FotoGrafia – Festival international de Rome – Palais des expositions (suite)

Nus restons au palais des expositions pour la suite de Fotografia, le festival de photo de Rome et nous atteignons là le cœur du dispositif à savoir 7 écrans se faisant face (donc 14 en tout) pour projeter une multitudes d’œuvres en provenance de très nombreux photographes.

Rome-2009---plan-général

La déception bien sûr c’est ce dispositif qui ne peut se substituer à un accrochage à moins de ré-écrire les images : on ne projette pas les mêmes photos sur un écran LCD tout petit, sur un magazine, sur un grand écran ou sur un tirage papier. Le rapport à l’image n’est pas le même et ici cela pose un problème puisque dans la plupart des cas (au moins pour les auteurs que je connais), il s’agit de projeter des images conçues pour être tirées et exposées.

Ceci dit, l’exposition permet au moins de mettre en lumières des auteurs et de donner à voir leurs travaux même si les conditions sont mauvaises, c’est toujours cela de pris.

Stratos Kalafatis (série journal) nous montre un peu de tout: une fleur, un enfant dans l’herbe, etc. Un beau gâchis que de présenter une série plutôt sensible sur un grand écran à 5 mètres de distance. Son site rend mieux justice à son travail ici et je vous invite à le parcourir.

Rafal Milach exploite mieux le média en intégrant des commentaires audio en off et des interviews filmées en support de sa série consacrée à la fermeture d’un cirque en Pologne (série disapearing circus) où il nous montre les artistes retraités posant dans leur ancien costume de scène, notamment. Cet auteur, je l’avais déjà cité dans le cadre d’une expo aux Transphotographiques de Lille (billet ici), juste cité car le collectif Sputnik montrait… trop de choses. C’est l’occasion de mentionner son site web (ici) qui ne montre pas la série présentée à Rome, entre joie des moments passés et tristesse de les voir finis.

Trois auteuses (je ne sais pas si ça se dit) avaient moins de chance et se partageaient un même écran et pourtant elles ont du talent celles-ci. Il s’agit de Thekla Ehling (série summer heart – son  site ici est en allemand), Sarah Wilmer (série untitled – son site ici) et Julia Fullerton-Batten (série in between et série schoolplay - son site ici) dont je suis un grand fan (mais dont je n’ai jamais parlé car j’étais fan avant d’avoir ouvert ce blog) et à qui je n’ai pas (encore) acheté d’œuvre (elle est représentée en partie par Les Filles du Calvaire à Paris et à Bruxelles).

Ces trois photographes montraient des travaux variés et réjouissants avec beaucoup de fraicheur et de vrais morceaux d’enfance dedans ce qui correspondait parfaitement au thème de l’exposition (la gioia, la joie en italien). Le mieux c’est encore de voir leur site respectif. Je livre juste une image de Julia extraite de sa série in between (non, ce n’est pas du Darzacq ;) Elle travaille le thème de l’adolescence depuis depuis des années et cela lui a valu un prix HSBC en 2007 pour teenage series. C’était aussi la première fois que je voyais la série schoolplay. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est un peu plus profond que cela en a l’air, au-delà de la joliesse. Je vous laisse farfouiller sur les sites des filles et vous creuser les méninges.

Beso Uznadze (série parallel lives – site ici) et Alexandra Catiere (série faith, hope, love – site ici) se partagent aussi l’écran et, là-encore, il y a une certaine cohérence dans ce choix puisque l’un et l’autre viennent de l’ex-URSS (Beso est géorgien, Alexandra est russe et vit à New York) et tous deux montrent des portraits de tous âges et sexes mais Alexandra est plutôt tourné vers des pauvres, notamment en couple, tandis que Beso se concentre sur les femmes de sa région (Tbilissi).

Bernard Plossu (série before the age of reason) et Dona McAdams (sélection d’œuvres) font figure d’anciens (ils ont tous les deux la soixantaine à peu de choses près) et c’est peut-être pour cela que le curateur à choisi de les associer sur un même écran. Avec Plossu, nous avons droit à d’émouvants noir et blanc témoignage de l’enfance et avec McAdams ce sont plutôt des scènes de rues et rassemblement des années 70 que cette auteure photographie comme des performances, elle qui a consacré beaucoup de son temps à photographier la danse.

Je passe sur Juliana Besley, non que son travail soit sans intérêt, bien au contraire puisqu’elle n’a pas hésité à jouer le rôle d’entraîneuse pour arriver à réaliser une de ses séries, mais il se trouve simplement que j’ai déjà vu son travail (last stop et Rockaway Park) à Paris (billets ici et ).

Wei Leng Tay (série Familiar spaces - site ici) et Manuel Capurso (série cities: instants separated by intervalls – site ici) sont réunis pour des travaux en revanche assez éloignés. Le 1er nous gratifie de banales scènes à la maison, de détails des intérieurs tandis que le second nous montre des portraits d’indiens sur fonds sombre. Je n’ai pas été vraiment séduit.

Athina Chroni (série people et moving – site ici) montre à la fois des portraits avec un fond comme décomposé en trois couleurs (un peu comme pour des images en relief) et une série de portraits dont la seule le visage est "bougé".

Jorg Bruggeman (série same same but different) et Patrick Mourral (série l’archipeles) se partagent l’écran. Les hippies vivant en foret de Patrick ne m’ont guère convaincu alors que le reportage de Jorg est vraiment inspiré en montrant l’étrange coexistence de touristes le plus souvent ridicules voire grotesques aux côtés des populations locales; la critique est virulente. C’est une de ses photos qui faisait l’affiche du festival.

Kuba Dabrowski (série having a coke with you - son site ici) nous sert quant à elle de ces images intimistes et personnelles (des pieds, un chien, une brosse à dents,etc) qui tendent à m’agacer. De même, Gus Powell ne dépasse pas son nombril  (série the lonely ones - site ici) en alternant un paysage américain et une "pensée" personnelle autocentrée.

Alejandro Chaskielberg (série the hide tide – site ici) fait un usage abusif du tilt-shift (voir billet ici) dont l’effet me parait vraiment éculé, pour des scènes naturelles de bucherons dans le détroit de la rivière Parana.

Eva Sauer (série untitled - série ici) et Maria Dahlberg (série partenze e arrivi – site ici) ne m’ont guère plus convaincu, la première avec des bords de mer et l’autre avec des portraits et quelques paysages. Peut-être l’usure visuelle après avoir visionné tant de travaux.

Je termine avec une très (trop) longue série de Rinko Kawauchi (série cui cui). Cela se présente initialement comme une histoire, celle d’un vieux monsieur japonais et de son épouse hospitalisée puis l’ensemble part dans toutes les directions (mariage, cimetière, cuisine, etc) et j’avoue ne plus guère avoir suivi. Cette série avait été présentée, je viens de le découvrir, à la fondation Cartier en 2005.