Galeries online et marchands de posters – La prudence s’impose

Depuis 2009-2010, de nombreuses "galeries virtuelles" se sont développées, spécialisées ou non en photographie, et parfois dotes d’une vitrine "en dur". Bien souvent, les prix sont bien au-delà du raisonnable pour des tirages "longs" et des auteurs sans track-record. Des tirages longs ce sont des éditions qui atteignent la centaine ou des tirages à 30 exemplaires motivés par le  droit fiscal français:

Constituent notamment des objets d’art au sens de ces dispositions les photographies
prises par l’artiste, tirées par lui ou sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de
trente exemplaires, tous formats et supports confondus (article 98 A annexe III du code
général des impôts).

Rappelons qu’en règle générale les galeries disposent de tirages très limités pour de grands formats ( 1 à 7 par exemple) et, que même en aoutant des tirages plus petits édités en plus grand nombre, au-total le nombre de tirages reste inférieur à 30.

Il faut mettre à part les collectifs et je n’en ai trouvé qu’un, Signatures (ici) qui dispose d’un site de vente en ligne et vend à prix (presque) galerie (compter 1 000 €)  des tirages dignes d’une galerie en dur (tirage courts et signés). Pour le reste, on peut distinguer trois cas de figures.

Pas trop mal

J’ai déjà évoqué le cas de Wanted (leur site ici) qui se situe "au milieu du gué" puisque cette galerie fait co-exister des tirages longs avec des tirages courts, qu’elle a des dizaines de photographes en stock et vend en ligne avec un caddie mais qu’elle dispose aussi d’une galerie en dur à Paris. Le cas de Dominique Charlet (site ici) est assez proche qui joue franc jeu en proposant dès sa page d’accueil les tirages longs et les tirages courts. Le nombre d’auteurs, plus modeste, fait également plus "épicerie fine" que "supermarché". Malheureusement, il n’existe pas de galerie physique. La galerie Jour et nuit (site ici) avec 25 auteurs évite aussi l’effet supermarché et ses tirages tout confondu sont inférieurs à 30, chaque taille étant de plus tirée dans des éditions vraiment limitée. Il existe une galerie on-line à Londres qui me semble aussi digne d’intérêt, c’est DegreeArt (ici) qui ne traite pas que de la photo mais se concentre sur les jeunes diplômés d’écoles d’Art ce qui semble une excellente idée et ici les tirages sont vraiment limités.

De bof à très bof

Les trois suivantes sont sur une pente glissante du fait de la taille des éditions surtout.

L’œil ouvert (ici) ne pratique pas l’intox: on parle ici d’édition limitée, et c’est bien le cas, et on ne parle pas d’art. En revanche, on touche à tout entre photos, dessins et autres. Les tirages vont de 25 à 100 ce qui est trop mais tout est clairement indiqué, de même que les tailles et les prix. Galerie photo-originale (ici) ne parle plus d’œuvre d’art mais d’oeuvre tout court ce qui est honnête et il est possible de visiter la galerie en dur pour être rassuré, point positif.

Nouveau venu à l’automne 2011, Wall30 (site ici) met aussi en avant ses tirages limités à 30 exemplaires.  On lit sur le site web: "Nous respectons les codes du marché de l’art ! Nos tirages sont signés et limités à 30 exemplaires (tous formats et supports confondus). Au delà de cette limite, les photos ne sont plus considérées comme des œuvres d’art". On est proche de la ligne rouge au regard des pratiques habituellement constatées sur le fameux marché de l’art mais au moins évite-t-on, les tirages par centaines. On notera que contrairement à Jour et nuit, aucun tirage n’est "court". VO Galerie (site ici) a été lancée fin mars 2010 semble-t-il avec 13 auteurs et des tirages souvent illimités bien que présentés comme de l’art et dans le meilleur des cas les tirages étaient de 30, c’était plus que borderline. Le site a été fermé fin 2011.

Au secours !

Les deux derniers disposent de sites web comportant des mentions susceptibles de tromper le visiteur peu averti.

Yellow corner (leur site ici) n’a rien trouvé de mieux que de porter le sous-titre "photography – art – limited edition" entretenant une confusion évidente entre les 3 termes. Non content d’user de l’anglais qui ne s’impose en rien, cette entreprise parle "d’art" et d’édition limitée pour des tirages de 200 ou 300: on est pas loin de la "pratique commerciale trompeuse" même si la FAQ est plus transparente (ici). Que Télérama ou l’Express parlent "d’oeuvres d’art" ou de "tirage artisanal unique" laisse pantois: comment peut-on à ce point méconnaitre son sujet ?

Lumas (leur site ici) tient à peu près le même discours(photographie – art – edition figurent en sous titre français) et dispose comme Yellow Corner de nombreux points de vente. La mention "ÉDITIONS LIMITÉES – DISPONIBILITÉ RESTREINTE" qui ornait fin 2011 la page d’accueil a été retirée, elle était clairement mensongère. On parle moins d’art sur ce site que chez Yellow Corner et le discours est à peu près clair et honnête mais disons que le marketing y est poussé dans ses retranchements (quand je lis "artisanat", j’ai un léger vertige) et que l’acheteur non averti peut croire faire une bonne affaire alors qu’il n’en aura dans le meilleur des cas que pour son argent.

Lumas – Parcours urbains

Je suis entré pour la 1ère fois chez Lumas à la faveur d’une exposition appelée Parcours urbains. J’ignorais que cette "galerie" montait des expos. Il y avait de jolis diasec colorés fort décoratifs tirés à 100 ou 200 exemplaires.

Pour le même prix, je vous conseille de vous promener sur Internet ou de fureter en d’autres lieux qu’en la rue de Seine et vous pourrez acheter, pour le même prix, autre chose qu’un poster, un vrai tirage photographique en édition limitée et, en plus encourager un jeune artiste et/ou photographe, sans engraisser une boite de marketing.

Maintenant, quand on ne peut pas se payer un étoilé, c’est sûr qu’aller chez MacDo ça a quelque chose de rassurant et ça évite de faire le tour des gargottes pour trouver la perle rare mais aller au MacDo n’a jamais désigné un amateur de bien manger: ça désigne seulement les amateurs de bouffe industrielle bien proprette.

Inutile de vous dire que si vous êtes amateurs de photographie, passez votre chemin.

Mois de la photographie à Paris – 19 – Galerie VU’ – Lars Tunbjork et une surprise pas chère (en bas du billet)

Dans le cadre du Mois de la photographie qui, décidément, dure un très gros mois, la Galerie VU’ (ici) montre jusqu’au 25 janvier 2009 des photographies de Lars Tunbjörk sous le titre Vinter ("hiver" en suédois et en danois, du proto-germanique *wentruz qui a donné "winter" en ancien frison, néerlandais et anglais – ici c’est un blog pour se culturer, je rappelle).

Cette exposition m’a bien plu.

Contrairement à ceux qui s’attendaient à une vision de la Scandinavie stéréotypée, propre, design, écologique et blonde,  je m’attendais pour ma part à une vision underground et désespérée, triste à pleurer, du genre de l’expsotion consacrée à la  Finlande telle que l’avais découverte à Châlon (ici). Contrairement à certains idées reçues, il y a des pauvres en Scandinavie et l’acoolisme y fait des ravages, surtout chez les jeunes (les nuits sont longues).

Ce n’est certes pas la joie qui sourd de ces photographies mais ce n’est pas non plus le désespoir. Certes, on voit de la neige sale, des jeunes gens moches, de vilains intérieurs banaux, de la neige qui tombe, et la nuit aussi.  C’est peut être la rareté des visages qui évite de sombrer. C’est peut-être aussi une sorte d’humour finalement, un léger décalage qui nous montre une réalité certes pas terrible mais si humaine et finalement si proche.

Bref, allez-y, cela vaut le coup. Comme la Galerie VU’ s’obstine à mettre des tag VU’ sur ses photos en ligne, je n’illustrerai pas ce billet (sinon, vous pouvez voir ). Et toc.

Et maintenant la suprise. C’est bientôt Noël (c’est pas la suprise ça, c’est le teaser).

Jeudi dernier, la Galerie a fait une vente de photos et il en reste à acheter (par exemple de Anne-Lise Broyer et Nicolas Comment, déjà vus dans Photos Nouvelles – le site de Nicolas, par ) : cela se trouve dans un coin de la galerie (ce n’est pas très grand) et il y a là tout un tas de photos (pas très grandes) et pas bien chères (les photos ne sont pas très grandes, je sais je radote). Comptez quelques centaines d’euros et, pour votre cadeau, vous aurez mieux qu’une photocopie couleur à 200 exemplaires made in Lumas ou Yellow Corner. Voilà c’est dit.