Rencontres de la photographie d’Arles – Les insoumises et Henri Roger

« Les insoumises » est le titre d’une exposition (modeste) consacrée à ce que certains appellent des courtisanes mais qu’il faut bien appeler des prostituées, au cours du Second Empire (1852-1870). Cette exposition était située dans la salle Henri Comte, juste derrière la mairie, tout près de la place de la République ; elle est terminée depuis le 31 aout. On y voit des photographies d’époque (des petits formats en noir et blanc) très propres et très décentes, de prostituées de luxe. Je me suis dit en moi-même, voilà des jeunes femmes qui ont mené une vie dissolue mais qui se présentent à nous comme de bonnes bourgeoises (eh oui, aucune partie de jambes en l’air à l’horizon), voilà des jeunes femmes dans la fleur de l’âge qui sont aujourd’hui mortes et enterrées depuis des décennies.

A y réfléchir, le titre est curieux, surtout si on pense au collectif « ni putes ni soumises » : curieux car considérer des prostituées comme des insoumises est une vision peut-être un peu romanesque, celle de la prostituée qui choisit son sort, choisit ses amants et exploite sans vergogne leur portefeuille. M’enfin bon, je ne suis pas spécialiste.

Au-delà de ces photos, le plus intéressant était de les voir confrontées aux extraits de rapports de Police : du coup, il y avait comme un contraste entre la banalité des photos et la crudité des faits rapportés.

Et Henri Roger dans tout ça ? L’histoire ne dit pas si ce monsieur, ingénieur de on état, s’est mêlé aux jeunes dames évoquées ci-dessus mais, chronologiquement, il n’en est pas très loin en tout cas. Né en 1869, il a exactement un siècle de plus que moi mais lui est mort (en 1946 ce qui me ferait aller jusqu’en 2046, c’est pas si mal). Cette exposition est visible jusqu’au 14 septembre au Musée de l’Arles antique. Comble du bonheur, le musée est gratuit (au moins si vous un pass des Rencontres, autrement je ne sais pas).

L’exposition est aussi modeste : derrière un rideau noir vous attend une projection de photos de Monsieur Roger. Ceci dit ce n’est pas choquant, pour moi en tout cas, de voir des photos ainsi projetées : ça peut même donner un air « vintage » tant les soirées diapos (ou lanterne magique) sont dépassées. Juste dans l’entrée, une petite vitrine montre des tirages de Monsieur Roger et ses outils. Ainsi on voit des aristotypes. Si vous êtes à ce point ignare que vous ignorez ce qu’est un aristotype (ce n’est pas un gars de la noblesse, je vous le dis tout de suite), vous pouvez regarder dans l’abécédaire de la photographie. Si vous êtez vraiment fan, il y a ça aussi.

Et les photos de Monsieur Roger montrent des bilocations, des trilocations même et aussi des projections horizontales (des vues de dessus). C’est à dire en fait que l’on fois deux fois ou trois fois le même personnage (lui-même en l’espèce) sur la même photo (et Monsieur Roger n’a pas de jumeau a priori). Il a inventé la bilocation le 7 mai 1892 (l’homme et son double) et la trilocation le 23 novembre 1893 (Le photographe se regardant jouer aux dames contre son double). Il a aussi fait des bilocation avec changement d’échelle.

Monsieur Roger épouse en 1900 Mademoiselle Viollet, fille du directeur de la bibliothèque de la Faculté de Droit de Paris et se fait appeler Roger-Viollet. Sa fille ainée Hélène (1901-1985) fondera l’agence Roger-Viollet en 1938 (La Documentation photographique Roger-Viollet).

C’était un monsieur facétieux qui a truqué ses photos de famille (il double ses enfants) ou se photographie sur un paratonnerre. La perte de son épouse et de son fils lors de la Première Guerre l’éloignera des photographies truquées: il se fera photographe plus classique de la vie familiale et parisienne et de ses voyages, jusqu’à sa mort.

L’agence Roger-Viollet existe toujours, installée 6 rue de Seine à Paris, depuis son origine.

Après tout ça, vous pouvez faire un tour au musée. Je ne suis pas fan des musées mais la présentation des antiquités romaines, qui forment le gros des collections, est vivante ; les maquettes sont nombreuses et il y a un promontoire pour admirer les sols en céramique.

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