Crowdfunding et photographie

Depuis quelques années maintenant les sites de crowdfunding (financement participatif) font florès: le phénomène initié par les généralistes Kickstarter (et IndieGogo) ainsi que spécialisés (en musique par exemple) s’est étendu outre-Atlantique, les projets se sont diversifiés, incluant la photographie qui est même devenue le fonds de commerce de sites spécialisés.

J’ai déjà acheté des gadgets (utiles) sur Kickstarter mais il faut bien dire que la surabondance de projets de toute sorte, leur piètre qualité souvent, ne facilitent pas l’identification d’un travail prometteur, a fortiori dans le domaine photographique, par ailleurs peu représenté sur ce site.

Il faut ajouter les risques (à hauteur du financement consenti bien sûr, il peut être parfois modeste, quelques euros) inhérents à ce genre de démarche: comme « dans la vraie vie », certains projets peuvent ne pas aboutir (ce qui est fréquent mais la mise n’est pas perdue) ou se terminer par une escroquerie pure et simple (cela reste très rare). Ces risques valent pour tous les sites: à ma connaissance il n’existe pas de garde-fou si le créateur part avec la caisse.

D’une manière générale, les constats sur Kickstarter valent pour les autres sites (raz de marée de projets les plus divers souvent assez pitoyables, peu de projets photographiques). Les projets « conseillés » (« staff picks » chez Kickstarter) relèvent d’une logique pour le moins floue, difficile de leur faire confiance. Et pourtant il y a quelque chose de gratifiant à financer directement un projet et certains sont vraiment originaux ou simplement intéressants. Certains photographes et créateurs bénéficiant d’une certaine renommée s’y retrouvent même parfois, peinant à financer leur production par les moyens classiques.

Alors comment repérér de bons projets ? L’un des meilleurs moyens est de suivre les blogs d’institutions, de curateurs ou de photographes que l’on apprécie (les RSS restent indispensables et adossés à Feedly, tout est facile): il n’est pas rare qu’ils mentionnent le lancement d’un projet. Kickstarter propose même un moyen « tout fait » avec des projets « curatorés » par des institutions: Aperture, ICP, Light Work, Flak Photo et FotoVisura. Regardez donc les projets de Renaldi et de Miksys qu’on retrouvent chez plusieurs curateurs.

Où chercher pour le reste ? C’est bien compliqué car tous les sites n’ont pas une section photographie (ou art), elle est parfois de taille réduite et enfin le repérage est délicat faute de RSS ou d’autres système de « push » (qui va regarder chaque semaine ou chaque jour si un nouveau projet photo a été publié parmi les dizaines de sites de crowdfunding existants ?).

Chez Fundit par exemple, pas de curateur, pas de RSS et une section art  mais le seul projet intéressant était celui de David Monahan il y a un an (et encore les récompenses évoquaient plus un don qu’un financement). Chez Inkubato, aucun projet en cours malgré des rubriques art et photographie. IndieGogo, l’un des monstres historiques du financement participatif, dispose de flux RSS mais pour des annonces génériques, pas spécifiquement pour la mise en ligne d’un projet photographique (par exemple). Il faut bien chercher parmi les pseudo projets (acheter un appareil photo, partir en voyage, etc) pour trouver le seul projet digne de ce nom, porté par le sulfureux Ren Hang (attention, son site, non mentionné chez Indiegogo n’est pas pour les enfants) dont le travail est visible à Arles au Magasin de Jouets.

Chez Ulule, la section photographie est actuellement vide de projets à financer et un oeil sur les 264 « projets » financés montre que rien d’intéressant ne s’y trame. Chez KissKissBankBank, une section photographie existe mais elle est comme souvent nourrie d’appels à l’aide plutôt que de véritables projets qui relèvent davanatage de l’aide amicale ou familiale, avec des montants à financer de 1000 ou 2000 euros voire parfois de quelques centaines d’euros seulement. Dans tout ce mic-mac, passé et présent, je n’ai rien vu à part le projet d’édition en cours de The Modern Directory.

Chez nos amis britanniques, on peut citer Sponsume bien que sa catégorie photographie soit anémique, car il s’y trouvait un projet valable, celui de Laura Stevens qu’on avait vue à Londres (billet ici) et un flux RSS photographie. Et puis aussi PleaseFund.us avec un seul « projet » qui aurait pu retenir l’attention.

Le site Suisse Wemakeit.ch dispose d’une section photographie avec en cours un projet de magazine pas mal  lancé par les filles de Oh!Pamela (leur site mérite d’être vu). Le prix excessif (pour ne pas dire plus) interdira hélàs une concrétisation.

On termine la visite avec Emphas.is qui est dédié au photojournalisme et qui a bien du mal à joindre les deux bouts puisqu’il a lancé un appel de fonds pour lui-même. Cette fois on a affaire à de véritables projets correctement curatorés, bien décrits et de niveau professionnel avec des levées de fonds qui commencent à justifer d’un financement participatif. C’est sans doute cette qualité remarquable, obtenue par le recours à des pros dans l »équipe qui plombe les coûts. En tout cas, il est navrant de voir, de ce côté, des projets de grande qualité qui peinent à être financés quand on voit une quantité sidérante de daubes financées sur d’autres sites. Enfin bon, chacun fait ce qu’il veut de ses sous…

Malgré une recherche extensive, je n’ai pas trouvé d’autres sites avec une rubrique photographie qui présente un minimum d’intérêt.

MEP – Automne 2012

La MEP a maintenu tardivement son accrochage estival (billet ici) pour le renouveler seulement partiellement dans une exposition durant jusque vers mi-novembre. C’est cette dernière que je suis allé voir le 4 novembre dernier et ce n’était pas terrible. Cédric Delsaux avec 5 tirages exposés tirés de sa série »Dark Lens » mélange Star War à un univers réel. Bof. Je préfère d’autres de ses séries, moins « commerciales », visibles son site web. Choi Chung Chun (dit Choi) montrait 25 travaux géants en noir et blanc de visages déformés lors du tirage. Bof. Claude Nori, le fameux éditeur, exposait ses livres et des œuvres de petit format de ses auteurs (Plossu, Salgado, Petersen, etc) ainsi que des travaux personnels, parfum guimauve et dolce vita. Mouais. Encore heureux que j’ai un abonnement qui me permet de passer en coupe-file et dans une certaine mesure de payer moins cher car vraiment la MEP ça ne s’arrange pas. Le nouvel accrochage totalement renouvelé est en place depuis le 14 novembre.

En bref – Schirman et de Beaucé – Bourgadier – Cosplay

Le 5 février dernier, en sortant de chez La Galerie Particulière, je suis tombé par hasard sur la galerie Schirman et de Beaucé qui montrait le travail d’Hermine Bourgadier, déjà vu dans cette galerie il y a quelques temps (billet ici). Cela reste dans la ligne de ce qui précédait: des portraits minimalistes, une grande économie de moyens, même le format est modeste.

A voir en passant jusqu’au 26 février.

En bref – La galerie particulière – Coulon et Lopparelli

Le 5 février c’était vernissage à la Galerie particulière mais contrairement à La petite poule noire il n’y avait pas trop de monde donc je suis entré. Dedans, il y avait Gilles Coulon avec ses paysages sous la neige et ses rappels textuels de décès de SDF invitant mine de rien à chercher un corps dans le paysage, un travail habile qui donne à l’absence une véritable présence. Je l’avais déjà vu auparavant (billet ici).

Du côté de  Philippe Lopparelli, c’était du noir et blanc et de la chaleur voire de la moiteur avec de petits formats comme pris à la dérobée par on ne sait quel procédé ancien pour ce qui se veut un hommage rimbaldien à Zanzibar.

Le travail de l’un et l’autre sont visibles jusqu’au 26 février dans le cadre des expositions multiples du collectif Tendance Floue à l’occasion de ses 20 ans.

Galerie Baudoin-Lebon – Neige / collection hiémale

La galerie Baudoin-Lebon (38 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie et ici) présentait jusqu’à samedi dernier une exposition collective, Neige (ou collection hiémale, je n’ai pas bien suivi); la prochaine prend le relais dès le 5 février 2011 (jour de vernissage).

Je passe sur les oeuvres graphiques pour rester sur la photographie qui m’a laissée un peu dubitatif: ce n’est pas facile les expositions collectives car cela fait souvent peu de place pour chacun et au final le propos de chaque auteur est rarement  n’est pas toujours clair.

Il y  avait Grégoire Eloy avec notamment une photo que je me souviens avoir vue à Lille en 2009  (les traces dans la neige – billet ici), Mat Hennek, Anne-Marie Filaire (avec de très petits formats contrairement à la fois précédente – billet ici), Lise Broyer (déjà vue en détail chez VU’ – billet ici),  Patrick Bailly-Maitre-Grand, Shim Moon-Seup, Walter Niedermayr (avec 9 plans colorés de montagne avec remontées mécaniques), Mathieu Bernard-Reymond (c’est pas mal ça, la neige en solo d’un côté avec un type seul perdu au milieu de rien et puis en contrepoint une foule compacte sur un glacier – sur son site, voir Disparitions). Je finis avec Thomas Humery qui était dans une petite pièce avec des paysage, de vraies assiettes et des portraits et ça se passe en Autriche, à Chamonix et en Finlande et c’est plutôt sympathique, frais et calme. Son site montre quantité de ses travaux et se regarde avec plaisir.

 

MEP – 4ème saison 2010 – 2011 – Autour de l’extrême, Riboud et Bovo

Samedi dernier marquait la fin de la période d’hibernation, malgré un froid piquant et c’est à la MEP que je me rendis pour l’avant-dernier jour de l’exposition de clôture de 2010 qui marquait aussi le début de la saison 2011. C’était aussi l’occasion de renouveler mon abonnement.

Je n’ai pas été déçu. Je passe rapidement sur l’abécédaire de Riboud, plutôt destiné me semble-t-il à un jeune public (des visites pour enfants étaient d’ailleurs organisées). Pour la petite histoire, Riboud était présent pour une courte interview.

Tout au fond se trouvaient 23 photographes de Paris Match réunis à l’occasion d’un prix avec souvent des images saisissantes et particulièrement atroces. Heureusement, deux vaches paissant paisiblement donnaient un peu d’air. Le lauréat est Olivier Laban-Mattei pour un inévitable reportage sur Haiti avec cadavres à gogo et du coup il avait le droit d’exposer plus d’une photographie, le veinard.

Entre deux portes, l’Afd présentait James Iroha Uchechukwu.

Passons au sous-sol pour retrouver l’une des expositions majeures, celle consacrée au travail de Marie Bovo que j’avais découvert en 2009 à ArtBrussels (billet ici). La première salle montre des cours intérieures à Marseille vu par en dessous avec donc le carré du ciel encadré sur quatre face par les immeubles. Ensuite c’est la série Grisaille qui porte cette fois sur de gris plafonds  décrépis et on termine avec Bab el-Louk, des toits cairotes vus aux heures successives du jour. Tout cela n’est pas transcendant tout de même.

La Grosse Exposition se situe sur les deux niveaux supérieurs, c’est « Autour de l’extrême » avec de très nombreux photographes: 25/34 Photographes, Ansel Adams, Claude Alexandre, Manuel Alvarez Bravo, Claudia Andujar, Diane Arbus, Neil Amstrong, Richard Avedon, Roger Ballen, Martine Barrat, Gabriele Basilico, Jean-François Bauret, Valérie Belin, Rosella Bellusci, Philip Blenkinsop, Rodrigo Braga, Bill Brandt, George Robert Caron, Henri Cartier-Bresson, Jean-Philippe Charbonnier, Martial Cherrier, Larry Clark, Raphaël Dallaporta, Bruce Davidson, Jean Depara, Raymond Depardon, Philip-Lorca diCorcia, Doctor T, George Dureau, Gilles Ehrmann, Fouad Elkoury, Touhami Ennadre, Elliott Erwitt, Bernard Faucon, Alberto Ferreira, Giorgia Fiorio, Robert Frank, Mario Giacomelli, Nan Goldin, Gotscho, Emmet Gowin, Seymour Jacobs, Claudia Jaguaribe, Michel Journiac, Jürgen Klauke, Les Krims, Oumar Ly, Robert Mapplethorpe, Don McCullin, Duane Michals, Pierre Molinier, Vik Muniz, Ikko Narahara, David Nebreda, Helmut Newton, Pierre Notte, ORLAN, Martin Parr, Irving Penn, Pierre & Gilles, Tony Ray-Jones, Rogerio Reis, Bettina Rheims, Marc Riboud, Miguel Rio Branco, Sebastiao Salgado, Andres Serrano, Cindy Sherman, Jeanloup Sieff, Christine Spengler, Shomei Tomatsu, Pierre Verger, Alain Volut, Weegee, Edward Weston, Joel-Peter Witkin, Bernard-Pierre Wolff.

Pour ma part, j’ai surtout retenu les grands classiques présentés sur le 1er niveau: les tops nus /habillés de Avedon, Marilyn par Avedon, le nu de Weston, YSL nu par Sieff. En fait, pour quelqu’un qui souhaite s’initier à la photographie comme Art, cette exposition et spécialement le 1er étage constitue un condensé d’histoire de photographie contemporaine. Toujours dans cette 1ère salle, on voit des pièces moins connues comme les punks de Meursault et Muller (25/34 photographers), les amputés de Georges Dureau shootés comme des stars. La 2ème salle de cet étage montre moins de classiques mais on reconnait quand même les jumeaux crétins de Ballen, une série de Parr (The Last resort: photographs of New Brighton) et les lavabos de Erwitt (white only).

Au dernier étage j’ai surtout retenu Nan Goldin, Serrano, le manifestant tué de Alvarez Bravo, Molinier et Journiac bien sûr ainsi que la série de Belin sur les sosies de Jackson.

Enfin, tout cela pour dire que c’était une exposition fort réussie, peut-être la meilleure de l’année 2010. La prochaine démarre dès le 9 février et me semble moins exaltante.

Galerie des bibliothèques – PHOTO-FEMMES-FÉMINISME 1860-2010/Collection de la bibliothèque Marguerite Durand

Hier, dimanche photographique consacré à quelques visites dont celle de la galerie des bibliothèques, celle-la même qui me semble-t-il avait abrité l’exposition Zucca (celle qui fit scandale).  Le titre indique le thème: le féminisme. Du coup, à l’expo, que des visiteuses !  Marguerite Durand (1864-1936) avait les honneurs, notamment au rez-de-chaussée,  puisque les photos sont tirées de la bibliothèque qui porte son nom. Cette dame, dont je n’avais  jamais entendu parler il faut bien le dire et que j’aurais oubliée dans deux semaines, fut une journaliste et femme engagée dans la cause féministe. Plusieurs photographies nous montrent la plantureuse protestataire et on voit aussi des pièces diverses sous vitrine dont un extrait de son journal, La Fronde, qu’elle fonda en 1897.

En dessous se déploie le gros de l’exposition autour de quelques thèmes. On voit ainsi des photographies de célébrités de son époque (et d’autres plus contemporaines) dont beaucoup ne seront connues que des spécialistes. On peut citer, tout de même, Polaire, Mistinguett, la goulue, la belle Otero, Sand, Rosa Bonheur, Sarah Bernardht, Marie Laurencin, Camille Claudel, Yourcenar, Frida Khalo par Gisèle Freund.

En suite, c’est au tour des travaux de  quelques photographes célèbres: Sabine Weiss,  Berenice Abott, Germaine Krull, Laure Albin-Guillot, Margaret Bourke-White et aussi Edith Gerin dont le nom m’était inconnu. L’ensemble est complété de portraits de photographes fameuses comme Yvette Troispoux et Irina Ionesco.

Ensuite c’est moins intéressant avec des femmes au travail, anonymes ou non mais on notera quand même des pièces d’anthologie comme ce courrier autorisant une jeune femme à se présenter à l’agrégation de math pour homme (après avoir été reçue à l’agrégation pour femme) et encore cette photo de femme en tenue de pilote d’automobile.

On finit avec les révolutionnaires depuis les communardes jusqu’au MLF qui parait aujourd’hui complètement ringardisé, pas assez récent pour paraitre actuel et pas assez ancien pour être auréolé d’un charme suranné. On se concentrera donc sur les petits portraits de communardes (dont Louise Michel) annotés de remarques policières.

C’est 6 euros,  jusqu’au 13 mars 2011, c’est original comme exposition et instructif aussi bien que pour les femmes que pour les hommes.