Jeu de paume – Site de la Concorde – Robert Frank – Les américains

Au Jeu de Paume, sur le site de la Concorde, Robert Frank nous montre  « les américains», une série qui reprend les photos du livre éponyme paru en 1958 (illustration ci-dessous).

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Un cartel nous informe que les photographies sont dans l’ordre original voulu initialement par Robert Frank : on rappellera que ce livre a été édité en « deux versions originales », une aux États-Unis et une autre en France, dans un imbroglio juridique toujours pas levé alors que sort une nouvelle mouture en ce moment, par un heureux hasard de calendrier, comme on dit.

Le cartel n’indique pas le sens de la visite ce qui témoigne de l’humour (involontaire ?) des organisateurs de l’exposition. Plus généralement, une fois de plus, l’accompagnement du visiteur est réduit à sa plus simple expression avec de rares  commentaires, ceux de Jack Kerouac certes, issus de la première édition américaine du livre de Robert Frank.

Je suis toujours dubitatif face à ce genre d’exposition qui part d’un medium non destiné à l’exposition : le travail de Robert Frank ce ne sont pas des tirages de photos en grand format mais un livre. C’est un peu comme si, inversement, on s’extasiait sur un livre présentant des reproductions de peintures. Pour moi, il s’agit de deux travaux bien différents, une exposition et un livre ; le medium de référence c’est le livre.

Ceci dit, les tirages, ni trop grand ni trop petits, se prêtent bien à la visite : ils proviennent de la MEP et sont de bonne qualité, tout comme l’éclairage qui évite les reflets. Toutefois, malgré l’heure matinale, de nombreux visiteurs étaient déjà là.

L’ensemble est, imho,  inégal mais il y a vraiment des perles comme ces gosses dans une grosse auto, de nuit, ou bien encore cette route qui fuit vers le lointain. Par ailleurs, il se dégage quelque chose de l’ensemble que je ne saurais décrire.

Il a été dit que le livre a fait sensation a sa sortie en raison du caractère « sale » des photos, mal cadrées, pas nettes, granuleuses. En fait, je n’ai pas vraiment retrouvé cela lors de la visite, en tout cas, pas sur l’instant. Une visiteuse faisait remarquer « tiens, il a changé de pellicule» : en effet, la série présente à la fois des images avec du grain et d’autres de facture très classique, très nettes. Mais rien de choquant ou même de dérangeant là-dedans. Quant aux sujets traités, ils ont été aussi objet de vifs échanges lors de la sortie du livre, car Robert Frank montrait une Amérique moins engageante, moins victorieuse que celle qui prévalait dans les esprits et la photographie de l’époque. Aujourd’hui, l’œil de 2009 ne sera guère ému de voir les thèmes traités, qui d’ailleurs sont moins portés vers le misérabilisme que vers une certaine authenticité avec, souvent, en toile de fond, le thème de la route, du voyage, chère à l’Amérique et à Kérouac.

L’exposition est complétée de photographies prises par Frank dans l’immédiat après-guerre à Paris. Bien de peu de visiteurs s’y attardaient. Pourtant, c’est en voyant cette série après l’autre que j’ai pris conscience de l’effet qu’a produit « les américains ». Dans ses images d’après-guerre, Frank est tout ce qu’il a de classique et le « style » est vraiment tout différent de ce qu’il fera 10 ans plus tard avec « les américains ». L’autre constat surprenant, c’est que ces photos de Paris ne m’ont fait aucun effet. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elle renvoient à une réalité historique qui est bien éloignée de celle d’un quadra. Mais alors pourquoi celles sur les américains « marchent mieux » ? peut-être parce qu’elle renvoient moins, pour un européen, à une histoire passée, révolue, datée, mais à une mythologie américaine solidement ancrée (les grands espaces, la route, etc).

Quoi qu’il en soit, cette exposition, comme toutes celles du jeu de Paume, est incontournable, même si elle n’est pas inoubliable, alors allez-y.

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