Galerie Le Bleu du Ciel – la fin (de l’expo)

Troisième et dernier billet consacré consacré à l’exposition en cours à la Galerie Le bleu du Ciel, à Lyon, 10bis rue de Cuire.

J’espère que vous lu le billet précédent et le premier sinon vous allez rater plein de choses.

En haut de l’escalier, on peut découvrir un travail (the face of 2000) de Chris Dorley-Brown datant de 2000 qui représente la fusion de 2000 visages des habitants d’un village anglais. Garçons et filles,  jeunes et vieux, tout est fondu dans un seul visage. C’est un beau visage. C’est une invitation à la méditation sur la beauté : comment se fait-il finalement que notre cerveau trouve beau une sorte de moyenne des visages ?

La photo est tirée du site de la ville de Haverhill (en Grande-Bretagne) qui a servi de « lieu d’expérimentation ».

Il est bon de rappeler que ce phénomène est l’objet d’expériences scientifiques nombreuses et répétées depuis des années. Outre les revues scientifiques (par exemple, « Attractive faces are only average » par Judith H.Langlois et Lori A. Roggman de l’Université du Texas),  on peut citer de nombreux sites web : hypercube (Boston University), Faceresearch (Université d’Aberdeen), BeautyCkeck (Université de Regensburg). Voilà, c’était la page sciences.

Raphael Hefti nous montre quatre photographies d’esthéticiennes (les numéros 1,4,5 et 6 de la série esthéticiennes, 2002) cadrées de face sur le visage en gros plan. Ces femmes, entre deux âges pour la plupart, sérieuses, en tenue rouge ou noire, dépourvue du moindre sourire, font presque peur.  Elles ne sont pas belles. Elles ne sont pas laides. Elles sont ordinaires, ou moyennes. Mais elles n’ont pas la beauté des visages moyennés évoqués ci-dessus. On distingue le grain de leur peau. Le cartel évoque avec justesse leur côté « soldat » : il y a de ça, effectivement, mais les soldats de Suzanne Opton (au rez-de-chaussée) paraissent bien plus fragiles.

Pour illustrer, une des quatre présentée, puisée sur le site du photographe que je vous invite à explorer.

Sarah Leen (le masque, 2001) nous montre, comme le titre l’indique, un masque, celui d’un visage féminin plus vrai que nature, tenu entre des mains féminines. S’agit-il d’une vraiment d’un masque ou d’une pièce détachée ? Je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me fait comme si je tenais mon propre visage entre mes mains, une sensation presque tactile sur les joues.

Emmanuelle Purdon nous montres deux photos de sa série femmes de mystère. Deux petits formats argentiques noir au blanc de visages de femmes, un peu flous. Des portraits comme on pourrait imaginer celui de Louise Brooks, un peu années 20 (mais moins sexy que Louise). Le fait marquant c’est que ces photos sont en fait des photographies de morceaux de tableaux, prises de telle sorte que la texture de la peinture n’apparaisse pas. Le fait marquant, c’est presque moins la photo elle-même, que la procédure de création. Son site est . Une photo pour vous engager à aller voir.

Rudolf Schafer montre des visages endormis et paisibles sous des draps blancs. Une femme, les yeux mi-clos et un homme. Deux photos. Il s’agit de visages de morts (1986). On a devant nous en gros plans, la photos de morts. Et on croit qu’ils dorment. Étonnant. Les photos post-mortem sont passées de mode depuis le XIXème siècle (à peu près) : il y a des fans sur Flickr mais c’est plus effrayant qu’autre chose.

Darren Stapples nous montre, en petit tirage couleur, le visage d’Abas Amini, lèvres et paupières cousues, à titre de protestation. La photo est très impressionnante et du coup, après réflexion, je renonce finalement à la mettre ici. Je peux vous dire que ça fait mal de voir cette photo, surtout les paupières tuméfiées (encore un coup des neurones miroirs ?)

Eva Lauterlein dans ses deux butes tirés de chimères (2002) reconstitue ses amis en remontant des photos qu’elle en a prise d’où des « chimères » (la définition ici). Manifestement, il ya a quelque chose qui cloche dans ces photos (surtout la femme) mais quoi ? Je connaissais ce travail mais ne l’avais pas encore vu en vrai.

Jiri David nous montre de très grands portraits de Bush, Poutine et Chirac, les yeux rouges emplis de larmes. J’avoue ne pas être convaincu. L’usage de Photoshop c’est bien mais ne dispense pas d’avoir de l’inspiration. Par ailleurs aux thèmes politiques me fatigue un peu car toujours polémique et de nature à se faire une promotion pour pas cher. Donc bof. Les photos sont aussi exgérément retouchées et les visages sont d’une texture bizarre.

Enfin, Tibor Kalman nous montre des célébrités en couleur (what if, 1993). Des imprimés – petits formats couleur – où le Pape, la Reine d’Angleterre et Arnold Schwarzenegger sont noirs. Un peu facile aussi mais tout indiqué pour une parution dans Colors qui a accueilli ce travail. Ci-dessous une photo de biais prise par mes soins (on voit tout de suite pourquoi je préfère regarder des photos plutôt qu’en faire). Schwarzenegger est très réussi je trouve.

Et pour finir, le lien vers la première monstration (comme dit l’autre) de cette expo en Suisse, en 2004 (à Lyon, ce n’est qu’un volet).

La prochaine fois je reviendrai sur la suite de ce que j’ai vu de beau (ou pas) à Arles.