur forme. Ce sont moins les tirages isolés qui produisent effet que l’ambiance qui se dégage du tas: urgence, énergie, désir et mouvement. En voilà une qu’il faudra suivre.

BIP 2012 – Liège – MAD

Le Mad, à Liège, est investi par BIP 2012 et c’est gratuit mais c’est une salle seulement (et c’est jusqu’au 6 mai 2012). Le Mad s’intéresse aux « outsider » et construit donc son programme avec 3 photographes à la marge, parfois un peu clodos, dont Tichy qu’on a déjà eu l’occasion d’évoquer (billet ici - et comme il était monomaniaque, voire une expo de Tichy c’est les voir toutes). Morton Bartlett montre des figurines de pin-ups et Lee Godie des autoportraits noir et blanc de son visage basané et ridé. Une expo dont on fait vite le tour en dépit d’un panneau expliquant rapidement la vie (achevée et atypique) de chacun.

BIP 2012 – Liège – Galerie Les Drapiers

La Galerie les Drapiers (68, Rue Hors-château) est un peu loin (à pieds) du centre (mais juste à côté du Pica Pica, au 62) et se présente comme une sorte de couloir dans sa 1ère partie ce qui gêne un peu la vue d’œuvres de grandes tailles. Pourtant, ceci ne suffisait pas à gâcher le plaisir éprouvé à regarder le travail de Christian Aschman pour ce BIP 2012 OFF à Liège (l’expo est terminée depuis le 19 avril 2012). Il fait partie des bonnes surprises du OFF. Si la pièce au fond, surchauffée, présentait des images tirées de son dernier livre, à mon goût peu convaincantes, le couloir présentait une série de tirages réalisés chez Boeing, en grand format coloré dans lesquels on s’absorbait à contempler détails techniques et couleurs vives. On sait que les grandes images de sites pas forcément séduisants (industriels ou à caractère technique) peuvent avoir de l’attrait (ce que fait Patrick Tourneboeuf, par exemple), cela en est une démonstration renouvelée.

BIP 2012 – Liège – Société libre d’émulation

La Société libre d’émulation (rue Charles Magnette 5 et 9) présentait Philippe Herbet en 2010 et présente un autre belge voyageur, non de l’ancienne URSS, cette fois, mais de son symétrique occidental, les Etats-Unis, en la personne de Michel Beine. Comme il y a deux ans, des vitrines montrent des artefacts du voyage et ce n’est pas une mauvaise idée. L’exposition est désormais achevée et c’est fort dommage de l’avoir ratée car elle sortait du lot pour ce qui est du OFF car Michel Beine nous livre là une vision qui n’est pas originale mais qui louche vers Walker Evans, et c’est bien. Ces petits noir et blanc de lieux déserts et de motel sont de vraies trouvailles de l’Amérique ancienne qui sommeille dans l’époque contemporaine. Le texte rédigé par je ne sais plus qui (hélàs) pour éclairer le visiteur est brillant.

BIP 2012 – Liège – Space

Toujours dans le cadre de BIP 2012 et juqu’au 6 mai 2012, Space (En Féronstrée 116) présente, dans un lieu vraiment pas terrible, pas mal de bons auteurs souvent connus (sans être des célébrités – et parfois évoqués sur ce blog) mais hélas avec juste une photo chacun. Du coup c’est une bonne sensibilisation pour un public amateur mais ça m’a laissé sur ma faim.

On retrouve ainsi, entre autres (je ne le connais pas tous): Delmotte, Beeckman, Carette, Berman (billet ici avec cette saisissante image du mariage d’un marine atrocement brûlé et mutilé), Declercq, Christiaens, Pierart (malheureusement trop peu connu hors de Belgique – billet ici), Bomal, Delbrouck (billet ici), Chable, Detournay et Beine.

BIP 2012 – Liège – Galerie End

La Galerie End se trouve en face de La Supérette et expose pour BIP 2012 le travail de 4 auteurs qu’il n’est pas facile d’identifier dans l’accrochage (je ne sais pas pourquoi il semble difficile à beaucoup de galeries, où que ce soit en Europe, d’indiquer clairement qui a réalisé telle ou telle pièce). Quoi qu’il en soit, Jérôme Joris présentait des polas et 2 tirages classiques de fête foraine, sympatique. Isabelle Petit-Dufrenoy montrait ce qui ressemble à des impressions comme des collages d’affiches (?). France Paquay montrait des portraits carrés en petit format noir et blanc en surimpression et des dyptiques couleur (mère et fille). Alessia Contu montrait une mosaique de petits formats noir et blanc et couleur mais l’impression générale est un peu flou entre urgence et solitude.

Un ensemble assez moyen pour cette expo du OFF (qui est terminée) qui aurait gagné à contextualiser les travaux exposés (mission statement et bio de chaque auteur), à en réduire le nombre, et évidemment à attribuer plus clairement chaque oeuvre à son auteur.

BIP 2012 – La supérette

La superette est un petit lieu d’exposition (et une asbl aussi), temporaire peut-être, qui abritait (et abrite encore jusqu’au 6 mai 2012) This is not a love story par le collectif BIG GIRLS DONT CRY et avec l’appui de l’asbl "Filles de Wallonie". Les asbl ce sont des associations sans but lucratif: on a la même chose (ou à peu près) en France mais on ne parle pas d’asbl (éventuellement les savants parlent d’association loi 1901).

Le lieu un peu enfumé et assez vilain dégageait une ambiance finalement pas si mal venue pour des travaux personnels, presques intimes, et en tout cas plein d’engagement, de spontanéïté et parfois même empreint d’un peu de noirceur et d’inquiétude ou au moins de tension, de jeunes auteurs (auteuses en l’espèce). Anémone Delvoie travaille de petits formats noir et blanc, parfois en planche, sur le thème de la plage mais je trouve que ces gamins ont quelque chose d’inquiétant (son site n’est hélas qu’un Tumblr), on aurait aimé en voir (et savoir) plus. J’ignore du coup si la série à côté est son oeuvre ou non (un mélange de divers pays, couleur ou non). Clémentine Piret opte aussi (à moins que la série précédente ne soit son travail…) pour le mélange des styles, des formes (cadres ou pas) pour un travail intime. Sidney Geubelle enfin produit 2 grands formats en noir et blanc (bébé, clodo) et un grand format noir et jaune. Pas de site web non plus pour ces deux là….

C’est une petite expo sympathique (à voir si vous êetes de passage) mais toute une génération de jeunes (et moins jeunes) photographes a choisi la voie du pot-pourri, du mélange (des formes et des tirages) sur des thèmes "de jeunes" (voyage, amitié, alcool, fête, amour et sexe) souvent en autobiographie avec un style photo volontairement un peu "crado" et au fil de mes visites cette piste me parait très souvent empruntée pour former désormais une sorte de "genre".

On en connait d’autres, des genres, comme "l’ultra-clair" (de la photo très propre en grand format de préférence diasec, souvent vide d’humains et dépouillée, frontale souvent et à bonne distance, aux couleurs pastels sous-saturées et bien sûr un peu trop claires) ou bien encore  "le style VU’" du nom de l’agence éponyme (du noir et blanc très charbonneux de petit format sur des thèmes de société, souvent des portraits ou des sujets scabreux ou violents, avec du bougé, de forts contrastes, un sentiment d’urgence).