Cartier (photo sud-américaine) ou Jeu de Paume (Adams+Pernot)

J’ai fait mon devoir le 1er mars dernier en allant voir l’exposition qui se tient au Jeu de Paume jusqu’au 18 mai consacrée à Pernot et Adams.  Et j’en ai profité aussi pour parcourir l’exposition consacrée à la photographie sud-américaine à la Fondation Cartier qui se tient jusqu’au 6 avril 2014.

Au Jeu de Paume la surprise vient d’abord de l’espace consacré à chaque auteur, égal, tandis que leur notoriété ne sont guère comparables. Comment faire pour consacrer un même volume d’exposition à deux auteurs dont les carrières n’en sont pas du tout au même stade de maturité (Adams est né en 37, Pernot en 70) ? Ce n’est simplement pas possible: soit il faut délayer le travail de l’un soit il faut échantilloner sauvagement le travail de l’autre et c’est ici le parti-pris: tandis que Pernot est à peu près dignement représenté, on ne voit d’Adams qu’un minuscule fragment ou, pire encore, un grand nombre de séries mais handicapées par de lourdes amputations.

Pour Pernot, on retrouve des séries désormais bien connues comme celles autour du "sujet" tsiganes qui l’ont fait connaitre (vues à Arles dès 2008 ici). J’ai retrouvé aussi sa série Fenêtres et Les témoins, notamment. J’ai été un peu moins intéressé poar les séries récentes, Le Feu (encore avec des tsiganes, le feu en hors champs, les visages éclairés) et Les cahiers afghans qui m’a rappelé Le Photographe, la bande-dessinée d’Emmanuel Guibert. parue en 2003.

La surprise vient ensuite du faible nombre de visiteurs pour un samedi après-midi: c’est presque du jamais-vu (et c’est aussi tout bon pour ceux qui souhaitent profiter de bonnes conditions de visite).

Alors où étaient les visiteurs ? A la Fondation Cartier peut-être qui était bien remplie (ce n’est pas immense non plus) aussi bien de visiteurs que de photographies avec parait-il, plus de 70 auteurs, de tout horizon artistique (strictement photographique ou mêlant diverses pratiques), un vrai continent oublié qui émergeait sous nos yeux.

La longue liste issue du site de la Fondation figure ici:  Elías ADASME (Chili), Carlos ALTAMIRANO (Chili), Francis ALŸS (Mexique), Claudia ANDUJAR (Brésil), Antonio Manuel (Brésil), Ever ASTUDILLO (Colombie), Artur BARRIO (Brésil), Luz María BEDOYA (Pérou), Iñaki BONILLAS (Mexique), Oscar BONY (Argentine), Barbara BRÄNDLI (Venezuela), Marcelo BRODSKY (Argentine), Miguel CALDERÓN (Mexique), Johanna CALLE (Colombie), Luis CAMNITZER (Uruguay), Bill CARO (Pérou), Graciela CARNEVALE et le Grupo de Artistas de Vanguardia (Argentine), Fredi CASCO (Paraguay), Guillermo DEISLER (Chili), Eugenio DITTBORN (Chili), Juan Manuel ECHAVARRÍA (Colombie), Eduardo Rubén (Cuba), Felipe EHRENBERG (Mexique), Roberto FANTOZZI (Pérou), León FERRARI (Argentine), José A. FIGUEROA (Cuba), Flavia GANDOLFO (Pérou), Carlos GARAICOA (Cuba), Paolo GASPARINI (Venezuela), Anna Bella GEIGER (Brésil), Carlos GINZBURG (Argentine), Daniel GONZÁLEZ (Venezuela), Jonathan HERNÁNDEZ (Mexique), Graciela ITURBIDE (Mexique), Guillermo IUSO (Argentine), Alejandro JODOROWSKY (Chili), Claudia JOSKOWICZ (Bolivie), Marcos KURTYCZ (Mexique), Suwon LEE (Venezuela), Adriana LESTIDO (Argentine), Marcos LÓPEZ (Argentine), Pablo LÓPEZ LUZ (Mexique), Rosario LÓPEZ PARRA (Colombie), LOST ART (Brésil), Jorge MACCHI (Argentine), Teresa MARGOLLES (Mexique), Agustín MARTÍNEZ CASTRO (Mexique), Marcelo MONTECINO (Chili), Oscar MUÑOZ (Colombie), Hélio OITICICA (Brésil), Damián ORTEGA (Mexique), Pablo ORTIZ MONASTERIO (Mexique), Leticia PARENTE (Brésil), Luis PAZOS (Argentine), Claudio PERNA (Venezuela), Rosângela RENNÓ (Brésil), Miguel RIO BRANCO (Brésil), Herbert RODRÍGUEZ (Pérou), Juan Carlos ROMERO (Argentine), Lotty ROSENFELD (Chili), Graciela SACCO (Argentine), Maruch SÁNTIZ GÓMEZ (Mexique), Vladimir SERSA (Venezuela), Regina SILVEIRA (Brésil), Milagros DE LA TORRE (Pérou), Susana TORRES (Pérou), Sergio TRUJILLO DÁVILA (Colombie), Jorge VALL (Venezuela), Leonora VICUÑA (Chili), Eduardo VILLANES (Pérou), Luiz ZERBINI (Brésil), Facundo DE ZUIVIRÍA (Argentine).

C’est dense, comme l’accrochage, organisé par thèmes en trois salles, deux au rez-de-chaussée et la dernière en sous-sol, lieu d’une projection de film. L’accueil est charmant (sud-américain peut-être) avec un véritable guide remis gracieusement.

Il faut en priorité aller à la Fondation Cartier, visiter au pas de course un Adams en version abrégée et profiter du travail de Pernot tranquilement.

Le Bal, Fondation HCB et Les Filles du Calvaire

Rapide visite hier à la Fondation HCB pour voir l’exposition Guido Guidi. Je m’étais juré de ne pas y retourner au vu du rapport qualité-prix médiocre (7 €)  et pourtant, peut-être par désoeuvrement, je m’y suis rendu à nouveau… et je n’aurais pas dû. Quel ennui devant ces images et une programmation trop souvent digne des années 50. Le seul avantage à voir un auteur méconnu est que seuls 3 autres visiteurs occupaient les lieux ce qui change des expositions de "célébrités" (Sander, Evans) déjà tenues en ce lieu où, hélàs, la foule interdit alors un regard attentionné. Bilan des courses: inutile d’y aller. Mais en revanche il ne faut pas rater la discussion (celle sur la mission DATAR était captivanate) du Jeudi 13 mars "Henri Cartier-Bresson, par-delà le mythe" avec Clément Chéroux, commissaire de l’exposition Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou.

Autre déception qui ne date pas d’hier mais d’il y a deux semaines, Le Bal (5 €), avec Ponte City (par Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse), exposition consacrée à un immeuble d’Afrique du Sud, un sujet extrêmment pointu illustré par autant de documents non photographiques que de photographies. Cette expo avait déjà été présentée à Arles en format réduit en 2011 (ici). Cette fois, pas de notice à l’entrée, juste d’énormes piles de feuilles que l’on peut emprunter. Seul point positif, la possibilité d’acheter sur place, dans l’espace librairie, la revue piK qui met en avant notamment 3 auteurs dont je possède un tirage au moins (Philippe Herbet, Alma Haser et Andrew Miksys), signe que la sélection de piK est bonne ;)

Hier je suis aussi allé récupérer le catalogue Circulation(s) que j’avais co-financé (modestement) et écouter la conférence réunissant quelques auteurs ainsi que Xavier Cannone et Marion Hislen (notamment). Agréable moment sur lequel je reviendrais, et qui faisait suite à la visite commentée inaugurale.

Autre lieu visité hier et c’était le dernier jour pour le faire, Les Filles du Calvaire, avec une exposition de filles (ça tombe bien) dont pas mal de photographes. ça faisait une éternité que je n’étais pas allé voir une galerie parisienne, faute d’y trouver un programme dynamique et frais, créatif et décoincé. Chez Les Filles, on retrouvait avec plaisir des noms connus: Ellen Kooi (qui prendra la relève à partir du 14 mars), Laura Henno, Lise Broyer, Marie Maurel de Maillé, Karen Knorr, Dorothée Smith, Anni Leppälä et Nelli Palomäki (grâce à Taik) et Francesca Woodman (images rares d’une collection particulière). Et puis d’autres que je connaissais pas (ou que j’avais oublié): Janaina Tschäpe, Juul de Kraijer, Catherine Poncin et Helena Almeida (79 ans, 40 000 €). Un heureux mélange de jeunes et de moins jeunes, de célébrités et de potentiels, ponctué de dessins et de sculptures: une expo comme on aimerait en voir plus souvent (à Paris).

Grand Palais: Braque, Vallotton, Cartier, Depardon

Il y a fallu étaler les visites sur deux semaines pour faire le tour des expositions inaugurant 2014 au Grand Palais.

La mauvaise surprise c’était Braque (fini le 6 janvier), envahi de foule même le soir, à un point tel qu’il fallait jouer des coudes pour entr’apercevoir quelque chose, au moins dans les premières salles, les autres étant un plus aérées. L’autre mauvaise surprise c’était Cartier où aucune vitrine n’était dégagée, même en semaine, et où strictement rien n’était correctement visible, dommage car la scénographie du lieu était soignée mais il est vrai qu’il est très difficile de montrer à la foule de très petits objets dans de bonnes conditions. On ne peut que conseiller la visite qu’à des fans absolus et très patients (la quasi-totalité des visiteurs étaient des visiteuses "d’un certain âge").

La bonne surprise c’était Vallotton (fini le 20 janvier), un peintre peu connu et du coup facile à découvrir dans des salles presque désertes. Une double bonne surprise donc. Quant à Depardon, ce n’est pas une bonne ou une mauvaise surprise, c’est sans surprise, du Depardon, en couleur, qui ne fait mal ni aux yeux ni à la tête (c’est bon parfois, de respirer un peu d’où le titre "Un moment si doux"). Cette dernière exposition est visible jusqu’au 10 février et tant l’accrochage que l’espace permettent de voir clair même en cas d’affluence.

MEP: Fontcuberta et Lynch + Musée du Luxembourg

Matinée culturelle aujourd’hui dimanche commencée dès 10H30 au Musée du Luxembourg après une agréable promenade dans le parc du même nom pour découvrir le dernier jour de l’exposition "La renaissance et le rêve", sujet pointu, et salles déjà encombrées. Les oeuvres exceptionnellement réunies ici proviennent de musées du monde entier et on apprécie le regroupement autours de thèmes mais on aime moins le regroupement autour des oeuvres, il faudrait vraiment réguler le flux de manière plus efficace. Bosch en était la victime principale. L’expo m’a rappelé par moment celle de Vienne au Belvédère en 2012, Die Nacht im Zwielicht, en plus ramassé (ici).

Ensuite direction la MEP pour les 1ers jours du 1er accrochage 2014 que je craignais lamentable vu les noms en lice: Fontcuberta (souvent hermétique) et Lynch (ah bon, il est photographe aussi ?). En fait c’est une bonne surprise et en plus les salles étaient désertes. Le Fontcuberta présenté ici n’était pas celui d’Arles (en 2009, ici) mais celui de Lille (en 2010, ici) à tel point d’ailleurs que j’avais déjà vu certaines séries comme Fauna, Orogénésis, Constellations et Herbarium. Par contre j’ai découvert Déconstruire Osama, Sirènes, L’artiste et la photographie ainsi que Miracles & Co. Tous ces travaux photographiques sont des fictions traitées sous forme d’archives ou de reportage associant une multitude d’objets pris comme des témoins de véracité et des supports divers, lettres, vidéos, etc. Déconstruire Osaam est un reportage bidon sur Osama, Sirènes développent un conte sur l’existence d’ancêtres sirènes (il y a même un moulage de fossile et une statue en cire d’un prêtre qui en fit la découverte) tandis que Miracles & Co nous montre les miracles qu’accomplissent des moins orthodoxes… Même pour ceux qui auraient visité l’exposition lilloise, la MEP vaut le coup, outre par son extension, car la mise en scène est spécialement soignée et les artefacts improbables fort nombreux pour le plus grand plaisir du visiteur.

Quant à Lynch, je craignais qu’on ne soit dans la longue série déjà vue à la MEP de "people" tentant de prouver qu’ils ont des idées et du talent et aussi qu’il savent l’exprimer avec un appareil photo (c’est rarement le cas). Lynch est une heureuse exception. Il y a incontestablement un vrai petit monde créé par Lynch dans ses grands tirages noir et blanc. Un univers de cauchemars peut-être, de sombres rêves en tout cas, fait de flous et d’images légèrement pixelissiées issues de la télévision, de maquettes, dans des ensembles cohérents, principalement les deux séries interior et window. La série head est une variation de têtes presque abstraites sur fond noir, sans yeux ni bouche, réduites presque à des ampoules grises ornées de motifs inquiétants. Le parcours s’achève avec still life qui s’apparente presque au grafiti où à la gravure tant les traits sont présents, stylisés, noirs, épais et charbonneux.

L’exposition de la MEP ouvre bien l’année 2014 et vaut la peine d’être vue, jusqu’au 16 mars 2014.

Le Bal – Mark Cohen

Aujourd’hui, après Le Jeu de Paume, Le Bal. L’accès au Bal est payant (5 €) et outre l’accueil souriant, il n’y a pas la queue. Au programme, Mark Cohen pour Dark Knees (1969-2012) et ce jusqu’au 8 décembre 2013. Comme d’habitude, l’exposition se déroule sur deux niveaux et l’esapce reste très aéré, façon de dire qu’il aurait été possible d’en donner plus à avoir en cloisonnant l’espace.

Au rez-de-chaussée, un mur est couvert de petits tirages noir et blanc, des "gueules" et de petites choses tandis que les tirages en couleur, assez foncé, et eux-aussi cadrés étrangement donnent à voir des personnes, des choses ou des morceaux de personnes dans un style populaire voire pauvre des années 70 (illustration ci-dessous par un cliché visible au Bal, en provenance de Rosegallery).

Le sous-sol reste sur le même style, essentiellement en noir et blanc, sur un accrochage "chemin de fer", tous les cadres formant une ligne continue tout autour de la pièce, avec une légende peinte sur le mur, totalement descrptive et précisant l’usage du flash s’il y a lieu.

Cette exposition est marquée par la particularité de son auteur, Mark Cohen, qui parcourt le même patelin de Pennsylvanie (Wilkes-Barre) depuis 50 ans avec constance en y prélèvant un peu à la va-vite des petits morceaux cadrés trop près, coupant les têtes sans hésitation, ou extrayant un objet ou un détail.

Une exposition à voir pour l’effet de surprise et l’originalité de ce regard.qui nous reporte de surcroit dans les années 70. Les éléments communiqués au visiteurs sont de qualité et invitent à poursuivre la découverte par d’autres voies.

Jeu de Paume – Erwin Blumenfeld

Le Jeu de Paume a inauguré il y a peu son exposition hivernale, consacrée à Erwin Blumenfeld. Elle fermera ses portes le 26 janvier 2014. Contrairement au Carré Baudouin et à la Fondation Calouste Gulbenkian, l’entrée est facturée, et pas qu’un peu, à 8,50 €. J’ai visité aujourd’hui en tout début d’après-midi ce qui m’a permis d’éviter l’interminable file d’attente qui s’est formée dans l’intervalle.

La 1ère suprise est que l’exposition n’est pas au rez-de-chaussée (dévolu à Natacha Nisic) mais à l’étage et se trouve donc d’une ampleur relativement réduite. Comme d’habitude, le visiteur n’est pas aidé dans sa découverte des oeuvres et le découpage est thématique. Ce choix conduit le visiteur à explorer d’abord les dessins et collages, qui sont des travaux de jeunesse réalisés sur le vif dont l’intérêt n’est pas évident. Ensuite, viennent les portraits et auto-portraits dont une bonne part ne présente guère d’originalité, entre solarisation à la Man Ray et déformation à la Kertész, on cherche un peu en vain l’unité de ton et le style propre à Blumenfeld. Viennent ensuite des nus. Arrivé au bout, on bute sur la baie vitrée et il faut faire demi-tour, et retraverser l’espace d’exposition pour voir la suite qui commence avec quelques tirages d’architecture un peu orphelins et des tirages "anti-Hitlériens", bien connus, enfermés dans un espace confiné. Ce dernier abrite aussi 3 projections de diapos couleur de Paris, Berlin et New York qui valent éventuellement comme documentaire.

Arrivé à ce stade on se demande bien où sont les photographies de mode et, dans mon voisinage, un monsieur s’interrogeait: "C’est là que ça devient intéressant ?". En fait, bien que l’affluence ne soit pas énorme, il faut faire la queue pour voir la dernier salle, minuscule, consacrée aux dites photos de mode, dont certaines en couleur, toutes sont des tirages réalisés en 2012, donc très postérieures aux prises de vues.

Cette exposition s’avère donc finalement, une fois encore, décevante, et on aurait souhaité une investigation plus approfondie sur le domaine d’excellence de Blumenfeld plutôt qu’un saupoudrage de travaux très inégaux couvrant des décennies d’activité. A défaut, il aurait fallu démontrer en quoi les travaux de jeunesse et autres thèmes abordés ont contribué à forger le photographe de mode et son style: ce travail reste à faire. On regrettera donc aussi la pauvreté de l’appareil critique à la disposition du visiteur.

Le conseil du jour est par conséquent d’aller visiter les deux lieux mentionnés en préambule ou d’aller au Louvre, tout proche, dont le billet à 12 € garantit une journée entière à contempler des chefs-d’oeuvres.

Bamako Photo in Paris – Pavillon Carré de Baudouin

La semaine dernière, visite du Pavillon carré de Baudouin (121 rue de Ménilmontant) pour un programme photographique et malien. L’exposition est gratuite et se tient jusqu’au 7 décembre.

On commence par Mamadou Konaté et ses diptyques clair obscur exposant un programme de replantation d’arbres par des enfants. Mohamed Camara s’intéresse lui à la dyaa (intelligence, image, etc) avec sa série éponyme qui présente des portraits et intérieurs un peu brumeux avec parfois une main comme une interdiction de photographier (la croyance, au moins chez les plus âgés, voulant que le photogaphe "vole" la dyaa du sujet photographié). Dicko Harandane exposeson corps nu superposé à des intérieurs en ruine. Souleymane Cisse clot la visite du rez-de-chaussée avec portraits au naturel et des photo d’écrans de télévision peu convainquants: on préfère le cinéaste au photographe.

A l’étage, la sonorisation couleur locale est de mise et c’est Amadou Keita qui accueille le visiteur dans une petite salle. Les tirages noir et blanc illustrent des rues désertes (Tombouctou), la déforestation (avec des arbres morts), des berges peuplées (le débarcadère) et des nus féminins. Sogona Diabaté mêle affiches électorales collées et photos de chaussures. Seydou Keita est représenté par quelques portraits noir et blanc prêtés par Agnès B.

On retrouve Dicko Harandane avec une autre série, outside inside, des photos d’images captées dans des rétroviseurs, en noir et blanc. Bintou Camara traite des chinois en Afrique tandis que Seydou Camara s’occupe des manuscrits précieux de Tombouctou et de ses habitants posant devant la porte d’une bibliothèque. Discours moins clair pour Emmanuel Bakary Daou avec ses portraits accompagnés de symboles en surimpression ou tenus par les personnes photographiées. Même chose pour Adama Bamba avec un ressac et autres textures noir et blanc.

On revient au plus classique avec des portraits noir et blanc de Adama Kouyaté, Malick Sidibé et Mory Bamba.

Et la conclusion se fait avec la jeune génération à nouveau avec Fatoumata Diabaté et sa série sutigi (à nous la nuit) avec de grands noir et blanc pour des fêtard(e)s.

Une exposition sympathique et pas trop encombrée à visiter impérativement.

Fondation Calouste Gulbenkian – Present Tense (Photographies du Sud de l’Afrique)

Tandis que tous les moutons se précipitent à la MEP poour voir Salgado, personne ou presque n’a la curiosité d’aller voir l’expo qui se tient à la Fondation Calouste Gulbenkian, qui n’est pas (plus ?) rue d’Iéna mais rue de la Tour Maubourg. En tout cas c’est ce que que je me suis dit en sortant de ce lieu agréable et prestigieux à l’accrochage aussi irréprochage que l’accueil et les petites brochures remises à chaque visiteur. Le tout est gratuit et sans file d’attente. C’est jusqu’au 14 décembre ce qui rend inexcusable de ne pas y faire un tour. Et merci à la Fondation  :)

Alors que voit-on ? Un échantillon précieux de ce qui se fait de mieux en matière de photographie africaine contemporaine. Alors, un échantillon certes mais suffisant pour prendre la mesure des auteurs présentés.

L’exposition commence au rez de chaussée où un panneau annonce la thématique (assez peu clairement en fait) à proximité du patio. Deux auteurs ouvrent ainsi le bal, à commencer par Guy Tillim qu’on ne présente plus (vu par exemple ici) avec un extrait de sa série Libreville (4 grands formats). Malala Andrialavidrazana montrait 10 vues rapprochées de paisibles intérieurs de sa série echoes. Ensuite, il fallait aller à l’étage pour découvrir le gros de l’exposition, dans une présentation aérée qui permet pour une fois de circuler à l’aise et de prendre du recul.

Mauro Pinto montre un pique-nique en 4 grands formats noir et blanc mais au cimetière. Filipe Branquinho avec sa série Chapa 100 et 9 petits formats cul à cul montre le taxi collectif comme si les voyageurs faisaient la chenille. Délio Jasse expose Luanda avec 6 grands formats, en noir et blanc également, centrés sur les bidonvilles et constructions en cours. Sammy Baloji avec série Kolwezi s’intéresse à la Chinafrique avec des diptyques montrant des posters chinois d’une vie de rêve et la vraie vie.

Dillon Marsh avec sa série limbo montre 9 maisons avec leur arbre estropié tronant devant, formant une typologie à Cape Flats (banlieue résidentielel du Cap). Tsvangirayi Mukwazhi choisit avec 4 grands format de traiter de l’exploitation des ressources naturelles de manière originale puisqu’ignorant le diamant et le minerai il s’attaque à une carrière de granite en Angola, à Lubango. Jo Ractliffe exposait 12 petits formats noir et blanc, désert ou presque, je me demande si ce n"st pas justement cette série que j’ai vue à Arles (ici). Kiluanji Kia Henda affichait deux autoportraits étranges. Peter Hugo (déjà vu à de maintes reprises dont ici) avec Empire of the in-between montre 12 portraits et de petites choses alternées sur la ligne de chemin de fer qui va de Washington à New York en traversant des secteurs autrefois industriels.

Paul Samuels dans sa série Edenvale XVI X expose 18 portraits surtout masculins dans le quotidien. Mack Magagane choisit 24 petits formats pour montrer la rue de nuit et d’assez loin, un peu en voyeur. Enfin, Sabelo Mlangeni exposait 9 petits format noir et blanc de style "street photography".

Une exposition à ne pas rater.

Conférence HCB 27 septembre 2013

Je suis allé à la conférence sur la Mission DATAR, à la Fondation HCB,  il y a quelques jours, le Jeudi 26 septembre. La conférence, gratuite, d’une durée de 1H30 était instructive et animée: c’est une  expérience à reconduire, selon les thèmes traités évidemment. Le présent billet est une tentative de rendre compte des échanges. Pour ceux qui ont raté cette séance, où qui souhaitent un éclairage plus approfondi sur la mission France territoire liquide (FTL), le BAL offre une session mercredi 16 octobre 2013 (je serai en cours du soir à l’Ecole du Louvre donc dommage).

La Mission DATAR fête ses 30 ans avec deux ouvrages à paraitre et un site web. « France territoire liquide » (FTL) est une initiative privée parrainée par la DATAR qui marche sur les traces de la Mission. La mission de la DATAR a été créée en 83, la campagne photographique a commencé en 84 avec 15 puis 30 photographes qui ont produit 1285 tirages d’ici à 1989.

Bernard Latarjet (patron de la Mission) : la période était un moment charnière de la transformation du territoire avec notamment la fin de l’exode rural et de la croissance urbaine de l’après-guerre, le déclin de certaines activités (mines, sidérurgie), le développement du tourisme de masse et de nouvelles activités de service (avec les hypers par exemple). Il y a alors une bascule doublée d’une prise de conscience en interne d’une approche « technocratique » où le paysage n’est pas « visible ».

Le besoin s’est faire sentir d’une nouvelle syntaxe. Le paysage est une invention de l’Art. La perte de qualité observée conduit à choisir des artistes. Avant la Mission, la photographie est surtout aérienne et technique, ce n’est pas une représentation. Il s’agit de recréer une représentation portée par une « culture ». Un paysage c’est un ensemble de représentations, pas seulement un élément automatique. L’interview de quelques français à l’époque, face à un paysage, montrait que les gens ne décrivaient pas ce qu’ils voyaient mais évoquaient un paysage passé, leurs souvenirs, des éléments cachés, etc.

Raphaële Bertho (historienne de la photographie) : la Mission est au croisement de deux histoires ; celle de la photographie et celle de l’aménagement du territoire fondée surtout sur des vues aériennes bien qu’il existe toutefois des vues piétonnes mais peu valorisées et uniquement à visée documentaire.

B.L. : Avant la Mission il ya avait quand même eu la mission héliographique en France et la FSA aux États-Unis où des documentaristes… qui étaient des artistes, avaient œuvré.

R.B. : La Mission intervient à une époque où l’histoire de la photographie est en train de se faire. La mission héliographique était oubliée et ressortait des limbes dans les années 80, situation un peu différente du fonds de la FSA.

B.L. : Le choix des photographes a porté sur des artistes n’ayant jamais photographié, des photographes connus ou non. Il n’y avait pas de destination imposée mais une sélection sur projets et des allers-retours avec la DATAR qui ont pu conduire à modifier certains projets ou à les abandonner.

FTL : La Mission était un sujet de discussion et la Mission a suscité des vocations : la question s’est posée de savoir pourquoi il n’existait plu de projet comparable.

R.B. : La Mission est perçue comme une sorte de monument maintenant mais à l’époque c’était davantage un laboratoire et une expérience avec des noms peu connus.

B.L. : il faut ajouter que c’était un labo aussi pour des questions très terre à terre comme le domaine juridique et la conservation… Le photographe faisait son travail seul après validation mais il ne s’agissait pas d’une totale « carte blanche » et la DATAR a pu jouer aussi un rôle de facilitateur notamment logistique.

B.L. : Le choix des auteurs s’est fait de façon empirique et le passage de 15 à 30 faisait suite à une satisfaction quant aux résultats plus qu’à un souhait d’exhaustivité.

B.L. : il n’y a quasiment pas de portraits dans les travaux car on ne voulait pas de « paysage décor ».

R.B. : dans les années 80 il y a un 1er désengagement de la photographie de presse en Europe et aux États-Unis et la possibilité de créer hors du photoreportage est apparue. A ce moment là ré-émerge une photo d’Art, à la chambre, un « lent regard » comme dit Basilico.

F.T.L. : Le principe du collectif est de passer de la représentation à la perception, d’insister sur la relation intime entre le photographe et son paysage.

B.L. : L’accueil du travail de la Mission a été positif, les commanditaires ont été surpris, il ya eu des échanges et les équipes ont découvert qu’il y avait une dimension culturelle dans une Direction technique (la DATAR). Du coup, l’idée a germé dans d’autres Ministères et celui de la Culture a été un peu vexé.

R.B. : il y a deux dynamiques dans la Mission DATAR. D’abord une sorte de pédagogie de la commande publique, la publication se pré sentant finalement comme un « manuel » pour conduire une mission avec même des modèles de plan. Ensuite, l’envie de faire modèle et de fait d’autres pays vont lancer des missions comparables.

B.L. : Envie de faire modèle mais en soi la production de la Mission a été peu montrée et surtout il n’y a pas eu d’exposition de référence, synthétique, même si des choses ont été vues « en train de se faire ». Et puis quand la DATAR a eu fini, c’était aux musées (notamment) d’agir, ce qui n’a pas été fait. La DATAR n’est pas un musée et n’a pas d’espaces d’exposition.

R.B. : … et pourtant la couverture média a été importante, ce qui montre l’écart entre renommée et visibilité !

B.L. : … et les livres ont été vite épuisés et pas réédités.

R.B. : … oui, la BNF a numérisé le fonds mais c’est tout, la visibilité est réduite.

RUFFIN : depuis juin 2013 toutes les images sont visibles en ligne de même que les documents sur l’histoire de la mission, les archives administratives, etc. En 2013 on célèbre à la fois les 30 ans de la Mission et les 50 ans de la DATAR. Ce qui a conduit à s’interroger sur la résurrection d’un Mission finalement abandonnée face au risque de décevoir. Finalement, le site web a été retenu pour relayer la Mission historique au lieu d’un remake. Pour autant, il existe aussi une charnière en 2013 qui pouvait motiver une démarche photographique : les gens sont plus mobiles, la révolution numérique ajoute un espace immatériel et de nouvelles dynamiques se font jour.

Frédéric Delangle (F.D./FTL) : le projet FTL a mûri un an puis les 4 initiateurs ont décidé de fonctionner en auto-commande donc sans commanditaire et sans financement et au départ sans directeur artistique (DA). Finalement, un DA britannique (d’une certaine façon « vierge ») a été retenu. La règle est que chacun des 30/40 photographes ne montre pas son travail aux autres.

FTL : notre nom est en effet bizarre et il n’intéresse pas seulement aux territoires aquatiques ;) En fait il n’y a guère que la DATAR qui a compris de quoi il s’agissait et d’une certaine manière les cartes de la DATAR qui repoussent les frontières physiques pour des territoires en mouvements sont « liquides ». Le terme a été bien reçu par la DATAR. Il existe des passages entre la photographie et les territoires en mouvements. FTL n’est pas sociologue et ne cherche pas à « représenter » : il s’agit de miser sur des situations et une approche « laboratoire ».

F.D./FTL : dans le projet il s’agit de photographier Paris en noir et blanc et d’y faire ajouter des éléments colorés par des indiens

Patrick Messina (FTL) : volontairement, toutes les zones ne sont pas couvertes et en particulier il existe peu de photographies de ville et comme d’habitude je photographie la ville, cette fois j’ai choisi autre chose, la Bretagne, et pourquoi il existe de l’attachement ?

Cédric Delsaux (FTL) : l’idée c’est de percevoir le réel via la fiction (cf. série StarWars) et cette fois le choix s’est porté sur le Pays de Gex (dont j’ignore tout) mais où s’est déroulé il y a 18 ans l’histoire d’un faux médecin prétendu chercheur à l’OMS (ndlr : il s’agit de l’affaire Romand). J’ai été hanté par cette histoire et j’ai mené ce projet pendant 2 ans.

B.L. : en écoutant FTL, je retiens la nécessité du DA sur un projet. La mission FSA s’est par exemple très mal passée jusqu’à la destruction de certains négatifs. A la DATAR, il n’y avait pas d’expérience de DA Et d’ailleurs qu’est-ce qu’un DA dans une commande publique ?

FTL : le rôle du DA est de négocier, il intervient tous les mois ou tous les deux mois et prend chaque photographe en tête à tête. C’est une nécessité pour avoir du recul sur un projet et trancher au besoin.

R.B. : de 1988 à 2005, sur la mission Transmanche, il existe une idée de « commande négociée » et quand la mission est longue, le DA est toujours très présent.

FTL : la mission est par et pour les photographes, il y a besoin d’un DA pour se mettre d’accord mais c’est une sorte de DA invité et on peut imaginer d’autres photographes, un autre DA, ou un autre DA avec les mêmes photographes.

FTL : il y a le souhait d’une double exposition FTL/DATAR mais pour commencer il sortira un livre FTL en 2014 au Seuil, un site web et une expo FTL.