MEP – Yoshida, Lagerfeld, Breukel et autres

La semaine dernière, visite habituelle à la MEP à l’occasion du changement d’accrochage Après des mois sinon des années de déception, j’ai enfin retrouvé des accrochages intéressants alors, même si on peut encore voir des images de peu d’intérêt, d’autres valent la peine d’être vues.

Je passe sur les robes imprimées et les tirages qui les accompagnent dont la place n’est pas à la MEP pour aller vers Kimiko Yoshida. C’est un peu comme dans le billet précédent où j’égratignais un travail commercial et creux à peine sauvé par le grand tirage et le diasec qui parviennent à donner, à toute image ou presque, l’apparence de l’art ou, à défaut, un certain attrait visuel.  Les Mariées célibataires, titre de l’accrochage, échappent partiellement à cette critique pour deux raisons. D’abord, les séries présentées ne se content pas de décliner à l’infini une même astuce. Ensuite, l’accrochage, s’il souffre du manque de recul, est plutôt malin, bien valorisé par la présence de sculptures et le découpage des espaces.

On peut voir ainsi des portraits quasi monochromes rouge, blanc, noir et vert, noir et blanc se faisant face. Il s’agit de portraits de mariées « folkloriques », inspirés de contrées lointaines et très léchés. Une autre série montre des portraits tirés sur toile dont les coiffures sont faites d’objets banaux quotidiens détournés et inspirés de classiques (Rembrandt par lui meme, Pulcinella par Tiepolo, Minotaure de Picasso). Une dernière série montre un travail réalisé cette fois avec des accesoires Paco Rabanne. Oui, je sais, le couturier s’est définitivement ridiculisé sur ses vieux jours mais en son temps il apporta des idées neuves à la mode.

Dans un entresol, l’Agence française du développement montre quelques clichés de Jean Depara que certainement vous ne connaisez pas (né en 1928, mort en 1997, il a exercé à Kinshasa le métier de photographe – la revue noire donne plus de détails ici).

Tania et Vincent montrent des illustrations (?) ou des couvertures (?) de Citizen k international (un magazine). Il y a un mot, une illustration détournant plus ou moins une marque et c’est plus ou moins réussi et plus moins amusant (souvent moins). Vous pouvez zapper sans crainte ce demi-étage avant de rejoindre Karl (Lagerfeld).

Karl Lagerfeld est une génie (tout le monde le sait) et, par un heureux hasard on a vu récemment sur Arte un hommage à Karl Chanel sur la chaine cultivée Arte au moment même où se déroulent les défilés. Décidément, si c’est pas un hasard du calendrier çà, je ne m’appelle plus Photoculteur. Naturellement, en tant que génie, il transforme, tel Midas, toute chose (dont la photo) en or art. Trêve de persiflages ! Si j’avais de grandes craintes en franchisant le palier, force est d’avouer que Karl n’est finalement pas un mauvais photographe (ce qui peut être un brin agaçant pour tous les photographes inconnus qui n’arrivent pas à grand résultat). Tout n’est pas réussi et il est vrai que la salle basse concentre un tas d’images pas absolument nécessaires: en vrac, des simili Lichtenstein (Zhang Zihi), une trop longue frise de tirages numériques de mode, un mur de portraits de personnalités et un mur tapissé d’une mosaïque de clichés d’un homme se déshabillant, pâle hommage peut-être à Larry Clark dont on va reparler.

Par contre, son travail sérigraphique de grand format sur Versailles en noir et blanc ou ses sérigraphies dans les bleus (the house in the the trees) parviennent à créer un véritble atmosphère et à donner de une vraie texture à ses images. C’est sans doute là sa particularité, il donne de la matière à ses images, sans doute une sensibilité tactile de créateur de mode qui cherche un moyen d’expression. Son Métropolis tiré sur papier abrasif est un belle illustration de cette recherche. Il me semble qu’on y voit Tony Garn et Baptiste Giabiconi tirés d’un shooting pour le Vogue allemand (billet ici). Toujours dans une veine expérimentale, on peut voir des résinotypes aussi (on dirait des peintures)et des tirages fresson colorés, des tirages sepia qu’on dirait anciens et de nombreux transferts polaroids. Heureusement, Anne Cartier-Bresson (auteure de l’ouvrage de référence Vocabulaire technique de la photographie) vole à notre secours avec un cartel expliquant toutes ces techniques. J’ai pour ma part tout spécialement apprécié le Ballet triadique surréaliste et très « années 30 » (1922 pour les puristes mais bon) ainsi que ces illustrations de mode très 18ème en transferts polaroids colorées à la main  pour Vogue 1998.

On termine la visite avec Koos Breukel, sensiblement moins glamour mais moins dispersé également: Koos est photographe et plus spécialement portraitiste. Ses très grands formats noir et blanc « à la hollandaise » (comprenez, sobres) sont sagement alignés en deux rangées. J’avais vu sont travail déjà mais uniquement en reproduction: les voir en vrai produit un tout autre effet. Koos nomme certains modèles et d’autres non, beaucoup sont des inconnus (on trouve toute de même Lucian Freud et Rineke Dijkstra dans ses derniers travaux). Souvent il sont décrits par leur profession ou par ce qui leur est arrivé: survivre à une catastrophe. D’autres sont des aveugles portant des prothèses oculaires. Certains portent des cicatrices profondes sur la peau (brulure, coupure).  Le photo ci-dessous, tirée de son site web, montre une jeune femme ravissante mais victime de graves brulure sur le ventre et les bras, fumant une cigarette, naturellement.

 

La fin de l’exposition est consacrée assez largement à Michael Matthews dont la peau noire et craquelée, comme crocodilienne, ne doit pas faire oublier qu’il ne s’agit pas d’un jeu esthétique: Michael est mort du SIDA et Koos l’a photographié jusqu’à la fin.

En conclusion, allez à la MEP voir Yoshida, Lagerfeld et Breukel: c’est jusqu’au 31 octobre 2010. Un détail: grosse file d’attente dimanche après-midi, pas mécontent de l’avoir vue en période creuse :)

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