MEP: Fontcuberta et Lynch + Musée du Luxembourg

Matinée culturelle aujourd’hui dimanche commencée dès 10H30 au Musée du Luxembourg après une agréable promenade dans le parc du même nom pour découvrir le dernier jour de l’exposition "La renaissance et le rêve", sujet pointu, et salles déjà encombrées. Les oeuvres exceptionnellement réunies ici proviennent de musées du monde entier et on apprécie le regroupement autours de thèmes mais on aime moins le regroupement autour des oeuvres, il faudrait vraiment réguler le flux de manière plus efficace. Bosch en était la victime principale. L’expo m’a rappelé par moment celle de Vienne au Belvédère en 2012, Die Nacht im Zwielicht, en plus ramassé (ici).

Ensuite direction la MEP pour les 1ers jours du 1er accrochage 2014 que je craignais lamentable vu les noms en lice: Fontcuberta (souvent hermétique) et Lynch (ah bon, il est photographe aussi ?). En fait c’est une bonne surprise et en plus les salles étaient désertes. Le Fontcuberta présenté ici n’était pas celui d’Arles (en 2009, ici) mais celui de Lille (en 2010, ici) à tel point d’ailleurs que j’avais déjà vu certaines séries comme Fauna, Orogénésis, Constellations et Herbarium. Par contre j’ai découvert Déconstruire Osama, Sirènes, L’artiste et la photographie ainsi que Miracles & Co. Tous ces travaux photographiques sont des fictions traitées sous forme d’archives ou de reportage associant une multitude d’objets pris comme des témoins de véracité et des supports divers, lettres, vidéos, etc. Déconstruire Osaam est un reportage bidon sur Osama, Sirènes développent un conte sur l’existence d’ancêtres sirènes (il y a même un moulage de fossile et une statue en cire d’un prêtre qui en fit la découverte) tandis que Miracles & Co nous montre les miracles qu’accomplissent des moins orthodoxes… Même pour ceux qui auraient visité l’exposition lilloise, la MEP vaut le coup, outre par son extension, car la mise en scène est spécialement soignée et les artefacts improbables fort nombreux pour le plus grand plaisir du visiteur.

Quant à Lynch, je craignais qu’on ne soit dans la longue série déjà vue à la MEP de "people" tentant de prouver qu’ils ont des idées et du talent et aussi qu’il savent l’exprimer avec un appareil photo (c’est rarement le cas). Lynch est une heureuse exception. Il y a incontestablement un vrai petit monde créé par Lynch dans ses grands tirages noir et blanc. Un univers de cauchemars peut-être, de sombres rêves en tout cas, fait de flous et d’images légèrement pixelissiées issues de la télévision, de maquettes, dans des ensembles cohérents, principalement les deux séries interior et window. La série head est une variation de têtes presque abstraites sur fond noir, sans yeux ni bouche, réduites presque à des ampoules grises ornées de motifs inquiétants. Le parcours s’achève avec still life qui s’apparente presque au grafiti où à la gravure tant les traits sont présents, stylisés, noirs, épais et charbonneux.

L’exposition de la MEP ouvre bien l’année 2014 et vaut la peine d’être vue, jusqu’au 16 mars 2014.

MEP – Sebastião Salgado

Après un accrochage désastreux, la MEP se décide à faire appel à une valeur sûre (et ancienne) en la personne de Sebastião Salgado qui fort opportunément publie un monumental ouvrage ces jours-ci, baptisé Génésis. Je n’avais jamais vu encore une file de moutons aussi longue aux portes de la MEP, sans doute le Figaro ou Télérama ont encore sévi. Toujours est-il que muni de mon abonnement j’ai pu doubler la file en un clin d’oeil mais hélàs je n’ai pas pu faire disparaître les encombrants visiteurs déjà présents dans les salles passablement encombrées en ce samedi après-midi.

Je suis retourné quelques jours plus tard et il y avait toujours foule, en revanche il n’y avait pas d’attroupement devant les Kuikuro de Carlos Fausto (une peuplade qui vit toute nue) et moins encore devant à Gotscho, "film" oubliable.

A cette légère entorse près, la MEP fait donc dans le solo show comme on dit en bon français, ce qui est rare, et ce sont donc exceptionnellement tous les étages de la MEP qui sont conscré à Salgado ainsi que la cave par laquelle on commence la visite. Au départ, on est un peu inquiet au vu de cartels écolo-scolaires mais la qualité des images l’emporte sur le discours. Salagado montre l’Amazonie, la vie des habitants premiers, la Papouasie et les visages parés, d’étonnats modes de vie dignes des chasseurs-cueilleurs que furent nos ancêtres. Une petite salle publi-promotionnelle porte sur la fondation de Salgado et ses réalisations, dont on aurait pu se passer. Dans les autres étages, la visite de la planète se poursuit bien sûr sur les terres de Salgado, parcourant les registres du portraitiste, du photo-journaliste, du paysagiste et du photographe animalier avec un égal talent. On reste absorbé devant ses images noir et blanc sans défaut. Plus loin, Salgado nous emmène vers les pôles et les déserts américains, là-encore sont talent naturaliste n’est pas pris en défaut. Les commentaires présents à côté de chaque photographie sont descriptifs et, là-aussi c’est rare, bilingues français anglais, ce qui ravira les nombreux touristes de passage à Paris.

Cette exposition montre la Terre et ses habitants, il n’y a rien de neuf là-dedans puisque Salgado s’est attaché à montré ce qui est demeuré intact depuis des millénaires mais il n’est pas interdit de jouir du spectacle et l’exposition de la MEP y invite assurément. Jusqu’au 5 janvier 2014.

MEP – Expo printemps- été 2013

Alors que l’expo actuelle de la MEP, que je n’ai pas encore vue, se termine vers mi-septembre, il est plus temps d’évoquer la précédente qui malheureusement est retombée dans les errements du passé même si tout n’était pas à jeter.

Au sous-sol se tenait Philippe Favier, tout en noir: têtes de mort rehausséees de fils, photos anonymes rehaussées de lettrages "Sainte quelque chose". Un univers original construit avec constance voire obstination. La Vitrine qui depuis longtemps ne montrait rien de valable, exposait cette fois d’extraordinaires papillons sur brindilles entièrement détourés sur fond blanc de Stéphane Hette, une performance technique pour un rendu japonisant superbe.

Le thème "Images et musique", issu d’Acte Sud, est traité par Ackerman (dans le style VU’ qu’on lui connaît – ici par exemple), Pascal Dusapin (murs et trottoirs) et Alain Fleischer (surimpressions). On passe vite. Vient ensuite André Morain (sur un demi-étage) pour 50 ans de monde de l’art avec des portraits de stars surtout des années 60 et 70. On passe vite aussi. Sur l’autre demi-étage on trouve Gustavo Speridião(demi-étage) et là on bascule vers des choses expérimentales souvent assez éloignées de la photo. On peut courir pour passer plus vite.

Claude Lévêque occupait le dernier étage pour finir et on ne finissait pas en beauté avec une invasion de néons, quelques diapos, des projections rondes d’oeil, etc. Il était temps de prendre la fuite.

Pas sûr que le public de la MEP, au demeurant quasi absent de ces expos lors de ma visite, considère que cet établissement est assimilable à un galerie d’art contemporain: il y a Kammel Mennour pour cela (il représente Lévêque en France) et nul doute que, lui, sait faire son boulot sans coûter un cent au contribuable et sans faire payer l’entrée de surcroît.

On verra au mois d’août si le programme en cours est plus conforme aux attentes du public (enfin, dès que la climatisation sera à nouveau en état de marche et la MEP réouverte).

MEP – Automne 2012

La MEP a maintenu tardivement son accrochage estival (billet ici) pour le renouveler seulement partiellement dans une exposition durant jusque vers mi-novembre. C’est cette dernière que je suis allé voir le 4 novembre dernier et ce n’était pas terrible. Cédric Delsaux avec 5 tirages exposés tirés de sa série"Dark Lens" mélange Star War à un univers réel. Bof. Je préfère d’autres de ses séries, moins "commerciales", visibles son site web. Choi Chung Chun (dit Choi) montrait 25 travaux géants en noir et blanc de visages déformés lors du tirage. Bof. Claude Nori, le fameux éditeur, exposait ses livres et des œuvres de petit format de ses auteurs (Plossu, Salgado, Petersen, etc) ainsi que des travaux personnels, parfum guimauve et dolce vita. Mouais. Encore heureux que j’ai un abonnement qui me permet de passer en coupe-file et dans une certaine mesure de payer moins cher car vraiment la MEP ça ne s’arrange pas. Le nouvel accrochage totalement renouvelé est en place depuis le 14 novembre.

Maison européenne de la photographie – Programme pré-estival 2012

Dimanche dernier se terminait le programme pré-estival de la MEP et j’en ai profité pour renouveler mon abonnement après avoir un peu hésité il est vrai. Le programme était réellement décevant, une fois de plus. Au sous-sol, des vidéastes israéliens; en Vitrine, Guido Albi Marini montrant des photos de gens visitant une expo où les photos sont blanches ou oranges: ça commençait (très) mal. Dans le demi-étage suivant, Dominique Auerbacher exposait des rayures sur les vitres du métro de Berlin (pas besoin d’aller si loin). Au 1er étage, la moitié des salles état fermée et l’autre occupée par des vidéos de la fondation Neuflize Vie parmi lesquelles il faut retenir surtout celle de Zhenchen Liu (réalisée au Fresnoy), un long plan séquence dans les ruines de la ville chinoise en proie à la destruction.

Au 2ème étage se tenait le meilleur avec Paolo Pellegrin, surtout en noir et blanc (à part quelques portraits d’Iran) et éternellement abonné aux désastres, naturels ou non: guerre en Palestine, Guatanamo, Iran, Haiti, Tsunami en indonésie et j’en passe. Parmi ces épouvatables photographies quelques tirages que j’avais  déjà vus (dans l’énorme book de Magnum et ailleurs, chez Polka par exemple – billet ici) commes ces femmes pleurant un mort au Kosovo et cette enfant estropié aux jambes platrées au Soudan. En fait, le mieux pour ce genre de photographies est peut-être le livre plus que l’exposition, histoire d’être plus distancié et aussi d’avoir l’appui d’un texte plus fourni.

J’attends donc avec (un peu d’) espoir le prochain accrochage prévu pour le 27 juin (et jusqu’au 2 septembre) avec Alice Springs, Charlotte Rampling, Paul Thorel, Anderson & Low, Jérémy Nassif.

MEP – Exposition inaugurale 2012

Il y a quelques semaines, la MEP inaugurait son 1er accrochage de l’année 2012. C’était le dernier jour de validité de ma carte  d’abonné que j’allais donc jeter un œil.

Je passe sur le pauvre Götz Göppert cantonné à la vitrine avec 4 panoramiques de Paris. Joli. Rien de plus. Au sous-sol, c’était Marc Fumaroli qui occupait l’espace avec des portraits (c’est fini  depuis le 8 janvier d’après le site web) de peu d’intérêt. Un peu mieux était sa sélection de "maitres" du noir et blanc issus des fonds de la MEP (Cartier-Bresson, Giacomelli, Breukel, etc) . Un peu au-dessus (dans les étages, pas en qualité) on trouvait les grands portraits vaporeux de William Ropp sur qui j’étais tombé lors de ma 1ère visite à Arles et qui loue chaque année un espace d’exposition là-bas… Je ne vois pas trop ce qu’il fait à la MEP. Quant à Casta par Issermann, l’intérêt est pour le moins limité, à part peut-être pour la promotion du livre et surtout celle des Thermes de Vals, fameux, construits par l’architecte Peter Zumthor en Suisse et où les images ont été prises.

On peut donc sans crainte filer directement dans les étages pour voir Youssef Nabil. Ses auto-portraits sont sans intérêt mais le reste ça vaut vraiment le coup, on est parfois tout près de la miniature persane et c’est vraiment splendide. Sa technique du noir et blanc rehaussé à la main de couleur confère un charme suranné à ses travaux et redonne la place à l’aléa et au manuel dans une activité photographique souvent désormais bien loin du geste.

Avec la Collection Itau (une banque brésilienne), on accède, dixit le seul panneau explicatif présent, à "la photo expérimentale depuis 60 ans au Brésil". De fait, c’est souvent expérimental (dérangeant, inhabituel, surprenant) mais surtout c’est toujours dénué de toute explication, la logique d’accrochage elle-même reste un mystère et seuls quelques initiés pénétreront (peut-être) cet inextricable jungle photographique. L’effet des Tropiques sans doute.  Le résultat est une (très) longue série de photographies que rien ne rapproche, ni thème, ni chronologie, que rien n’éclaire, une longue liste d’œuvres et de noms qui aussitôt vus sont aussitôt oubliés. Une belle occasion ratée, une fois de plus, à la MEP. J’ai la flemme de lister les exposants mais si vous allez à la MEP, c’est la seule chose qui mérite d’être vue, avec Youssef Nabil naturellement.

J’hésite un peu racheter une carte d’abonné pour la prochaine exposition qui débute en avril.

MEP – Tillim, Porchet, Trulzsch, Kuroda, Blume

La MEP (ici et 5/7 rue de Fourcy) a inauguré son accrochage estival le 23 juin qui durera jusqu’au 29 août.

Guy Tillim n’apparait que dans un recoin avec 3 portraits; on avait vu son travail de manière plus extensive, au Luxembourg notamment (ici).

Cyril Porchet (de l’ECAL, son site ici) occupe le petit espace vitré coté rue avec son travail de bachelor sur les églises baroques, on ne peut manquer en voyant ses grands diasecs d’intérieurs (des autels baroques) dépeuplés de toute présence humaine, à Candida Höffer mais alors que cette dernière prend du recul et montre du vide, Cyril Porchet se colle à son sujet et non montre du plein, voire du trop-plein: on en prend plein les yeux de cet amoncellement ornemental faits d’angelots, stuc et peintures.

Au sous-sol, l’installation vidéo de Holger Trulzsch occupe l’ensemble de l’espace. Il n’y avait pas foule à supporter l’agression visuelle et auditive que constitue ce travail.

Aki Kuroda mobilisait peu de visiteurs, à part, hasard peut-être, quelques visiteurs nippons. Son exploration de New York, sujet maintes fois vu, ne m’ a pas suggéré grand chose, à part ici et là quelques plans originaux. L’exposition montrait aussi de nombreux dessins en vis à vis des photographies et bien qu’ils soient difficilement compréhensibles pour le béotien, ils m’ont semblé plus forts que les dessins et produire plus d’effet sur le regardeur.

Anna et Bernhard Blume montraient des polaroids de petit format (les SX 70) comme ceux que les anciens ont connu dans leur jeunesse. Une vraie avalanche qui du coup laisse mi-figue mi raisin entre surabondance et répétition d’un côté, richesse et créativité de l’autre. Quatre série sont présentées: sx 70 -75 76, naturellement, en regard et enfin principes de cruauté. Cette dernière série montre des visages coincés dans des tuyaux et autres appareillages faussement cruels (on voit que c’est du chiqué) ainsi que des mises en scènes avec faux sang un poil plus inquiétantes. La MEP présente aussi pour de vrai (et pas en photo) l’atelier de l’auteur avec ses appareils de tortures colorés ;-) La série naturellement met en scène des objets en mousse verte dans des situations étranges avec toujours bien sur l’auteur pas très loin: les figures de mousse sont elles-aussi présentées "en vrai" dans des vitrines. Rappelons que le mouvement vert est puissant en Allemagne, patrie des Blume… La série sx 70 75-76 s’appuie quant à elle souvent sur des tryptiqueset nous montre le couple Blume en proie a des phénomènes étranges, le tryptique permettant de voir la scène se dérouler sous nos yeux (ébahis) dans un genre très dynamique. Pleins de trouvailles ici.

C’est la partie la plus valable de l’exposition avec le volet consacré à la photographie contemporaine russe et cela tombe bien, ce sont eux deux qui ont le plus d’espace.