Le blog d'un Photoculteur

Culturez vous en regardant des photos !

Rencontres d’Arles – Musée de l’Arles antique – Ce qu’il y a à voir est ce que vous voyez

Le Musée de l’Arles antique hébergeait l’an passé quelques clichés historiques et une projection de diapositives (billet ici). Cette année, l’exposition est plus classique (il s’agit de photographies accrochées aux murs) et un peu plus étendue (en surface) mais, en fin de compte, au vu du grand nombre d’auteurs retenus (16), chacun est réduit à un échantillon minuscule. Les œuvres présentées, si elles sont dans l’ensemble d’un niveau relevé, ne sont pas non plus des icônes de la production des artistes, un choix qu’on peut regretter. Le curateur a retenu des photographes confirmés et d’autres moins connus, en parts égales (8 ont déjà été chroniqués sur ce blog). Le curateur n’est autre que Jean-Claude Lemagny, sommité dans son domaine, ancien conservateur général du département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France, rien que ça.

Jean-Claude Bélégou montrait (partiellement) deux séries. D’une part, le territoire, une série noir et blanc gravitant autour d’une fenêtre et aussi le fameux déjeuner sur l’herbe que j’ai déjà évoqué (ici) mais le choix du curateur s’est porté dans ce cas exclusivement sur les fruits (nous dispensant des nymphettes) ce qui redonne à la série une tonalité plus favorable.

Stéphane Couturier était représenté par une seule photographie et cette fois, par exception, il s’agit d’une pièce fameuse, sa célèbre fenêtre. Valérie Belin montrait deux robes de mariée fort banale de format moyen, à l’encontre de ses travaux habituels. Yuki Onodera fait le portrait de fripes avec deux robes vides mais comme habitées, sur fond de ciel. Un travail plus intriguant mais aussi plus accessible à la compréhension que sa prestation récente chez RX (billet ici). Antoine Petitprez que nous avions découvert grâce à la galerie Paul Frèches (billet ici) montre un curieux mannequin gris se détachant à peine du fond noir et son pendant plus contrasté mais aussi une de ses fameuses poules, dans un tirage aux énormes bords blanc. Philippe Gronon qui nous avait séduit avec ses photographies de dos de peintures (billet ici), nous montre ici une photo de pierre lithographique : j’ignore s’il s’est donné pour programme de prendre à revers les moyens de communication les plus divers mais le résultat est à nouveau étrange.

Tom Drahos, je l’avais découvert lors d’une exposition au Musée du Montparnasse consacrée aux récipiendaires du Prix Arcimboldo (billet ici). Il présente à Arles une série (Macbeth et les actionnaires) cette fois encore marquée du sceau de l’étrangeté doublé d’un gros travail de manipulation des images. Celles-ci, issues  d’une séance d’actionnaires, sont déformées et colorées de rouge ; Macbeth est doté d’une couronne jaune et des textes sont ajoutés ; certaines images sont des portraits ronds sur fond blanc, d’autres figurent de vrais cœurs en vision médicale, d’autres des poignards et d’autres un aigle ou un paysage rouge. Ces multiples images de petit format forment une longue chaine (extrait ci-dessous) qui parcours un espace aménagé au cœur même de la salle d’exposition.

arles-2009---drahos

Jean-Christophe Ballot (qui a exposé chez Alexandre Cadain en collectif sur le thème des Vanités – billet ici) montre là un triptyque imposant d’appareils industriels où quelques éléments changent entre les trois photos: un travail entre nature morte, portrait et paysage.

Viennent ensuite les auteurs dont je ne connaissais pas le travail et il faut bien dire qu’après cette exposition, je ne sais pas beaucoup plus, faute de contexte et de matière suffisante. Il est vrai que le thème de l’exposition (ce qu’il y a à voir est ce que vous voyez), soutenu par de multiples citations évoquant la vanité (la vacuité) du commentaire au profit de la sensation immédiate, militait pour un « no comment ».

Florence Chevalier se situe entre paysage et nature morte en grand format couleur (torchons qui sèchent, piscine abandonnée) mais cela m’a semblé beaucoup moins puissant que le travail de Ballot.

Eri Makita est survolé en trois noir et blancs (son site ici). Regina Virserius (son site ici) montre torse féminin et étoffe. Laurent Millet (son site, très original ici) expose des photos de bricolages en carton et fil de fer. Jean-Michel Fauquet montre des photo grises, un peu comme du fusain ; on dirait qu’il s’agit de sculptures.

Eric Bourret (site ici) exhibe quatre noir et blanc tremblotant en forêt. Dominique Vautrin (site web vide) appartient à l’école « gros grains flous de nuit » (à Londres, cette fois). Même chose pour Jean-Francois Spricigo où on discerne grossièrement des scènes ordinaires.

Au final, cette exposition, qui dure jusqu’au 13 septembre 2009, laisse une impression mitigée et ne fait, de toute évidence, pas partie des destinations à privilégier lors d’une visite des Rencontres d’Arles.

27 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – En marge du Off – Les autres espaces collectifs

Dès mon retour des rencontres d’Arles, j’ai évoqué le Off à travers plusieurs articles collectifs (les galeries amateurs et pro, les hôtels, les individuels) et plusieurs articles individuels consacrés au meilleur du Off. Il restait à clôturer le Off,  avec quelques expositions collectives se déroulant dans les lieux les plus divers et ne méritant pas un article individuel.

La Maison de la vie associative montrait principalement les photos de la Chine vue par Serge Dassier, de bonnes photos de voyage. Quant au reste, je suppose qu’il s’agit d’amateurs. Zoe Parisot montrait des portraits en nuisette avec du flou autour comme dans les années 1900, Pascal Bonneau exposait des tirages platine (peupliers, cannes, etc), Robert Rocchi exposait je ne sais plus quoi. Le seul qui sorte un peu du lot, était Jean Manas avec sa série le cirque brin d’avoine : une poétique série ou un brin d’avoine fait des acrobaties.

La Salle d’honneur de la Caisse d’Epargne faisait un peu mieux. Sarah Desteuque montrait des femmes cachées derrière des voiles de dentelles noires. Pas très convainquant et passer après Steichen tirant le portrait de Gloria Swanson en 1924 (ci-dessous) est un peu difficile .

En revanche, les autoportraits réalisés par des aveugles de Lisbonne avec l’aide de Georges Pacheco (dont le site web est cassé) sont saisissants et les yeux souvent morts de ces portraits sont impressionnants: un auteur qui méritait assurément mieux que cette salle anonyme.

La Maison des rencontres, au 10 rond-point des arènes, montrait les Archives photographiques italiennes. Claudio Argentiero montre la plage en Holgavision (photo faite avec un appareil amateur de type Holga) et la série mistral (des arbres). Duccio Nacci (série toscana dell’anima) montre de magnifiques paysages toscans aux couleurs ocres très douces et avec parfois un voile de brume . On termine avec un maître, Elio Ciol, qui montre de superbes paysages noir et blanc, des champs à la géométrie subtile (illustration ci-dessous en provenance de sa galerie à New-York) , des ruines antiques et le Guggenheim de Bilbao. La lumière est à tomber par terre. Là-aussi on ne peut que regretter le choix d’un lieu pareil pour exposer.

23 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Le meilleur du Off – Corée!

Comme pour l’expo à l’IUT d’Arles, rien sur le site du Off mais un article dans le dépliant des Rencontres sur cette expo baptisée Corée! qui se tenait dans un local modeste, au 26 rue de la liberté. Cette exposition fait partie du “meilleur du Off” moins pour ce qu’elle montre que pour le potentiel qu’on entrevoit: en effet, le nombre de travaux présentés, réduit, ne pouvait guère constituer qu’un  échantillon. Cette exposition méritait aussi qu’on s’y attarde par simple curiosité: la Corée c’est loin et bien malin en Europe qui peut prétendre connaître la photographie coréenne.

Le dossier de presse est extraordinairement bien fait et je vous invite à le regarder (ici): il contient des textes synthétiques de présentation et de nombreuses images ainsi que les coordonnées des auteurs et de l’association (Lahoula). En fait, un tel dossier de presse, je n’en ai jamais vu, même réalisé par/pour une galerie professionnelle. Le magazine en ligne Viewer a aussi consacré un numéro à cette exposition (ici) mais ne présente pas toujours les mêmes travaux.

Aucun des auteurs n’a de site web sauf  Aurore Skelton (ici) ce qui est particulièrement dommage.

Sang Hyun Hong œuvre dans la photo d’architecture autour  de photo d’immeubles vu par dessous qui est exactement sur le même modèle que celle de Marie Bovo vue à ArtBrussels chez Kamel Mennour (billet ici). Jin Hee Bae montre dans de petits tirages couleur, des jeunes souvent en groupe dans un joyeux bric à brac. Sun Young Ha montrait trois affiches de pin-up qui, faute de contexte, étaient incompréhensibles: en fait il s’agit de petites cartes glissées sur les pare-brise pour racoler. Allan Eglinton nous livre une mini installation évoquant la Corée du Nord vue depuis le côté Sud. Le travail de Christophe Nivaggioli, pourtant le plus connu (Boutographies 2005, Photaumnales de Beauvais 2006, etc) est peu visible sur les sites web déjà cités et se prête mal à la reproduction car il repose, me semble-t-il sur une certaine accumulation de petits clichés couleur.

Quoi qu’il en soit, cette exposition est une initiative heureuse, une bouffée de fraîcheur dans un Arles envahi d’initiatives aussi commerciales que douteuses et d’expositions déprimantes, faussement provocantes à force d’être réchauffées et recyclées jusqu’ à l’usure finale.

23 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Le meilleur du Off – IUT – Jeunes photographes russes

Cette exposition, à l’IUT d’Arles, consacrée à la jeune photographie russe, ne figure pas le site web du Off mais figure sur le dépliant papier des Rencontres: c’est tout de même rare de voir un papier plus à jour qu’un site web !

Quoi qu’il en soit, bien que cette exposition soit donc fort mal promue, il aurait été dommage de la louper. Pour ma part, je n’y ai croisé personne alors que l’IUT est à 200 mètres des Ateliers qui, eux, bénéficient d’un public (certes clairsemé mais bon).

Trois auteurs ont été sélectionnés par Robert Pujade (IUT de Provence, site d’Arles), Pascal Michalon (Université Lyon 1) et Liza Fetissova (Russian Tearoom Gallery dont on a déjà parlé à plusieurs reprises ici et ) : Anya Maysuk, Tatiana Plotnikova, et Alexandre Demankova.

Anna Maysuk montrait sa série la plus connue (Le dernier été de l’enfance) que j’avais ratée à Paris.  Photos intimistes, réalisées de près souvent et formant un ensemble impressionniste.

Tatiana Plotnikova (son site ici) montre sa série banya, réalisée en Russie de 2006 à 2008. Il s’agit de bains de vapeur.

Alexandra Demenkova (site ici) a choisi quant à elle les pauvres, les déshérités et les fous. Seules une ou deux photos avec des enfants mettent un peu de gaité dans un univers désabusé.

Au final, une exposition un peu triste, en noir et blanc des plus classique, mais on retiendra aussi l’humanisme de ce clichés en provenance de Russie, que l’on a rarement l’occasion de voir en France.

22 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Le meilleur du Off – Ferhmin et Chaussonnet – Paysages élémentaires

Le lieu est petit et discret (au 3 rue de la liberté) et les photos ne sont pas non plus des formats géants mais cela valait la peine d’entrer pour voir le binôme Ferhmin et Chaussonnet, constitué pour l’occasion, exposer ses Paysages élémentaires.

Violaine Chaussonnet (ENSP 2008) tire le portrait de plantes mais montre aussi des corps nu au milieu de la nature, qu’il faut un peu chercher dans la verdure. “Dix-neuf vues de végétaux, minéraux, travaillés ou non par l’homme et parfois de quelques corps enchâssés dans les éléments, comme pris dans les filets de cette nature surabondante.” comme le dit Violaine sur son site, sobre et efficace (ici), de sa série Mata Atlantica réalisée au Brésil.

Faustine Ferhmin est presque aux antipodes avec des paysages rocheux sur des fonds uniformes blancs: ici, pas de verdure luxuriante et aucun humain. Sa série Pachacuti, réalisée au Pérou, est visible sur son son site, ici.

Ces deux séries fonctionnent parfaitement en contrepoint (Paysages élémentaires : vues végétales / vues minérales) et le nombre des travaux et le choix des oeuvres est tout bonnement excellent. Une des rares expositions du Off qui méritait le voyage.

22 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Galerie Arena – Scandaleux réel – Gisinger et Haughey

La Galerie Arena, qui semble pilotée par l’ENSPA, montrait cette année deux auteurs, Gisinger et Haughey.

Arno Gisinger (série plan americain) montrait un type sur 7 posters en train de manipuler un objet kitsch (mug, coussin, etc) portant un symbole évoquant les États-Unis ou leur histoire. Pas très puissant tout ça. Son site est ici et on y voit des séries peut-être moins conceptuelles mais plus inspirées.

arles-2009---gisinger

Anthony Haughey avec sa érie class of 73 s’inscrit dans un projet sur les guerres de Bosnie, d’Irlande et du Kosovo. C’est moins une exposition de photos qu’une installation des dizaines de photos d’identité posées sous verre sur un tréteau, un poster où le visage de gamins d’une classe est gratté et un panneau où chaque visage gratté est punaisé au mur. Cela m’a semblé une évocation assez lourde et naïve (voire lourdingue et niaise) des enfants tués dans les guerres: le travail, plutôt simpliste, n’est pas à la hauteur de la problématique, tragique, et tombe à plat dans ce lieu d’exposition paisible sous la canicule. Je préfère d’autres images de son projet (“disputed territory”), plus directes quant au propos, même si l’on ne voit que les traces de la tragédie: on pourra, à cet effet,  lire et regarder “De l’Europe”  (éditions Filigranes) qui montre son travail (p. 152) de manière plus efficace.

Voilà donc une exposition pas terrible, une de plus, moins du fait des auteurs exposés que du choix des oeuvres, du lieu et de la “scénographie” (hélas absente). Dommage. C’est jusqu’au 30 août.

21 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Ateliers – Nan Goldin – The ballad of sexual dependency

La première fois que je suis allé aux Ateliers à Arles cette année,  j’ai raté le “cinéma” où est projeté The ballad of sexual dependency et pour cause: en fait de “cinéma”, le local de projection est modeste (quelques chaises pour 20 personnes maxi peut-être) et se trouve juste en bas des escaliers à droite et pas très bien indiqué si bien qu’on passe à côté sans le voir.

Ce serait pourtant dommage de rater ça.

Nan Goldin en 45 minutes de diapo, ça fait beaucoup d’images a raison de 3 secondes chacune. La musique est bien faite (on reconnait Petula Clark et son Downtown et les Jimmy Sommerville) et elle souligne chaque changement de thématique. En effet, cette balade est structurée en sujets qui se succèdent: gays, lesbiennes, enfants, maternité, hommes armés, femmes armeés, femmes violentées, hommes musclés, etc. Tout n’est pas d’égal valeur mais on ne peut pas rester indifférent à ce regard, fortement sexualisé et souvent violent.

J’en profite pour rappeler que la projection n’est pas “tout public” en dépit de l’absence d’avertissement le jour de ma visite.

C’est visible jusqu’au 13 septembre 2009.

20 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Espace SFR – Lo Calzo, Montméat, Demenge, Clair, Angei, Toroptsov

SFR encourage les jeunes (et moins jeunes) photographes depuis plusieurs années et l’an dernier déjà, dans les mêmes lieux, SFR présentait une sélection de photographes (billet ici). Je passe sur les quelques photos de Reza (qui est le parrain cette année) et aussi sur Edgar (élu par le public) qui nous montrait des formats carré de coupe de la canne à sucre, pour passer aux découvertes de SFR retenues par le jury.

Marc Montmeat (qui est éducateur dans une prison – site ici) a retenu quant à lui le noir et blanc, également dans de grands tirages. Ses images les plus inspirées à mon sens sont celles qui présentent un homme, seul, et son ombre, de telle sorte que c’est l’ombre le sujet principal. Il ne me semblait pas néanmoins que c’était là le meilleur de la sélection mais il a remporté le Grand Prix SFR, peut-être en raison de l’économie de moyens et de la surprenante densité de ce travail.

Yuri Toroptsov (série Marylin and i) montrait des personnalités tenant une robe de Marylin. Certains s’expriment comme PPDA. Je ne suis pas fan de célébrités mortes ou vivantes et n’apprécie pas le fanatisme ou le fétichisme, même Marylinien, donc bof.

Nicola Lo Calzo (série inside Niger) montrait de grands portraits individuels d’africains en tenue de travail, dans de grands tirages mats. Un travail remarquable par son sujet alors que l’Afrique et sa population sont le plus souvent montrés sous un jour folklorique ou misérabiliste ou à travers les yeux d’un photojournalisme rapace avide d’images d’actualité racoleuses. David Alan Harvey (agence Magnum) ne s’y est pas trompé en retenant le travail de Nicola pour le publier sur son blog, Burn. (ici).

Demenge (qui a semble-t-il décidé d’abandonner son prénom, Bernard) expose des visages anonymisés par divers moyens sur le thème « Chair anonyme, chères inconnues » en référence à ces femmes qui brouillent sur visage sur des photos et films X. On est loin des réflexions récentes et pompeuses de Thomas Ruff (série jpegs) sur le médium et ce n’est pas plus mal, mais là, le propos reste un peu faiblard et on a connu Demenge plus inspiré. Dans la même veine, j’ai préféré la série Armelle de Sylvain Gouraud (site ici et le billet ici), plus mystérieuse.

Angei (qui a aussi oublié son prénom, Jean-Pierre) juxtapose un visage et une photo de l’usine Lustucru désaffectée où justement travaillait la personne photographiée. Il a trouvé la bonne distance entre le projet nomblilo-nombriliste (mes orteils, mon chat, ma tasse, etc) et le reportage sur le conflit au Chianistan dans la vallée du Kaskoullhir occidental. Son histoire est simple et proche, montrée sans artifice, avec sensibilité et justesse et c’est vraiment une bonne surprise. Son site (ici) ne montre pas la série telle que présentée à Arles, dommage.

Jérôme Clair (son site ici) a eu une bonne idée : celle de sauvegarder des sujets en voie de disparition en les plaçant dans une boite transparente, à moins qu’il ne s’agisse de les mettre en boite… Les tirages exposés sont trop petits, c’est dommage.

Cette exposition est modeste mais montre un travail original de qualité comme quoi il y a en France, et même hors de Paris, des photographes de talent qui savent traiter d’autre chose que d’eux-mêmes, montrer autre chose que les sempiternelles guerres, reportages sur les roms et autres “jeunes de banlieue”. Cette exposition se termine le 30 août 2009 et c’est gratuit.

20 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Capitole – Kim, Gaude, Bourcart, Milovanoff, Curnier, Darzacq

Le capitole, comme l’an passé (billet ici), montrait un ensemble varié, pour ne pas dire dépourvu de ligne directrice et le site est toujours aussi délabré.

A l’étage, je passe rapidement sur Lionel Roux (photographe arlésien fils et petit-fils de berger) qui occupait tout l’espace avec ses photos de … bergers en petits noir et blanc, de toute provenance (France, Grèce, Roumanie, Espagne, Italie, Maroc, Éthiopie). Ce photographe en a fait, devinez quoi, un livre (odyssée pastorale) paru chez, devinez qui, Acte Sud.

Au  rez-de-chaussée, qui constitue l’essentiel de l’exposition, on commence la visite côté droit, en entrant, avec un travail (je suis le chien pitié) de Oan Kim (sa page sur le collectif Myop, ici) et Laurent Gaude qui s’assimile à la promotion du livre éponyme édité, bien entendu, chez Acte Sud. Cette année, à Arles, on voit beaucoup de livres avec les expos mais il faudrait savoir: c’est une promotion ou le salon du livre ?  Le produit dérivé c’est la photo ou le livre ? Quoi qu’il en soit, il n’était pas nécessaire d’imposer sur les murs l’atmosphère de fin du monde et le sentiment d’errance dégagées de ces images: le livre suffisait amplement, à mon goût.

Deux autres auteurs se voyaient attribuer une portion congrue. Christian Milovanoff montrait trois photos de pièces du Louvre (mais je n’ai pas vu son nom dans le programme, bizarre) et Jean-Paul Curnier (auteur arlésien… présent au 104 à Paris- ici, vous savez, le 104, le machin subventionné qui fait rire) exposait de petites photos de femmes tenant la photo d’un disparu, des photos de pompei, d’une momie, de Marylin, de femmes voilées, etc.

Plutôt une bonne idée de ne pas avoir consacré plus d’espace à ces travaux (qui en l’état présentent un intérêt limité, pour rester politiquement correct) mais, d’un autre côté, et je pense à Milovanoff, c’est un peu un jeu de massacre que de sortir trois photos seulement, hors de tout contexte, sachant que son travail jouit d’une certaine reconnaissance. On l’a vu et on le verra dans d’autres billets, il est difficile de trouver le juste milieu entre deux ou trois photos égarées sans commentaires ni rien du tout et l’envahissement d’une salle par une déferlante abrutissante de photos: ceci dit c’est le boulot du curateur…

Je termine par le seuls travaux qui valaient la peine que l’on visite cette exposition à 5 euros (sans pass), à savoir ceux de Ackermann, Darzacq et Bourcart. Manque de chance, je connaissais ces auteurs pour les avoir déjà vus en galerie pour 0 euros (même sans pass).

Pour Michael Ackermann (déjà vu en avril – billet ici), il s’agit d’une projection, décidément très en vogue cette année à Arles, de 22 minutes. Ackerman est fan du style “gros grain flou noir et blanc”, c’est sa marque de fabrique. La projection produit son petit effet, peut-être davantage encore ses photos accrochées aux murs. Les deux autres auteurs en sont restés quant à eux à un accrochage classique.

Jean-Christian Bourcart réalise des séries sont peut-être un peu faciles mais celle-ci m’a séduite, allez savoir pourquoi. Rien à voir ici avec la série Camden (billet ici) qui frôlait le ridicule: ici, des images authentiques, simples, sans effet journalistique qui montrent l’ennui. Un reflet brouillé dans un rétroviseur, des visages à travers des vitres où coulent des gouttes: des gens coincés dans le trafic (tire de la série). Les diasec en 43*66 sont à 2 600 euros (édition de 12). je renonce à mettre un lien car le site de l’auteur est infesté par JS:Redirector-H [Trj].

Denis Darzacq déja vu en octobre 2008 – billet ici)  poursuit son exploration du saut, ou de la chute, selon la lecture que l’on en a.  J’aime bien son travail car il ne s’encombre pas d’artifice de forme (le fameux gros gain, le noir et blanc, le flou, l’ultraclair, etc) et ses photos sont immédiatement appréhendables (il n’y a rien a priori d’incompréhensible qui met de la distance avec le regardeur).

Mais, d’un autre côté, ses photos sont suffisamment riches pour que chacun y trouve son interprétation et sa compréhension, ce qui fait tout l’intérêt d’une bonne photo. Il s’agit cette fois de sauts en hypermarché. Alors sauts conquérants dans les rayons ? Sautillement devant une abondance inaccessible ? Parabole de déclassement social pour les employés d’hyper ?  Si vous souhaitez casser votre tirelire, il vous en coûtera de 5 à 10 000 euro.

Je ne résiste pas en conclusion à  évoquer d’autres chuteurs comme Tereza Vlčková et Julia Fullerton-Batten (ci-dessous, Tereza à gauche et Julia à gauche).

Mais le saut le plus célèbre est certainement celui de ce passant, Place de l’Europe (gare Saint-Lazare à Paris), en 1932, saisi au vol par Cartier-Bresson.

18 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires

Rencontres d’Arles – Grande Halle – prix découvertes, livres et Roni Horn

La Grande Halle est consacrée comme l’an passé aux prix découvertes et aux livres mais cette fois, Roni Horn bénéficiait d’une sorte de carte blanche. En plus, comme il s’agissait de la semaine d’ouverture, il y a avait les revues de portfolios avec plein de travaux accrochés sur un mur.

J’ai regardé les travaux de ce Portfolioreview et relevé 16 noms parmi des dizaines mais au final, après regardé les sites internet des uns et des autres (quand ils en ont), seuls six photographes demeurent. Il s’agit de: Sandrine Elberg (ici), Catherine Vernet (déjà vue chez Pascal Polar – billet ici – mais je n’avais pas trouvé son site alors qu’il est ici), Carolle Benitah (le site de sa galeriste est ici), Nadya Elpis (ici), Stéphanie de Rougé (ici), Lisa Pram (ici et en projection au Off).

Roni Horn montrait 30 paires de visages enfant – adulte, 14 paires de visages et minipaysages associés, 50 photos groupées par 5 de Isabelle Huppert et 60 photos recto-verso sur socle. Bref.

Arles-2009---Halle---Horn

Parmi les livres, exposés par dizaines sur des tables, j’ai relevé quelques noms connus et appréciés : Erwin Olaf, Vee Speers, Jacqueline Hassink (pour Cars), Carla Van Puttelaar, Aurore Valade, Thibaut Cuisset et Izima Kaoru.

Du côté des « découvertes », je ne m’attarde pas sur les natures mortes de Véronique Ellena et les spectaculaires photos de nuit de Olivier Metzger, déjà vues et chroniquées à plusieurs reprises. Léon Herschtritt est aussi une surprise parmi les « découvertes ». Le photographe a une longue carrière derrière lui et a pignon sur rue, on se demande pour qui il est une découverte… C’est l’occasion de voir ses tirages des années 60 : l’Afrique, Alger, la Courneuve, Berlin, Sartre et Deneuve.

Les autres auteurs sont plus en ligne avec l’objectif de « découverte » et couvrent des champs très variés de la photographie avec un bonheur toutefois inégal.

Jean-Francois Spricigo (son site ici) nous montre des chats, une chèvre, etc. L’intention est peut-être de créer un genre de poésie mais à la longue, le flou, le cadrage hasardeux et le gros grain en noir et blanc, c’est un peu agaçant (on dirait du Michael Ackermann, visible au Capitole, entre autres exemples).

Laurent Millet choisit quant à lui délibérément le champ de l’expérimentation. Il montre des nuages éclairés par des strobes et un caisson lumineux de nuages (c’est décoratif). Il nous gratifie aussi de 5 grandes photos noir et blanc d’un bout de bois s’enfonçant dans l’eau. On peut voir aussi des photos d’impact de balles dessinant le profil d’armes (entre autres). Bref.  Dans une veine aussi expérimentale, Eric Rondepierre (son site ici) montre des images indescriptibles, échappant à toute compréhension. Est-ce de l’art ? Je l’ignore. Pour ma part je n’y vois pas de photographie mais un chaos expérimental de peu d’intérêt. Peut-être est-ce dû à une sélection de travaux très divers dépourvus de commentaires. Son travail sera visible à Lyon au Septembre de la photographie en 2010: une occasion de mieux comprendre ? Magda Stanova (son site ici et un slideshow plus pratique ici) investit aussi l’expérimentation en montrant quelques photos mais expose surtout des dessins et des textes pour les expliquer à la manière d’une bande-dessinée. Son site montre sa production, globalement très orientée vers le dessin (sur des cahiers).

On ne coupe pas non à des Goldineries avec cinq travaux se rapprochant peu ou prou du travail de Nan Goldin. Don Mcneill Healy montre deux séries (marko polo et 96 pigeon house), l’une consacrée à un clochard et l’autre à des gitans vivant difficilement. Bref aussi. Dans le même genre, Moira Ricci nous montre des photos familiales de sa maman. Sean Lee expose la vie d’un(e) trans, Shauna, ce qui nous vaut « Shauna en club la nuit », « Shauna en train de baiser », etc. Rimaldas Viksratis montre des scènes de vie campagnarde pauvre au contenu sexualisé, sans complexe et avec un brin d’humour.

Raed Bawayah figure quant à lui le « palestinien de service ». Il montre des portraits de fous dans de grands noirs et blancs.

Je termine avec les travaux qui m’ont le plus intéressé, avec le recul, car sur le coup j’ai été déçu par l’ensemble (et même atterré par certaines propositions.

André Mérian (son site ici) nous livre de curieux paysages (rond-point, talus, fondations, etc) saisis près de Damas. L’esthétique est celle de l’ultraclair (on dirait du Mathieu Gafsou, récemment récompensé par un prix HSBC – billet ici) qui me lasse passablement: il est dommage de ne pas avoir retenu une autre série car son site est fort bien fait et montre mieux la qualité de son travail que cette exposition réduite et partielle.

Adrien Missika (son site ici) expose des photos de géographies de format modeste dans des techniques variées. Ce travail me parait avec le recul finalement assez intéressant : la provenance diverse des images (maquettes, vues réelles, etc), le caractère isolé et parcellaire des éléments géographiques montrés, tout cela est intriguant et l’ensemble de ses travaux forme un ensemble cohérent.

Yang Yonhliang (site de sa galerie ici) était « le chinois de service » (il est de bon ton d’avoir un chinois parmi des artistes présentés). Cet auteur de Shangaï, en se démarquant d’un « style international » qui ferait abstraction des pays d’origine des créateurs ne tombe pas la “chinoiserie” facile. Le travail de recyclage de l’estampe et de la calligraphie chinoise traditionnelle est plutôt intelligent avec un travail plus proche de la création graphique que de la photographie. Ainsi, les montagnes sont faites de buildings ou de pylônes électriques et les tampons rouges sont remplacés par des logos de marques. De loin, la tromperie est totale et on croit réellement être face à un paysage traditionnel : même la forme des impressions et leur format contribuent à entretenir l’illusion. Ce jeune photographe (né en 1980) fait partie des rares véritables découvertes montrées à Arles.

Arles---Halle---Yonhliang

15 août 2009 Posté par photoculteur | arles | , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Pas encore de commentaires