PhotoEspaña 2011 – Les galeries – Partie 2 (et fin)

Et voici venu venue l’heure de clore une longue liste d’articles consacrés à PhotoEspaña 2011 avec cette deuxième partie consacrée aux galeries madrilènes. Chez Raquel Ponce, la fin de vie de voitures semble être la préoccupation de Jorge Conde qui nous les sert en lightbox et en diasec, parfois sur banquise. En bas, Marisa Maza se consacre au plongeon  de haut vol avec une vidéo (extraite d’une installation) et de petites photos (presque des lavis) où seul le corps en suspension transparait et des formats plus grands et classiques.

Blanca Soto, qui ouvre en retard ce jour là, présentait les travaux de l’artiste brésilienne Claudia Jaguaribe. Ses diasec verticaux mélangeant vues lointaines de Rio et plans très proches (d’enfants souvent), ne manquent pas d’intérêt et de fraicheur. La série bibliotecas reste dans une veine brésilienne avec des livres dont la tranche de la couverture est faite de verdure tropicale.

Chez Moriarty, on franchit un cap pour accéder à des constructions intellectuelles sensiblement plus élaborées. Warren Neidich propose American History Reinvented, un travail édité en 1989 par la fondation Aperture à New York. Contra-Curtis emploie des images de western pour ré-inventer l’histoire des indiens et en en faisant des tirages au platine dans des cadres ovales; on voit aussi des photographies aériennes de la reconstitution de la plus grande défaite de l’Union face aux Confédérés lors de la Guerre de Sécession (la bataille de Chickamauga) en noir et blanc comme s’il s’agissait d’un tirage d’époque (évidemment impossible). Dans Pseudo event, l’artiste joue entre reconstitutions historiques en costumes et images retravaillées à l’ancienne (sans Photoshop). C’est un travail de grande envergure et très troublant qui était montré là, invitant le regardeur au doute.

Je passe rapidement sur Franck Van der Salm chez Casado Santapau, les diasec d’immeubles, parking en immeuble, façades illuminées et autres intérieurs de théâtre m’évoquant davantage du prêt-à-regarder (comme de la photo de mode) et la comparaison avec l’expo précédente est cruelle. Chez Fucares, on remonte d’un cran avec Javier Ayarza qui se livre à une sorte de typologie de groupes dans la rue:par nombre, de face ou de dos, portant un saint, aidant un handicapé. Ses petites photos encadrées sont accrochées en mosaïques renforçant cet aspect catalogue de situations, des images qui n’ont aucune valeur esthétique mais qui regroupées invitent le regardeur à s’interroger.

José Robles nous change à nouveau de registre en nous éblouissant des photographies de José Ramón Ais. On reste les bras ballants et l’œil grand ouvert devant ces magnifiques tableaux de verdure qui respirent la fraicheur tandis que dehors règne la chaleur madrilène d’un mois d’été. C’est plans très rapprochés sur le microcosme du gazon est presque trop réaliste et éclatante, trop belle pour être vraie. Magnifique. Cette série Herbs ne ressemble à rien que j’ai pu voir avant et cette exposition fait partie des grandes découvertes de PhotoEspaña 2011. On peut voir mieux son travail par ici.

Chez la  Caja Negra, c’est le travail de Cao Guimaraes (dont le site web est, en passant, un ratage technique presque total) qui est montré à travers deux séries., d’une part des panneaux de signalisation couverts de poussière sur les bords d’une piste et d’autre part une série de vues brumeuses presque uniformément bleu clair ou blanc ou seuls quelques sommets de toits émergent. Si les deux série traitent de la dissimulation, de l’effacement, cette dernière ajoute une touche intrigante et poétique, là-aussi des images que je n’avais pas encore vues, originales.

Astarte montrait Almalé / Bondía pour in situ. Encore un travail original à Madrid avec un travail en trompe l’œil. De grandes lentilles de verre sont accrochées dans le sous-bois ou bien encore de grands miroirs, l’effet de réflexion produit ne manque pas d’intérêt, une répétition du décor, une image dans l’image, un cadre aussi posé dans un cadre.

Travail très réussi aussi chez Blanca Berlin avec Han Sungpil et sa série façade, certes moins intellectuelle mais pas dépourvue d’attrait sous son diasec étincelant de grand format, consacré aux fausses façades utilisées pendant des travaux. A la Galeria Metta, immense espace bétonné,  Manuel Muñoz livre un témoignage à la fois poignant historiquement et saisissant sur le plan esthétique avec le plus souvent de très grands formats de lieux ruinés autrefois occupés lors de la guerre civile espagnole, vers Cordoba notamment. Les commentaires en espagnol seulement donnent d’importants éléments de contexte qui permettent de mieux comprendre les images, une exposition très réussie ! Comme pour compléter, un série consacrée aux graffiti est également proposée.

On terminera avec la petite galerie de Ines Barrenechea qui ne ménage pas son visiteur avec une exposition éprouvante visuellement intitulée Nada dura siempre (rien ne dure éternellement). En rapport avec ce thème, qui est aussi le titre d’une de ses séries, Iñaki Domingo développe plusieurs séries désespérée et désespérante: un tatouage figurant le mot siempre puis la vidéo de son effacement, les derniers jours de sa mère et enfin un deux-roue abimé à Madrid (Desaparición progresiva de mi moto a partir de pequeños hurtos).

Et voila, c’est la fin des articles sur PhotoEspaña 2011. Si tout va bien j’irais à nouveau à Madrid à l’été 2012 (et je publierais quelques articles très en retard ;-)

PhotoEspaña 2011 – Les galeries – Partie 1

Il est temps de conclure cette série d’articles consacrée à PhotoEspaña 2011 avec les galeries car l’une des particularités de cette manifestation c’est d’associer étroitement les galeristes privés du cru.

La Galeria Leandro Navarro, qui n’est pas spécialisée en photographie, exposait (dans l’entresol), le travail de Roberto Gonzalez Fernandez intitulé La escalera de Jacob (l’échelle de Jacob). Une évocation du songe biblique en une dizaine de tableaux de collages photographiques contemporains.

Arana Poveda exposait une réalité brutale sous le titre sicarios par Javier Arcenillas, une plongée en noir et blanc (mais brève) dans le crime (spécialement l’assassinat commandité) au Guatemala  servie par une mise en scène adéquate au sein de la galerie (série récompensée d’un SONY World Press Photo Award en 2011).  Magda Belloti montrait le travail de Jorge Yeregui, paisajes minimos, de grands diasec couleur de petits paysages, souvent un arbre dans un jardin intérieur d’immeuble: un travail finalement surprenant de montrer ainsi une nature réduite et emprisonnée. Guillermo de Osma, comme chaque année montrait dans son appartement cossu des pièces de niveau muséal, en l’espèce datées des années 30, de provenance internationale et traitant essentiellement de la sphère industrielle afin de rendre hommage et accompagner les photographies et le livre (Métal) de Germaine Krull qui constituait le cœur de l’exposition.  Parmi les accompagnants, on citera: Ilse Bing, Alemany, Stoker, Yagaki, Vandor, Terradas, Scheel, Zwart, Klucis, Kotelnikov et Moholy-Nagy. La galerie s’est même fendue d’un catalogue ce qui je l’avoue est plutôt exceptionnel et en dit long sur l’engagement exceptionnel de la galerie.

On revient à des choses plus légères avec Alexandra Irigoyen qui présentait des oeuvres de Ouka Leele (Bárbara Allende Gil de Biedma), en l’espèce des portraits souvent colorés et décalé d’artistes de cirque sur fond de toile noire.

A la fondation Once, dans la salle Cambia de sentido, on trouvait Rafael Sanz Lobato (six portraits masculins noir et blanc) et Cristina Garcia Rodero (de grands portraits noir et bien d’éthiopien, certains priant), rien de transcendant pour le coup alors que le 1er a été récompensé en 2011 par le Ministère de la Culture espagnol du Premio Nacional de Fotografía et que la seconde vient de Magnum. C’est comme ça, parfois il ne se passe rien. Il se passait des choses par contre chez Rafael Perez Hernando Arte que je visite chaque année. La photographie n’occupait qu’une faible partie de la surface, au sous-sol, avec le travail de Victor Stamp, colonial exhibition, dont on ne sait d’ailleurs s’il s’agit vraiment de photographie. En tout cas, cela se présentait comme une longue série de photographies noir et blanc de très petit format à caractère pornographique mais suffisamment détériorées pour que la pudeur du visiteur ne soit pas trop chahutée. Les titres en français (l’ivoire, l’ébène,etc) ne renvoient pas directement à  ce qui est représenté… Très sexe encore chez Elvira Gonzalez mais pas seulement car si l’exposition de 31 tirages de sélectionnés par Almodovar compte de multiples nus masculins très sexués (!) il y a aussi quelques fleurs en noir et blanc et une belle tulipe (en couleur). Cette exposition est d’une qualité muséale et c’était très impressionnant de voir une telle accumulation d’œuvres de Mapplethorpe en un même lieu. une exposition exceptionnelle. Grosse déception en revanche pour la Galeria La Fabrica qui montrait 5 pauvres tirages en grand format couleur de taudis namibiens par Montserrat Soto, c’était un peu mince. Un peu maigre aussi les lieux modestes de Concha Pérez chez My name’s lolita art.

La suite et la fin des galeries et de PhotoEspaña 2011 à venir dans les prochains jours.

PhotoEspaña 2011 – Museo de la Ciudad – Bucarest paradoxal

Le Museo de la Ciudad au 140 Príncipe de Vergara est un peu excentré et en 2010 j’avais raté l’exposition. Pour PhotoEspaña 2011, pas de souci de date et j’ai pu visiter l’exposition consacrée au "Bucarest des années 70-90 à travers 10 auteurs en évitant le cliché du Ppetit Paris" dixit l’affiche de l’expo. C’était une exposition de très bon niveau sur un sujet pourtant étroit et je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais visitée.
Bogdan Girbovan proposait  10 portraits dans 10 appartements avec le même cadrage. Andrei Pandele exposait surtout du noir et blanc, des lieux détruits dans les  années 80, une église déplacée pour la cacher (à peine croyable !), des manifestants, etc. Je passe rapidement sur le film de 1977 présenté sur LCD, my beloved Bucarst, le Super 8 très pâle de Ion Grigorescu était difficile à voir. Mona Vatamanu et Florin Tudor montraient une halle couverte. Vlad Nanca était présent à plusieurs reprises sur le site, avec liberta écrit sur un panneau d’affichage blanc, avec des diapositives sur LCD (des vues moches – fils qui pendent, affiches immobilières, auto bâchée, etc) et enfin avec une intéressante série de cartes postales "officielle" des années 47 à 89 qui valaient leur pesant de communisme triomphant.
Avec Ion Dimitriu on découvre en grand format couleur la vie dans des décharges d’ordures et des tas d’ordures aussi, on se croirait en Inde et pourtant c’était Bucarest dans les années 70. C’est saisissant. Je passe sur Iosif Kiraly (vu à Lyon en 2008 – billet ici) bien qu’il s’agisse ici d’une nouvelle s&rie, la technique demeure. Calin Dan exposait 4 vidéos en vignette d’un type portant une porte sur son dos. Mircea Nicolae montrait en LCD 10 petites actions documentées tandis que Teodor Graur nous livrait comme le résultat d’une déambulation dans Bucarest.

PhotoEspaña 2011 – Museo reina Sofia

Pour le cru 2011 de PhotoEspaña, nouvelle exposition au Museo reina Sofia, énorme, comme l’an dernier, et pas question donc d’en assurer un récit exhaustif ni même complet. L’exposition voulait documenter la "photographie ouvrière de 26 à 39", comprendre ici la photographie consacrée au quotidien des travailleurs, pour ne pas dire prolétaires, tant l’exposition est marquée par les idéologies et notamment le communisme. Le musée présente (en espagnol) une très intéressante fiche et quelques clichés extraits de l’exposition qui comptait également un grand nombre de revues et périodiques d’époque, notamment allemandes. Petit détail pratique, il fait froid  dans les salles et il est plutôt prudent de garder une petite laine avec soi (les  sacs à dos restent en consigne).

PhotoEspaña 2011 – Teatro Fernan Gomez

Cet article aurait dû être le premier car c’était la 1ère exposition de PhotoEspaña 2011 que je voyais l’été dernier. Elle se tenait au Teatro Fernan Gomez, site souterrain immense et climatisé qui est le plus important, par la taille et la qualité, de PhotoEspaña. Un coin librairie permettait à ceux qui le souhaitent d’acheter les publications éditées lors de ce PhotoEspaña ainsi que des livres et revues consacrées à la photographie. Il est interdit d’y photographier et même l’usage d’un smartphone pour prendre des notes est suspect et vous vaut une visite d’un garde-chiourme mais c’est là un bien petit désagrément au regard de l’excellence de l’accrochage, gratuit rappelons-le.

Mona Hatoum, artiste contemporaine célèbre représentée par la prestigieuse White Cube à Londres (sa page ici) montrait un miroir sérigraphié "you are still here". Presque en face se tenaient des pièces plus photographiques et traditionnelles de Dayanita Singh qui ordinairement fait plutôt des livres. ici, il s’agit de formats carrés en noir et blanc, des intérieurs, des bibliothèques avec des photographies, un lit, l’intérieur de maisons de personnages célèbres (Gandhi, Neru). Jérôme Fortin (site web HS) montre un portrait constitué de petites carrés qu’on peut bouger. Pedro Lemebel, un artiste chilien qui a fait son coming out, affichait le portrait noir et blanc d’un homme maquillé avec du son en prime (en espagnol). Jarbas Lopes exposait un immense portrait (plusieurs mètres de haut) tissé à l’aide de bande de photographies, c’est la première fois que je vois ça.  Luc Foster Diop n’est dans le tricotage mais dans le LCD avec son visage immobile où seuls les yeux s’animent (parfois). Rémy Zaugg nous renvoie comme Mona Hatoum à nous-mêmes avec un "ich" en blanc répété sur 5 fonds de plus en plus foncés, une technique que l’artiste suisse a appliquée à d’autres textes brefs (moi je te vois, not here, etc). Et la boucle est ainsi bouclée.

Retour à la photographie avec Jose Iraola (série tv memory) avec 5 grandes images colorées où l’on peine à reconnaitre des visages, flous et filés.Liliana Porter montrait un diasec au fond fond uni avec petit jouet en forme de personnage perdu,  tout seul, ou sa tête seulement, ou se regardant dans un miroir. Finalement ,passé l’aspect mignon (jouet, sujet sympathique, couleurs pastel, etc) ça fait un peu peur cette histoire. L’artiste a réalise une multitude de photographie en utilisant ce mécanisme. Jorge Ribalta s’éloigne des jolies couleurs qui font un peu peur pour miser sur une galerie de portraits minuscules en noir et blanc de Dark Vador à Quasimodo en passant par Frankenstein.


Simryn Gill remporte la palme du projet le plus original avec 6 portraits noir et blanc où chaque modèle porte autour du cou un collier fait de la traduction d’un livre. Le Colectivo mr montre lui des indiens d’Amérique du Sud en tenue locale posant dans des musées occidentaux. Dans une salle un peu isolée et dans un recoin, 18 écrans LCD sonorisés disposés en arc de cercle montraient, cadrés en gros plan, le visage de gens se masturbant, un travail de Laurence Olney et Richard Lawrence. Chez Jeanette Chavez, le visage en LCD est plus calme, rien ne bouge, sauf les larmes qui coulent, finalement. Pas de tristesse chez Libia Posada et pourtant, ses portrait de femmes, en tenue grand siècle, sobre noir et dentelles, avec cadre doré,  nous montrent des femmes martyrisées au visage tuméfié.

On revient à des choses plus légères avec Jorge Brantmayer (trois noir et blanc successifs de 3 types arrosés de peintures), Hans-Peter Feldmann (série une livre de fraises – de petites photos de fraises sur fond blanc) et Liliana Angulo (mosaïques de 9 portraits de faux noirs grimés faisant pitre avec une veste de même tissu que le mur et la nappe de la table).

Ananke Asseff montrait un portrait de pied en Diasec taille réelle d’une femme tenant un pistolet. Je passe sur la blogueuse Yoani Sanchez et le dispositif proposé pour passer à Cristina Lucas dont les grandes scènes, dignes de tableaux, transposées à notre époque et sous forme féminines, sont saisissantes (le furher, l’anarchie, les fascistes). Nancy Burson pratique la surimpression de visages, hommes et femmes, des "composites" noir et blanc. Arrivé à ce stade de la visite, c’est toutefois Marta Soul dont j’avais vu le travail sur le web auparavant qui m’a marqué: ses jeunes femmes seules dans appartements vides, d’une élégance surannée, près d’une fenêtre, l’air pensives et incertaines amènent le regardeur à s’interroger sur leur sort, en l’espèce celui de réfugiées.


Je passe rapidement sur Kan Xuan avec sa vidéo de l’artiste gueulant dans le métro et sur les photos de  Dulce Pinzon (vue à Arles – billet ici) pour passer à Quinceaneros, un projet de Gisele Victoria Gomez exposé dans une salle toute rose avec photomontages kitsch, reportages et  interviews de jeunes cubaines et de leurs proches célébrant le quince (les quinze ans). Il y avait aussi un panneau avec un historique du quince qui valait la peine, depuis les grands-mères jusqu’à maintenant.

Stephanie Sinclair nous ramène à moins joyeux avec une immolation en Afghanistan (on devine un visage sous un voile) et Shadi Ghadirian (entrevue à Paris déjà – billet ici) avec my press photo n’est pas moins terrifiante avec des images noir et blanc très dures où le visage du protagoniste est masqué par un portrait d’identité ancien.

Dans la dernière ligne droite se succèdent Shilpa Gupta avec de grands tirages suspendus (militaire avec 4 bras cachant yeux et bouche ou formant pistolet), Eugenio Dittborn (je n’ai rien compris de ses airmail paintings), Luis Camnitzer (petites compositions encadrées avec miroir, this is a mirror, you are a written sentence) et enfin Juan Downey (un indien yanomami noir et blanc tenant une vieille camera).

PhotoEspaña 2011 – Instituto cervantes

Poursuite de la reprise si j’ose dire, avec l’Instituto Cervantes qui présentait en 2011 encore pour PhotoEspaña un programme de grande qualité avec des images saisissantes issues de photographes des Amériques, souvent inconnus de ce côté des Pyrénées, dans une grande diversité de sujets et de modes d’expression.

Ce que montrait Leo Ramirez étaient extrêmement impressionnant, presque douloureux à regarder, surtout dans ces très grands formats et en plan rapprochés: les lèvres cousues de détenus au Vénézuela. Daniel Baca explorait les bureaux et intérieurs modernes décrépis tandis que Eunice Adorno se concentrait sur les mennonites, une communauté fréquemment objet de reportage, et plus spécialement ici sur les femmes. Ernesto Muniz exposait par terre avec une sorte de tapis orné de motifs religieux tirés de graffiti.  Jose Luis Rodriguez Maldonado montrait des déplacés revenus sur le lieu de leur vie passée, au milieu de ruines rendues à la jungle, des portraits en pied empreints de tristesse où les regards se perdent hors champ. Alvaro Villela travaille le portrait aussi, en grand format noir et blanc et a retenu le sujet des noirs brésiliens traités sur fond noir. Pedro Motta exposait de rudimentaires châteaux d’eau posés au milieu de rien, en noir et blanc, comme des totems.

Mayerling Garcia a retenu de petits paysages tandis  que Ricardo Barcellos montrait un film énigmatique en noir et blanc où un rideau bouge.
Santiago Hafford tirait le portrait de bidasses argentins en situation ridicule. Diego Levy a choisi des voitures accidentées en pleine ville sans personne dans les parages en grand format couleur, comme des  sculptures contemporaines posées là. Il montrait aussi des vidéos de vieux boxeurs mimant des combats, un spectacle intriguant où se mêlent pitié et admiration mais aussi ridicule et tristesse.

Pedro Linger reste dans une veine violente, décidément très représenté0s dans les photographies de cette sélection de photographes des Amériques, avec l’exhumation de corps au Salvador avec des os et des vêtements. Ce n’est guère plus engageant du côté de Myriam Meloni en Argentine avec des portraits hallucinés, hlm et cimetière évoquant les victimes du "paco" (une pâte de cocaïne dans le jargon local).

Mauricio Palos livrait un reportage (portrait, paysage – visible ici) pour expliquer pourquoi l’Amérique du sud reste une terre d’exil. Juan Toro consacre ses panoramiques aux meurtres à Caracas avec une femme montrant sa carte d’identité, une trace de sang et le corps à la morgue.

PhotoEspaña 2011 – ICO

Il est temps de revenir sur PhotoEspaña 2011 qui se tenait l’été dernier, pour achever la série d’articles déjà engagée.  ICO présentait comme l’année précédente une exposition mémorable (et gratuite) mais hélas un peu trop axée à mon goût vers l’art contemporain.

Le sujet était "Le pouvoir du doute" et le bal commençait Adel Abdemessed qui vit et travaille à Paris. L’artiste, qui utilise de nombreux médias et est représenté dans les collections les plus prestigieuses, montrait là quelques photographies représentant des scènes improbables dans la rue: lion (illustration ci-dessous en provenance de son galeriste David Zwirner), serpent, âne et squelette s’y côtoient, de même qu’une femme portant un homme.


Shaun Gladwell présentait deux vidéos se faisant face d’un soldat filmant le regardeur, une sorte de curieux miroir. Din q restait dans un registre guerrier avec un film en image s de synthèse d’hélicoptères tombant à l’eau et montrait une photo faite de tissées un peu comme au teatro colon. Univers militaire toujours pour un film de Shahzia Sikander en plan fixe de plusieurs minutes sur des groupes de musiciens militaires. Moins militaire et plus "cinéma noir", tel est le style des photos de Wong Hoy Cheong en noir et blanc de nuit avec types armés et meurtres "dans l’air", corps sobres et "léchés".

Retour à la vidéo avec Tsang Kin-Wah dont les phrases écrites défilant en tout sens vont jusqu’à noircir l’écran puis a disparaitre a nouveau. Nedko et Dimitar Solakov nous ramènent à la photo avec de jeunes musiciens et leur univers, qui n’est pas trash, avec commentaires au feutre directement sur le mur d’expo. Wangeshi Mutu est quant à lui plus trash avec ses encres et collages de perles pour des portraits à la Arcimboldo. Thierry Fontaine produisait des grands formats photographiques réalisés en extérieur de corps ou visages enduits de glaise ou de plâtre parfois comme un masque orné de coquillages. Dan Perjovschi couvrait un mur entier de dessins à la craie, certains effacés et de multiples photos en petits formats couleurs de graffiti effacés. Hamra Abbas exposait une femme nue sur un autel lavée par une autre (série paradise bath), comme un film en 9 images ainsi qu’une série panoramique (le Bosphore ?).

Pak Sheung Chuen exposait  des photos dans une totale obscurité, le regardeur est invité à faire des photos lui même pour les voir. Du Zhenjun montrait de grandes tours de babel presque en noir et blanc surchargées de détails. Jiang Zhi reste dans ces mêmes grands formats pour des personnages comme portés par un rayon lumineux ou allongé avec un casque de cosmonaute et des  feux de bengale. Sun Xun clot la visite (dans la mezzanine) avec une installation en tissu peint et une film d’installation.