PhotoEspaña 2010 – Teatro Fernan Gomez – Between times

Le Teatro Fernan Gomez accueillait comme l’an passé une exposition monumentale, gratuite et de haut vol, pour ce PhotoEspaña 2010 qui se déroulait l’été dernier à Madrid.On peut aussi souligner, outre la qualité du plateau, exceptionnelle, la cohérence des œuvres présentées par rapport au fil conducteur.

Je passe sur Joachim Koester déjà vu au Luxembourg (billet ici). Jochen Lempert montrait 6 explosions atomiques ou des bien des méduses en noir et blanc comme diluées et se diluant. En fait il s’agit de nuages émis par le Stromboli.

Tacita Dean montrait un travail qui de loin ne paie pas de mine mais qui de près s’avère original. Cela s’appelle the russian ending et il s’agit de 20 photo de cartes postales de catastrophes anciennes annotées en blanc comme pour un film. C’est très troublant ce remploi de drames périmés pour en faire des outils cinématographiques et c’est très malin comme travail, à la marge entre image animée et fixe, entre scénario et réalité.

Daniel Blaufuks est un petit fil d’immigré vivant au Portugal et il photographie Terezin (ou plutôt des intérieurs des bâtiments du camp) sur la terre de ses ancêtres, en grand format couleur à la façon d’un George de La Tour.

Hiroshi Sugimoto était représenté par sa fameuses série d’écrans de ciné extérieurs la nuit mais blancs car le film (de la photo) est exposé durant tout le film d’où surexposition). Je n’avais jamais vu ce travail en vrai.  Michael Wesely a lui aussi un peu rusé en photographiant la Potsdamer Platz à Berlin (que j’ai arpenté dans l’intervalle, il y a peu). Avec jusqu’à deux ans (!) de durée de pause (filtres spéciaux, diaphragme minuscule) il produit des tirages qui intègrent comme des couches successives les travaux menés sur cette place fameuse. Inaki Bonillas (no longer, not yet) se livre également à un exercice sur le temps qui passe avec 6 photos d’un même lieu a la fois au lever et au couche du soleil a un moment indiscernable du soir ou du matin. Tout est dans les tons subtils du sol et surtout du ciel et c’est vraiment remarquable.

Ensuite venait le travail de Jochen Lempert et surtout celui de Steven Pippin. Ce dernier, comme Muybridge, bricole son matériel mais lui utilise les moyens de notre époque à savoir des hublots de machine à laver et n’hésite pas, si j’ai bien compris, à mettre papier sensible et produits de développement dans la machine. Il photographie notamment un cheval monté à différents instants du temps. Le résultat est assez surprenant.

Erwin Wurm est un artiste fameux (sculpteur en 1er lieu) qui utilise entre autres également la photographie pour s’exprimer. Je crois bien n’avoir encore vu aucune de ses œuvres  autrement que sur le net. Ses « one-minute sculptres » étaient montrées de manière relativement extensive et se présentaient sous le forme de photographies de taille modeste représentant le plus souvent une personne faisant un truc bizarre avec des objets. C’est toujours décontenançant, parfois amusant, et c’est un vrai plaisir que d’être ainsi pris à contre-pied.

Paul Pfeiffer affichait de prétentieux tirages géants qui, à côté de la modeste apparence du travail de Wurm, n’en paraissaient que plus outranciers. Il retravaille des archives de la NBA, si j’ai bien compris, notamment, en supprimant le ballon d’un scène spectaculaire où le joueur marque en extension… Mabel Palacin nous ramène à un travail plus humble et pas idiot, appuyé là-aussi sur une réflexion sur le temps. 6 secondes à raison de 24 images par secondes ça fait 144 d’où 144 pages et 144 personnes qui jettent  un caillou, chacun à un instant du temps différent. C’est en quelque sorte une ré-interprétation du flip-book :)

La promenade se terminait avec Jeff Wall (qui décidément me laisse dans la plus totale indifférence) et Ignassi Aballi mais avant de sortir, on pouvait voir deux travaux pas dénués d’intérêt. David Claerbout livrait une vidéo que, pour une fois, j’ai regardée. The american room est réalisé à la Matrix où on se déplace dans un espace figé, ici un concerto de piano. Je ne sais pas si c »est de l’art ou  de l’artisanat numérique mais c’est une expérience agréable à regarder. Clare Strand avec signs of struggle présentait de petits noir et blanc parfois annotés ou étiquetés ou fléchés comme des photos de police, collées sur un carton et sous pochette plastique. Évidemment cela faisait penser à Larry Sultan et Mike Mandel (evidence – billet ici).