Maison européenne de la photographie (MEP) – Rosenblatt, Huet, Prévert, Guibert, Trivier

Petite visite à la MEP ce dimanche, pour un accrochage qui se termine le week-end prochain. La file d’attente énorme m’a surpris car le programme n’était guère alléchant: sans doute un journal bien informé aura du pondre une bonne critique.

Quoi qu’il en soit, 20 mètres de queue dans la rue, 20 mètres de queue dans le jardin puis 10 mètres de queue dans le bâtiment et voilà que je me félicitais d’avoir pris mon abonnement coupe-file et je commençais à reconsidérer le mauvais pressentiment qui m’habitait: si tant de monde attend c’est que ça doit être bien me disais-je, peut-être.

Le fait est que la MEP a alterné le bon et le moins bon au cours des trimestres passés et, hélas, les bas étaient souvent plus présents que les hauts. Au commencement on voyait le travail de Vincent Rosenblatt qui portait sur les danseurs au Brésil. Cela se laisse voir mais seules 6 photos étaient visibles, le reste défilait sur deux écrans LCD. Ah, tiens, je vois que Télérama en dit grand bien, c’est peut-être ça qui explique la queue (ils ont dû être déçus les visiteurs). Entre deux portes, j’aime bien jeter un œil à l’invité d’outre-mer, ici c’était Boubacar Touré Mandemory: j’espère qu’un jour la MEP mettra l’Afrique à l’affiche, ça nous changera un peu du cercle maraichin.

Henri Huet me fait mentir, mais pas complètement: mi-européen mi-annamite il n’est pas l’habitant typique du marais et, en plus, il est mort. On le verra, il y a pas mal de morts en ce printemps à la MEP. Ce photoreporter est mort dans l’action au Vietnam en 1971 et ses photos sont saisissantes mais pour les français elles n’ont pas la charge émotionnelle de « nos » guerres. On peut y voir des pièces un peu morbides aussi: appareil photo et matériel de transmission, lettres, etc. Quelques photos de confrères figurent dans une salle minuscule où l’on se bouscule, dont les photos emblématiques de la guerre du Vietnam (iconiques dirait un étudiant en photographie) que sont la petite fille nue courant sur la route et le type abattu froidement dans la rue.

Je passe sur les collages de Prévert: j’en suis resté à Hugo et Lamartine (qui ne collaient pas et c’est tant mieux).

Après ça commence le vrai et authentique naufrage de cette accrochage décidément bien mal nommé, car il n’y a rien où s’accrocher.

Herve Guibert (qui est mort du SIDA) nous montre lui-même, sa table de travail, ses ami(e) et amant(e)s (?), sa table de travail et sa chambre, son séjour, sa fenêtre, sa bite. Parfois même il doit sortir de chez lui et nous montre alors des portraits de dames âgées, le Musée Grevin ou le Musée de l’homme. Une avalanche de 200 tirages qui étouffe le regardeur, qui, après un effort, presse le pas devant cet étalage de peu d’intérêt. La foule était un peu moins dense à cet étage, allez savoir pourquoi.

Marc Trivier (qui n’est pas mort) permet de terminer en beauté la visite des lieux et, surtout, rapidement, car le dernier étage est quasi-désert de visiteurs: y alternent portraits de célèbres vieux et d’inconnus à l’air bizarre, arbres et prairies et bovins sur pieds ou tripes à l’air. Un grand moment de souffrance visuelle et d’ennui que chacun abrégera de son mieux (en marchant vite par exemple).

Un conseil donc, si vous n’êtes pas abonné, passez votre chemin et gardez vos sous pour acheter une glace (ou une gaufre) et attendez le 19 avril (prochain vernissage); si vous êtes abonné, passez au sous-sol, regardez bien puis sortez rapidement sans passer aux étages et allez mangez une glace dehors (ou une gaufre).

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