Le Bal – 5 étranges albums de famille

Après le CWB, aujourd’hui c’était aussi le BAL (déjà visité à son lancement – billet ici). Plus de visiteurs cette fois que lors de mon passage précédent mais guère plus de photos: quel dommage qu’un si beau volume n’ait pas été aménagé de manière plus rationnelle, sans parler même de l’espace librairie et café, utiles certainement pour financer le lieu mais empruntant encore des mètres carrés sur l’espace d’exposition. C’est à se demander si finalement le BAL ne risque pas de devenir un café-librairie avec un espace d’exposition (je plaisante à peine).

Quoi qu’il en soit le vaste rez-de-chaussée était consacré à Emett Gowin (à voir chez Pace/MacGill ici) représenté par de nombreux petits formats noir et blanc courant sur trois murs tandis que le quatrième était encombré d’un courte vidéo de Erik Kessels (3 minutes) au son péniblement grinçant.  Gowin réussit à faire peur en montrant des photos de familles des années 60 en noir et blanc. C’est un exploit. Des visages flous ou un chien flou dans un coin, des bras croisés, des mines renfrognées, des lèvres pincées, des contrejours, des yeux baissés, une peau boutonneuse ou une tache de vin sur le visage, tous les portraits et toutes les scènes sont intrigantes, transpirent la gêne, l’ennui, voire la douleur. Les flous « de vitesse » sur certaines images donnent l’impression que  le temps ne s’écoule pas à la même vitesse partout, comme dans un film de SF, ajoutant au trouble. Une belle série.

Au sous-sol, l’espace est partagé entre le travail de Alessandra  Sanguinetti (site ici) accroché sur fond rouge et sa vidéo, le travail de Metyard et les vidéos de Saddie Benning.

Le travail de Sanguinetti est extrêmement connu et en particulier les tirages exposés qui d’ailleurs ne sont pas ceux de la série « les aventures de Guile et Belinda » mais un extrait de cette série complété d’un extrait d’une autre série « The life that came », les deux couvrant ensemble la période 1999-2006. Les deux filles (sœurs) que l’on voit grandir se touchent souvent, s’étreignent, ne se parlent pas et nous sommes témoin de leur existence, simple, dans une ferme, de leurs émotions muettes, le tout baigné d’une couleur extraordinaire. Les grands formats carrés sont néanmoins parlant et puissants. C’est un remarquable travail servi par un accrochage irréprochable. La vidéo, une interview des enfants, est en revanche faible et inutile, c’est un document de travail plus qu’autre chose et sa place n’est pas au beau milieu de la salle, le texte introductif de l’auteur était suffisant à mon sens et le temps long dans lequel s’inscrit de le travail de l’auteur n’est pas compatible avec la vidéo mais bien plutôt avec l’écrit.

Le travail de Meatyard (L’album de Famille de Lucybelle Crater) est aussi fort connu mais d’une autre génération et son caractère répétitif est un peu lassant mais ne manque pas d’un certain charme. Il montre monsieur et madame, leurs enfants et amis,le plus souvent en portrait statique, noir et blanc et de petit format, chaque personnage étant masqué de façon grotesque.

Les trois vidéos (avec casques) de Sadie Benning étaient squattés par le public: je déteste ce genre de dispositif « propriétaire » (un seul profite) dont l »hygiène me semble également douteuse mais c’est une autre histoire.

En résumé, de belles images mais aucun effort de recherche (artistique, pédagogique ou historique) ou de construction d’un propos, pas de pièce ou d’auteur exceptionnel qui renverrait à une qualité muséale mais seulement une « bonne galerie » (payante de surcroit – peu certes mais le principe demeure).  Je conseille à chacun d’y faire un tour dans l’idée de se faire une opinion et de juger de la nécessité ou non d’y retourner la fois prochaine.