Rencontres de la photographie d’Arles 2010 – La vitrine – Off

L’Evadée (un collectif) montrait à La vitrine (16 rue Jouvène) dans le cadre du Off une exposition intitulée Identity lab. A priori, la Vitrine n’a rien à voir avec La Vitrine.

Bien que le titre soit inutilement en anglais, chacun aura compris que c’était d’identité dont il était question ici, sujet essentiellement résumé à sa dimension sexuelle dans l’exposition, que ce soit dans la forme (Luigi et Luca) ou dans le fond (Kael t. Block). Parfois, heureusement, le propos se fait moins frontal, comprenez moins réducteur.

Ainsi, Dorothee Smith, la grande gagnante de ce Off (quant à la visibilité au moins – une de ses photos faisait l’affiche, notamment) ne se répand pas en culs nuls, colliers à chien, simulacres sexuels et jeunes éphèbes glabres et ambigus (on a déjà eu notre dose l’an passé avec Nan Goldin, point trop n’en faut). Occupant tout un mur, pas très loin d’un accrochage en chandelle, très 19ème, son travail est un mélange, à ce qui m’ a semblé de plusieurs série dont löyly et spree (quoi que, à la réflexion, je me demande si spree était montré). On avait déjà vu un petit bout de löyly à Arles chez les voisins du Coffee Socks (ici). Un travail presque timide, très clair, dans la veine contemporaine, intriguant. Un sentiment d’évaporation des êtres, voire d’absence règne dans ses photographies diaphanes. C’est de toute évidence une auteur persévérante, qui dévide une bobine qu’il faut suivre.

Je passe sur la femme enceinte dans la baignoire, clope à la main, fumée dans la bouche par Bruce Labruce (son site ici): une seule Nan Goldin suffit. En regardant le travail d’Alexander Binder, j’ai cru voir du Petersen, ni plus ni moins. Sur son site (ici), on voit également des travaux en couleurs plus originaux. Tom de Pekin (ici, à ne pas confondre avec Tom of Finland – comme je l’avais fait initialement – l’un et l’autre sont graphistes) quant à lui se prend peut-être pour Oleg Kulik qui, comme lui, se prend pour un chien: en l’espèce, un type en tenue de soumission est montré appuyé sur la tombe de Rintintin. Slava Mogutin nous présente de jeunes types « alternatifs » qu’on ne voudrait pas trop croiser le soir dans une ruelle sombre (son site ici – attention, sa série love, notamment, n’est à mettre entre toutes les mains). Michel Peneau exposait aussi mais je ne sais plus quoi.

Je passe rapidement sur Luigi et Luca à mi-chemin de la mode, de l’esthétique gay (s’il existe une esthétique gay) et de la religion. Néanmoins, cela se laisse voir. Leur blog, dénoncé auprès de Google comme « inacceptable », mais seulement affublé d’un disclaimer se trouve ici: il est superbement illustré. On notera en passant que cette mésaventure rend leur travail sympathique et doit rappeler à certains pourfendeurs de Google que cette boîte n’est pas ennemie de la liberté d’expression.

Ah, en montant dans les étages plus haut on s’éloigne à la fois des brutes épaisses et des modèles masculins asexués avec Anais (Boudot) et Marikel (Lahana). Marikel montrait (encore) ses fictions aptères qui souffraient un peu de l’exiguïté de la pièce et qu’on avait déjà vues et appréciées à la BNF en 2008 (ici). Anaïs, comparse de Dorothée, qui exposait l’an passé et cette année encore au WIP de l’ENSP livre ici un travail plus classique, dans un certain sens puisqu’elle dit adieu à la couleur et au (relatif) grand format et qu’elle emploie cette fois la série. En l’espèce, la série est constituée de petits formats noir et blanc de corps qui dansent à l’envers, on voit surtout les jambes, floues, presque en aplat de blanc sur fond noir (son site ici).

On termine avec Kael t. Block (site ici) et sa série xx boys, des portraits de filles se faisant opérer pour être des mecs (enfin bon, c’est un raccourci). Je n’avais encore jamais vu ça: c’est plutôt impressionnant. Par contre j’avais déjà vu le contraire à Lyon (billet ici) par Thomas Weisskopf.

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