Arles 2014 – Arthur et Janine

Habituellement, le lieu, qui n’est pas grand, est consacré à un seul auteur mais cette fois il est partagé entre 4 auteurs. Ce lieu du OFF qui habituellement aussi est honnête sans faire d’étincelles a su inviter cette fois de jeunes auteurs prometteurs, à commencer par Aurore Valade (vu ici la dernière fois) dont le travail a déjà été récompensé et qui avait un peu disparu des radars. Aurore montrait des intérieurs mexicains kitchissimes.
Colombe Clier exposait 8 photos dehors / dedans un peu décalées. Anne Foures (dont le site web vaut la visite) montrait des photos d’objets suite au déterrement d’un tableau de Spoerri. Les trois filles sont diplômées de l’ENSP décidément très présente à Arles dans les expos 2014.

Lionel Roux montrait enfin la zone de Crau en panoramique paysager avec moutons, vue de haut.

Arles 2014 – Eglise Saint Blaise – Denis Rouvre

Continuons le tour des églises en nous éloignant un peu pour l’église Saint Blaise. A cette occasion on échappe un peu aussi à la photographie des retraités puisque c’est Denis Rouvre qui est à l’honneur mais, manque de chance, pour moi, c’est un diaporama (sonorisé). Une suite de portraits (37 minutes tout de même) où se succ_dent  des portraits de français de toutes origines invités à s’exprimer sur "l’identité", avec leurs mots à eux. Ce travail se laisse voir mais pas sûr que beaucoup de visiteurs tiennent 37 minutes à écouter leurs compatriotes de la rue s’exprimer. C’est néanmoins, à ce stade du parcours, la seule expo qui tient ses (modestes) promesses.

Arles 2014 – Archevêché – Collection Hunt

L’archevêché reste fidèle à sa programmation habituelle avec, une fois encore, une exposition sans aucun intérêt.

Cette année il s’agit de photos de groupes, toutes sortes de groupes, datés d’avant les années 50. A la masse présente sur chaque photo s’ajoute la masse des clichés et la pauvreté de l’appareil critique. Dommage d’avoir utilisé la collection Hunt pour si peu de résultats, sans doute valait-elle mieux que cela. A part peut-être les photos du KKK ou certaines photos militaires qui sont peu familières de ce côté de l’Atlantique, pour le reste, on fait naufrage dans un océan de vieilles photos semblant toutes identiques et peu intéressantes.

Circulation(s)

Avec quelques mois de retard, un long retour sur Circulation(s) 2014 où j’ai eu droit cette année à une visite guidée au 104 et où je suis retourné pour écouter une table-ronde. J’avais aussi "kickstarté" le catalogue. Le lieu, pour commencer, est plus animé et la circulation plus facile qu’à Bagatelle où se tenaient les éditions passées. Il est aussi possible de s’y restaurer et de passer une tête dans une librairie, par exemple. C’était un bon cru.

Abram Uroš (sexy east), Anthony Todd (sun city poms, de vieilles pom pom girls), Brambilla Anna-Lisa (autisme), Calligaro Sandra (Afghan Dream, des afghans "normaux"). Sandra partage sa vie entre France et Afganisthan et rapporte ici des images d’une "classe moyenne supérieure" qu’elle a côtoyé dans des magasins qu’elle croyait initialement réservé de fait aux expatriés. Elle s’emploie à montrer leur "normalité" et les craintes qui pèsent sur cette potentielle élite de demain, à l’aube du retrait économique et militaire des Etats-Unis, engagée dans un compte à rebours angoissant.  Chernyshova Elena (Jours De Nuit, Nuits De Jour, Norilsk), Dal Mas Aurore (Figures, autoportraits de dos). Le travail d’Aurore, économe de moyens, est réalisé avec son propre corps nous dit-elle, à l’aveugle d’une certaine manière, et l’on est surpris d’y découvrir des plastiques toujours "sculpturales" mais si diverses qu’elles semblent issues de modèles différents. Dinato Martina (magia fotografia, photos retouchées). Martina expliquait en italien (retraduit en anglais ;) côte à côté la photo vernaculaire d’origine (mariage, communion, etc) et sa version retouchée avec le texte de la demande. Etonnants petits formats et curieuses demandes. Dzienis Przemek ( I Can’t Speak, I’m Sorry, corps gênés) expliquait que sa série était volontairement très minimaliste, illustrant un concept (comme la gravité) ou simplement montrant l’embarras et l’inconfort des corps. Fert Bruno (Les Absents, palestiniens absents d’Israël) indiquait qu’il était peu satisfait de ses photos du conflit Israelo-palestinien, il s’est donc engagé dans un travail plus "cérébral" à la recherche des traces des palestiniens chassés en 1948. Il en ramène des image à la plastique irréprochable, parfois étonnante comme cette ruine cernée d’un clôture au milieu d’un champ. Gatti Massimiliano (Lampedusa or the extended desert, reliques de migrants) expliquait avoir réalisé des dizaines de photos en lumière naturelle d’objets trouvés sur les lieux où les migrants sont en transit, en les suspendant ce qui leur donne l’air de flotter. Il précisait aussi que ses tirages originaux "flottent" aussi dans le cadre afin de leur garder un aspect vivant. Gaudrillot-Roy Zacharie (Façades, des façades sans bâtiments), Gouriou Vincent (Singularités, portraits clairs) dont je voyais le travail (que je connais) pour la 1ère fois "en vrai". Granjon Sylvain  (Les Zidiomatiks, expressions littérales) expliquait rapidement son travail qui en fait n’en a pas besoin: il s’agit simplement d’illustrer par une photo une expression française (comme "Dormir sur ses deux oreilles"). Hudelot Marie (Héritage, portraits croisés) expliquait en mots simples l’objet de son travail tiré en recto verso sur de grandes bâches suspendues dans le hall d’accueil, des portraits inspirés au visage invisible, sous tendu par par ses origines françaises et algériennes tournant autour du combat et de la féminité avec un traitement sensible et léché, de l’inspiration, de l’originalité et une palette saisissante, un des travaux les plus convainquants du 104 et une découverte. Hueckel Magda (ANIMA. Images From Africa, animaux crevés) expliquait l’origine de ses photos par les rituels, ces photos de cadavres d’animaux ne sont pas des photos pour tous les yeux (même si le noir et blanc met de la distance). Je connaissais son travail plus sage vu à Arles il y a bien longtemps (ici). J. Dean Victoria (The Fortified Coastline). Jonderko Karolina (Lost) témoignait des disparitions en Pologne avec photos d’identité d’autant plus effacées que la disparition est ancienne et photo des chambres souvent laissées en l’état. De Karolina je connaissais deux autres séries, Self-portrait with my Mother et If I lay here. Kane Aisling ( Virgin Territory, intérieurs irlandais). Kauppi Andreas (Strange Days). Liebaert Pierre (Macquenoise, huis clos rural) a précisé qu’il a rencontré par hasard le fils et qu’il a fallu du temps pour qu’il découvre la ferme où il vit seul avec sa mère, à 40 ans. C’est un travail étalé sur plusieurs années dont un bref extrait est exposé. Longly Katherine (Abroad Is Too Far, copie d’Europe) expliquait que ces villages/villes calqués sur ceux d’Europe sont laissés aux mains de spéculateurs, parfois privé de route d’accès décente et sans aucune infrastructure publique ils sont finalement vides et se dégradent sans même avoir été habités. Tout au plus servent-il de cadre à des photos de mariage… Lugassy Samuel (Gymnast & Wrestler, sportifs bulgares égarés). Passons plus vite sur Lupi Luca (panorama factice de bord de fleuve ou de mer),Mccullough Jan, Meyer Marcel, Nyholm Erica, Olivet Lucas et Orlowski Gabriel (qui indiquait que sa série, consacrée à "la vie des jeunes", se passait de commentaire, ce qui n’est pas faux).

Plasencia Rubén évoquait sa série consacrée aux aveugles, un vieux sujet tandis que Plauchut Virginie montrait une image pudique au regard d’une phrase extraite d’un récit d’inceste. Poliakova Marina expliquait dans un anglais à l’accent ukrainien que personne ne ferait habituellement poser les hommes comme des femmes et surtout pas en Ukrzaine: c’est ce qu’elle a fait et on voit mieux le ridicule de la situation et ce qui est aussi finalement "imposé" à certaines femmes. Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu le travail de PUT PUT.

A parti d’ici j’ai remis les prénoms et noms dans l’ordre, histoire de changer.

Julie Rochereau présentait une brève série sur les sites nucléaires, à peine esquissés, avec les nuages de vapeur d’eau des tours de refroidissement, comme une menace obscure. Une sorte d’écho aux fluffy clouds de Jürgen Nefzger (vieux billet ici) ?

Thomas Rousset  montrait des photos énigmatiques, peut-être est-ce le même qui présentait son travail au WIP à Arles en 2009 (billet un peu énervé, j’étais moins âgé ;) ici). Avec Delphine Schacher (un site Tumblr seulement ?)on revient à du plus facile avec de toutes jeunes filles vêtues de robes de fête prêtées par l’auteure pour l’occasion. J’ai revu cette série en bonne place il y a deux jours à Arles. Delphine vient de finir ses études à l’Ecole de Photographie de Vevey et j’ai déjà acheté un travail à une de ses camarades d’école: je me demande si je ne vais pas récidiver.

Ulrike Schmitz évoque le déplacement forcé de sa famille (allemande) en Union soviétique en 1946. Christiane Seiffert se représente mimant des objets avec son propre corps et une certaine économie de moyens…  Avec Jean-François Spricigo on remonte quelques marches. Le personnage n’est pas très souriant, c’est le moindre que l’on puisse dire, le débit est rapide, les idées nettes, le ton presque professoral mais à l’entendre, car il présentait son travail, on comprend vite que Jean-François a réfléchi à son art, que son travail n’est pas gratuit, qu’il est allé plus profond que bien d’autres (la plupart ?) de ses collègues. Du coup, l’avis qui était le mien il y a quelques années (en 2009, ici) mérite d’être nuancé. Il n’en reste pas moins qu’un travail d’édition, sans doute, serait plus adapté que des tirages accrochés aux murs.

Je passe sur Sputnik (Moritz Krauth) que j’avais déjà vu à Lille (ici) et Clément Val. Zoé Van Der Haegen présentait sa série Battlefield consacrée à l’incongru dans le paysage (disons-le comme ça, faute de mieux), aux petites associations visuelles étranges. Marlous Van Der Sloot n’est pas une découverte, on a déjà vu son travail, à Photoespaña notamment on l’a revu à Arles cette année mais ça manque un peu d’explications.

Je passe sur les parapluies de Matej Andraž Vogrincic vus à ArtBrussels en 2010 sur le stand de la Škuc Gallery pour terminer, dans l’ordre alphabétique, avec Marc Wendelski et les protestataires allemands en lutte contre la destruction d’une forêt.

On leur souhaite plein de succès pour la prochaine édition.

Cartier (photo sud-américaine) ou Jeu de Paume (Adams+Pernot)

J’ai fait mon devoir le 1er mars dernier en allant voir l’exposition qui se tient au Jeu de Paume jusqu’au 18 mai consacrée à Pernot et Adams.  Et j’en ai profité aussi pour parcourir l’exposition consacrée à la photographie sud-américaine à la Fondation Cartier qui se tient jusqu’au 6 avril 2014.

Au Jeu de Paume la surprise vient d’abord de l’espace consacré à chaque auteur, égal, tandis que leur notoriété ne sont guère comparables. Comment faire pour consacrer un même volume d’exposition à deux auteurs dont les carrières n’en sont pas du tout au même stade de maturité (Adams est né en 37, Pernot en 70) ? Ce n’est simplement pas possible: soit il faut délayer le travail de l’un soit il faut échantilloner sauvagement le travail de l’autre et c’est ici le parti-pris: tandis que Pernot est à peu près dignement représenté, on ne voit d’Adams qu’un minuscule fragment ou, pire encore, un grand nombre de séries mais handicapées par de lourdes amputations.

Pour Pernot, on retrouve des séries désormais bien connues comme celles autour du "sujet" tsiganes qui l’ont fait connaitre (vues à Arles dès 2008 ici). J’ai retrouvé aussi sa série Fenêtres et Les témoins, notamment. J’ai été un peu moins intéressé poar les séries récentes, Le Feu (encore avec des tsiganes, le feu en hors champs, les visages éclairés) et Les cahiers afghans qui m’a rappelé Le Photographe, la bande-dessinée d’Emmanuel Guibert. parue en 2003.

La surprise vient ensuite du faible nombre de visiteurs pour un samedi après-midi: c’est presque du jamais-vu (et c’est aussi tout bon pour ceux qui souhaitent profiter de bonnes conditions de visite).

Alors où étaient les visiteurs ? A la Fondation Cartier peut-être qui était bien remplie (ce n’est pas immense non plus) aussi bien de visiteurs que de photographies avec parait-il, plus de 70 auteurs, de tout horizon artistique (strictement photographique ou mêlant diverses pratiques), un vrai continent oublié qui émergeait sous nos yeux.

La longue liste issue du site de la Fondation figure ici:  Elías ADASME (Chili), Carlos ALTAMIRANO (Chili), Francis ALŸS (Mexique), Claudia ANDUJAR (Brésil), Antonio Manuel (Brésil), Ever ASTUDILLO (Colombie), Artur BARRIO (Brésil), Luz María BEDOYA (Pérou), Iñaki BONILLAS (Mexique), Oscar BONY (Argentine), Barbara BRÄNDLI (Venezuela), Marcelo BRODSKY (Argentine), Miguel CALDERÓN (Mexique), Johanna CALLE (Colombie), Luis CAMNITZER (Uruguay), Bill CARO (Pérou), Graciela CARNEVALE et le Grupo de Artistas de Vanguardia (Argentine), Fredi CASCO (Paraguay), Guillermo DEISLER (Chili), Eugenio DITTBORN (Chili), Juan Manuel ECHAVARRÍA (Colombie), Eduardo Rubén (Cuba), Felipe EHRENBERG (Mexique), Roberto FANTOZZI (Pérou), León FERRARI (Argentine), José A. FIGUEROA (Cuba), Flavia GANDOLFO (Pérou), Carlos GARAICOA (Cuba), Paolo GASPARINI (Venezuela), Anna Bella GEIGER (Brésil), Carlos GINZBURG (Argentine), Daniel GONZÁLEZ (Venezuela), Jonathan HERNÁNDEZ (Mexique), Graciela ITURBIDE (Mexique), Guillermo IUSO (Argentine), Alejandro JODOROWSKY (Chili), Claudia JOSKOWICZ (Bolivie), Marcos KURTYCZ (Mexique), Suwon LEE (Venezuela), Adriana LESTIDO (Argentine), Marcos LÓPEZ (Argentine), Pablo LÓPEZ LUZ (Mexique), Rosario LÓPEZ PARRA (Colombie), LOST ART (Brésil), Jorge MACCHI (Argentine), Teresa MARGOLLES (Mexique), Agustín MARTÍNEZ CASTRO (Mexique), Marcelo MONTECINO (Chili), Oscar MUÑOZ (Colombie), Hélio OITICICA (Brésil), Damián ORTEGA (Mexique), Pablo ORTIZ MONASTERIO (Mexique), Leticia PARENTE (Brésil), Luis PAZOS (Argentine), Claudio PERNA (Venezuela), Rosângela RENNÓ (Brésil), Miguel RIO BRANCO (Brésil), Herbert RODRÍGUEZ (Pérou), Juan Carlos ROMERO (Argentine), Lotty ROSENFELD (Chili), Graciela SACCO (Argentine), Maruch SÁNTIZ GÓMEZ (Mexique), Vladimir SERSA (Venezuela), Regina SILVEIRA (Brésil), Milagros DE LA TORRE (Pérou), Susana TORRES (Pérou), Sergio TRUJILLO DÁVILA (Colombie), Jorge VALL (Venezuela), Leonora VICUÑA (Chili), Eduardo VILLANES (Pérou), Luiz ZERBINI (Brésil), Facundo DE ZUIVIRÍA (Argentine).

C’est dense, comme l’accrochage, organisé par thèmes en trois salles, deux au rez-de-chaussée et la dernière en sous-sol, lieu d’une projection de film. L’accueil est charmant (sud-américain peut-être) avec un véritable guide remis gracieusement.

Il faut en priorité aller à la Fondation Cartier, visiter au pas de course un Adams en version abrégée et profiter du travail de Pernot tranquilement.

Le Bal, Fondation HCB et Les Filles du Calvaire

Rapide visite hier à la Fondation HCB pour voir l’exposition Guido Guidi. Je m’étais juré de ne pas y retourner au vu du rapport qualité-prix médiocre (7 €)  et pourtant, peut-être par désoeuvrement, je m’y suis rendu à nouveau… et je n’aurais pas dû. Quel ennui devant ces images et une programmation trop souvent digne des années 50. Le seul avantage à voir un auteur méconnu est que seuls 3 autres visiteurs occupaient les lieux ce qui change des expositions de "célébrités" (Sander, Evans) déjà tenues en ce lieu où, hélàs, la foule interdit alors un regard attentionné. Bilan des courses: inutile d’y aller. Mais en revanche il ne faut pas rater la discussion (celle sur la mission DATAR était captivanate) du Jeudi 13 mars "Henri Cartier-Bresson, par-delà le mythe" avec Clément Chéroux, commissaire de l’exposition Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou.

Autre déception qui ne date pas d’hier mais d’il y a deux semaines, Le Bal (5 €), avec Ponte City (par Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse), exposition consacrée à un immeuble d’Afrique du Sud, un sujet extrêmment pointu illustré par autant de documents non photographiques que de photographies. Cette expo avait déjà été présentée à Arles en format réduit en 2011 (ici). Cette fois, pas de notice à l’entrée, juste d’énormes piles de feuilles que l’on peut emprunter. Seul point positif, la possibilité d’acheter sur place, dans l’espace librairie, la revue piK qui met en avant notamment 3 auteurs dont je possède un tirage au moins (Philippe Herbet, Alma Haser et Andrew Miksys), signe que la sélection de piK est bonne ;)

Hier je suis aussi allé récupérer le catalogue Circulation(s) que j’avais co-financé (modestement) et écouter la conférence réunissant quelques auteurs ainsi que Xavier Cannone et Marion Hislen (notamment). Agréable moment sur lequel je reviendrais, et qui faisait suite à la visite commentée inaugurale.

Autre lieu visité hier et c’était le dernier jour pour le faire, Les Filles du Calvaire, avec une exposition de filles (ça tombe bien) dont pas mal de photographes. ça faisait une éternité que je n’étais pas allé voir une galerie parisienne, faute d’y trouver un programme dynamique et frais, créatif et décoincé. Chez Les Filles, on retrouvait avec plaisir des noms connus: Ellen Kooi (qui prendra la relève à partir du 14 mars), Laura Henno, Lise Broyer, Marie Maurel de Maillé, Karen Knorr, Dorothée Smith, Anni Leppälä et Nelli Palomäki (grâce à Taik) et Francesca Woodman (images rares d’une collection particulière). Et puis d’autres que je connaissais pas (ou que j’avais oublié): Janaina Tschäpe, Juul de Kraijer, Catherine Poncin et Helena Almeida (79 ans, 40 000 €). Un heureux mélange de jeunes et de moins jeunes, de célébrités et de potentiels, ponctué de dessins et de sculptures: une expo comme on aimerait en voir plus souvent (à Paris).

Grand Palais: Braque, Vallotton, Cartier, Depardon

Il y a fallu étaler les visites sur deux semaines pour faire le tour des expositions inaugurant 2014 au Grand Palais.

La mauvaise surprise c’était Braque (fini le 6 janvier), envahi de foule même le soir, à un point tel qu’il fallait jouer des coudes pour entr’apercevoir quelque chose, au moins dans les premières salles, les autres étant un plus aérées. L’autre mauvaise surprise c’était Cartier où aucune vitrine n’était dégagée, même en semaine, et où strictement rien n’était correctement visible, dommage car la scénographie du lieu était soignée mais il est vrai qu’il est très difficile de montrer à la foule de très petits objets dans de bonnes conditions. On ne peut que conseiller la visite qu’à des fans absolus et très patients (la quasi-totalité des visiteurs étaient des visiteuses "d’un certain âge").

La bonne surprise c’était Vallotton (fini le 20 janvier), un peintre peu connu et du coup facile à découvrir dans des salles presque désertes. Une double bonne surprise donc. Quant à Depardon, ce n’est pas une bonne ou une mauvaise surprise, c’est sans surprise, du Depardon, en couleur, qui ne fait mal ni aux yeux ni à la tête (c’est bon parfois, de respirer un peu d’où le titre "Un moment si doux"). Cette dernière exposition est visible jusqu’au 10 février et tant l’accrochage que l’espace permettent de voir clair même en cas d’affluence.

MEP: Fontcuberta et Lynch + Musée du Luxembourg

Matinée culturelle aujourd’hui dimanche commencée dès 10H30 au Musée du Luxembourg après une agréable promenade dans le parc du même nom pour découvrir le dernier jour de l’exposition "La renaissance et le rêve", sujet pointu, et salles déjà encombrées. Les oeuvres exceptionnellement réunies ici proviennent de musées du monde entier et on apprécie le regroupement autours de thèmes mais on aime moins le regroupement autour des oeuvres, il faudrait vraiment réguler le flux de manière plus efficace. Bosch en était la victime principale. L’expo m’a rappelé par moment celle de Vienne au Belvédère en 2012, Die Nacht im Zwielicht, en plus ramassé (ici).

Ensuite direction la MEP pour les 1ers jours du 1er accrochage 2014 que je craignais lamentable vu les noms en lice: Fontcuberta (souvent hermétique) et Lynch (ah bon, il est photographe aussi ?). En fait c’est une bonne surprise et en plus les salles étaient désertes. Le Fontcuberta présenté ici n’était pas celui d’Arles (en 2009, ici) mais celui de Lille (en 2010, ici) à tel point d’ailleurs que j’avais déjà vu certaines séries comme Fauna, Orogénésis, Constellations et Herbarium. Par contre j’ai découvert Déconstruire Osama, Sirènes, L’artiste et la photographie ainsi que Miracles & Co. Tous ces travaux photographiques sont des fictions traitées sous forme d’archives ou de reportage associant une multitude d’objets pris comme des témoins de véracité et des supports divers, lettres, vidéos, etc. Déconstruire Osaam est un reportage bidon sur Osama, Sirènes développent un conte sur l’existence d’ancêtres sirènes (il y a même un moulage de fossile et une statue en cire d’un prêtre qui en fit la découverte) tandis que Miracles & Co nous montre les miracles qu’accomplissent des moins orthodoxes… Même pour ceux qui auraient visité l’exposition lilloise, la MEP vaut le coup, outre par son extension, car la mise en scène est spécialement soignée et les artefacts improbables fort nombreux pour le plus grand plaisir du visiteur.

Quant à Lynch, je craignais qu’on ne soit dans la longue série déjà vue à la MEP de "people" tentant de prouver qu’ils ont des idées et du talent et aussi qu’il savent l’exprimer avec un appareil photo (c’est rarement le cas). Lynch est une heureuse exception. Il y a incontestablement un vrai petit monde créé par Lynch dans ses grands tirages noir et blanc. Un univers de cauchemars peut-être, de sombres rêves en tout cas, fait de flous et d’images légèrement pixelissiées issues de la télévision, de maquettes, dans des ensembles cohérents, principalement les deux séries interior et window. La série head est une variation de têtes presque abstraites sur fond noir, sans yeux ni bouche, réduites presque à des ampoules grises ornées de motifs inquiétants. Le parcours s’achève avec still life qui s’apparente presque au grafiti où à la gravure tant les traits sont présents, stylisés, noirs, épais et charbonneux.

L’exposition de la MEP ouvre bien l’année 2014 et vaut la peine d’être vue, jusqu’au 16 mars 2014.

Le Bal – Mark Cohen

Aujourd’hui, après Le Jeu de Paume, Le Bal. L’accès au Bal est payant (5 €) et outre l’accueil souriant, il n’y a pas la queue. Au programme, Mark Cohen pour Dark Knees (1969-2012) et ce jusqu’au 8 décembre 2013. Comme d’habitude, l’exposition se déroule sur deux niveaux et l’esapce reste très aéré, façon de dire qu’il aurait été possible d’en donner plus à avoir en cloisonnant l’espace.

Au rez-de-chaussée, un mur est couvert de petits tirages noir et blanc, des "gueules" et de petites choses tandis que les tirages en couleur, assez foncé, et eux-aussi cadrés étrangement donnent à voir des personnes, des choses ou des morceaux de personnes dans un style populaire voire pauvre des années 70 (illustration ci-dessous par un cliché visible au Bal, en provenance de Rosegallery).

Le sous-sol reste sur le même style, essentiellement en noir et blanc, sur un accrochage "chemin de fer", tous les cadres formant une ligne continue tout autour de la pièce, avec une légende peinte sur le mur, totalement descrptive et précisant l’usage du flash s’il y a lieu.

Cette exposition est marquée par la particularité de son auteur, Mark Cohen, qui parcourt le même patelin de Pennsylvanie (Wilkes-Barre) depuis 50 ans avec constance en y prélèvant un peu à la va-vite des petits morceaux cadrés trop près, coupant les têtes sans hésitation, ou extrayant un objet ou un détail.

Une exposition à voir pour l’effet de surprise et l’originalité de ce regard.qui nous reporte de surcroit dans les années 70. Les éléments communiqués au visiteurs sont de qualité et invitent à poursuivre la découverte par d’autres voies.