PhotoEspaña 2010 – Metta, Barrenechea, Circulos de la bellas artes, Blanca Berlin, etc

Pour le 4ème jour à PhotoEspaña 2010, cet été, c’était surtout galeries au programme.

Chez Elba Benitez, c’était Lothar Baumgarten qui nous conduisait dans une évocation de la jungle avec sons, projection de diapos (jungle, hamacs), photos bizarres mêlant des « signes » de jungle à des éléments occidentaux (des plumes à la place de couverts par exemple). Assez bluffant finalement comme installation, quand on en sort, même si ce n’est pas ma tasse de thé. Chez Dionis Bennassar, c’était une expo collective. Au programme, beaucoup de français, hélas: Olivier Nord (avec ce qui semble être des peintures), Blaise Perrin (vitre cassée – vu aussi à Arles),  Edouardo Nave (diasec panoramique – vestiges d’un port artificiel en Normandie), Cristina Silvan (avec ce qui m’a semblé être une sorte d’origami, pas mal) et surtout Aurélia Frey avec des reflets sur des peintures (déjà vue à Lyon ici et « clone » d’un travail de Jorma Puranen vu à Bruxelles ici). Retour au solo show chez Begona Malone avec le travail troublant de Nicholas et Sheila Pye (enmienda). L’ensemble présenté mêle vidéo (au sous-sol) et photographies presque sur-réalistes d’un couple. Le décodage de ce qui est montré s’apparente un peu au décryptage d’une peinture du 15ème siècle: quoi qu’il en soit, outre la curiosité que ce travail suscite, il s’en dégage un sentiment morbide et inquiétant. Les visages s’obscurcissant, les corps unis/séparés, le rattachement à la terre, tout cela renvoie me semble-t-il assez directement au vieillissement, à la séparation et à la mort. Les oeuvres de format modeste (Floral fowl et floral swine sont à  1 800 euros), les autres pièces entre 3 et 6 000 euros environ.

 

Chez Evelyn Botella, dans une rue alors en plein travaux, on revenait à des choses plus prosaïques avec le travail de Marisa Gonzalez composé d’une vidéo et de photographies illustrant le triste sort et le terrible contraste de femmes originaires des Philippines et travaillant à Hong-Kong. On pouvait voir notamment de nombreuses photos de ces pauvres femmes, employées de maison, devant des magasins de luxe mais aussi leurs cartons où elles vivent ou bien encore les annonces accrochées sur les immeubles pour trouver des domestiques.

Chez Jose Robles,  c’était Carlos Sanva (du collectif Nophoto) avec deux travaux en apparence assez peu reliés: d’une part des blocs d’escalades dispersés sur un mur, bon, passons, et de l’autre des photos de pitt-bull en pleine agression d’un pneu suspendu, photographiés comme des athlètes en plein effort, élégants.

Je passe sur l’Institut français qui montrait tout un tas de portraits d’écrivains réalisés par Daniel Mordzinski. Je passe aussi sur Ines Barrenechea qui montrait Jorge Yerregui dont j’avoue ne pas avoir un souvenir très net. Je passe enfin sur Olivia Arauna, dont la porte d’entrée coulissante est déjà le signe que l’on entre dans une espace contemporain: l’exposition de Alexandra Ranner, avec sculptures bizarres et vidéos criardes est presque un supplice (pour le regardeur), quant aux photos de maquettes, le sens m’en est resté caché.

Chez Guillermo de Osma on change du tout au tout en accédant à un appartement bourgeois dans un magnifique immeuble: on à l’impression d’être chez un collectionneur dévoilant quelques clichés choisis, en l’espèce des oeuvres de José Alemany (1895-1951), comme des natures mortes teintées de surréalisme. A la Gallerie Metta, qui est tout près de la précédente, on revient au contemporain avec une galerie gigantesque abritant le travail de Eduardo Momeñe, de grands portraits noir et très formels (des musiciens), de face ou écrivant a la craie sur un tableau. Je ne sais pas pourquoi mais c’était plutôt convainquant.

Chez Blanca Berlin, l’invité d’honneur était Pere Formiguera avec des tirages noir et blanc sur papier à dessin doublés d’interventions manuelles. Cela se laisse voir mais fait un peu « fusain amateur » (comptez 2300 euros). Le stock de la galerie ne réservait pas grande surprise, c’est un peu une déception par rapport à l’an passé pour cette galerie spécialisée en photographie: Isabel Muñoz, Castro Prieto, Michèle Maurin, Veru Iché, Toni Catany, Ouka Leele, Ramon Masats, Brad Temkin, Axelle Fossier, Jose Maria Mellado.

Chez Gao Macgee on pouvait voir le travail de Han Lei (son site ici). La galerie est spécialisée est en art asiatique. On pouvait y voir des portraits géants et 13 petits évoquant des supplices, des portraits de groupes en style « mao », etc. La difficulté avec la Chine c’est qu’on ne sait pas trop s’il s’agit de chinoiseries, d’art international ou de quelque chose de réellement original. Le déchiffrage est aussi difficile, qui suppose souvent la connaissance de l’arrière-plan chinois.

On termine par une exposition exceptionnelle, au Circulo de las bellas artes que je visitais pour la 2ème fois la même à cette occasion. Elle était consacrée au couple Capa – Taro et le public madrilène ne s’y était pas trompé, qui s’y pressait, il est vrai que Capa a, de plus, beaucoup photographié la Guerre Civile espagnole donnant une résonance particulière à l’exposition. On y voit la parcours de Robert Capa en Leica et de Gerda Taro (en Roleilflex à ses débuts) puis de Capa seul après la mort de sa compagne. Ce sont les conflits qui sont le fil rouge, les plus intéressants aux yeux occidentaux étant certainement la guerre civile espagnole et la 2nde guerre mondiale jusqu’à Leipzig en 1945. Il est à noter que l’exposition s’appuyait pour partie sur les fameuses valises mexicaines redécouvertes par l’ICP en décembre 2007. Les visiteurs repartaient avec un très bon guide illustré, gratuit, décrivant le parcours des photographes réalisé avec le concours de la Fondation Pablo Iglesias (ici). C’est pour moi ce genre d’exposition qui me conduit à revenir chaque été à Madrid: des expositions comme cela on en voit peu en France (et à quel prix le plus souvent).