PhotoIreland – 2ème jour – 3 juillet

Pour le 2ème jour, je passe rapidement sur City arts, qui est une minuscule salle de cinéma hyper pentue avec des projections tous les jours à partir de 13H00. Il n’y a pas de programme (ou bien je n’ai pas trouvé), on ne sait pas bien ce qu’on regarde et on ignore la durée de chaque travail donc je ne suis pas resté plus de 5 minutes et il y a avait un seul autre spectateur. C’est dommage tant pour les auteurs que pour l’équipe en charge de ne pas avoir plus d’audience, à moins que ce ne soit un jour (ou une heure) exceptionnellement creuse, je ne sais pas.

Mondrian’room c’est en revanche la découverte du jour. Le couple de directeurs est très sympa. Monsieur parle un français parfait pour avoir vécu et travaillé en France pour plusieurs institutions muséales et Madame est passée par Sotheby’s. Trois types de travaux sont présentés dont des Doisneau dont l’intérêt est somme toute limité à coté de deux merveilles. Tout d’abord, la galerie présente des tirages récents de plaques autochrome exceptionnelles des Lumière (scènes de familles – vers 1907)- comptez 8 000 euros environ par plaque, tirage unique A4 inclus. J’ignorais que de telles plaques se trouvaient encore en mains privées. Le nom ne m’est pas revenu sur le coup mais c’est Léon Gimpel que j’avais vu au Musée d’Orsay (début 2008) avec de fabuleux autochromes également (c’était d’ailleurs les plaques qui étaient exposées, non des tirages modernes agrandis).

Les autres découvertes sont des collotypes (phototypes en français, ancêtre de l’héliogravure) vintage (vers 1887) de Muybridge dont bon nombre de « female semi-nude » mais aussi des animaux (dont des exotiques), dans la série Animal Locomotion. Les prix sont plus abordables, vers 2 000 euros. Le galeriste y voit un précurseur de ceux qui ont eu le souci de d’immobiliser le temps ou de superposer plusieurs instants du temps en un seul, et de citer aussi bien Matrix, Warhol que Bacon. Le nom de l’exposition est Motion.

Une exposition de petite taille mais de grande qualité avec des guides charmants et cultivés, que demander de plus ?

Monster truck (un nom bizarre pour une galerie) est aussi une galerie, une vraie (au sens, une permanente, contrairement à Mondrian’s room) qui s’établit sur deux niveaux dans un espace contemporain aux murs blancs. Nous sommes revenus à Temple bar. Le titre de l’exposition est un jeu de mots, en français s’il vous plait, Demise en Scène, associant et Ethna O’Regan. Le travail de cette dernière ne m’a guère enthousiasmé, ne parvenant pas à en saisir l’objectif ni l’unité. Quant à Michael Boran, ses photographies de touristes photographes , il me semble que c’est là un sujet que j’ai déjà vu quelques part, ce n’est pas inintéressant en soi mais ce début de mise en abime ne mène pas bien loin.

La Smock Alley Boy’s School se trouve aussi à Temple Bar, en bordure de la Liffey. Ce n’est pas une école. L’exposition conduit d’abord au 3ème étage pour commencer la visite puis le circuit descend (comme au Musée Magritte à Bruxelles). L’exposition s’appelle 360 degree et comme on s’y attend la trajectoire est circulaire (il ne s’agit pas de température, au demeurant extrêmement élevée dans ce curieux immeuble). Le principe est de proposer une photographie illustrant un des termes employés dans le descriptif de la précédente. Bon. Passé l’amusement face au concept, l’auteur, Ruben Ochoa, parvient essentiellement à nous ennuyer et la vue de ses 36 photographies commentées s’apparente à un chemin de croix (qui ne comporte lui que 14 stations). Pourtant, l’exposition a été montée avec l’Ambassade du Mexique pour le bicentenaire de l’indépendance du pays et a été vue dans de nombreux pays mais ce n’est pas un gage d’intérêt.

Le Center for creative practises montrait quant à lui deux expos et il fallait s’éloigner un peu; la seconde n’ouvrait que le lendemain mais j’ai eu droit de la voir quand même (il ne restait plus qu’une photographe en plein accrochage). Le lieu est assez vaste et se trouve dans le « basement » de l’immeuble, il faut descendre depuis la rue (ce n’est pas très engageant).

I Like Boring Things était donc ouvert et montrait 7 auteurs.

David Morissey montrait deux filles en flou et Tansy Cowley trois minuscules noir et blanc intimistes (drap, fenêtres, etc). Dorje de Burgh proposent des scènes de vie intimistes, des amis. Samuel Cunnane alternait noir et blanc de moyen format (immeubles) et polaroids  intimistes de lieux divers. Anna J. McCormack alignait de petits formats carré d’extérieurs et d’intérieurs vides. Kate Nevin restait dans cette veine des carrés d’intérieurs mais en noir et blanc. Enfin, Edmund Doherty détonnait un peu dans cet ensemble relativement ennuyeux (cf. le titre de l’exposition) avec trois scènes de boxeurs en noir et blanc. Cet ensemble au demeurant sympathique ne m’a pas vraiment emballé.

L’autre exposition c’est Chasing shadows (site ici) qui s’appuie sur des techniques anciennes de photographie (un peu comme le Centre Iris à Paris qui maintient, entre autres choses, une certaine tradition en la matière). N’étant pas expert de ces techniques, j’espère ne pas écrire trop d’âneries.

Brian Baldy montre deux paysages en  kallitypie (callitypie en français). Jamie Maxwell s’essaie au tintype (ferrotype en français) avec des vues de nuit agrémentées d’un personnage qui dégagent vraiment une atmosphère. Thomas Woods parvient aussi à faire mieux que susciter la curiosité liée à la technique, son cyanotype du type qui s’arrache le cœur, s’étire le visage comme pour le décoller ou encore écarte sa paroi abdominale pour en montrer des rouages horloger sont plutôt inspirés. Dominic Turner s’essaie au « fuzzygram » avec des vues dignes des précurseurs…. Kamile Mutulaityte utilise la le cyanotype pour un portrait de fille a tête de cheval fort réussi. Catriona Dunnett réalise des nus avec la technique Van Dyke dont je n’avais jamais entendu parler (je ne sais pas si je dois avoir honte) et qui est une variante simplifiée de la kallitypie si j’en crois les savants (ici) qui expliquent aussi un tas de méthodes anciennes. Gwen Wilkinsonmontre des ruines et des fleurs, sujets types des débuts de la photographie qui évoquent immédiatement des images « vintage », en ferrotype (essayez de faire un TGV avec la même technique, je ne suis pas sûr que cela évoque quoi que ce soit). Ian Mitton produit de  minuscules cyanotypes de la mer, parfaite association évidemment puisque le sujet et la technique tient fortement l’un et l’autre sur le bleu. le petit plus c’est qu’un truc blanc tout petit se détache (un bateau ?) qui m’a fait penser au travail de Patrick Messina (billet ici). Louis Haugh avec le fameux Van Dykes exposait de petites vignettes tirées sur une même feuille en planche: arbres, ciels, plantes.

Au final, une exposition où le nombre prime, avec un bilan mitigé. Indiquons en passant que rares sont ceux qui disposent d’un site web (je ne parle pas d’un blog ou d’une page Facebook) ce qui est bien dommage.

Et comme j’ai laissé les notes papier que j’avais prises, sur Indigo and cloth , à la maison, je n’en dirais pas grand chose tant que je suis à Arles sinon que c’est à deux pas de Mondrian’s room mais on qu’on est évidemment dans un autre style: il s’agit là d’auto-portraits entre 600 et 800 euros de photographes pas (encore) connu. Pour être honnête, c’est le genre d’exposition que je ne vais pas voir à Paris et que je n’irais vraisemblablement pas voir non plus cet été à Arles pour la simple et bonne raison que des expos « curatorées » existent déjà en abondance. Juste à coté se trouvait Domestic Landscapes par Bert Teunissen chez Noble & Beggarman Books mis j’ai trouvé porte close et n’ai pas jugé utile de repasser.