Rencontres d’Arles – Eglise des frères precheurs – Collection de Nan Goldin

L’Eglise des Freres Prêcheurs qui l’an dernier montrait le travail de Lindbergh (billet ici) montre cette année une partie de la collection privée de Nan Goldin et une surprise (de taille).

La bonne blague le jour où je suis venu c’est qu’il manquait les cartels (et une notice) et que c’était donc un jeu de piste. La boulette était réparée le lendemain et ainsi, au-delà des très reconnaissables Bellmer, Sidibe, Keita, Sander, Larry Clark (Tulsa – avec le type au pistolet), Silverthorne et Molinier, on mettait un nom ainsi aussi sur les travaux de Kertesz, Nadar, Model, Weegee, Strba, Man Ray, Arbus,  Bourcart, Frank, Llorca di corcia, Armstrong et Brassai. Rien que du beau linge.

Pour ceux et celles qui n’y connaissent rien ou pas grand chose, c’est une véritable anthologie de la photographie, certes représentative des goûts personnels de Nan Goldin, mais on ne peut vraiment pas dire que les photos soient choquantes et que les photographes soient médiocres, bien au contraire. Un appareil critique plus fourni aurait été bienvenu mais ne boudons pas notre plaisir.

Si vous aimez les surprises, ne lisez pas ce qui suit et allez voir vous-même le diaporama « Soeurs, Saintes et Sibylles » que certains d’entre vous ont peut-être déjà vu en 2004 (pour ma part, je découvrais), déjà dans une chapelle, celle de la Salpêtrière où Charcot soignait les hystériques.
En plus de l’expo, une projection de diapo avec bande-son (et film) est montrée, visible depuis un perchoir sur échafaudage bâti dans l’église, assez bluffant: c’est une idée de scénographie géniale (encore plus fort que l’expo dans le noir – billet ici). On grimpe donc dans la structure métallique pour rejoindre un plateau plongé dans l’obscurité qui surplombe une scène faiblement éclairée: face à nous (une dizaine de personnes debout peuvent tenir sur l’espace aménagé), trois écrans de projections et, en bas, le mannequin d’une jeune femme couchée dans un lit avec une table de chevet et quelques menues affaires.
D’abord, se déroule, en anglais sans sous-titre, le martyr de Sainte Barbe (ou Barbara, vous allez voir le rapport dans ce qui suit) à l’aide non de photos d’époque (!) mais d’illustrations. J’avoue avoir eu un peu de mal à suivre, mon anglais étant un peu limité dans ce genre de corpus.
Ensuite, commence le récit de la longue descente aux enfers de la sœur de Nan, Barbara, qui erre d’écoles en hôpitaux et  qui se conclura par un suicide tragique sur une ligne de chemin de fer à 18 ans. Cette séquence est bouleversante et il faut parfois un peu se mordre les lèvres. C’est émouvant sans mièvrerie, sans artifice, sans voyeurisme mais c’est dur. Honnêtement, je ne pensais pas que Nan Goldin puisse produire une telle œuvre.
Enfin, la dernière partie est autobiographique et ce n’est pas le meilleur. Je me souviens de très nombreuses photos de ses brûlures de cigarettes sur les bras dont je ne perçois pas vraiment l’intérêt…

Publicités