MAMCS – La photographie n’est pas l’art – Sylvio Perlstein

Le principal intérêt du MAMCS récemment, c’était l’exposition intitulée La photographie n’est pas l’art qui s’appuie sur la collection Sylvio Perlstein. Cette exposition strasbourgeoise s’est achevée le 26 avril 2010.

L’exposition est très organisée (contrairement à D’un regard à l’autre – billet ici) avec un découpage simple, pour ne pas dire simpliste, en thèmes. Elle est aussi tellement « organisée » que les photos sont interdites et, surtout, que vous avez un garde-chiourme sur les talons qui veille sur votre téléphone. C’est un peu pénible.

Le 1er thème est le Corps, abordé avec Umbo (Otto Umbehr), Wols (Alfred Otto Wolfgang Schulze), Kertesz, Josef Breitenbach vers 40 et un Bellmer en couleur ou plutôt rehaussé de rouge, une découverte pour moi. Cette série qui évoque le corps artificiel (mannequin, poupée) trouve une manifestation en relief avec John de Andrea (1974) et sa statue de femme nue en mode réaliste. En face, un diasec de 2000 de Nicole Tran Ba Vang, vous savez,  de la série où de jeunes femmes enlèvent leur peu comme un vêtement (non, ce n’est pas gore).

Un peu plus loin, on a Raoul Ubac avec une solarisation qui voisine avec Spencer Tunik (toujours ses foules à poil – il n’ y a pas de contrepèterie) et quelques Man Ray que l’on retrouve du reste dans l’ensemble de l’exposition, ici il s’agit de « la prière », « dos blanc » et « violon d’Ingres », de grands classiques. Ensuite on trouve Ann Mandelbaum, Maurice Tabard, Kertesz encore avec des distorsions, Erwin Blumenfeld et Hajek-Halke. Voilà pour le volet « historique ». Pour le plus contemporain, il y a un diasec Janaina Tschape (son site décourageant ici) et le provocateur minuscule, Andres Serrano (avec une bonne sœur se masturbant).

Il y a aussi un peu plus choquant avec Molinier et Witkin juste à côté d’un collage de Marcel Marien (« ma fiancée juive ») car le principe est de faire cohabiter photographies et oeuvres sur d’autres médias. Assez logiquement, Beecroft fait le lien avec une vidéo et une photo a priori tirée de la vidéo. Muniz et Leo Dohmen (son site très pédagogique ici) sont convoqués pour une approche également sexualisée ainsi que Magritte (par ironie, le titre du tableau – le viol – étant sans lien avec la représentation).

Un corps, il faut le nourrir alors du coup, un petit ensemble évoque le sujet avec notamment Wegman (drinkin milk), et Delphine Kreuter (nudiste dans un supermarché) et Adriana Varejao (cannibal and nostalgic – site ici). On finit avec des mains oeuvres en autres de Man Ray (érotique voilée), Cattelan (mother – deux mains jointes émergeant du sable), Francois Kollar, Geza Vandor.

La section suivante sobrement intitulée Objets est également un mélange de grands noms et de quasi-inconnus, assez peu contemporains. A part les « divers objets » de Doisneau (j’ignorais que le photographe avait fait de telles photos) et la casserole de moules vertes de Broodthaers (que je connaissais mais n’avais pas vu « en vrai »), l’ensemble n’était pas très attractif. Peut-être peut-on ajouter encore aux pièces d’intérêt le travail de Bill Beckley (3 photos superposées en situation : robinet, goute, seau), celui d’Alain Bizos (avec la fameuse valise qu’il a volée et les photos en témoignant, et l’incontournable Man Ray (le colifichet, Hamlet, l’énigme d’Isidore Ducasse qui n’est pas une photo mais un objet… énigmatique).

Pour le reste, la liste est longue, et encore je ne cite pas ceux déjà vus avant: Pere Catala Pic, Florence Henri, Steichen, Exinger,  Roger Parry, Kenneth Josephson, Sala, Outerbridge, Bruehl, Hannes Beckmann, Siuget, van Moerkerken, Cunningham, Weston, Vaclav Chochola, Brassai, Oppenheim.

L’espace suivant s’appelle Espaces et  il compte nombre de photographes ou artistes contemporains. On pourra relever tout spécialement Warhol (4 vues du world trade center), 2 panneaux de 9 châteaux d’eau des Becher, une série de Gordon Matta-Clark (des trous dans une usine – la photographie ne sert que de témoignage de l’intervention),  John Hilliard (une pierre et un objet, le titre change) Ibbets (10 photos du blanc au noir). On pouvait voir aussi Candida Höfer (bibliotheque) et Philippe Ramette (marchant sur un palmier vertical) dont on peut voir les travaux assez régulièrement en galerie.

Pour le reste, on voyait aussi le travail de Marville, Pierre Edmonds, Misrach, Paul Freiberger, Hamish Fulton, Dan Graham, Michelangello Pistoleto (un dessin sur miroir), William Keck, Edward Quigley, Abbott, Evans, Strand, Jiseohon, Maar, Callahan, Moholy-Nagy et Funke.

Avec le volet intitulé Mots l’exposition accentue encore le registre contemporain et surtout conceptuel de la photographie, c’est généralement une rive que j’ai de la difficulté à aborder et davantage encore à apprécier. Du coup, j’ai surtout retenu les classiques, voire les pionniers comme Cahun, Atget, Abbé, Cartier-Bresson et, d’autre part, ceux qui n’utilisent pas la photographie (ou alors de manière occasionnelle) comme Kosuth (le radiateur, sa photo et la photo de la définition) et Bruce Nauman (none sing, neon sign). Intéressant aussi le travail de Fred Eerdekens, un fil de fer dont l’ombre produit un mot.

On découvrait aussi: Vito Aconci, Bernard Venet, Matiz, On Kawara, Douglas Huebler, allen ruppersberg (des plateaux de scrabble formant des phrases), Claire Fontaine (capitalism is not working – écrit en rouge sur une photo noir et blanc de Mao), Joseph  Georges Hugnet (collage), Barbara Kruger (texte sur image pixellisee), Jeff Brouws.

L’étape suivante est baptisée Scènes et l’élément saillant est un mur recouvert jusqu’en hauteur par 29 photos dont les légendes sont sur le côté ce qui ne permet pas vraiment d’y voir clair et où sont mêlés en vrac Véronique Ellena, Evans, Bravo, Weegee, etc. Ce sont peut-être les minuscules noir et blanc des années 30 où des gens miment l’usage d’objet, réalisées par Paul Nougé, qui m’ont le plus intéressé. cela démontre aussi le goût éclectique du collectionneur qui nous ouvre ses portes.

A côté de cela, il y a notamment: Leandro Erlich, Roger Pary (collage), Miguel Rio Branco, Adel Abdemessed, Frank, Nan Goldin, Andrew Moore, Guillaume Janot, Braco Dimitrijevic.

L’exposition se terminait en beauté, comme elle avait commencé, avec Masques et visages.

On découvre d’abord un enchevêtrement de liens artistiques avec un masque par Man Ray, une peinture de Man Ray par Warhol, un autoportrait de Man Ray, Weegee (en autoportrait, et réalisant celui de Warhol), des photos d’Izis (y compris  Breton vu par Izis) et Man Ray photographiant Duchamp et Artaud. Il y aussi des portraits de surréalistes réalisés au Photomaton (par Man Ray). Dans la même veine, il nous est montré Duchamp avec ses célèbres lhooq et lhooq rasée. Cet ensemble ainsi réuni est à mon avis exceptionnel. Vik Muniz répond à Duchamp avec une photographie de dessin de Mona Lisa en confiture et beurre de cacao. Autre pièce exceptionnelle, le « portrait d’Inge Borg aux masques » par Manassé (ci-dessous) et Gloria Swanson par Steichen (que l’on avait vue au Jeu de Paume à Paris).

On pouvait voir aussi des oeuvres de Mapplehorpe, Silva Meinel, Cravo Neto, Wendt, Abbott, Messens, Moral, Ubac, Lartigue, Blumenfeld, Gehr, Sudek, Messens, Jaussmann et Skruzny (4 « ovnis » surrealistes).

Bref, au final une exposition exceptionnelle, tout spécialement pour les sections corps et visages avec des pièces sur-réalistes rarement rassemblées accompagnées de pièces contemporaines de qualité. C’était une exposition à ne pas rater.

MAMCS – D’un regard à l’autre

J’ai rapidement évoqué (ici) ma petite visite à Strasbourg du MAMCS. Je vais commencer par ce qui, à mes yeux, était annexe, à savoir le musée et l’exposition baptisée D’un regard à l’autre consacrée au fond photographique du musée. Le principal c’était l’exposition Perlstein sur laquelle je reviendrai.

Il est à noter que la collection du musée peut être visualisée sur le site du musée, en ligne, ici. C’est très bien fait et il y a 967 oeuvres photographiques en provenance de 131 artistes. Du coup, je renvoie souvent vers une image du fond, depuis le nom de l’auteur.

Dans la collection permanente du musée, outre Arp et sa famille (le musée est situé rue Jean Arp), on peut voir Ernst, Miro, Kandisky, trois Picasso, un Renoir et une salle Gustave Doré avec une peinture gigantesque (la plus grande que j’ai jamais vue). A l’étage, il y a notamment quelques nouveaux réalistes (Buren, Hains, César, Arma), Baselitz, et peu de photographes (Roland Fischer).

L’exposition D’un regard à l’autre qui est terminée depuis fin avril est l’occasion de revenir sur les collection de photographies du musée des origines (ou presque) à nos jours.

L’accrochage est particulièrement désordonné comme on va le voir et on commence par la fin (chronologiquement parlant) avec des tirages géants, souvent en diasec et sylvestres (!) avec Yannick Demmerle (un sous-bois), Eric Poitevin (un immense sapin vert), Véronique Boudier (un tronc couché avec une  fille dessus), Xavier Veilhan (la manifestation – une immense image comme peinte), Jean-Luc Tartarin (bordure de foret). Ensuite on revient aux origines avec de nombreux négatifs sur papier ciré (souvent régionalistes), une belle série architecturales de Le Secq  (photolithographie sur papier) et pleins de choses diverses vers 1850. On saute ensuite très vite, par grands bonds, dans cette même salle, à Atget (vers 1890), Renger-Patzsch (vers 1930) puis Kenna (vers 1980) !

On revient ensuite à Fenton (vers 1855) et Charles-David Winter (né à Strasbourg) en 1870 en une longue série sur sa ville natale (guerre et pont sur le Rhin).

Puis se succèdent ensuite encore, de manière toujours confuse, Muybridge, Ricardo Terre, Eugène-Henri Cordier puis Baldus, Bayard et Dieter Appelt. On revient suite à un ensemble plus contemporain avec Les menines revues par Witkin, Duane Michals (le retour du fils prodigue que nous avions vu à Arles – billet ici), deux Irving Penn (cigarettes) mais aussi Julius-Edouard Schindler (vers 1875),  deux Sudek (vers 1930), Claude Batho (vers 1950), Toni Catany (vers 1970) et Adolphe Braun (vers 1850).

A l’étage, on est accueilli par Winter et Burkhard (Mexico vu de loin – déjà découvert à Paris et Lyon) puis une multitude de portraits réunis dans une même salle: Harry Callahan, Philippe Pottier, George Hurrell, Platt Lynes, Jacqueline Rau, Winter encore, Olympe Aguado, Olivier Blanckart, Nadar, Carjat, Pierre Petit et enfin Rudolf Schafer avec ses émouvants portraits de morts déjà vus à Lyon (billet ici). C’est probablement la meilleure partie de l’exposition, cohérente autour d’une thématique unique, le portrait, souvent féminin, et privilégiant les petits formats au-delà de la mode actuelle du gigantisme. C’est aussi l’occasion de faire des découvertes (ci-dessous, Jacqueline Rau), soit  de photographes méconnus soit de plus connus qu’on ne côtoie le plus souvent que via des livres et non via la photographie.

On arrive ensuite dans une salle minuscule et plongée dans l’obscurité où l’on observe des daguerréotypes sous vitrine (surtout Winter et Strasbourg). Là-aussi, c’est plutôt réussi: scénographie irréprochable et thème original. Il n’est pas fréquent de voir de telles productions: la seule fois où j’en ai vu c’était à Chalon au musée Niepce (billet ici).

La visite se termine sur un assemblage hétéroclite de nus de Jacqueline Rau (vers 38) surtout, qui côtoient 2 Muybridge, 2 Mapplethorpe, 2 Coplans (vu à Sérignan, billet ici) ainsi que Molinier et Laurence Demaison.

MAMCS – Expo Sylvio Perlstein et « D’un regard à l’autre » – Retour rapide de Strasbourg

Dans la série des billets rapides (BIP 2010 ici), en voici un autre qui sera complété par d’autres à suivre quand j’aurais du temps. Hier donc je suis allé à Strasbourg et je me suis levé tard cette fois-ci (départ 10H24 arrivée 12H43) et je suis rentré tard aussi (20H20 et arrivée  22H37et ce d’autant qu’il y a des travaux sur ma ligne à Paris et qu’au départ de Strasbourg on attendait le TGV de Stuttgart en retard d’un quart d’heure. Le tout m’a coûté 64,90 €.

J’avais relevé plusieurs adresses pour déjeuner et finalement je suis allé au Clou, un winstub derrière la cathédrale, au 3 rue du Chaudron. Tout près il y a le très chic Crocodile. Je m’en suis tiré pour 14,25 € pour une choucroute et un munster (je me suis régalé et mon voisin de table était sympa :o) Je conseille cette adresse parait-il très courue (il est vrai que c’était bondé même à 13H00 en semaine). Il y a plein de pâtisseries aussi à Strasbourg, c’est très tentant tout ça. Pour digérer, il faut se promener le long de la rivière, regarder les maisons typiques: c’est très agréable (et calme), contrairement à Liège où la Meuse est très large et bordée en partie de voies rapides.

Alors, pourquoi alors à Strasbourg (à part profiter de la gastronomie locale) ?

En ce moment, se tiennent deux expos de photographies à Strasbourg, au MAMCS. La première est consacrée à la collection de Sylvio Perlstein, diamantaire et collectionneur d’art et la seconde, plus modeste, s’appelle « D’un regard à l’autre » et repose sur le fonds du musée, en l’espèce le Musée d’Art Moderne et Contemporain (MAMCS) où se tiennent les deux expos.

Ce sont des expos très valables qui vous coûteront 6 € (et pour ce prix là vous pourrez visiter le musée en totalité). Il est en revanche formellement interdit de prendre des photos et si vous sortez un quelconque appareil électronique de votre poche, soyez sûr d’avoir de la visite.

L’expo Perlstein est structurée en plusieurs thèmes et fait la part belle aux surréalistes et plus spécialement à Man Ray. C’est l’occasion de voir ou revoir des classiques comme Becher ou Steichen (avec Gloria Swanson). Il faut noter que la collection n’hésite pas à montrer des images crues, de Witkin et Molinier surtout, courage salutaire en cette période de bien-pensance. Des oeuvres non photographiques sont également présentées, dont de fameux néons de Bruce Nauman. Le point faible de l’exposition c’est le saupoudrage parfois excessif d’œuvres (il y a pas mal de photographes « orphelins ») et les cartels qui ne sont pas posés à côté des photos, c’est parfois pénible de s’y retrouver.

L’autre expo est bien plus modeste, un poil décousue, et intéressera surtout les amateurs d’histoire (locale notamment) avec de belles images anciennes de Strasbourg et des daguerréotypes; le volet contemporain est bien plus pauvre à part sans doute la salle consacrée aux portraits.

Accessoirement, le musée dispose de nombreuses oeuvres de Arp et de Gustave Doré ainsi que de Kandisky (entre autres).

Les deux expos sont visibles jusqu’au 25 avril et bien entendu, si vous avez une journée de congés, qu’il fait beau, que vous aimez les bonnes choses et en voir de belles, filez à Strasbourg !