Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – Bilan: très lourd, pas piquant

Les Rencontres 2010 m’ont paru moins envahies d’expositions parasites que l’an passé et de manière général le Off m’a semblé de meilleure qualité.

De mon côté, j’ai aussi, fort de l’expérience 2009, évité des expositions dont je savais par avance qu’elles ne présentent aucun intérêt (il y a des noms qu’on retrouve hélas d’une année sur l’autre) et j’en mettrais deux ou trois encore à l’index l’an prochain.

Dans le Off, on peut remarquer La Vitrine (L’évadée) et Hypermarkt, Le WIP de l’ENSP, Les divers lieux pilotés par le Off directement, Le magasin de jouets, La galerie de poche, Le CoffeeSocks.

Le programme officiel quant à lui m’a laissé perplexe. Après la mode (2008) puis la provocation (2009) vient l’heure du néant (2010)  faute de trouver un invité de marque pouvant mettre sa patte. Pour masquer le manque, trois parcours ont été créés qu’on pourra déjà décliner en 2011: après l’Argentine, je propose l’Espagne, après l’argentique, je propose le numérique et après le rock et Mick Jagger, je propose la pop et Lady Gaga. Trois pieds c’est plus sûr qu’un seul et cela réduit les risques de se casser la figure mais la contrepartie c’est que ce n’est pas « piquant ».

En revanche, les Rencontres 2010 c’est en effet « lourd ».  Avec l’arrivée dans le programme officiel du Musée Réattu et de l’Hôtel du Cloître, les Rencontres ajoutent peu, certes, mais le programme est déjà trop chargé et cela vaut principalement pour les Ateliers. Surchauffés, trop vastes, trop hauts, trop grands, trop loin, trop tout. Les Ateliers, je les ai assez vu maintenant et j’espère que nous aurons un jour des espaces de taille raisonnable et non des lieux à remplir car nous en sommes là: ce sont les lieux qui dictent le volume exposé et en l’espèce ce sont les lieux qui invitent à la surabondance. Je passe cette année sur la sonorisation d’un des Ateliers qui ajoute le débordement auditif au débordement visuel.

Arles troque la culture tapas pour la culture hamburger: pas très piquant, mais très lourd.

Que sauver du programme officiel ?

Aucun site dans sa totalité à part peut-être les sites les plus petits, monothèmes: l’ENSP et l’abrégé de Re-Génération. Pour le reste, il faut picorer: Giacomelli (au Méjan), Shore, Warhol, Linder et Tillmans dans Cliché! (aux Ateliers), Haas (à l’étage du cloître), les vidéos didactiques de Chambres(s) claire(s) (à l’archevêché), Ria Van Dyke dans Shoot! (aux ateliers), Hans-Peter Feldmann et Taryn Simon(Prix Découvertes, aux Ateliers).

[to be completed]


« I am a ciiché », échos de l’esthétique punk

ECHOS DE L’ESTHÉTIQUE PUNK

Empruntant son titre à la chanson du groupe punk X Ray Spex, l’exposition I Am A Cliché explore le statut de l’image et de ses métamorphoses dans l’esthétique punk. Des Screen Tests silencieux d’Andy Warhol aux iconiques portraits de Patti Smith captée par Mapplethorpe, des photocollages subversifs de Jamie Reid et Linder aux images lacérées et réinventées de Meredyth Sparks, des corps hors limites saisis sur scène par Dennis Morris, Bruce Conner et Sue Rynski à l’appropriation par David Lamelas des attitudes de rock stars déchues de leur piédestal, des paysages urbains désolés de Peter Hujar aux salles de concerts suspendues dans le temps de Rhona Bitner, l’image se fait scène et la caisse de résonance de cette Blank Generation chantée par Richard Hell. Le punk n’est plus considéré aujourd’hui comme une « Great Rock and Roll Swindle », cette grande escroquerie du rock’n’roll tel que l’avait qualifié Malcolm McLaren, mais comme un mouvement dont les fondements, les postulats et l’iconographie définissent une esthétique. Le biographe du punk, Jon Savage, qualifie celle-ci de « marginale, internationale, sombre, tribale, aliénée, étrangère, pleine d’humour noir ». À l’heure où le rock peut sembler récupéré et édulcoré par la publicité, l’énergie du punk, conjuguant humour et subversion, est réactivée par de nombreux artistes. Il s’agit d’appréhender à travers ces œuvres la portée d’un mouvement musical et artistique dont le nihilisme de façade a longtemps occulté la validité esthétique et l’héritage. « Les Sex Pistols étaient un mécanisme d’attraction/répulsion doué d’une puissance infernale qui permettait de passer à l’action », confirme Mike Kelley, un des fondateur du groupe punk Destroy All Monsters. En se faisant l’écho de l’esthétique punk, « ces voix anciennes qui paraissent aussi touchantes et effrayantes que jamais, en partie à cause de la qualité irréductible de leur exigence, en partie parce qu’elles sont suspendues dans le temps », ces artistes, de Christian Marclay à Wolfgang Tillmans, de Dan Graham à Céleste Boursier-Mougenot, s’inscrivent dans cette histoire secrète retracée par Greil Marcus dans Lipstick Traces, qui relie les Sex Pistols à Guy Debord et au dadaïsme. Ils en écrivent au présent un nouveau chapitre.

Emma Lavigne, commissaire de l’exposition.

Née en 1968. Vit et travaille à Paris.

Emma Lavigne est conservatrice pour l’art contemporain au musée national d’Art moderne / Centre de Création industrielle du Centre Pompidou, Paris. Elle a été auparavant conservatrice à la Cité de la Musique à Paris, où elle a été commissaire de nombreuses expositions consacrées aux relations entre la musique et l’art contemporain, telles que Electric Body ou Espace Odyssée, Chen Zhen, Saâdane Afif ou Christian Marclay. Elle a également organisé des expositions associées à la scène musicale rock, telles que Jimi Hendrix Backstage, Pink Floyd Interstellar, John Lennon Unfinished Music. Elle a été co-commissaire en octobre 2008 de l’exposition Warhol Live et d’Imagine Peace avec Yoko Ono en avril 2009 au musée des Beaux-Arts de Montréal.


Exposition présentée à la Grande Halle, Parc des Ateliers.



Exposition réalisée avec la collaboration de Thierry Planelle, illustrateur sonore et réalisateur de la bande son.


Cette entrée a été publiée dans Arles. Bookmarquez ce permalien.