Musée de Sérignan – 5ème partie – des 60’s à nos jours

Jusqu’au 5 octobre, au Musée de Sérignan, se tenait une exposition de photographie intitulée “Images du corps, vertiges et vestiges – Photographies de la Collection Rhône-Alpes et du Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne Métropole”. Avec près de 200 photographies, de toutes époques, on en prenait vraiment plein les yeux et, en plus, sans être troublé par les visiteurs. Parmi les grands noms, on trouvait Robert Adams. Dans un registre documentaire, il nous montre cinq images de « Our lives and our children  near rocky flats nuclear weapons plant » (dans les années 80’s) qui nous montre la vie quotidienne d’américains moyens à proximité, comme l’indique le titre, d’un usine de fabrication d’armes nucléaires. Le site du Getty en dit bien plus ici (en anglais). William  Eggleston était représenté avec un tricycle (années 80’s aussi) qui ne « rendait rien » : trop petit et mal éclairé, il faisait pitié. Je ne suis même plus sûr a posteriori que c’est le très fameux tricycle… Lee Friedlander était à peine mieux représenté avec trois photos (années 80) de femmes travaillant dans des usines.

Dan Graham montrait sa série « Homes for america » (vers 1960) avec la fois des vues de lotissements stéréotypés très graphiques et des scènes de la vie quotidienne, au café notamment, au charme désormais désuet.

Helen Levitt nous montrait du noir et blanc et de la couleur. La série sur les graffiti n’était pas captivante. En revanche, ses photos d’enfants dans les rues valaient la peine. Elle est d’ailleurs connue pour cela essentiellement. Cette photo, et d’autres, étaient montrées à la fondation HCB, à la quelle je ne m’étais pas rendue après avoir hésité. Sur le site de la fondation HCB on voit l’image avec la petite fille et la voiture verte qui était aussi visible à Sérignan (c’est par ).

Thomas Struth présentait son « Campo dei Fiori » (1988) » et un vieil homme lisant un vieil ouvrage. Je me suis demandé ce que venait faire Struth avec sa place italienne dans une exposition consacrée au corps. Passons.

campo dei Fiori

Pour le reste, le moindre que l’on puisse dire c’est que c’est hétérogène. Le tas de linge de Claude Batho ou le travail de Suzanne Lafont (très représentée) ne m’ont vraiment pas séduit, de même que Chris Killip avec ses vues cinématographiques de gitans (1982). John Coplans était omniprésent, dès l’entrée, avec une main crispée en noir et blanc (1988) puis des torses et autres éléments d’anatomie humaine masculine. Dominique Auerbacher nous montre deux photos dont une intéressante, je trouve : celle d’une vieille femme plantée là dans une cour d’immeuble comme l’arbre et la poubelle qui sont à côté d’elle. Je ne sais pas si l’effet produit est voulu. Dans une veine également plasticienne, Craigie Horsfield montre un buste féminin grand format en noir et blanc  sur un appui de fenêtre.

Enfin, toujours dans cette veine, Jan Groover nous montre des jambes gosses, des nuques mais surtout il nous montre le toucher. Pour la première de ma vie j’ai éprouvé le sentiment d’être touché (physiquement) en regardant une photo : encore un coup des neurones miroir.

Yiorgos Depollas nous montre d’inquiétants patients aliénés. Et Daniel Farson fait de même avec des enfants avec couteau et cigarette (1964). Tony Ray-Jones nous montre quant à lui des scènes de déjeuner champêtre et un concours de beauté où la miss putative baille tandis qu’un homme boit un coup (1967). jean-Louis Schoellkopf nous montre huit portraits d’hommes dans les jardins ouvrier, dans toutes les allures imaginables et sommes toutes assez naturelles : une sorte de Sander moderne. Mais pour finir, une photo et un auteur m’ont particulièrement plus. La photo c’est celle de Gabriel Cualladó baptisée « el organillero » (1958).  Ce photographe montre aussi des photos typiques de l’Espagne pauvre de ces années là, jusqu’à la caricature (la famille sur le pas de la porte, un sol en terre battu, les visages burinés, les pauvres habits sombres, la mine triste ou fière). Mais cette photo du joueur d’orgue de barbarie, de dos, nous montre d’un seul coup toute la détresse de l’exil.

Le photographe, c’est Patrick Faigenbaum. De nombreuses photographies de cet artiste sont présentées et il faut bien avouer que c’est saisissant. Il ne recourt pas à l’artifice du format géant et pourtant c’est frappant. Il s’agit de photo de familles bourgeoises italiennes prises dans des palais et riches demeures. Tous ces gens ont l’air écrasés, parfois un peu bizarre (comme la famille Adams parfois). Les photographies sont volontairement très sombres ce qui leur donne un aspect tout à la fois classique, noble et un peu inquiétant. La meilleure à mon goût est celle où figurent deux enfants seuls dans un palais mais hélas les reflets sont trop visibles sur ma prise de vue.

Et pour finir, la collection permanente (dont j’ai parlé ici) comprend de rares photographies. Une série amusante de Jean-Louis Garnell (la veranda, 1987) qui nous montre ce qui se passe dans une véranda à Tregastel  à 9 instants du temps. Surtout, on peut admirer en format géant une photo de danseuse les mains trempés dans la peinture qui lui donne l’air d’une amputée par Per Barclay

Voilà qui conclut la visite et restera le témoignage de cette exposition, faute de catalogue.