Jeu de Paume – Claude Cahun et Santu Mokofeng

Au Jeu de Paume et jusqu’au 25 septembre 2011, Claude Cahun voisine avec Santu Mokofeng. Hier matin, dimanche, pas trop de monde et il faut dire que l’affiche est relativement élitiste. Pour ma part, j’avais déjà vu le travail de Claude Cahun à Strasbourg (billet ici) et il me semble aussi à Paris plus récemment même si son nom ne figure pas dans le billet (ici). Par contre, j’ignorais tout de Santu Mokofeng.

L’exposition Claude Cahun (Lucie Schwob pour l’état-civil) débute assez classiquement de façon chronologique avec un rappel familial avant de mettre franchement mal à l’aise avec une série de portraits en pâle aigle chauve un peu paumé, aux côtés de portraits plus dans la norme, d’une jeune femme aux traits agréables et à la belle chevelure. Cette alternance se poursuit entre scène de théâtre à  l’orientale, accroche-cœur sur visage clair et scènes plus masculines. Quelques panneaux plus tard, on comprend cette indécision sexuelle avec l’apparition de sa compagne, Suzanne Malherbe pour l’état-civil (Marcel Moore pour sa vie d’artiste) et leur travaux communs, des photomontages et des livres. A cette occasion, on passe des auto-portraits à des créations surréalistes, mouvement auquel l’artiste appartiendra.

Un peu plus loin encore se poursuit l’alternance, non entre homme et femme, mais entre autoportraits et oeuvres surréalistes, avec une poupée et un mannequin de bois en 1936  (mais pas de Bellmer) et un autoportrait au chat (en série, 1949). De minuscules photos en planche de 1948 closent cette salle à côté d’une vitrine rappelant son engagement idéologique (le communisme comme refuge contre le nazisme, pour la faire courte).

La salle du fond est hétéroclite en mélangeant les sujets déjà évoqués (ambiguïté sexuelle, surréalisme) de diverses époques et des sujets périphériques comme les photos de ses amis. C’est un peu confus et les regroupements thématiques sont artificiels: il aurait mieux valu soit adopter un parti-pris chronologique soit juxtaposer deux sections, l’une consacrée aux autoportraits et l’autre au surréalisme. On voit bien l’hésitation de l’accrochage entre démarche artistique (thématique) et approche biographique (chronologique).

Bref, l’organisation des séquences n’est pas terrible mais l’expo a le mérite de faire connaitre une œuvre à laquelle le rez-de-chaussée suffit amplement,  l’étage étant confié à Santu Mokofeng.

Santu Mokofeng n’a pas eu de chance non plus car il a connu l’apartheid en Afrique du Sud, du mauvais côté du système, du côté noir. Mais il a aussi eu une chance, c’est de voir tomber le système ségrégationniste. Quoi qu’il en soit son travail ne reflète pas, au 1er coup d’œil, la difficulté de son existence. Il se pose essentiellement comme un témoin et, plus récemment, comme une sorte d’analyste.

Chaque séquence de son travail est introduite par long texte du photographe en français et en anglais, souvent inspiré mais dont le rapport avec les images ne saute pas toujours aux yeux. Parfois, l’ordre d’accrochage des cartels ajoute à la confusion: on ne sait s’il faut tourner dans le sens horaire ou anti-horaire et quels cartels lire d’abord.

Le voyage, presque exclusivement en noir et blanc, comme celui de Cahun, commence par la série Train-church, une église dans un train, littéralement puis se consacre aux panneaux d’affichage dans les townships (Township billboards). Quelques coupures de presse montrent également le travail de Mokofeng.

Le thème religieux ou spirituel établit un fil rouge entre plusieurs de ces travaux: Chasing shadows, traduction anglaise approximative de ce que l’auteur a en tête dans sa langue natale, évoque ainsi l’esprit ou le destin, et est évoqué dans une série de  portraits, de grottes-sanctuaires, de scène de ferveur.

Sa série Radiant landscape,  plus récente (2010) peine à convaincre et le texte confus ne facilite pas la compréhension: ces tirages, les seuls en couleurs, montrent des paysages miniers, pollués parait-il mais rien impressionnant ou d’inquiétant là-dedans. La dernière série présentée dans l’enfilade des salles est revanche puissante, c’est la seule qui sort des frontières de l’Afrique du Sud pour nous entraîner à Auschwitz et ailleurs, tout en maintenant le lien avec les cimetières, charniers et autres tempêtes de poussière.

La dernière salle tourne le dos à l’entrée et n’est donc découverte qu’avant de repartir et ce n’est pas la meilleure, non que les travaux soient moins bons, mais l’empilement un peu précipité de nombreuses séries, à peine effleurées, est un réel gâchis. On y retrouve en tout cas, parmi d’autres, deux séries marquantes, l’une consacrée aux croyants, qui renvoie à un thème déjà évoqué et l’autre consacrée au travailleurs agricoles (rumours), très émouvante. parmi les séries écourtées aux quelles il n’est pas rendu justice on citera Distorting mirror consacré à la vie dans les townships au-delà des miroirs déformants de la vérité d’Etat ou des bonnes âmes que Mokofeng renvoie dos à dos et puis aussi Child-headed households, série hélas aussi écourtée sur les enfants devenus chefs de famille suite à la disparition de leurs parents pour cause de SIDA.

Au final donc, un bilan positif bien que pas entièrement convainquant pour ces « deux expositions en une » et surtout un regret, celui du prix du billet d’entrée, toujours aussi scandaleusement élevé (8,50 €): vivement PhotoEspaña et ses merveilles, gratuites. Autre point de détail avant d’en finir, prévoyez une petite laine car la climatisation est elle aussi exagérée.