En bref – Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Eglise Sainte Anne

Face à l’archevêché  et dans une église, le travail de Leon Ferrari détonne. Cela change de Ronis et de Roversi qui occupaient les lieux dans les deux dernières éitions.

Ferrari utilise la photographie plus qu’il n’est photographe et déverse sa hargne sur Bush et les États-Unis, l’Église et le Christ, les dictatures (celle d’Argentine des temps jadis, celle d’Hitler en des temps plus reculés). Pour cela il recoure à des dioramas, à des sculptures, au photomontage, à des installations ou au dessin.

Comme je partage ses opinions sans réserves, il y a comme un biais de perception. Disons tout de même que ce genre de discours est devenu aussi un "classique" et qu’il ne frappe pas aussi fort qu’un Serrano par exemple, dans la course à une provocation qui reste toutefois limitée aux salons. La vraie provocation c’est l’action, la mise en danger pour de vrai.

On pourra donc voir le pape, Hitler et Bush ridiculisés, un échiquier opposant de grosses souris et de petits chats, des cafards portant le drapeau US accrochés sous chaque drapeau des nations de l’ONU, etc.

Noorderlicht 2009 – Groningen Photo Festival – Eglise de Aa (der Aa-Kerk) – Ordinary pain

Une fois installé à Groningen (billet ici), il reste à visiter les expositions: le point névralgique de Noorderlicht c’est l’église de Aa (der Aa-Kerk) de l’organisation (on y achète le pass, le catalogue et des revues) qui abrite aussi le gros de l’expo principale et se situe géographiquement au milieu des principaux sites. Le pass coûte 15 euro pour la journée et permet de visiter les 3 sites payants, les autres sites sont gratuits.

Dans ce billet, nous allons visiter l’exposition de l’église qui pour ma part s’est étalée sur deux jours, comme je n’avais pas tout vu le 1er (demi) jour. L’accrochage est dense et les sujets abordés ne sont pas des plus faciles.

L’église est remarquablement agencée et nos amis d’Arles devrait venir visiter pour s’en inspirer: tout l’espace intérieur est restructuré avec du contreplaqué et des grilles métalliques et ça marche très bien avec peu de moyens.

Mwanzo Lawrence Millinga montrait sa série young miners (2004), occasion rare de voir des images de Tanzanie, en l’espèce de petits formats couleur illustrant la vie de gosses qui travaillent dans une mine. Je n’ai hélas rien trouvé sur le web concernant ce photographe. Andrew Tshabangu (emakhaya, Afrique du sud 2000-2004) montre la vie locale dans le village d’un migrant à travers de petits noirs et blanc. Son travail est visible sur le site la MOMO Gallery (ici et à Johannesburg aussi) mats. Si vous visitez cette galerie, vous verrez le travail de quatre autres photographes,  Ayana Vellissia Jackson et Faisal Abdu’Allah, Patricia Driscoll et Aida Muluneh. Viviane Dalles expose sa série mustang réalisée au Népal en 2009 sous forme de grands voire de très grands format couleurs,des  paysages, des portraits et la vie quotidienne de la population, de belles compositions aux couleurs magnifiques. Son travail est visible sur son site web (ici).

Avec Anabell Guerrero (voix du monde délocalisation – France 2006-7)  on revient temporairement en France avec trois ensembles de neuf photos prises à Evry. Une série est couleur, les deux autres en noir et blanc.  La 1ere travaille sur des morceaux de visages africains et des bijoux, la 2eme joue sur la main ses lignes,et celle qui cache le visage, la 3ème se concentre sur un visage indien, y superpose une carte, y adjoint une photo d’aiguillage en rouge. Son site est ici. Marie-Ange Bordas n’est pas vraiment photographe, c’est plutôt une artiste qui utilise la photographie, parmi d’autres techniques: elle montre ainsi des corps détourés sur fond noir et comme "peints" d’images et de petits caissons lumineux munis d’un casque audio, un travail sur des réfugiés avec qui elle a vécu 5 ans qui, pouir ma part, ne m’a pas évoqué grand-chose. un de ses sites web est ici, qui explique le sens de ses travaux et montre de nombreuses illustrations.

David Damoison (dockers de pointe noire, congo 2004) montre également des portraits posés, essentiellement en carré. Son site est ici. Aida Muluneh (ethiopia, 2008) expose des portraits noir et blanc classiques fort réussis (sa page Facebook ici). Laurence Leblanc (déjà montrée chez Polka, billet ici) montrait Rithy, Chea, etc, une série de petits formats carrés noir et blanc réalisée au Cambodge en 2004 dans le plus pur style VU’, agence à laquelle elle appartient. Jodi Bieber (las canas, espagne, 2008) montrait de tristes portraits carré noir et blanc d’exclus frappes du sida et quelques grands formats couleur. Son site est ici et montre aussi une série récente dont on a pas mal parlé, real beauties.

Cet 1er ensemble d’auteurs a été choisi par Simon Njami (Paris) et réunis sous le titre Ordinary Pain. Il couvre aussi bien le reportage que le paysage, le portraits et des approches plus "artistiques", souvent sur une thématique de l’exil.

Rencontres d’Arles – Eglise des frères precheurs – Collection de Nan Goldin

L’Eglise des Freres Prêcheurs qui l’an dernier montrait le travail de Lindbergh (billet ici) montre cette année une partie de la collection privée de Nan Goldin et une surprise (de taille).

La bonne blague le jour où je suis venu c’est qu’il manquait les cartels (et une notice) et que c’était donc un jeu de piste. La boulette était réparée le lendemain et ainsi, au-delà des très reconnaissables Bellmer, Sidibe, Keita, Sander, Larry Clark (Tulsa – avec le type au pistolet), Silverthorne et Molinier, on mettait un nom ainsi aussi sur les travaux de Kertesz, Nadar, Model, Weegee, Strba, Man Ray, Arbus,  Bourcart, Frank, Llorca di corcia, Armstrong et Brassai. Rien que du beau linge.

Pour ceux et celles qui n’y connaissent rien ou pas grand chose, c’est une véritable anthologie de la photographie, certes représentative des goûts personnels de Nan Goldin, mais on ne peut vraiment pas dire que les photos soient choquantes et que les photographes soient médiocres, bien au contraire. Un appareil critique plus fourni aurait été bienvenu mais ne boudons pas notre plaisir.

Si vous aimez les surprises, ne lisez pas ce qui suit et allez voir vous-même le diaporama "Soeurs, Saintes et Sibylles" que certains d’entre vous ont peut-être déjà vu en 2004 (pour ma part, je découvrais), déjà dans une chapelle, celle de la Salpêtrière où Charcot soignait les hystériques.
En plus de l’expo, une projection de diapo avec bande-son (et film) est montrée, visible depuis un perchoir sur échafaudage bâti dans l’église, assez bluffant: c’est une idée de scénographie géniale (encore plus fort que l’expo dans le noir – billet ici). On grimpe donc dans la structure métallique pour rejoindre un plateau plongé dans l’obscurité qui surplombe une scène faiblement éclairée: face à nous (une dizaine de personnes debout peuvent tenir sur l’espace aménagé), trois écrans de projections et, en bas, le mannequin d’une jeune femme couchée dans un lit avec une table de chevet et quelques menues affaires.
D’abord, se déroule, en anglais sans sous-titre, le martyr de Sainte Barbe (ou Barbara, vous allez voir le rapport dans ce qui suit) à l’aide non de photos d’époque (!) mais d’illustrations. J’avoue avoir eu un peu de mal à suivre, mon anglais étant un peu limité dans ce genre de corpus.
Ensuite, commence le récit de la longue descente aux enfers de la sœur de Nan, Barbara, qui erre d’écoles en hôpitaux et  qui se conclura par un suicide tragique sur une ligne de chemin de fer à 18 ans. Cette séquence est bouleversante et il faut parfois un peu se mordre les lèvres. C’est émouvant sans mièvrerie, sans artifice, sans voyeurisme mais c’est dur. Honnêtement, je ne pensais pas que Nan Goldin puisse produire une telle œuvre.
Enfin, la dernière partie est autobiographique et ce n’est pas le meilleur. Je me souviens de très nombreuses photos de ses brûlures de cigarettes sur les bras dont je ne perçois pas vraiment l’intérêt…

Rencontres d’Arles – Eglise Sainte Anne – Willy Ronis

L’Eglise Sainte Anne qui hébergeait Paolo Roversi en 2008 (billet ici), abrite cette fois le travail de Willy Ronis (que j’ai évoqué brièvement récemment à l’occasion d’une interview télévisée – ici). Rappelons que ce photographe, âgé de 99 ans, est un peu le dernier des mohicans mais reste encore parfaitement lucide et se souvient très bien du contexte de ses photos. Il va de soi que ce qui est montré n’est qu’une infime fraction d’une très longue carrière.

L’exposition montre surtout l’après-guerre, la période 47-59: grève, métiers, pauvres en banlieue parisienne mais aussi des scènes plus banales, un peu convenues (vues de paris, petit parisien). On nous donne à voir aussi quelques scènes a l’étranger qui valent le déplacement dont deux aux pays-bas et quelques nus. Parmi ces derniers, de très récents (1998) mais surtout le fameux "nu provencal" (ci-dessous).

C’est une honnête exposition, pas très grande mais qui évite ainsi la saturation, d’un grand monsieur de la photographie française; la seule chose à regretter c’est la chaleur.

Rencontres de la photographie d’Arles – Roversi et Lindbergh

Restons sur la place de la République et au sortir du Cloitre Saint Trophime, dirigeons nous en face, vers l’Église Sainte Anne. C’est là que se tient l’exposition consacrée au travail de Paolo Roversi. Après Avedon, nous restons dans la continuité avec un photographe de mode célèbre.

Le travail de Roversi, ou plutôt ce qui en est présenté, fait la part belle au noir et blanc, même si quelques photographies couleurs sont présentées. Il est représenté par la galerie PacemacGill à New York. Il reste à taille humaine dans les formats restitués et se distingue ainsi nettement du travail de Lindbergh (Peter, pas Charles) sur lequel on va revenir car lui-aussi est exposé dans une église, lui-aussi est un photographe de mode et lui aussi a passé le cap de la soixantaine et atteint la célébrité.

 

A gauche, le travail de Roversi (Paolo Roversi, Natalia, Paris 2003) et à droite le travail de Lindbergh (Peter Lindbergh, Kristen McMenamy, Vogue France, Beauduc, France, 1990). On verra plus loin que c’est là un bon exemple de ce qui les sépare.

Le travail de Roversi présenté à Arles n’est pas, dans l’ensemble, "séduisant", "facile". Les tops models (féminines uniquement) sont magnifiques mais on ne s’en rend pas vraiment compte : l’importance du blanc, l’absence d’accessoires, les poses épurées, tout cela contribue à dématérialiser les modèles, presque à en faire des épures, presque jusqu’au dessin au fusain.

Sont aussi présentées des vues de son matériel (chambre, objectif) et de son atelier qui ne sont pas convaincantes (il faut dire que le titre de l’exposition est "Studio" : on ne pouvait pas y couper). D’autres photographies, en couleur ou noir et blanc, s’essayent à d’autres thèmes que les femmes, d’autres approches mais, là-aussi, cela me semble moins convaincant.

L’ensemble m’a semblé en harmonie avec les lieux, très clairs et aérés, sans reflets perturbants. Il ne faut pas perdre de vue non plus qu’il s’agit d’un choix délibéré : Roversi a produit par ailleurs de nombreuses photos de mode aux couleurs qui claquent, avec des top-models éthérés et des accessoires clinquants.

L’exposition Lindbergh nous fait quitter la place de la République pour l’Église des Frères-Prêcheurs, toujours dans le centre-ville. L’ambiance de cette église est plus sombre et les photos également. Mais là, les tirages sont pour la plupart immenses et cela a le don d’un peu m’agacer car cela me parait toujours un moyen simple de faire impression et, ici, sans rapport véritable avec le sujet : des photos de mode destinées à publiées dans des magazines.

Cette "starification" (pour ne pas dire "sanctification") par le format, bof.

Les photographies ont toutes été, semble-t-il, réalisées sur la plage de Beauduc (à Arles). On n’est plus là, comme chez Roversi, dans une photo modeste, blanche et dépouillée : non, là c’est le triomphe de la pose recherchée, du vêtement de qualité. En plus il y a des mannequins hommes, quelle déception (mais non, je blague : il en faut pour tous et toutes).

Il m’a semblé qu’on était là dans la photo de mode dans toute sa splendeur, un peu vide, vaguement arrogante et déjà vue cent fois. De la belle photo certes mais bof. Peut-être finalement que les photographies les plus intéressantes, les moins vues, étaient des photos géantes d’une bouche aux dents ébréchées photographiée en rafale : une photo originale et décalée qui tranchait délibérément avec l’étalage de beautés lointaines.

Je l’ai déjà dit mais tant pis, les reflets ici étaient vraiment une catastrophe et, sur des grands formats sombres, cela gâche tout. C’est un peu comme le morceau de salade coincé entre les dents.