Rencontres de la photographie d’Arles – Roversi et Lindbergh

Restons sur la place de la République et au sortir du Cloitre Saint Trophime, dirigeons nous en face, vers l’Église Sainte Anne. C’est là que se tient l’exposition consacrée au travail de Paolo Roversi. Après Avedon, nous restons dans la continuité avec un photographe de mode célèbre.

Le travail de Roversi, ou plutôt ce qui en est présenté, fait la part belle au noir et blanc, même si quelques photographies couleurs sont présentées. Il est représenté par la galerie PacemacGill à New York. Il reste à taille humaine dans les formats restitués et se distingue ainsi nettement du travail de Lindbergh (Peter, pas Charles) sur lequel on va revenir car lui-aussi est exposé dans une église, lui-aussi est un photographe de mode et lui aussi a passé le cap de la soixantaine et atteint la célébrité.

 

A gauche, le travail de Roversi (Paolo Roversi, Natalia, Paris 2003) et à droite le travail de Lindbergh (Peter Lindbergh, Kristen McMenamy, Vogue France, Beauduc, France, 1990). On verra plus loin que c’est là un bon exemple de ce qui les sépare.

Le travail de Roversi présenté à Arles n’est pas, dans l’ensemble, « séduisant », « facile ». Les tops models (féminines uniquement) sont magnifiques mais on ne s’en rend pas vraiment compte : l’importance du blanc, l’absence d’accessoires, les poses épurées, tout cela contribue à dématérialiser les modèles, presque à en faire des épures, presque jusqu’au dessin au fusain.

Sont aussi présentées des vues de son matériel (chambre, objectif) et de son atelier qui ne sont pas convaincantes (il faut dire que le titre de l’exposition est « Studio » : on ne pouvait pas y couper). D’autres photographies, en couleur ou noir et blanc, s’essayent à d’autres thèmes que les femmes, d’autres approches mais, là-aussi, cela me semble moins convaincant.

L’ensemble m’a semblé en harmonie avec les lieux, très clairs et aérés, sans reflets perturbants. Il ne faut pas perdre de vue non plus qu’il s’agit d’un choix délibéré : Roversi a produit par ailleurs de nombreuses photos de mode aux couleurs qui claquent, avec des top-models éthérés et des accessoires clinquants.

L’exposition Lindbergh nous fait quitter la place de la République pour l’Église des Frères-Prêcheurs, toujours dans le centre-ville. L’ambiance de cette église est plus sombre et les photos également. Mais là, les tirages sont pour la plupart immenses et cela a le don d’un peu m’agacer car cela me parait toujours un moyen simple de faire impression et, ici, sans rapport véritable avec le sujet : des photos de mode destinées à publiées dans des magazines.

Cette « starification » (pour ne pas dire « sanctification ») par le format, bof.

Les photographies ont toutes été, semble-t-il, réalisées sur la plage de Beauduc (à Arles). On n’est plus là, comme chez Roversi, dans une photo modeste, blanche et dépouillée : non, là c’est le triomphe de la pose recherchée, du vêtement de qualité. En plus il y a des mannequins hommes, quelle déception (mais non, je blague : il en faut pour tous et toutes).

Il m’a semblé qu’on était là dans la photo de mode dans toute sa splendeur, un peu vide, vaguement arrogante et déjà vue cent fois. De la belle photo certes mais bof. Peut-être finalement que les photographies les plus intéressantes, les moins vues, étaient des photos géantes d’une bouche aux dents ébréchées photographiée en rafale : une photo originale et décalée qui tranchait délibérément avec l’étalage de beautés lointaines.

Je l’ai déjà dit mais tant pis, les reflets ici étaient vraiment une catastrophe et, sur des grands formats sombres, cela gâche tout. C’est un peu comme le morceau de salade coincé entre les dents.