Galerie Le Bleu du Ciel – la suite

Lors de cette visite de la galerie, 17 artistes étaient représentés, modestement, vu la surface disponible, mais faire modeste et pertinent, éclairer correctement les œuvres et disposer des cartels intelligents vaut bien mieux, à mes yeux, que des étalages sans vie de photos en vrac avec lesquelles il faut se débrouiller.

En vitrine, ce n’est pas une photo de Dorothea Lange (migrant mother) comme je l’ai indiqué dans mon billet précédent, et non, c’est une ruse de Kathy Grove, qui a passé au Botox le visage fatigué de cette mère, exténuée par les épreuves.Au rez de chaussée, on devait voir Noah Kalina mais la télé n’était pas allumée et son travail est plus que connu (du moins une partie) : sa vidéo, montage des photos de son visage prises chaque jour pendant des années a été vue plus de 10 millions de fois sur YouTube.

Étaient en revanche présents : Susan Opton, Thomas Weisskopf et Gary Schneider.

La première,  Suzanne Opton, nous montre plusieurs visages émouvants de jeunes soldats le regard perdu, la tête posée sur le sol. On se demande ce qu’il font là, ce qu’ils pensent. Ils écoutent le sol comme les indiens dans les films pour entendre arriver l’ennemi ? Ils sont plaqués au sol dans l’attente d’un châtiment ? Sont-ils morts ? La série est visible sur son site.

Le second, Thomas Weisskopf, nous montre deux photos de visages de transsexuels, thaïlandais je crois (série "cut"), maquillés mais pas trop. On ne voit que les visages, lisses. Ils sont décents, sans outrance, sans outrage. Ils nous regardent tranquillement, en petit format couleur, à hauteur des yeux. A peine peut-on deviner que ce sont des hommes : pour un peu on pourrait être vraiment attiré. Ces "ladyboys", selon le terme thaï kathoey ou katoey (กะเทย) ou bien encore "shemales", selon l’argot américain, on peut les voir sans peine via Google, en pleine action, sans chercher beaucoup. Ils trouvent ici un peu de sérénité et assurément plus d’humanité. Eux qui sont réduits à des objets sexuels, à personne, à rien, redeviennent ici des personnes regardées comme on regarde tout être humain. Sa série est visible à la galerie Roemerapotheke. L’illustration ci-dessous, tirée de la série "cut", n’est pas exposée à la Galerie Le Bleu du Ciel.

Le troisième, Gary Schneider montre Helen (200). Un immense portrait reproduit ci-dessous, réalisé dans le noir, devant une chambre grand format avec un long temps de pose au cours duquel l’artiste balaie le visage avec son éclairage. Cela donne une impression étrange, quelque chose de plus complexe qu’un bougé, une sorte d’accumulation d’expressions. Schneider n’est pas un inconnu, il a aussi produit un fameux autoportrait génétique . Son exposition forcément plus complète, au musée d’Harvard, en 2004, est décrite ici. Tout cela cadre parfaitement avec le thème de l’exposition (l’identité, le visage).  Pour ma part, je n’avais jamais rien vu de tel auparavant.

A l’étage, des choses surprenantes encore. On retrouve Charles Fréger, décidément incontournable. On l’a beaucoup vu à Arles (j(y reviendrais) mais aussi à Bruxelles, à l’espace ING cet été pour une exposition très réussie sur le paysage et le portrait. Cette fois, il s’agit de deux portraits d’une patineuse victorieuse (winner face – série steps 2001-2002) réalisé à la manière de ces photos de Mussolini, par en dessous, menton relevé, pour montrer toute l’assurance et la domination du modèle. Évidemment, le portrait couleur de cette jeune fille souriante est bien plus gracieux et sans relent de propagande politique, mais c’est la comparaison qui me vient à l’esprit. De toute façon, je suis fan de Fréger mais pour le moment je n’ai que son livre, "Portraits photographiques et uniformes". Ce sont les photos ci-dessous qui sont présentées à la Galerie et qui sont extraites de son site web, très complet et que je vous recommande (même si la photo, ou à défaut le livre, est infiniment supérieure).

Voilà, très bientôt je vous parle de la fin de cette visite dans cette sympathique galerie.

Rencontres de la photographie d’Arles – Cloitre Saint-Trophime

A côté du Palais de l’Archevêché se trouve le Cloitre Saint Trophime, tous deux accessibles depuis la place de la République où se trouvent aussi un bel obélisque, la Mairie d’Arles et l’Eglise Sainte Anne.

Ce cloitre peut valoir à lui seul la visite, en dehors des Rencontres.

Dans la "Salle des tapisseries" est exposé une sorte de "work in progress" où, essentiellement sur des tables, sont éparpillés les documents qui servent de support de création à Lacroix (c’est ce que je crois avoir compris). Je n’ai pas du tout accroché face à cet amoncellement, sans commentaire, de coupures de presse, de photos de sources multiples. Manifestement, je n’étais pas le seul dans cette situation.

Peut-être s’agissait-il là de faire, toutes proportions gardées, quelque chose qui ressemble à l’Atelier Brancusi ou à l’Atelier Giacometti ? Quoi qu’il en soit, tout cela semblait mort, la poussière tombée sur les photos et la lumière sépulcrale du lieu n’arrangeant rien. On tombait aussi tomber sur de belles photos de Sieff et de Lindbergh qui semblaient se trouver là par hasard et ne raccordaient nullement avec l’ambiance "travaux de recherche créative". Bref, pas terrible.

Sur un palier, on trouve le travail de Jérome Puch qui se résume à se photographier lui-même à l’aide d’un Polaroïd (tenu à bout de bras) en compagnie d’un jeune mannequin de sexe féminin. Concrètement, un grand tableau était couverts de Polas. On est content pour lui.

Mais est-ce bien à Arles qu’il faut présenter cela ? La question est ouverte. Si la réponse est positive, il faudra ouvrir à Arles en 2009 une section "Flicker" où on pourra admirer "mes vacances à la plage", "mes animaux domestiques", etc. Bref.

Certes, je n’ignore pas que les photos les plus modestes, tant dans les sujets que dans les moyens (Araki utilise le Polaroïd à profusion) ont leur place sur les cimaises. Certes, la série est un moyen essentiel de la photographie , l’accumulation est utilisée par les artistes au moins depuis Arman et la répétition d’une "procédure" est aussi un moyen (en photo, on peut penser à Noah Kalina). je n’ignore pas non plus qu’il est de bon ton de montrer des Polaroïds depuis que la firme a annoncé qu’elle mettait fin à la production de ses films. Mais bon…

Heureusement, le cloitre expose des œuvres d’un tout autre calibre mais si, là aussi, le fossé est sérieux entre Keterina Jebb et Richard Avedon.

Katerina Jebb présente des photographie de grand format comme des gisants : "des vues de dessus" grandeur réelle de mannequins éthérées dans des vêtements extraordinaires. Il y a peu d’œuvres présentées, 5 ou 6 peut-être mais cela vaut le coup. Je n’avais jamais encore vu, pour ma part, de travail de ce genre. Des formats plus petits sont présentés au Musée Réattu.

Richard Avedon est aussi présent au Cloitre (portfolio ici) et là, on change de dimension. Le photographe (décédé en 2004) est connu et reconnu, il a publié de nombreux ouvrages, fait l’objet d’un appareil critique non négligeable.

Je me bornerai à souligner que:

  • Le lieu est parfaitement en adéquation avec le thème (la mode et la beauté mais aussi la mort et la désolation – les lieux ne sont pas très "riants"),
  • Les tirages sont d’une grande qualité, et exempts de tout reflet,
  • Plusieurs exemplaires du New-Yorker, où sont parus les travaux, sont présentés ce qui permet de faire le lien entre les deux supports : il se trouve que le tirage grand format fonctionne aussi bien sinon mieux que dans le magazine
  • Cette exposition trouve à mes yeux un écho dans une autre exposition, sur le site des Ateliers, consacrée aux natures mortes (et plus précisément, pour une bonne part, au genre des memento mori) de Guido Mocafico dont le travail ne peut hélas vraiment pas être restitué sur un site web et qui a suscité peu de réactions (à part là, et là-aussi).