Le Bal – Mark Cohen

Aujourd’hui, après Le Jeu de Paume, Le Bal. L’accès au Bal est payant (5 €) et outre l’accueil souriant, il n’y a pas la queue. Au programme, Mark Cohen pour Dark Knees (1969-2012) et ce jusqu’au 8 décembre 2013. Comme d’habitude, l’exposition se déroule sur deux niveaux et l’esapce reste très aéré, façon de dire qu’il aurait été possible d’en donner plus à avoir en cloisonnant l’espace.

Au rez-de-chaussée, un mur est couvert de petits tirages noir et blanc, des "gueules" et de petites choses tandis que les tirages en couleur, assez foncé, et eux-aussi cadrés étrangement donnent à voir des personnes, des choses ou des morceaux de personnes dans un style populaire voire pauvre des années 70 (illustration ci-dessous par un cliché visible au Bal, en provenance de Rosegallery).

Le sous-sol reste sur le même style, essentiellement en noir et blanc, sur un accrochage "chemin de fer", tous les cadres formant une ligne continue tout autour de la pièce, avec une légende peinte sur le mur, totalement descrptive et précisant l’usage du flash s’il y a lieu.

Cette exposition est marquée par la particularité de son auteur, Mark Cohen, qui parcourt le même patelin de Pennsylvanie (Wilkes-Barre) depuis 50 ans avec constance en y prélèvant un peu à la va-vite des petits morceaux cadrés trop près, coupant les têtes sans hésitation, ou extrayant un objet ou un détail.

Une exposition à voir pour l’effet de surprise et l’originalité de ce regard.qui nous reporte de surcroit dans les années 70. Les éléments communiqués au visiteurs sont de qualité et invitent à poursuivre la découverte par d’autres voies.

Jeu de Paume – Erwin Blumenfeld

Le Jeu de Paume a inauguré il y a peu son exposition hivernale, consacrée à Erwin Blumenfeld. Elle fermera ses portes le 26 janvier 2014. Contrairement au Carré Baudouin et à la Fondation Calouste Gulbenkian, l’entrée est facturée, et pas qu’un peu, à 8,50 €. J’ai visité aujourd’hui en tout début d’après-midi ce qui m’a permis d’éviter l’interminable file d’attente qui s’est formée dans l’intervalle.

La 1ère suprise est que l’exposition n’est pas au rez-de-chaussée (dévolu à Natacha Nisic) mais à l’étage et se trouve donc d’une ampleur relativement réduite. Comme d’habitude, le visiteur n’est pas aidé dans sa découverte des oeuvres et le découpage est thématique. Ce choix conduit le visiteur à explorer d’abord les dessins et collages, qui sont des travaux de jeunesse réalisés sur le vif dont l’intérêt n’est pas évident. Ensuite, viennent les portraits et auto-portraits dont une bonne part ne présente guère d’originalité, entre solarisation à la Man Ray et déformation à la Kertész, on cherche un peu en vain l’unité de ton et le style propre à Blumenfeld. Viennent ensuite des nus. Arrivé au bout, on bute sur la baie vitrée et il faut faire demi-tour, et retraverser l’espace d’exposition pour voir la suite qui commence avec quelques tirages d’architecture un peu orphelins et des tirages "anti-Hitlériens", bien connus, enfermés dans un espace confiné. Ce dernier abrite aussi 3 projections de diapos couleur de Paris, Berlin et New York qui valent éventuellement comme documentaire.

Arrivé à ce stade on se demande bien où sont les photographies de mode et, dans mon voisinage, un monsieur s’interrogeait: "C’est là que ça devient intéressant ?". En fait, bien que l’affluence ne soit pas énorme, il faut faire la queue pour voir la dernier salle, minuscule, consacrée aux dites photos de mode, dont certaines en couleur, toutes sont des tirages réalisés en 2012, donc très postérieures aux prises de vues.

Cette exposition s’avère donc finalement, une fois encore, décevante, et on aurait souhaité une investigation plus approfondie sur le domaine d’excellence de Blumenfeld plutôt qu’un saupoudrage de travaux très inégaux couvrant des décennies d’activité. A défaut, il aurait fallu démontrer en quoi les travaux de jeunesse et autres thèmes abordés ont contribué à forger le photographe de mode et son style: ce travail reste à faire. On regrettera donc aussi la pauvreté de l’appareil critique à la disposition du visiteur.

Le conseil du jour est par conséquent d’aller visiter les deux lieux mentionnés en préambule ou d’aller au Louvre, tout proche, dont le billet à 12 € garantit une journée entière à contempler des chefs-d’oeuvres.

Bamako Photo in Paris – Pavillon Carré de Baudouin

La semaine dernière, visite du Pavillon carré de Baudouin (121 rue de Ménilmontant) pour un programme photographique et malien. L’exposition est gratuite et se tient jusqu’au 7 décembre.

On commence par Mamadou Konaté et ses diptyques clair obscur exposant un programme de replantation d’arbres par des enfants. Mohamed Camara s’intéresse lui à la dyaa (intelligence, image, etc) avec sa série éponyme qui présente des portraits et intérieurs un peu brumeux avec parfois une main comme une interdiction de photographier (la croyance, au moins chez les plus âgés, voulant que le photogaphe "vole" la dyaa du sujet photographié). Dicko Harandane exposeson corps nu superposé à des intérieurs en ruine. Souleymane Cisse clot la visite du rez-de-chaussée avec portraits au naturel et des photo d’écrans de télévision peu convainquants: on préfère le cinéaste au photographe.

A l’étage, la sonorisation couleur locale est de mise et c’est Amadou Keita qui accueille le visiteur dans une petite salle. Les tirages noir et blanc illustrent des rues désertes (Tombouctou), la déforestation (avec des arbres morts), des berges peuplées (le débarcadère) et des nus féminins. Sogona Diabaté mêle affiches électorales collées et photos de chaussures. Seydou Keita est représenté par quelques portraits noir et blanc prêtés par Agnès B.

On retrouve Dicko Harandane avec une autre série, outside inside, des photos d’images captées dans des rétroviseurs, en noir et blanc. Bintou Camara traite des chinois en Afrique tandis que Seydou Camara s’occupe des manuscrits précieux de Tombouctou et de ses habitants posant devant la porte d’une bibliothèque. Discours moins clair pour Emmanuel Bakary Daou avec ses portraits accompagnés de symboles en surimpression ou tenus par les personnes photographiées. Même chose pour Adama Bamba avec un ressac et autres textures noir et blanc.

On revient au plus classique avec des portraits noir et blanc de Adama Kouyaté, Malick Sidibé et Mory Bamba.

Et la conclusion se fait avec la jeune génération à nouveau avec Fatoumata Diabaté et sa série sutigi (à nous la nuit) avec de grands noir et blanc pour des fêtard(e)s.

Une exposition sympathique et pas trop encombrée à visiter impérativement.

Fondation Calouste Gulbenkian – Present Tense (Photographies du Sud de l’Afrique)

Tandis que tous les moutons se précipitent à la MEP poour voir Salgado, personne ou presque n’a la curiosité d’aller voir l’expo qui se tient à la Fondation Calouste Gulbenkian, qui n’est pas (plus ?) rue d’Iéna mais rue de la Tour Maubourg. En tout cas c’est ce que que je me suis dit en sortant de ce lieu agréable et prestigieux à l’accrochage aussi irréprochage que l’accueil et les petites brochures remises à chaque visiteur. Le tout est gratuit et sans file d’attente. C’est jusqu’au 14 décembre ce qui rend inexcusable de ne pas y faire un tour. Et merci à la Fondation  :)

Alors que voit-on ? Un échantillon précieux de ce qui se fait de mieux en matière de photographie africaine contemporaine. Alors, un échantillon certes mais suffisant pour prendre la mesure des auteurs présentés.

L’exposition commence au rez de chaussée où un panneau annonce la thématique (assez peu clairement en fait) à proximité du patio. Deux auteurs ouvrent ainsi le bal, à commencer par Guy Tillim qu’on ne présente plus (vu par exemple ici) avec un extrait de sa série Libreville (4 grands formats). Malala Andrialavidrazana montrait 10 vues rapprochées de paisibles intérieurs de sa série echoes. Ensuite, il fallait aller à l’étage pour découvrir le gros de l’exposition, dans une présentation aérée qui permet pour une fois de circuler à l’aise et de prendre du recul.

Mauro Pinto montre un pique-nique en 4 grands formats noir et blanc mais au cimetière. Filipe Branquinho avec sa série Chapa 100 et 9 petits formats cul à cul montre le taxi collectif comme si les voyageurs faisaient la chenille. Délio Jasse expose Luanda avec 6 grands formats, en noir et blanc également, centrés sur les bidonvilles et constructions en cours. Sammy Baloji avec série Kolwezi s’intéresse à la Chinafrique avec des diptyques montrant des posters chinois d’une vie de rêve et la vraie vie.

Dillon Marsh avec sa série limbo montre 9 maisons avec leur arbre estropié tronant devant, formant une typologie à Cape Flats (banlieue résidentielel du Cap). Tsvangirayi Mukwazhi choisit avec 4 grands format de traiter de l’exploitation des ressources naturelles de manière originale puisqu’ignorant le diamant et le minerai il s’attaque à une carrière de granite en Angola, à Lubango. Jo Ractliffe exposait 12 petits formats noir et blanc, désert ou presque, je me demande si ce n"st pas justement cette série que j’ai vue à Arles (ici). Kiluanji Kia Henda affichait deux autoportraits étranges. Peter Hugo (déjà vu à de maintes reprises dont ici) avec Empire of the in-between montre 12 portraits et de petites choses alternées sur la ligne de chemin de fer qui va de Washington à New York en traversant des secteurs autrefois industriels.

Paul Samuels dans sa série Edenvale XVI X expose 18 portraits surtout masculins dans le quotidien. Mack Magagane choisit 24 petits formats pour montrer la rue de nuit et d’assez loin, un peu en voyeur. Enfin, Sabelo Mlangeni exposait 9 petits format noir et blanc de style "street photography".

Une exposition à ne pas rater.

Unseen PhotoFair 2013

Il y a quelques seamines je suis allé à Unseen Photo Fair à Amsterdam (après un passage éclair et coûteux au Stedelijk Museum qui ne vaut pas ses 15 € d’entrée). A 70€ l’aller-retour, il ne faut pas se priver; on peut y ajouter les 23,95 € du menu chez Haesje Claes et les 7,50€ pour le pass transport de 24 heures (à acheter à la sortie de la gare à droite à la station de métro, par exemple).

Arrivé sur le site de la foire, je suis passé rapidement dans le petit pavillon consacré aux photographies "pas chères"  qui ne sont hélàs que des modèles réduits des tirages originaux et j’ai zappé l’exposition JR (dont le marketing est excellent, c’est toujours ça) regrettant celle de Camera Work de l’an passé.

Je ne me suis pas attardé non plus à la foire aux livres où une foule compacte empêchait à peu près toute circulation (et c’est bien dommage de ne pas aérer cette sympathique manifestation avec un espace plus grand). En revanche j’ai complété ma collection de Foam Magazine dans la serre prévue à cet effet (qui n’accepte pas les cartes bancaires par une étrange bizarerie). Ces divers espaces étaient d’accès gratuit, contrairement au coeur de l’exposition qui repose sur deux lieux se faisant face et une multitude de galeries. Je faisais partie des early birds et j’avais donc un billet à prix réduit quand je l’ai échangé à l’entrée contre un bracelet qui permettait aux garde-chiourmes d’identifier ceux qui avaient payé leur dîme.

Pas de surprise dans la salle ronde (Gasouder), découpée en quartiers de fromage comme l’an passé. Des surprises en revanche dans le choix des auteurs, dont un grand nombre m’était inconnu ce qui m’a ravi (tant qu’à faire 7H de Thalys, autant voir du neuf) et en même temps un peu inquiété sur ma connaissance du marché. J’ai été agréablement surpris par la diversité des stands, des formats et des techniques et j’ai noté un retour à des formats (et prix) me semble-t-il plus réalistes.

WordPress ne permettant pas en ce moment d’insérer des liens clicables, ce qui suit est essentiellement le relevé des galeries (en gras) et des auteurs exposés, ce qui en l’état a un intérêt limité.

Je vais simplement, histoire d’alléger le tableau, citer tous les photographes exposés dont je me souvenais du travail, on verra qu’il y en a assez peu: Viviane Sassen (série pikin sleen) en petits formats et solo show chez Stevenson, Trine Sondergaard, Astrid kruse Jensen, Fabian Unternahrer et Schnabel et Benitah (petits portraits noir et blanc) rehaussés chez Esther Woerdehoff, Penelope Umbrico, James welling, Rauschenberg et Gadirian chez Aperture, Mona Kuhn, Jessica Backhaus, Noémie Goudal, Richard Mosse, Anders Petersen, Julie Cockburn, Tiane Doan na Champassak, Phillip Toledano, Hassink et Tod Hiddo chez Kaune Posnik Spohr, Pieter Hugo, Ruud van Empel. Erwin Olaf,  Rob Hornstra, Moryima? La Chapelle, Phyllis Galembo, Miles Alridge.

G/P gallery: Takashi Kawashima,Taisuke Koyama, Daisuke Yokota. A partir de 1200-2000 euros. Stigter van Doesburg: Alexandra Leykauf, Max Natkiel, Peggy Frank ( gouache sur papier brillant) et Elspeth Diederix. Martin van Zomeren: Katja mater, Scheltens et Abbenes. Michael Hoppen: Chloé Sells, Alberto Villar, Ashkan Honarvar, Jeff Bark (à partir de 1500-2200 €). Julie Saul Gallery: Arne svenson.sarah Anne johnson.Carolyn Janssen.pas mal de te travail sur photo.reinier gerritsen. Galerie vu: Maja Forsslund, JH Engstrom, José Ramon Bas, Esther Vonplon. A partir de 1200 €. Martin Asbaek: Ebbe Stub Wistrup, Nicolai Hovalt. Van zoetendaal collections: aucun nom ne figurait mais il représente entre autres Paul Kooiker. pas de noms.  Aperture: Jason Evans, Éva Fiore Kovacovsky, Barbieri, etc. Wim van Krimpen: Helena van der Kraan, Holger Niehaus, Tanja Deman. A partir de 690 €. Flowers London: Tom Lovelace, Esther Teichman, Lorenzo Vitturi. Sabrina Amrani: Larissa Sansour (palestinaute) et Amina Benbouchta (auto-portraits cachés). Kuckei + Kuckei: Guillermo Srodek-Hart, Guy Tillim et Miguel Rothschild. Boetzelaer Nispen: Anouk Kruithof. Wouter van Leeuwen: Michael Wolf, Pietro Mattioli, Grégory Halpern, à partir de 490 €. Edel Assanti: Nicolai Howalt. Next level galerie: Asako Shimizu, Céline Nieszawer, Ronan Guillou. Fons Welters: Paulien Oltheten, Berend Strik (photo brodée de tissus). Gun gallery: Julia Hetta, Mikael Janssen. Gallery Kant. Photographers’ gallery: David Robinson, Martin Lindqvist, Jessica Eaton et John Hinde. Gallery Taik: Joakim Eskildsen, Santeri Tuori, Tanja Koljonen et Maija Savolainen. lhGWR: Karianne Bueno, Krista van der Niet, Iana Mesic, Stephan Keppel, à partir de 850-1000 €. Kahmann gallery: Katrien Vermeire, Barry Kornbluh, Tiane doan na Champassak, Lonneke van der Palen, Schilte et Portielje, à partir de 1000 €. Tagomago. East wing: Philippe Dudouit et Mari Bastashevski. Mirko Mayer: Dan Dubowitz, Ralf Bauer et Harald f. Müller. Les filles du calvaire: Corinne Mercadier. Cokkie Snoei:  Abri de Swardt, Elza Jo et Jonas Lund. The wapping project bankside: Edgar Martins. Flatland gallery: Jaap Scheeren, Stanislaw Lewkowicz. Wagner et partner. Natascha stellmach (photo et dessins). Christophe Guye: Esther Mathis, Sascha Weidner,  Lina Scheynius (1500-1800 €), Rinko Kawauchi. Robert Morat: Marten Lange (à partir de 850 €), Peter Puklus (950-1500 €), Simon Roberts. Aando fine arts: Tilman Peschel, Kim Boske, Bien-u Bae. Juliette Jongma: Misha de Ridder, Lisa Openheim. Alex daniels reflex Amsterdam: Hisaji Hara. The empire project Istanbul: Ali Taptik, Jasper de Beijer, Gozde Turkkan, Esra Rotthoff.

Sur le pourtour du fromage, outre les stands gâteaux et boissons, on trouvait quelques partenaires ou galeries très modestes. J’ai retenus les "jeunes talents": Florian van Roekei, Anika Schwarzlose, Willem Popelier (que j’avais vu à Liège), Ola Lanko et Natascha Libbert.

Et puis aussi j’ai bien aimé Polly’s picture qui montrait de vraies découvertes avec Anna de Jong, Philipp Dorl, Suzanne Posthumus, Liam Tickner, Anne Huijnen, Lotte Reimann, Sara-Lena Maierhofer, Isabelle Wenzel. Le tout pour quelques centaines d’euros. Font partie de la plateforme aussi, mais je n’ai pas vu leur travail: Dana Slijboom, Gael Odilon Paccard, Nadine Watson et Linda Beumer.

En ressortant, on allait en face vers le transformator huis. J’ai retrouvé des noms connus: Onorato et Krebs, Indre Serpytyte chez Paradise row, Anna Skladmann, Christopher Bucklow et Michelle Sank (nouvelle série à 850 € encadrée) chez Vassie, Anders Petersen, Lara Gasparetto et Ren Hang chez Stieglitz 19.

Pour le reste, que des découvertes. Peter Lav gallery: Adam Jeppesen. Steven Kasher. Pobeda: Alexei Kiselev. Goshua Rubchinsky. Gallery Vassie: Matthew Murray. Conrads: Sascha Weidner et Anna Vogel. Galerie Bart: Femke Dekkers et Yvonne Lacet. Seelevel Gallery (qui est une galerie en ligne, ce qui permet donc d’écarter tous les auteurs qu’elle représente): Marrigje de Maar, Isabelle Wentzel (750 €, quel dommage qu’elle choisisse une galerie en ligne, j’étais à deux doigts de lui acheter quelquechose, mais tant pis), Marnix Goosens, Koen Hauser, Lieve Prins. La Noble: Deborah Baker, Robert D. Phillips et Anne Leigniel. M97: Liang Weizhou, Adou, Huang Xialang et Lui Dan.

Avant de quitter la foire, on trouvait un peu plus loin la Kallenbach gallery, en partenariat avec Gup, qui vendait des tirages à quelques centaines d’euros d’auteurs qu’elle ne représente pas (je me suis limité à ceux ayant un site web): Steven Brahms, Noortje Schmit, Bernhard Handick et Noël Loozen.

C’est une bonne "photo fair" et j’y retournerais si je le peux l’an prochain.

Conférence HCB 27 septembre 2013

Je suis allé à la conférence sur la Mission DATAR, à la Fondation HCB,  il y a quelques jours, le Jeudi 26 septembre. La conférence, gratuite, d’une durée de 1H30 était instructive et animée: c’est une  expérience à reconduire, selon les thèmes traités évidemment. Le présent billet est une tentative de rendre compte des échanges. Pour ceux qui ont raté cette séance, où qui souhaitent un éclairage plus approfondi sur la mission France territoire liquide (FTL), le BAL offre une session mercredi 16 octobre 2013 (je serai en cours du soir à l’Ecole du Louvre donc dommage).

La Mission DATAR fête ses 30 ans avec deux ouvrages à paraitre et un site web. « France territoire liquide » (FTL) est une initiative privée parrainée par la DATAR qui marche sur les traces de la Mission. La mission de la DATAR a été créée en 83, la campagne photographique a commencé en 84 avec 15 puis 30 photographes qui ont produit 1285 tirages d’ici à 1989.

Bernard Latarjet (patron de la Mission) : la période était un moment charnière de la transformation du territoire avec notamment la fin de l’exode rural et de la croissance urbaine de l’après-guerre, le déclin de certaines activités (mines, sidérurgie), le développement du tourisme de masse et de nouvelles activités de service (avec les hypers par exemple). Il y a alors une bascule doublée d’une prise de conscience en interne d’une approche « technocratique » où le paysage n’est pas « visible ».

Le besoin s’est faire sentir d’une nouvelle syntaxe. Le paysage est une invention de l’Art. La perte de qualité observée conduit à choisir des artistes. Avant la Mission, la photographie est surtout aérienne et technique, ce n’est pas une représentation. Il s’agit de recréer une représentation portée par une « culture ». Un paysage c’est un ensemble de représentations, pas seulement un élément automatique. L’interview de quelques français à l’époque, face à un paysage, montrait que les gens ne décrivaient pas ce qu’ils voyaient mais évoquaient un paysage passé, leurs souvenirs, des éléments cachés, etc.

Raphaële Bertho (historienne de la photographie) : la Mission est au croisement de deux histoires ; celle de la photographie et celle de l’aménagement du territoire fondée surtout sur des vues aériennes bien qu’il existe toutefois des vues piétonnes mais peu valorisées et uniquement à visée documentaire.

B.L. : Avant la Mission il ya avait quand même eu la mission héliographique en France et la FSA aux États-Unis où des documentaristes… qui étaient des artistes, avaient œuvré.

R.B. : La Mission intervient à une époque où l’histoire de la photographie est en train de se faire. La mission héliographique était oubliée et ressortait des limbes dans les années 80, situation un peu différente du fonds de la FSA.

B.L. : Le choix des photographes a porté sur des artistes n’ayant jamais photographié, des photographes connus ou non. Il n’y avait pas de destination imposée mais une sélection sur projets et des allers-retours avec la DATAR qui ont pu conduire à modifier certains projets ou à les abandonner.

FTL : La Mission était un sujet de discussion et la Mission a suscité des vocations : la question s’est posée de savoir pourquoi il n’existait plu de projet comparable.

R.B. : La Mission est perçue comme une sorte de monument maintenant mais à l’époque c’était davantage un laboratoire et une expérience avec des noms peu connus.

B.L. : il faut ajouter que c’était un labo aussi pour des questions très terre à terre comme le domaine juridique et la conservation… Le photographe faisait son travail seul après validation mais il ne s’agissait pas d’une totale « carte blanche » et la DATAR a pu jouer aussi un rôle de facilitateur notamment logistique.

B.L. : Le choix des auteurs s’est fait de façon empirique et le passage de 15 à 30 faisait suite à une satisfaction quant aux résultats plus qu’à un souhait d’exhaustivité.

B.L. : il n’y a quasiment pas de portraits dans les travaux car on ne voulait pas de « paysage décor ».

R.B. : dans les années 80 il y a un 1er désengagement de la photographie de presse en Europe et aux États-Unis et la possibilité de créer hors du photoreportage est apparue. A ce moment là ré-émerge une photo d’Art, à la chambre, un « lent regard » comme dit Basilico.

F.T.L. : Le principe du collectif est de passer de la représentation à la perception, d’insister sur la relation intime entre le photographe et son paysage.

B.L. : L’accueil du travail de la Mission a été positif, les commanditaires ont été surpris, il ya eu des échanges et les équipes ont découvert qu’il y avait une dimension culturelle dans une Direction technique (la DATAR). Du coup, l’idée a germé dans d’autres Ministères et celui de la Culture a été un peu vexé.

R.B. : il y a deux dynamiques dans la Mission DATAR. D’abord une sorte de pédagogie de la commande publique, la publication se pré sentant finalement comme un « manuel » pour conduire une mission avec même des modèles de plan. Ensuite, l’envie de faire modèle et de fait d’autres pays vont lancer des missions comparables.

B.L. : Envie de faire modèle mais en soi la production de la Mission a été peu montrée et surtout il n’y a pas eu d’exposition de référence, synthétique, même si des choses ont été vues « en train de se faire ». Et puis quand la DATAR a eu fini, c’était aux musées (notamment) d’agir, ce qui n’a pas été fait. La DATAR n’est pas un musée et n’a pas d’espaces d’exposition.

R.B. : … et pourtant la couverture média a été importante, ce qui montre l’écart entre renommée et visibilité !

B.L. : … et les livres ont été vite épuisés et pas réédités.

R.B. : … oui, la BNF a numérisé le fonds mais c’est tout, la visibilité est réduite.

RUFFIN : depuis juin 2013 toutes les images sont visibles en ligne de même que les documents sur l’histoire de la mission, les archives administratives, etc. En 2013 on célèbre à la fois les 30 ans de la Mission et les 50 ans de la DATAR. Ce qui a conduit à s’interroger sur la résurrection d’un Mission finalement abandonnée face au risque de décevoir. Finalement, le site web a été retenu pour relayer la Mission historique au lieu d’un remake. Pour autant, il existe aussi une charnière en 2013 qui pouvait motiver une démarche photographique : les gens sont plus mobiles, la révolution numérique ajoute un espace immatériel et de nouvelles dynamiques se font jour.

Frédéric Delangle (F.D./FTL) : le projet FTL a mûri un an puis les 4 initiateurs ont décidé de fonctionner en auto-commande donc sans commanditaire et sans financement et au départ sans directeur artistique (DA). Finalement, un DA britannique (d’une certaine façon « vierge ») a été retenu. La règle est que chacun des 30/40 photographes ne montre pas son travail aux autres.

FTL : notre nom est en effet bizarre et il n’intéresse pas seulement aux territoires aquatiques ;) En fait il n’y a guère que la DATAR qui a compris de quoi il s’agissait et d’une certaine manière les cartes de la DATAR qui repoussent les frontières physiques pour des territoires en mouvements sont « liquides ». Le terme a été bien reçu par la DATAR. Il existe des passages entre la photographie et les territoires en mouvements. FTL n’est pas sociologue et ne cherche pas à « représenter » : il s’agit de miser sur des situations et une approche « laboratoire ».

F.D./FTL : dans le projet il s’agit de photographier Paris en noir et blanc et d’y faire ajouter des éléments colorés par des indiens

Patrick Messina (FTL) : volontairement, toutes les zones ne sont pas couvertes et en particulier il existe peu de photographies de ville et comme d’habitude je photographie la ville, cette fois j’ai choisi autre chose, la Bretagne, et pourquoi il existe de l’attachement ?

Cédric Delsaux (FTL) : l’idée c’est de percevoir le réel via la fiction (cf. série StarWars) et cette fois le choix s’est porté sur le Pays de Gex (dont j’ignore tout) mais où s’est déroulé il y a 18 ans l’histoire d’un faux médecin prétendu chercheur à l’OMS (ndlr : il s’agit de l’affaire Romand). J’ai été hanté par cette histoire et j’ai mené ce projet pendant 2 ans.

B.L. : en écoutant FTL, je retiens la nécessité du DA sur un projet. La mission FSA s’est par exemple très mal passée jusqu’à la destruction de certains négatifs. A la DATAR, il n’y avait pas d’expérience de DA Et d’ailleurs qu’est-ce qu’un DA dans une commande publique ?

FTL : le rôle du DA est de négocier, il intervient tous les mois ou tous les deux mois et prend chaque photographe en tête à tête. C’est une nécessité pour avoir du recul sur un projet et trancher au besoin.

R.B. : de 1988 à 2005, sur la mission Transmanche, il existe une idée de « commande négociée » et quand la mission est longue, le DA est toujours très présent.

FTL : la mission est par et pour les photographes, il y a besoin d’un DA pour se mettre d’accord mais c’est une sorte de DA invité et on peut imaginer d’autres photographes, un autre DA, ou un autre DA avec les mêmes photographes.

FTL : il y a le souhait d’une double exposition FTL/DATAR mais pour commencer il sortira un livre FTL en 2014 au Seuil, un site web et une expo FTL.

MEP – Sebastião Salgado

Après un accrochage désastreux, la MEP se décide à faire appel à une valeur sûre (et ancienne) en la personne de Sebastião Salgado qui fort opportunément publie un monumental ouvrage ces jours-ci, baptisé Génésis. Je n’avais jamais vu encore une file de moutons aussi longue aux portes de la MEP, sans doute le Figaro ou Télérama ont encore sévi. Toujours est-il que muni de mon abonnement j’ai pu doubler la file en un clin d’oeil mais hélàs je n’ai pas pu faire disparaître les encombrants visiteurs déjà présents dans les salles passablement encombrées en ce samedi après-midi.

Je suis retourné quelques jours plus tard et il y avait toujours foule, en revanche il n’y avait pas d’attroupement devant les Kuikuro de Carlos Fausto (une peuplade qui vit toute nue) et moins encore devant à Gotscho, "film" oubliable.

A cette légère entorse près, la MEP fait donc dans le solo show comme on dit en bon français, ce qui est rare, et ce sont donc exceptionnellement tous les étages de la MEP qui sont conscré à Salgado ainsi que la cave par laquelle on commence la visite. Au départ, on est un peu inquiet au vu de cartels écolo-scolaires mais la qualité des images l’emporte sur le discours. Salagado montre l’Amazonie, la vie des habitants premiers, la Papouasie et les visages parés, d’étonnats modes de vie dignes des chasseurs-cueilleurs que furent nos ancêtres. Une petite salle publi-promotionnelle porte sur la fondation de Salgado et ses réalisations, dont on aurait pu se passer. Dans les autres étages, la visite de la planète se poursuit bien sûr sur les terres de Salgado, parcourant les registres du portraitiste, du photo-journaliste, du paysagiste et du photographe animalier avec un égal talent. On reste absorbé devant ses images noir et blanc sans défaut. Plus loin, Salgado nous emmène vers les pôles et les déserts américains, là-encore sont talent naturaliste n’est pas pris en défaut. Les commentaires présents à côté de chaque photographie sont descriptifs et, là-aussi c’est rare, bilingues français anglais, ce qui ravira les nombreux touristes de passage à Paris.

Cette exposition montre la Terre et ses habitants, il n’y a rien de neuf là-dedans puisque Salgado s’est attaché à montré ce qui est demeuré intact depuis des millénaires mais il n’est pas interdit de jouir du spectacle et l’exposition de la MEP y invite assurément. Jusqu’au 5 janvier 2014.