Festivals Photo 2013 en Europe: le programme

2013 est désormais bien entamé et la préparation des visites de festivals de photographie est bien engagée.

Le festival Circulation(s) (22 février – 31 mars) ouvrira le bal mais j’en ai fait seulement une visite à distance.

Je n’irai pas à Liège en avril pour la BIP, la prochaine édition se tenant en 2014, même chose pour Helsinki et son Helsinki Photography Festival. Prague Photo ayant été une vraie déception et l’intérêt de la ville de Prague étant largement surfait, avec une masse indescriptible de touristes low cost pour couronner le tout, je ne mettrai pas les pieds à Prague au printemps 2013 (la manifestation se tient chaque année). Il y aura Format à Derby mais la dernière édition ne m’avait pas faite une grosse impression et la ville présente des attraits bien réduits sans compter que la compagnie aérienne ultra low cost qui desservait la ville a mis la clé sous la porte.

Je comptais passer une tête à Londres pour une nouvelle foire de photographie, qui ouvre le 2 mai mais manque de chance cette date est celle du vernissage qui commence à 18 heures seulement: je serais déjà sur le chemin du retour. Ce sera, du coup, l’occasion de passer à la National Portrait Gallery pour les portraits de Man Ray. Après quelques hésitations, j’irai à PhotoMonth à Cracovie du 11 au 14 juin, moins pour le programme photo, peut-être, que pour s’aérer au printemps et visiter enfin ce que je n’ai pas vu les autres années. Pour une fois je ferai une infidélité à l’Unicus. Je n’irai pas à Milan pour le MIA, la ville que j’ai pu un peu visiter en 2012 ne présente pas un intérêt capital au-delà de ce que j’ai déjà vu et la foire n’est… qu’une foire un peu trop italo-centrée, un peu trop "historique" et avec trop de partenaires techniques (imprimeurs, labos, etc).

Je n’irai sans doute pas au London Festival of Photography en juin car il faisait la part trop belle à la street photography mais aussi tout bonnement parce qu’après deux éditions (2011, 2012) il semble stoppé. Les Transphotographiques de Lille sont désormais supendues depuis 2012 et le partenariat avec la MEP (à partir d’avril 2013) n’annonce pas encore d’édition en 2014. J’irai à Copenhague, toujours en juin, du 7 au 9, à l’occasion du Copenhagen Photofestival et ce sera tout pour juin car le prochain Grid Amsterdam ne se tiendra qu’en 2014. Les 50JPG, une triennale à laquelle nous étions allé en 2010, à Genêve, se tiendront de juin à juillet mais il reste à bien en évaluer l’intérêt et à savoir si cela vaut encore le coup en juillet (en 2010, le gros du programme se tenait en juin mais il y aussi le musée de l’Elysée à voir à Lausanne).

Pour le programme estival, on ira, en Juillet, du 1er au 3, à Arles, bien sûr, et à Madrid pour PhotoEspaña du 4 au 7 mais j’estime avoir fait le tour de la bonne ville de Dublin et PhotoIreland ne justifie pas, dans sa configuration actuelle, de se rendre en Irlande (en outre, le programme 2013 sera étendu à Cork et à Limerick ce qui complique les choses). En août ce sera calme puisque le Summer of photography à Bruxelles se tiendra en 2014.

Pour la rentrée, j’irai sans doute à Amsterdam pour une journée (et pas plus: mon hôtel habituel est déjà plein!) pour Unseen et aussi pour finir de compléter ma série de FOAM magazine. Je ne sais pas, à Lyon, si le Septembre de la photographie reprendra un cours normal, après une phase chaotique: en principe c’est plutôt en 2014 que se tiendra la prochaine édition. L’Internationalen Photoszene Köln est aussi une biennale et ce sera en 2014 qu’il faudra s’interroger sur la nécessité d’y aller ou pas, à ce stade, après l’édition 2012, cela ne me semble pas indispensable.

Pour la fin de l’année, 2013 sera sans "mois de la photographie" donc pas de séjour à Berlin ou Vienne et Brighton est aussi une biennale (Brighton Photo Biennal, Brighton Photo Fringe). L’équipe de PhotoMonth à Londres vient d’annoncer qu’il n’y aura pas d’édition 2013, après 12 ans sans interruption. Il ne restera donc que Paris Photo en novembre.

RVB Books – Paul Kooiker

La semaine dernière, petite visite chez RVB Books (95, rue Julien Lacroix, c’est vers Belleville) pour y voir le travail de Paul Kooiker que j’avais découvert à Liège l’année passée avec sa série (qui est d’abord un livre), hunting and fishing. Manque de chance, les prix m’ont paru un peu abusifs (2750 € encadré pour cette série, bien plus pour d’autres série). C’était ma 1ère visite dans cette petite galerie qui vend aussi et surtout des livres, certains étaient sous vitrine comme justement hunting and fishing (double page ci-dessous) qui est épuisé, hélas. L’exposition s’est achevée hier. Cette galerie est à suivre.

Vienne – Mois de la photographie 2012 – Jour 2 – Kunst Haus Wien

Le séjour se poursuit à Vienne à l’occasion du mois de la photographie 2012 avec un passage éclair chez WestLicht (Westbahnstraße 40) où je m’étais cassé le nez la veille, pour y voir en vrai les oeuvres dispersées lors d’une vente aux enchères que j’avais parcourue à distance déjà sur mon PC. Une occasion de voir de belles pièces gratuitement sans toutefois y découvrir de raretés. Un peu loin dans le même quartier je suis allé chez Galerie Raum mit Licht (Kaiserstraße 32) pour y découvrir le travail énigmatique de Anita Witek, exposé jusqu’au 15 décembre dernier, et surtout pour y voir le travail des petits jeunes de la Schule Friedl Kubelka (si j’ai bien compris). Autant la 1ère salle était surchauffée, autant le cabanon qui accueillait le travaux des jeunes (un ou deux seulement par personne) était glacial et, après quelques recherches sur le web je n’ai trouvé que peu de sites web de ces photographes et aucun avec un projet artistique à part celui de Laurent Nostitz. En gros, j’aurais mieux fait de rester au chaud à déguster une part de Sacher Torte.

Le (très) gros morceau de la journée c’était le Kunst Haus Wien (Untere Weißgerberstraße 13) avec une exposition hautement recommandable qui dure jusqu’au 13 janvier 2013.  Le site est un peu loin de tout et j’ai failli ne pas entrer au vu du thème et puis, finalement, si, et je ne regrette pas, bien que le sujet soit un peu étrange: le Photomaton ou, plus exactement, "Foto-Automaten-Kunst". Avec l’incontournable Clément Chéroux, le Musée de l’Elysée et le Kunst Haus Wien comme curateurs on ne pouvait pas être déçu. L’entrée est payante (10 €) mais ça les vaut (300 travaux, 60 artistes), avec une traduction intégrale en anglais et un vrai travail intelligent de curateurs, remarquable.

L’exposition est à l’avant-dernier étage du musée et commence avec des photos publicitaires de photomaton datées de 64 et de 92, des vignettes de morceaux de cabine par Jan Wenzel, une typologie de rideaux de photomaton juxtaposés verticalement comme des rideaux de théâtre par Naomi Leibowitz et puis aussi un appareil baptisé Le maton, un drôle d’objet pour produire de petites photos en bandes pour amateurs, dont on voit aussi des tirages vers 1930.

Steve Pippin s’expose dans un auitoportrait réalisé dans la rue en détournant un photomaton pour en faire un pinhole. Svetlana Khachaturova sort aussi le photomaton de son usage en utilisant un miroir qui reflète l’extérieur de l’appareil et dissimule largement l’artiste. Je passe sur Bruno Richard et Franco Vaccari dont l’inévitable pornographie se devait de figurer. Nakki Goranin dont le livre sur le sujet est une référence a collecté des clichés de photomaton aux États-Unis et ici il s’agit d’une série de baisers, pas toujours très chastes. Dans les années 80, le rideau a été raccourci de moitié afin d’éviter des débordements devant l’objectif.

Viennent ensuite les expérimentateurs comme Arnulf Rainer (du mouvement actionniste viennois, en 69) et bien sûr les surréalistes qui voient dans la photo automatique le pendant de l’écriture automatique si bien qu’on voit ainsi, très sages pour la plupart, Yves Tanguy vers 1929, Max Ernst, Queneau, Eluard, Aragon et Breton. Au passage on apprend que le 1er photomaton à Paris a été installé en 1928 (la marque quant à elle est née en 1936).

Certains artistes ont réalisés des expériences comme Daniel Minnick qui dégrade les bandes qui deviennent ainsi abstraites ou Franco Vaccari qui invite les visiteurs de la biennale de Venise 72 à laisser une trace photographique de leur visite sur les murs. On n’échappe pas non plus à Wharhol et on termine l’étage avec un curieux mélange de Purikura (des photos très kawaï, sous vitrine), d’autoportraits avec célébrités des années 30 à 50 par Willy Michel, le travail de mémoire de Amanda Tetrault où la photo permet d’essayer de sauver ce qui reste de la personnalité fissurée de son père et le travail de Lorna Simpson qui mène un travail sur le statut de la femme noire américaine depuis les années 80 (avec ici de multiples photos encadrées souvent tachées).

A l’étage, l’exposition se poursuit avec "la bande" (ça rend mieux en anglais: the strip) car en fat l’exposition est structurés en thèmes avec 4 ou 5 artistes à chaque fois. Jan Wenzel (vu à l’étage du dessous) nous bluffe avec ses scènes réalisées par juxtaposition de clichés et quand on le voit faire on voit bien la difficulté du processus (il fut être motivé car avec un bon logiciel c’est facile comme tout). On voit ensuite Jared Bark puis Jeff Grostern qui est le fils du créateur du photomaton canadien et qu’on voit donc vieillir sur 36 ans… Dans une veine plus joueuse on retrouve Topor avec un Topormaton dan Charlie mensuel, comme une BD avec du texte. Raynal Pellicer anime 4 images en boucle sur de petits écrans LCD. Jean Michel Alberola forme le mot "rien" en 4 clichés. On reste dans le conceptuel avec Michel Salsman qui expose une longue série où il ajoute a chaque fois un de ses portraits au précédent pour former un visage composite de lui-même. Alain Baczynsky s’est rendu chez son psy et a fait une photo pour résumer l’entretien soit 242 en tout; quelques unes sont exposées (certains sur l’envers pour lire le commentaire). On ne coupe pas à Cindy Sherman. Susan Hiller montre des agrandissements avec des gribouillis. Gillian Wearing penche aussi pour le grand format où elle se transforme en un membre de sa famille, ici elle se montre à 40 ans comme si elle en avait 17 (en provenance du site de sa galeriste, Maureen Paley).

Sabine Delafon exposait une partie des 700 clichés d’elle-même, ici il s’agissait d’avis de recherche … d’elle-même dans de nombreuses langues. On reste dans le conceptuel avec encore des autoportraits mais cette fois les yeux barrés de fils de couture rouge (du vrai fil) par Anita Cruz-Eberhard. Jurgen Klauke fait lui aussi dans l’autoportrait avec 12 grands clichés noir et blanc dont certains identiques mais tous munis d’un titre surimprimé (artiste, soldat, etc). Je  passe sur David Wojnarowicz et sa série en masque de Rimbaud (vu à Arles – ici). Tomoko Sawada se déguise aussi en 100 personnages exposés sur les 400 qu’elle a réalisé d’elle même, une sorte de Sherman japonaise.

Dans une veine plus militante, Michael Fent reconstitue des photos d’identité d’immigrés, trouvées sur la plage et Mathieu Pernot nous sert une fois encore des photos de gosses dans une critique de l’enregistrement des tziganes (vu à Arles ici). Je passe sur Ruff bien mal servi avec une pauvre photo pour évoquer Anne Deleporte et son accumulation de détourages de photos empilées.

On termine avec l’incontournable série de photos trouvées, avec livre (et vidéo du livre dont on tourne les pages) pour Michel Folco et Joachim Schmid (vu à Arles ici) et sans livre pour Dick Jewel dont les photos sont simplement réunies dans de grands cadres.

Paris Photo 2011

Hier marquait l’ouverture au public de Paris photo 2011 qui se tient désormais au Grand Palais. Après avoir cherché un peu en vain la bonne entrée, car le public est dirigé par des barrières métalliques comme du bétail, selon son "statut" (presse, visiteurs sans billet, visiteur avec billets, exposants,) j’ai enfin pu entrer. J’avais réservé mon billet en ligne (25 €) que d’ailleurs je n’avais pas reçu et qu’il m’avait fallu réclamer par email.

Le lieu est immense et malgré le jour et l’heure, le public était déjà nombreux, souvent anglophone, à le remplir. C’est ici aussi que se tient la FIAC et l’impression de "masse" est la même: c’est une véritable avalanche de photographies et, contrairement à la FIAC où les médias sont divers et généralement de grande taille, ici, ce ne sont que des photographies et, évidemment, en bien plus grand nombre que des tableaux, format oblige. Le chauffage est également un peu excessif si bien que laisser son manteau à l’entrée n’est pas une mauvaise idée (il en coûte 2 € – il n’y a pas de petit profit – mais les toilettes sont gratuites). Le programme est très dense et fait bien sûr la part belles aux galeries car, comme la FIAC, Paris Photo est une foire commerciale, une sorte de galerie marchande temporaire spécialisée (mais payante).

Les galeries sont de provenance internationale même si la France est sur-représentée de par la présence de galeries d’art contemporain non-spécialistes. Les étrangères sont presque toutes des spécialistes, le plus souvent américaines ou anglaises. Le thème retenu cette année était l’Afrique mais un nombre très limité de galeries a concocté un programme "100% africain" (Revue noire ou Bailey Seippel qui vient d’Afrique du sud ou Magnin-A ou FiftyOne) et peu même ont fait de la place à des auteurs du continent noir (comme Agnès B. ou Robert Klein). Les choix des galeries sont très contrastés entre ceux qui ont retenu un ou deux auteurs (ou thèmes) comme Daniel Blau qui prend le risque de montrer que des tirages de la NASA  ou Christophe Gaillard qui se consacre à l’auto-portrait, et ceux qui ont sorti le catalogue.

La foire mélange aussi bien l’ancien que les classiques et le contemporain mais les classiques me semblent dominer, en moins en nombre, du fait de formats plus petits. Il manque en revanche, m’a-t-il semblé, de nouveaux talents ou, au moins, sont-ils insuffisamment mis en valeur.

Parmi les stands marquants on trouvera les grands noms qu’il est inutile de répéter mais on notera tout de même trois galeries qui se distinguent, d’abord deux qui se démarquent par l’originalité de leur stand, Bryce Wolkowitz (avec des images animées) et Hilger modern contemporary (avec des tirages dans de grandes cantines) et puis une autre par le niveau spécialement relevé des travaux, Johannes Faber. Cette dernière galerie (qui expose aussi bien à l’AIPAD qu’à la TEFAF) est l’occasion de rappeler deux choses: d’une part que Paris Photo est l’occasion de voir des pièces de qualité muséale et que, d’autre part, la plupart des galeries mettent de côté leurs mauvaises habitudes en venant à une foire commerciale puisque les cartels sont presque toujours présents (seules deux ou trois galeries n’ont rien compris et affichent les oeuvres sur des murs blancs sans indications, pas même de nom) et qu’une nombre significatif affiche les prix, pratique qui devrait être obligatoire. Pour mémoire, sur ce dernier sujet, les galeries les plus prestigieuses ne se cachent pas: chez Faber, les prix sont à 4 ou 5 zéro et sont affichés (le record pour un Steichen à 420 000 euros): j’ai du mal à comprendre la pusillanimité de galeries plus modestes.

En sus des galeries, on trouve quelques éditeurs de livres et 4 stands peints de gris consacrés au récents achats du Musée de l’Élysée (fonds Chaplin et quelques nouveaux), de l’ICP (avec des imprimés) et de la Tate (avec Moriyama pour Farewell) ainsi qu’un bref extrait de la collection Walther (œuvre africaines et allemandes).

En complément, les découvertes SFR et un survol de Bamako étaient offerts.

L’édition 2011 vaut le coup mais il faut bien viser pour éviter la foule (les barrières extérieures portent des panneaux " 1H30 d’attente à  partir de ce point", gageons que cela arrivera à certains visiteurs). En passant 4 heures sur place, ce qui est déjà long (physiquement), cela ne fait guère que 2 minutes 30 par stand, autant dire que c’est aussi une visite assez frustrante mais qu’il faut faire au moins une année sur deux.

En bref – Schirman et de Beaucé – Bourgadier – Cosplay

Le 5 février dernier, en sortant de chez La Galerie Particulière, je suis tombé par hasard sur la galerie Schirman et de Beaucé qui montrait le travail d’Hermine Bourgadier, déjà vu dans cette galerie il y a quelques temps (billet ici). Cela reste dans la ligne de ce qui précédait: des portraits minimalistes, une grande économie de moyens, même le format est modeste.

A voir en passant jusqu’au 26 février.

Galerie Baudoin-Lebon – Neige / collection hiémale

La galerie Baudoin-Lebon (38 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie et ici) présentait jusqu’à samedi dernier une exposition collective, Neige (ou collection hiémale, je n’ai pas bien suivi); la prochaine prend le relais dès le 5 février 2011 (jour de vernissage).

Je passe sur les oeuvres graphiques pour rester sur la photographie qui m’a laissée un peu dubitatif: ce n’est pas facile les expositions collectives car cela fait souvent peu de place pour chacun et au final le propos de chaque auteur est rarement  n’est pas toujours clair.

Il y  avait Grégoire Eloy avec notamment une photo que je me souviens avoir vue à Lille en 2009  (les traces dans la neige – billet ici), Mat Hennek, Anne-Marie Filaire (avec de très petits formats contrairement à la fois précédente – billet ici), Lise Broyer (déjà vue en détail chez VU’ – billet ici),  Patrick Bailly-Maitre-Grand, Shim Moon-Seup, Walter Niedermayr (avec 9 plans colorés de montagne avec remontées mécaniques), Mathieu Bernard-Reymond (c’est pas mal ça, la neige en solo d’un côté avec un type seul perdu au milieu de rien et puis en contrepoint une foule compacte sur un glacier – sur son site, voir Disparitions). Je finis avec Thomas Humery qui était dans une petite pièce avec des paysage, de vraies assiettes et des portraits et ça se passe en Autriche, à Chamonix et en Finlande et c’est plutôt sympathique, frais et calme. Son site montre quantité de ses travaux et se regarde avec plaisir.

 

MEP – 4ème saison 2010 – 2011 – Autour de l’extrême, Riboud et Bovo

Samedi dernier marquait la fin de la période d’hibernation, malgré un froid piquant et c’est à la MEP que je me rendis pour l’avant-dernier jour de l’exposition de clôture de 2010 qui marquait aussi le début de la saison 2011. C’était aussi l’occasion de renouveler mon abonnement.

Je n’ai pas été déçu. Je passe rapidement sur l’abécédaire de Riboud, plutôt destiné me semble-t-il à un jeune public (des visites pour enfants étaient d’ailleurs organisées). Pour la petite histoire, Riboud était présent pour une courte interview.

Tout au fond se trouvaient 23 photographes de Paris Match réunis à l’occasion d’un prix avec souvent des images saisissantes et particulièrement atroces. Heureusement, deux vaches paissant paisiblement donnaient un peu d’air. Le lauréat est Olivier Laban-Mattei pour un inévitable reportage sur Haiti avec cadavres à gogo et du coup il avait le droit d’exposer plus d’une photographie, le veinard.

Entre deux portes, l’Afd présentait James Iroha Uchechukwu.

Passons au sous-sol pour retrouver l’une des expositions majeures, celle consacrée au travail de Marie Bovo que j’avais découvert en 2009 à ArtBrussels (billet ici). La première salle montre des cours intérieures à Marseille vu par en dessous avec donc le carré du ciel encadré sur quatre face par les immeubles. Ensuite c’est la série Grisaille qui porte cette fois sur de gris plafonds  décrépis et on termine avec Bab el-Louk, des toits cairotes vus aux heures successives du jour. Tout cela n’est pas transcendant tout de même.

La Grosse Exposition se situe sur les deux niveaux supérieurs, c’est "Autour de l’extrême" avec de très nombreux photographes: 25/34 Photographes, Ansel Adams, Claude Alexandre, Manuel Alvarez Bravo, Claudia Andujar, Diane Arbus, Neil Amstrong, Richard Avedon, Roger Ballen, Martine Barrat, Gabriele Basilico, Jean-François Bauret, Valérie Belin, Rosella Bellusci, Philip Blenkinsop, Rodrigo Braga, Bill Brandt, George Robert Caron, Henri Cartier-Bresson, Jean-Philippe Charbonnier, Martial Cherrier, Larry Clark, Raphaël Dallaporta, Bruce Davidson, Jean Depara, Raymond Depardon, Philip-Lorca diCorcia, Doctor T, George Dureau, Gilles Ehrmann, Fouad Elkoury, Touhami Ennadre, Elliott Erwitt, Bernard Faucon, Alberto Ferreira, Giorgia Fiorio, Robert Frank, Mario Giacomelli, Nan Goldin, Gotscho, Emmet Gowin, Seymour Jacobs, Claudia Jaguaribe, Michel Journiac, Jürgen Klauke, Les Krims, Oumar Ly, Robert Mapplethorpe, Don McCullin, Duane Michals, Pierre Molinier, Vik Muniz, Ikko Narahara, David Nebreda, Helmut Newton, Pierre Notte, ORLAN, Martin Parr, Irving Penn, Pierre & Gilles, Tony Ray-Jones, Rogerio Reis, Bettina Rheims, Marc Riboud, Miguel Rio Branco, Sebastiao Salgado, Andres Serrano, Cindy Sherman, Jeanloup Sieff, Christine Spengler, Shomei Tomatsu, Pierre Verger, Alain Volut, Weegee, Edward Weston, Joel-Peter Witkin, Bernard-Pierre Wolff.

Pour ma part, j’ai surtout retenu les grands classiques présentés sur le 1er niveau: les tops nus /habillés de Avedon, Marilyn par Avedon, le nu de Weston, YSL nu par Sieff. En fait, pour quelqu’un qui souhaite s’initier à la photographie comme Art, cette exposition et spécialement le 1er étage constitue un condensé d’histoire de photographie contemporaine. Toujours dans cette 1ère salle, on voit des pièces moins connues comme les punks de Meursault et Muller (25/34 photographers), les amputés de Georges Dureau shootés comme des stars. La 2ème salle de cet étage montre moins de classiques mais on reconnait quand même les jumeaux crétins de Ballen, une série de Parr (The Last resort: photographs of New Brighton) et les lavabos de Erwitt (white only).

Au dernier étage j’ai surtout retenu Nan Goldin, Serrano, le manifestant tué de Alvarez Bravo, Molinier et Journiac bien sûr ainsi que la série de Belin sur les sosies de Jackson.

Enfin, tout cela pour dire que c’était une exposition fort réussie, peut-être la meilleure de l’année 2010. La prochaine démarre dès le 9 février et me semble moins exaltante.

Galerie des bibliothèques – PHOTO-FEMMES-FÉMINISME 1860-2010/Collection de la bibliothèque Marguerite Durand

Hier, dimanche photographique consacré à quelques visites dont celle de la galerie des bibliothèques, celle-la même qui me semble-t-il avait abrité l’exposition Zucca (celle qui fit scandale).  Le titre indique le thème: le féminisme. Du coup, à l’expo, que des visiteuses !  Marguerite Durand (1864-1936) avait les honneurs, notamment au rez-de-chaussée,  puisque les photos sont tirées de la bibliothèque qui porte son nom. Cette dame, dont je n’avais  jamais entendu parler il faut bien le dire et que j’aurais oubliée dans deux semaines, fut une journaliste et femme engagée dans la cause féministe. Plusieurs photographies nous montrent la plantureuse protestataire et on voit aussi des pièces diverses sous vitrine dont un extrait de son journal, La Fronde, qu’elle fonda en 1897.

En dessous se déploie le gros de l’exposition autour de quelques thèmes. On voit ainsi des photographies de célébrités de son époque (et d’autres plus contemporaines) dont beaucoup ne seront connues que des spécialistes. On peut citer, tout de même, Polaire, Mistinguett, la goulue, la belle Otero, Sand, Rosa Bonheur, Sarah Bernardht, Marie Laurencin, Camille Claudel, Yourcenar, Frida Khalo par Gisèle Freund.

En suite, c’est au tour des travaux de  quelques photographes célèbres: Sabine Weiss,  Berenice Abott, Germaine Krull, Laure Albin-Guillot, Margaret Bourke-White et aussi Edith Gerin dont le nom m’était inconnu. L’ensemble est complété de portraits de photographes fameuses comme Yvette Troispoux et Irina Ionesco.

Ensuite c’est moins intéressant avec des femmes au travail, anonymes ou non mais on notera quand même des pièces d’anthologie comme ce courrier autorisant une jeune femme à se présenter à l’agrégation de math pour homme (après avoir été reçue à l’agrégation pour femme) et encore cette photo de femme en tenue de pilote d’automobile.

On finit avec les révolutionnaires depuis les communardes jusqu’au MLF qui parait aujourd’hui complètement ringardisé, pas assez récent pour paraitre actuel et pas assez ancien pour être auréolé d’un charme suranné. On se concentrera donc sur les petits portraits de communardes (dont Louise Michel) annotés de remarques policières.

C’est 6 euros,  jusqu’au 13 mars 2011, c’est original comme exposition et instructif aussi bien que pour les femmes que pour les hommes.

Le Bal – 5 étranges albums de famille

Après le CWB, aujourd’hui c’était aussi le BAL (déjà visité à son lancement – billet ici). Plus de visiteurs cette fois que lors de mon passage précédent mais guère plus de photos: quel dommage qu’un si beau volume n’ait pas été aménagé de manière plus rationnelle, sans parler même de l’espace librairie et café, utiles certainement pour financer le lieu mais empruntant encore des mètres carrés sur l’espace d’exposition. C’est à se demander si finalement le BAL ne risque pas de devenir un café-librairie avec un espace d’exposition (je plaisante à peine).

Quoi qu’il en soit le vaste rez-de-chaussée était consacré à Emett Gowin (à voir chez Pace/MacGill ici) représenté par de nombreux petits formats noir et blanc courant sur trois murs tandis que le quatrième était encombré d’un courte vidéo de Erik Kessels (3 minutes) au son péniblement grinçant.  Gowin réussit à faire peur en montrant des photos de familles des années 60 en noir et blanc. C’est un exploit. Des visages flous ou un chien flou dans un coin, des bras croisés, des mines renfrognées, des lèvres pincées, des contrejours, des yeux baissés, une peau boutonneuse ou une tache de vin sur le visage, tous les portraits et toutes les scènes sont intrigantes, transpirent la gêne, l’ennui, voire la douleur. Les flous "de vitesse" sur certaines images donnent l’impression que  le temps ne s’écoule pas à la même vitesse partout, comme dans un film de SF, ajoutant au trouble. Une belle série.

Au sous-sol, l’espace est partagé entre le travail de Alessandra  Sanguinetti (site ici) accroché sur fond rouge et sa vidéo, le travail de Metyard et les vidéos de Saddie Benning.

Le travail de Sanguinetti est extrêmement connu et en particulier les tirages exposés qui d’ailleurs ne sont pas ceux de la série "les aventures de Guile et Belinda" mais un extrait de cette série complété d’un extrait d’une autre série "The life that came", les deux couvrant ensemble la période 1999-2006. Les deux filles (sœurs) que l’on voit grandir se touchent souvent, s’étreignent, ne se parlent pas et nous sommes témoin de leur existence, simple, dans une ferme, de leurs émotions muettes, le tout baigné d’une couleur extraordinaire. Les grands formats carrés sont néanmoins parlant et puissants. C’est un remarquable travail servi par un accrochage irréprochable. La vidéo, une interview des enfants, est en revanche faible et inutile, c’est un document de travail plus qu’autre chose et sa place n’est pas au beau milieu de la salle, le texte introductif de l’auteur était suffisant à mon sens et le temps long dans lequel s’inscrit de le travail de l’auteur n’est pas compatible avec la vidéo mais bien plutôt avec l’écrit.

Le travail de Meatyard (L’album de Famille de Lucybelle Crater) est aussi fort connu mais d’une autre génération et son caractère répétitif est un peu lassant mais ne manque pas d’un certain charme. Il montre monsieur et madame, leurs enfants et amis,le plus souvent en portrait statique, noir et blanc et de petit format, chaque personnage étant masqué de façon grotesque.

Les trois vidéos (avec casques) de Sadie Benning étaient squattés par le public: je déteste ce genre de dispositif "propriétaire" (un seul profite) dont l"hygiène me semble également douteuse mais c’est une autre histoire.

En résumé, de belles images mais aucun effort de recherche (artistique, pédagogique ou historique) ou de construction d’un propos, pas de pièce ou d’auteur exceptionnel qui renverrait à une qualité muséale mais seulement une "bonne galerie" (payante de surcroit – peu certes mais le principe demeure).  Je conseille à chacun d’y faire un tour dans l’idée de se faire une opinion et de juger de la nécessité ou non d’y retourner la fois prochaine.

Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Fernweh Klub – Off

Dans l’éventualite improbable d’un accident, tel est est le titre de la proposition du Fernweh Klub (qui réunit de jeunes anciens de l’ENSP) qui était montrée au Siège du PCF local. Pour mémoire, l’an passé, je m’étais farci de monter au dernier étage pour y découvrir un espace vide seulement orné de ces pastilles rouges qui marquent habituellement la vente d’une pièce dans les galeries d’art. Cette année j’ai été mieux récompensé  puisqu’il y avait des choses à voir aux étages (d’un autre côté c’était moins potache et moins marrant). Par contre, l’accueil est en baisse (c’est ça les jeunes) car  ils ont ouvert en retard tandis que l’an passé les deux dames camarades qui assuraient la permanence étaient à l’heure – et m’avaient offert des gâteaux ;-)

Pour commencer j’ai raté les travaux de Anne-Claire Broch (c’est un peu vexant car j’avais bien aimé son travail l’an passé au Supermarkt) et Florence Vernier, peut-être s’agissait-il des vidéos (rappel: je fais une allergie) au rez-de-chaussée et puis de toute façon je n’aime qu’on me regarde regarder, surtout si ce sont les auteurs, et comme il y avait du monde…

Après il y avait les travaux de Sunghee Lee, Alexandre Maubert et Gilles Pourtier (vu l’an passé déjà ici). Rien compris.

Il en reste trois où je n’ai rien compris non plus mais où j’ai été frappé (en traître en plus parce que, comme ça, les photos vues de loin n’étaient pas très frappantes). Alors, le 1er c’est Blaise Perrin qui nous montrait ses photos de vacances à Soria en Espagne (c’est un curieux endroit mais bon, pourquoi pas): ses ruines et surtout son brontosaure en plastique m’ont déprimé (son site ici).

 

Geraldine Jeanjean avait aussi choisi un sujet exaltant: Aumont (c’est une ville un village dans le Jura ou alors dans la Somme). En fait, non, ça c’est le titre de la série je crois bien, en fin de compte le sujet c’est comme un souvenir triste, une nostalgie, un secret familial caché peut-être ? On voit une route, un pavillon, un portrait, un rayonnage de jouets et on s’invente une malheureuse histoire. C’est frappant aussi ce truc là mais Géraldine triche (si, si): elle avait mis un texte pour conditionner le regardeur ;-) Les gens très motivés pourront s’aventurer sur son site web (ici) dont l’IHM est un drame à lui tout seul.

Matilde Brugni après une présentation impressionniste l’an passé particulièrement déprimante (réalisée en Finlande, tout s’explique ici), cette année Matilde est restée en France.  Cette fois ce n’est pas déprimant c’est inquiétant. Il y a en effet un suspense: cette fillette s’apprêtant a traverser, cette mémé prête a monter sur le trottoir, cette autre meme prête a entrer chez elle… On anticipe éventuellement le pire.

Allez, une petite suggestion pour l ‘an prochain: vous pourriez pas nous faire des séries avec des fleurs, des petits oiseaux et des petits chatons mignons voire de gros lapins parce que les séries dépressives, à la longue, c’est un poil fatiguant (y compris pour le photographe, non ?). Je plaisante à peine :p