MEP – Tosani et l’objet photographique

Voici quelques jours je suis allé voir l’exposition de la MEP ( 5-7 rue de Fourcy) qui s’est terminée le 19 juin dernier et qui fait suite à une programmation précédente particulièrement décevante pour ne pas dire plus. Cette fois la MEP a pris le parti du solo show sans l’assumer complètement, le dernier étage accueillant une exposition sur l’objet photographique, titre énigmatique s’il en est. Du coup, j’ai étalé la visite sur deux semaines, l’une pour l’exposition Tosani (le presque solo show) et l’autre pour le volet plus historico-technique.

Par chance, pour moi qui ne connaissait pas le travail de Tosani, la découverte s’avère séduisante et, bien que les séries soient inégales et parfois potaches, il s’en dégage souvent quelque chose, un point de vue décalé, une interrogation sur le monde, un clin d’œil aussi souvent. Au final on se rend compte imperceptiblement qu’il y a là un travail cohérent et des thèmes communs à ces séries.

La visite débute au sous-sol avec une section consacrée aux corps, présents ou absents. D’abord le corps présent avec des corps vus de dessous en petits et grands formats couleurs, à travers un sol de verre et puis le corps absent avec une chaussure en coupe géante et puis surtout des pantalons rigidifiés et vus par dessus comme si le corps qui les porte était rendu transparent, des images originales que je n’avais jamais vues. Autre travail dans la même veine, passant cette fois du pantalon à la chemise avec une mosaïque de petites photographies exposées dans la Vitrine où des visages d’enfants sont vus comme encadrés par une chemise, là-aussi un point de vue original, le visage des enfants pouvant prendre la couleur du vêtement.

Dans l’espace habituellement un peu décalé dans le demi-étage qui suit l’entrée, les travaux étaient un peu plus obscurs: la pluie fine projetée sur des objets sur fonds noir relève  de l’exercice de studio et le protocole consistant à faire image d’un portrait couleur projeté sur une page braille où seule la zone recevant la projection du visage conserve ses points et reliefs est un tantinet compliqué pour pas grand chose, une sorte d’exercice intellectuel stérile.

On retrouve dans les étages des photographies plus immédiatement accessibles avec des objets mineurs affichés en format géant: si le principe est un peu facile (la magnification par la taille ne date d’hier – j’aime bien ce terme qui renvoie explicitement à grand et à magnifique), le résultat est parfois étonnant, en particulier ce talon, isolé de la chaussure, érigé comme une sculpture.

Je passe sur les chaussures remplies de lait (?) et sur les verres de lait visibles un plus loin où le lait n’est pas à sa place dans le verre , semblant ignorer les lois de la gravitation. Décidément, l’artiste aime bien le lait.  Les têtes vues de dessus renvoient au corps vu de  dessous évoquées ci-dessus mais franchement les petits personnages dans des glaçons et les séries « architecture et peinture » sont peu convaincantes.

Le dernier étage était consacré à une sorte d’histoire de la technique photographique mettant côte à côte des pièces contemporaines et anciennes. On se noie assez rapidement sous une avalanche de planches explicatives sommaires et au final on ne comprend pas grand chose. Il est difficile d’expliquer l’histoire des techniques et il est dommage cru apporter une réponse satisfaisante à ce défi sur une surface aussi limitée et en aussi peu de temps. Pourquoi ne pas en avoir fait un fil rouge sur un semestre en consacrant le temps nécessaire à trois grandes époques compréhensible par le grand public (des origines à la 2nde guerre mondiale, l’arrivée de la couleur et l’aventure Kodak, les procédés numériques) ? Pourquoi aucune frise chronologique lisible ? Pourquoi aucun schéma des dispositifs ?

Bref, l’exposition valait surtout pour Tosani et on attend avec impatience le prochain accrochage visible dès le 29 juin prochain (vernissage demain) qui a l’air sympa avec justement de l’Air (le magazine), Fourtou, Lambours et Atwood.

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