BIP 2012 – Liège – En résumé et en pratique

Comme pour l’édition 2010, la BIP 2012 montre une grande diversité de talents, toujours de qualité dans son programme officiel. On regrettera seulement le prix relativement élevé des accès aux expositions, spécialement pour celle de l’Atelier B9, faute d’un billet groupé. Le programme OFF est, comme d’habitude pour un OFF, à Liège ou ailleurs, très hétérogène, allant du franchement mauvais au meilleur, malgré un « tri » effectué préalablement en visualisant les propositions sur le web. Quelques sites également étaient fermés aux heures prévues. L’ensemble du programme n’est pas regardable en une seule journée ce qui oblige à rester deux jours (ce qui est trop, du coup) et j’hésite à chaque fois entre rester sur place ou faire l’aller-retour dans la journée: cette fois j’avais choisi de rester une nuit, je me demande a posteriori si c’était le bon choix. Quoi qu’il en soit la BIP est un manifestation photographique de grande qualité et son déroulement, tous les deux ans, est une bonne fréquence. Accessoirement on y parle français, ce qui est toujours plaisant, et de surcroit avec un accent charmant. Sinon, à Liège, il faut passer entre autres chez Galler pour ramener des chocolats et des gaufres fourrées, c’est fameux  :)

BIP 2012 – Liège – MAMAC

La visite au Mamac clôture ce cycle d’articles consacrés à BIP 2012 à Liège et c’est, de loin, le plus gros morceau. Contrairement à l’édition 2010, une sélection de vidéos est regroupée dans les sous-sols, il n’en sera pas fait état ici.

L’exposition commence par des scènes de théâtre vides et noires, de grands carrés, habités par des jeux de lumière et œuvre de Rhona Bitner hélàs perturbés de reflets gênants. Je passe sur Douglas Gordon et ses photos de stars de ciné partiellement brulées collées sur des miroirs, travail vu à Arles dans une plus large extension (billet ici) ainsi que sur Antonio Caballero également déjà vu mais à Paris (billet ici). En regardant bien, en hauteur, on voyait aussi 3 tirages de Pierre et Gilles que j’ai déjà vu en long et en large au Jeu de Paume en 2007 (même si je ne tenais pas de blog à ce moment là). Autre auteur connu et que j’affectionne spécialement, Erwin Olaf dans de grands formats mats splendides avec une séries des plus classiques, Grief (on en avait vu d’autres en 2009 – billet ici).

L’exposition  se poursuivait avec Roland Fischer et de superbes portraits de très grand format de moines et moniales, sur fond neutre, vêtus de noir et blanc. Arnis Balcus est le préposé à la photo crado, avec des filles à poil en style crado, tout un mur recouvert de tirages divers et quelques tirages isolés, du Nan Goldin soft (no sex, no drug). A noter quand même que Arnis sait faire autre chose en matière de photo (tant mieux). A côté de cela, Eric Rondepierre affichait 6 tirages énigmatiques (on a l’habitude – billet ici) comme de vieilles photos qui auraient fondues.

Patrick Carpentier montrait divers polas, un peu égarés sur un grand mur blanc. Jason Lazarus en revanche est venu avec un vrai concept et c’est intéressant, au moins dans la démarche. Too hard to keep est un projet consistant à collecter des photos que les propriétaires ne peuvent se résoudre à jeter mais qu’ils ne veulent surtout pas garder. Elles sont épinglées au mur, parfois côté pile à la demanbde  de leur propriétaire. Au cas où, une urne était à disposition lors de l’expo.

Avec Chrystel Mukeba, jeune photographe fraîchement diplômée de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, on revient à du plus classique avec une série (partiellement exposée) consacrée à sa grand-mère, son corps, ses objets, des photos calmes, intime et douces, respectueuses et attentionnées. Chris Verene, dont le nom ne m’est pas inconnu, traite du sujet familial également: couleurs pétantes, souvent des portraits « à la maison », toujours légendées dans la photo. En fin de compte, un petit schéma montre que c’est sa famille et c’est gratiné, entre obèses et pouilleux pour la plupart.

Elina Brotherus aborde aussi la famille mais à sa façon en faisant la part belle, toujours, aux autoportraits, de dos bien sûr, selon son habitude, mais pas seulement, et avec des travaux que je ne connaissais pas. Parmi ces derniers, 3 grands autoportraits avec les vêtements de ses parents, très impressionnants mais aussi des « autoportraits de mariage et de divorce ». Également visible, une série titrée love bites, série de portraits de couple mettant l’auteur en scène dans des situations intimes et, enfin, une longue série quasi cinématographique de très petits formats présentés en vitrine de la naissance du 4ème bébé de sa sœur. On avait dans l’intervalle retrouvé le travail d’Elina dans sa patrie d’origine en Finlande, à Helsinki à l’occasion de la BPH sur laquelle on reviendra bientôt. Jean Claude Delalande (qu’on se souvient avoir vu il y a quelques années déjà – billet ici) explorait lui aussi et comme toujours l’autoportrait mais cette fois il s’agit d’autoportraits familiaux dans le quotidien le plus trivial ou un peu bizarre, avec l’éternel visage impassible d’un Buster Keaton contemporain.

Dans un salle au sous-sol; on trouvait Daniel Buetti avec son travail si particulier obtenus en écrivant sur une photographie noir et blanc de jeune femme à l’aide de petits trous qui sont éclairés avec une lightbox (exemple ci-dessous en provenance de sa gallerie, Aeroplastics).

On voyait les photographies de famille vintage de Moira Ricci déjà vues à Arles (billet ici) ont dont l’intérêt m’échappe toujours autant. Capitaine Lonchamps (interview ici) repeignait un personnage sur des stills d’un film de 1932 avec un peu de neige sur fond noir, une technique qui est sa marque de fabrique. Hum ? Enfin, on termine ce volet « recyclage » de clichés, avec Willy del Zoppo exposait quant à lui des albums sous vitrine et des tirage de photos anciennes mises en situation.

De retour à la surface, la visite continuait avec Thomas Chable avec moult tirages noir et blanc de petit format parfois comme des planches contact évoquant une vie de famille un peu bohème avec plein d’enfants et de vie. En face, un cube permettait de projetter la Ballad of sexual dependency de Nan Goldin (vue à Arles – billet ici).

Jh Engstrom occupait l’espace habituellement dévolu à son style, à savoir un grand mur de 3m de haut, tapissé des photos habituelles de l’auteur, vu et revu à de nombreuses reprises (dont à Arles – billet ici): au programme, pas mal de sexe en petits formats noir et aussi une césarienne et deux nouveaux-nés (garçon et fille) en grand format couleur avec les placentas sanglants.

Sybille Fendt dont je connais le travail pour l’avoir vu ailleurs (à Berlin peut-être), conte en images le dernier voyage d’un vieux couple où madame souffre de la maladie d’Alzheimer. Rien  de larmoyant là-dedans, pas d’images tragiques mais on voit quand même ici et là, dans le regard de la vieille dame que quelque chose ne tourne pas rond. Pasd mal d’émotion retenue  dans cette série. Toujours de la douceur chez Sarah Mei Herman qui nous montre de jeunes « couples », enfants ou ados, garçon et fille, bien sage, un extrait de sa série first loves.

L’univers adolescent est aussi la spécialité de Michelle Sank dont j’avais vu le travail à la FIAC à Paris et dont je regrette qu’aucune galerie ne s’occupe en France (comme pour Elina Brotherus du reste, j’ai acheté à Londres une de ses oeuvres). On pouvait voir à Liège à la fois la série young carer (des portraits d’ados en plein air mais pas n’importe lesquels, des adolescent qui sont soutien de famille) et into the arms of babes (de très jeunes mamans avec leur bébé, parfois avec le père – l’Angleterre détient le record européen de maternités précoces). De l’amour, de la tendresse mais aussi un brin de tristesse dans cette dernière série réalisée dans des intérieurs très modestes.

Et on termine avec la vieillesse mais une vieillesse émouvante dynamique et rigolote telle que vue par la jeune Miyoko Ihara qui échappe à la niaiserie avec un sujet qui pourrait faire pitié par sa manque d’originalité mais dont le traitement est tout bonnement remarquable de trouvailles: une veille dame (sa grand-mère en fait, 85 ans) et son (gros) chat blanc (Fukumaru), à la campagne.

Francois-Xavier Courrèges fermait le bal avec un film montrant deux inséparables sur un fil sur fond vert: ça finit mal.

Une exposition au sommet de ce que l’on peut attendre, voilà ce que nos amis de la BIP 2012 donnaient à voir au MAMAC, un juste équilibre entre une multitudes de courants contemporains, peu d’explications mais pas d’abandon non plus du regardeur, rien de prétentieux, des jeunes pousses et des talents plus confirmés, une exposition comme on aimerait en voir plus souvent (en France si possible) !

BIP 2012 – Liège – Les brasseurs

Aux Brasseurs, qu’on avait visité en 2010 pour la précédente BIP, le programme était très sympathique (mais payant et un peu mince). On ne commence pas avec le meilleur avec des photos noir et blanc intimes (avec du sexe dedans) de Hervé Guibert (mais qui se souvient de lui, après la fin des années SIDA ?) puis vient Patricia Kaiser avec une photo grand format recto verso d’une tête vue de dos, hum, hum et aussi Sandra Ancelot avec une vidéo. Je passe aussi sur Purpose (le webmagazine) avec des diapos accompagnées d’un son pénible au point d’être insuportable (qui a eu cette idée ?), c’est dommage car le magazine est plutôt pas mal.

Fort heureusement, Sabine Koe est là. Ses autoportraits seule et en couple, nu ou non, sont calmes ety clairs, sans érotisme, de formats modeste et en tirages mats. Ses mélanges de payasages en noir et blanc et de portraits en couple fonctionnent également très bien.  Une sorte d’éloge de la photographie simple, franche et honnête. Anne-Catherine Chevalier, ex-consultante et designer exposait une très longue série mothers and daughters à deux, 3 ou 4 de toute génération mais avec une préférence pour les adolescentes propres sur elles et leur mère itou. Enfin, au grenier, Lara Gasparotto (22 ans, ESA Saint-Luc) qui a le vent en poupe (boutographies, voix off à Arles et déjà chez Stieglitz dont le goût est sûr) cède à la voix de l’amoncellement photographique avec des tirages de tout type et format, encadrés ou non, jetés sur un mur de plusieurs mètres de haut et accompagnés (on se demande pourquoi, du coup) de quelques tirages proprets en beau format bien encadrés mais toujours divers par leur forme. Ce sont moins les tirages isolés qui produisent effet que l’ambiance qui se dégage du tas: urgence, énergie, désir et mouvement. En voilà une qu’il faudra suivre.

BIP 2012 – Liège – MAD

Le Mad, à Liège, est investi par BIP 2012 et c’est gratuit mais c’est une salle seulement (et c’est jusqu’au 6 mai 2012). Le Mad s’intéresse aux « outsider » et construit donc son programme avec 3 photographes à la marge, parfois un peu clodos, dont Tichy qu’on a déjà eu l’occasion d’évoquer (billet ici - et comme il était monomaniaque, voire une expo de Tichy c’est les voir toutes). Morton Bartlett montre des figurines de pin-ups et Lee Godie des autoportraits noir et blanc de son visage basané et ridé. Une expo dont on fait vite le tour en dépit d’un panneau expliquant rapidement la vie (achevée et atypique) de chacun.

BIP 2012 – Liège – Galerie Les Drapiers

La Galerie les Drapiers (68, Rue Hors-château) est un peu loin (à pieds) du centre (mais juste à côté du Pica Pica, au 62) et se présente comme une sorte de couloir dans sa 1ère partie ce qui gêne un peu la vue d’œuvres de grandes tailles. Pourtant, ceci ne suffisait pas à gâcher le plaisir éprouvé à regarder le travail de Christian Aschman pour ce BIP 2012 OFF à Liège (l’expo est terminée depuis le 19 avril 2012). Il fait partie des bonnes surprises du OFF. Si la pièce au fond, surchauffée, présentait des images tirées de son dernier livre, à mon goût peu convaincantes, le couloir présentait une série de tirages réalisés chez Boeing, en grand format coloré dans lesquels on s’absorbait à contempler détails techniques et couleurs vives. On sait que les grandes images de sites pas forcément séduisants (industriels ou à caractère technique) peuvent avoir de l’attrait (ce que fait Patrick Tourneboeuf, par exemple), cela en est une démonstration renouvelée.

BIP 2012 – Liège – Société libre d’émulation

La Société libre d’émulation (rue Charles Magnette 5 et 9) présentait Philippe Herbet en 2010 et présente un autre belge voyageur, non de l’ancienne URSS, cette fois, mais de son symétrique occidental, les Etats-Unis, en la personne de Michel Beine. Comme il y a deux ans, des vitrines montrent des artefacts du voyage et ce n’est pas une mauvaise idée. L’exposition est désormais achevée et c’est fort dommage de l’avoir ratée car elle sortait du lot pour ce qui est du OFF car Michel Beine nous livre là une vision qui n’est pas originale mais qui louche vers Walker Evans, et c’est bien. Ces petits noir et blanc de lieux déserts et de motel sont de vraies trouvailles de l’Amérique ancienne qui sommeille dans l’époque contemporaine. Le texte rédigé par je ne sais plus qui (hélàs) pour éclairer le visiteur est brillant.

BIP 2012 – Liège – Space

Toujours dans le cadre de BIP 2012 et juqu’au 6 mai 2012, Space (En Féronstrée 116) présente, dans un lieu vraiment pas terrible, pas mal de bons auteurs souvent connus (sans être des célébrités – et parfois évoqués sur ce blog) mais hélas avec juste une photo chacun. Du coup c’est une bonne sensibilisation pour un public amateur mais ça m’a laissé sur ma faim.

On retrouve ainsi, entre autres (je ne le connais pas tous): Delmotte, Beeckman, Carette, Berman (billet ici avec cette saisissante image du mariage d’un marine atrocement brûlé et mutilé), Declercq, Christiaens, Pierart (malheureusement trop peu connu hors de Belgique – billet ici), Bomal, Delbrouck (billet ici), Chable, Detournay et Beine.